Pierre Drieu la Rochelle, né le dans le Archives de l’état civil de Paris en ligne, , acte de naissance , année 1893. et mort par suicide le dans le , est un écrivain français.

Ancien combattant de la Grande Guerre, il est romancier, essayiste et journaliste. Dandy et séducteur, européiste avant la lettre., il se tourne vers le fascisme en 1934 puis s'engage en faveur du nazisme et de la collaboration durant la Seconde Guerre mondiale, participant aux relations entre le pouvoir allemand et les milieux de l'édition littéraire dont il fait partie à la NRF.

Son œuvre littéraire a pour thèmes principaux la décadence d'une certaine bourgeoisie, l'expérience de la séduction et l'engagement dans le siècle, tout en alternant l'illusion lyrique avec une lucidité désespérée, portée aux comportements suicidaires. Le Feu follet (1931), La Comédie de Charleroi (1934) et surtout Gilles (1939) sont généralement considérés comme ses œuvres majeures.

Sa vie finit pendant les mois qui accompagnent la Libération de la France : il se cache un temps pour échapper aux poursuites judiciaires pour collaboration, tente de se suicider sans succès, avant de réussir à se donner la mort à Paris en .

Biographie Une jeunesse entre conservatisme et surréalisme Jeunesse et formation vignette|gauche|Cité Malesherbes où est installée la famille Drieu la Rochelle. Pierre Eugène Drieu la Rochelle naît le dans le .

Son père, Emmanuel Drieu la Rochelle (1863-1934), avocat, est issu d'une vieille famille normande. Son grand-père Jacques Drieu la Rochelle fut pharmacien dans la rue Saint-Thomas à Barfleur de 1848 à 1862.. Ils doivent leur nom à Pierre Drieu (1771-1845), menuisier, qui s'engagea en 1791 dans le deuxième bataillon de la Manche et quitta l'armée en 1814 avec le grade de lieutenant d'infanterie. Ayant reçu à l'armée le surnom de , il transmit à ses enfants et à sa descendance le patronyme Robert Klein Je suis partout, les Juifs, 1941, édité par Amazon, 2018, ..

Sa mère, Eugénie-Marie Lefèvre (1871-1925), est la fille d'un architecte. Installée dans la cité Malesherbes, la famille est déchirée par les problèmes conjugaux et les questions financières. Le futur écrivain est aussi le de l'artiste et poète Maurice Dumont.

Le père est retourné chez sa vieille maîtresse après avoir dilapidé la dot de sa femme. Le grand-père maternel, Eugène Lefèvre (1839-1915) est alors le seul refuge affectif de l'enfant.

Nourri par la lecture de Stendhal et de Barrès, il a très tôt le goût de l'écriture. Il entre à l'École libre des sciences politiques pour se destiner à la diplomatie. Il achève ses études en 1910, au sein de la section administrative, sans être diplômé.

Enfant, il a beaucoup de mal à comprendre les dreyfusards et antidreyfusards. L'antisémitisme virulent de sa grand-mère Lefèvre, née Sophie Binet (1847-1913), cependant, le fait douter. Il a douze ans lorsque éclate le scandale des fiches du général André, le conservatisme de sa famille s'exprimant alors très ouvertement.

Première Guerre mondiale Il est mobilisé dès le début de la Première Guerre mondiale et vit son expérience au front sur le mode nietzschéen (il a emporté Ainsi parlait Zarathoustra). Blessé à trois reprises, il s'inspirera de cette expérience pour ses premiers textes : Interrogation (1917), Fond de cantine (1920) et, en 1934, le recueil de nouvelles La Comédie de Charleroi.

Dans le contexte de son succès auprès des femmes, Drieu éprouve pourtant un mal-être associé à l'impuissance à trouver du plaisir. Il épouse en la sœur d'un condisciple d'origine juive, Colette Jéramec (1896-1970), dont il divorce en . Dans ses carnets d’étudiant il écrivait : Pierre Andreu et Frédéric Grover, Drieu la Rochelle, Paris, Hachette, 1979, ..

Fréquentation des cercles surréalistes D'abord attiré par le pacifisme, il se mêle aux surréalistes dans les années 1920 après que son épouse Colette lui a présenté Louis Aragon au printemps 1917. Celui-ci n'est pas insensible à son charme, malgré des opinons politiques qui divergeront. Les deux hommes entretiennent une forte amitié puis, en 1925, se brouillent pour une femme. Drieu a inspiré à Aragon le personnage d'AurélienAurélien (préface de l'auteur) : , qui incarne le mal du siècle de la génération d'après-guerre (Aragon souhaite réfléchir, à travers ce personnage, à la trajectoire d'une partie de cette génération vers le fascisme). Son admiration pour Aragon tient Drieu à l'écart de toute tentation d'adhésion à l'Action française. Selon Dominique Desanti, ce n'est que beaucoup plus tard que Drieu sera tenté par les théories nationalistes. Il est, comme le dit Maurizio Serra dans Les Frères séparés : Drieu la Rochelle, Aragon, Malraux face à l'Histoire, un .

L'épisode de son adhésion au mouvement Dada, en compagnie de Louis Aragon, est très mal connu du grand public. Il assiste aux réunions chaque fois que ses conquêtes féminines lui en laissent l'occasion. Lors du , le vendredi , il est présent dans la salle des Sociétés savantes louée par les Dadas, rue Serpente. Une sorte de procès de Barrès est organisé avec André Breton, déguisé en président du tribunal, tandis qu'Aragon joue l'avocat et Georges Ribemont-Dessaignes le procureur. Très vite la pagaille éclate dans la salle où Tristan Tzara chante en roumain, le futuriste Giuseppe Ungaretti protestant en vain. Lorsque André Breton lui demande s'il est allé voir Barrès, Drieu répond que oui. Pourtant, il refuse la condamnation demandée par Breton. Après les premières réponses évasives de Drieu, un jeu de questions-réponses s'instaure entre Drieu et Breton. Celui qui régnait déjà sur les dadas surréalistes lui dédicacera son livre, Clair de terre, avec cette phrase : . En Maurice Martin du Gard brosse un portrait de Drieu qui sait faire , et qui a une . Martin du Gard est fasciné par ce garçon qu'il emmène dans les bars et les boîtes de nuit.

Drieu assiste aussi aux réunions du groupe Littérature, une revue à laquelle il collabore. Il est encore au théâtre de l'Œuvre lorsque Breton apparaît sur scène en homme-sandwich sur lequel est écrit le Manifeste DaDa et des vers de Picabia. Toutes ces pantalonnades à but littéraire laissent Drieu amer. Il écrit dans son journal que le statut d'écrivain qu'on lui prête est une imposture puisqu'il n'a publié aucun livre.

L'homme aux multiples relations vignette|redresse=0.9| Victoria Ocampo, la fidèle amie, femme de lettres et mécène argentine. Ses deux mariages se terminent en divorces. Le mariage d'intérêt, contracté en 1917 avec Colette Jéramec, prend fin en 1921 (il la fera libérer, ainsi que ses deux fils, du camp de Drancy en 1943"Sans-papiers : l'autre M. Tchernia", L'Express, 4 décembre 2008.). Sa seconde union, en 1927, avec la fille d'un banquier polonais ruiné, Olesia Sienkiewicz (1904-2002), se solde par une séparation dès 1929 et un second divorce en 1933.

Dès 1925 Drieu mène une vie mondaine soutenue : il fréquente les salons et les dîners de la NRF avec sa maîtresse, la comtesse Isabel Dato, multipliant les conquêtes féminines. En il rencontre chez la comtesse la femme de lettres argentine Victoria Ocampo, avec laquelle il a une courte liaison. Ils entretiendront par la suite une longue correspondance en dépit de leurs divergences idéologiques..

Au milieu des années 1930 il devient l'amant de Christiane Renault, l'épouse de l'industriel Louis Renault, et évoquera cette liaison de manière romancée dans Béloukia. Mais cette soif de séduction cache un problème sexuel et psychologique dont on a peu parlé et sur lequel Pierre Assouline donne quelques pistes de réflexion à la lecture de Notes pour un roman sur la sexualité édité par Julien Hervier : Sexualité de l'homme couvert de femmes. Parmi ses conquêtes se trouvent aussi Constance Wash, surnommée Connie (la Dora de Gilles), Marcelle Jeanniot, alors maîtresse de Léon-Paul Fargue, Suzanne de Vibraye, l'Italienne Cora Caetani, Emma Besnard (la Rosita du Journal d'un homme trompé), la décoratrice Élizabeth Eyre de Lanux, Suzanne Tézenas qui eut aussi une liaison avec Nicolas de StaëlJournal (1939-1945), édité par Julien Hervier, 1992. Il est attiré plus particulièrement par les femmes argentées et oisives et, comme son ami Aragon avant sa rencontre avec Elsa Triolet en 1928, n'a jamais eu de scrupules à se laisser entretenir.

Entre 1929 et 1931, toujours en compagnie d'une de ses maîtresses, Drieu continue d'assister aux « dîners de la NRF », tantôt chez Paulhan, tantôt chez Arland, et y côtoie l'élite du monde littéraire, notamment André Malraux, Jean Guéhenno, François Mauriac, Georges Bernanos et bien d'autres.

La mutation idéologique : du républicanisme au fascisme Rapprochement avec les idées nationalistes Pour se connaître et se décrire, Drieu confie à Mauriac son projet d'un livre intitulé Histoire de mon corps. Le projet n'aboutit pas, mais l'aspect autobiographique se retrouve dans État civil, en 1921. Il se fait connaître, en 1922, par un essai remarqué sur l'affaiblissement de la France après la Grande Guerre, Mesure de la France. Sans se départir complètement d'un nationalisme classique, il y apparaît comme occidentaliste et philosémiteSimon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Paris, Albin Michel, 2008, . : Pierre Drieu la Rochelle, Mesure de la France, Paris, Grasset, 1922, ..

En 1924, il est, avec notamment Montherlant et Soupault, pressenti pour le prix Goncourt pour le recueil de nouvelles Plainte contre inconnuRevue du vrai et du beau, directeur C. Balleroy, 25 novembre 1924, , ..

En 1925, il publie son premier roman, L'Homme couvert de femmes, en grande partie autobiographique. Sur le plan politique, il esquisse l'année suivante, dans La Revue hebdomadaire, un programme pour une Jeune Droite qui se veut au-dessus des partis, républicaine et démocratique « car les hommes ne doivent pas compter sur un homme pour se tirer d'affaire, […] il faut que l'élite en France se sauve d'elle-même ». Elle se veut aussi anti-militariste, déiste et anticléricale, unie et ennemie de l'intolérance. Ce programme et le mot droite ne choquent pas son ami André Malraux.

Malraux et Drieu se retrouvent souvent chez leur ami commun, Daniel Halévy, auquel Drieu a consacré, en 1923, une critique élogieuse pour son livre sur Vauban. Malraux a déjà publié dans la NRF La Tentation de l'Occident qui semble répondre au Jeune européen et à l'ensemble des textes publiés sous le titre Genève ou Moscou que Drieu publie en 1927 dans les Cahiers verts (Grasset), dirigés depuis 1921 par Daniel Halévy. Malraux et Drieu ont une profonde communauté de vues, même si des divergences politiques restent sous-jacentes. Ce n'est qu'à partir de 1934 que pour Drieu l'esprit de Genève est perdu. Il croira alors que le socialisme européen ne peut arriver que par le fascisme. Cependant, il mettra un certain temps à abandonner l'idée de regrouper les Jeunes Gauches, organe qu'il a conçu avec Gaston Bergery et qui ne débouche sur rien de concret.

Malgré les avances de membres de l'Action française qui invitent Drieu à les rejoindre, le jeune écrivain reste en retrait, d'autant qu'Aragon le prévient : . Drieu est dans une position contradictoire, intenable, entre l'Action française, le socialisme de Léon Blum et le conservatisme moderniste de Joseph Caillaux.

En 1924, Drieu est encore très lié aux surréalistes. À Guéthary, où il a loué une maison, séjournent ensemble ou successivement : Philippe Soupault, Paul Éluard, Aragon, Jacques Rigaut, André Breton, Roger Vitrac, René Crevel, Robert Desnos, Max Ernst. Drieu les accueille volontiers bien qu'il ne partage pas leurs opinions.

Un républicanisme en effacement