thumb|250px|right|Gravure d'un cynocéphale dans les Chroniques de Nuremberg, en 1493. thumb|right|Le roi Lycaon, maudit et changé en loup par Zeus. La cynocéphalie désigne le fait de posséder une tête de chien, et désigne la plupart du temps des humanoïdes possédant une tête canine ou d'un animal apparenté, comme les hyènes ou les chacals. Cette particularité peut concerner aussi bien des divinités que des créatures humanoïdes et thérianthropes, c'est-à-dire en partie humaines et animales. Le terme est utilisé de manière générale pour désigner ces catégories de divinités et de créatures, mais est aussi le nom d'une créature spécifique, présente dans les bestiaires médiévaux. La symbolique cynocéphale sert généralement à mettre en avant la sauvagerie et la bestialité, et des cynocéphales sont présents dans un grand nombre de mythes et de légendes autour du monde.
Étymologie Ce nom est issu du latin cynocephali qui signifie « les têtes de chien », lui-même issu du grec ancien , ayant la même signification.
Description La cynocéphalie désigne le fait d'être pourvu d'une tête de chien ou, par extension, de tout type d'animal apparenté au chien, comme les loups, les chacals et les hyènes. Ainsi, les cynocéphales sont décrits comme des hybrides d'hommes et de chien, mais on distingue les créatures, présentées dans les bestiaires comme des curiosités, des saints et des divinités auxquels des cultes pouvaient être consacrés. Il existe une grande variété de créatures et de divinités dites cynocéphales.
Mentions de cynocéphales Dieux égyptiens
thumb|Anubis (musée du Louvre).
La cynocéphalie est fréquente durant l'Égypte antique car un grand nombre de divinités ont eu des représentations avec des têtes canines, notamment Anubis, le dieu égyptien des morts, qui a toujours présenté une tête de chacal, mais aussi Seth le dieu de la destruction, Douamoutef, Ophoïs, Oupouaout, Bedou et Khentyimenty. Il y avait aussi un dieu égyptien à tête de babouin durant la première période dynastique et le mot grec () a désigné un babouin sacré égyptien possédant le visage d'un chienLe nom binomial pour le babouin jaune est cynocephalus Papio, et a également été adopté comme nom pour un mammifère arboricole asiatique connu en tant que Dermoptera.
Rapports d'observation grecs La cynocéphalie était également familière aux Grecs de l'Antiquité, à travers la représentation du dieu égyptien Hâpi, fils d'Horus, mais aussi des rapports d'observations de certains explorateurs. Au , le médecin grec Ctésias écrivit un rapport détaillé sur l'existence des cynocéphales en IndeCtésias, Indica § 37, 40-3. À la même époque, Hérodote rapporte des récits libyens (nord-africains) selon lesquels des créatures à têtes de chiens vivraient à l'extrême ouest de la Libye (l'Afrique), de même que de nombreux animaux sauvages et d'autres peuples merveilleux dont des êtres acéphales (ces derniers se retrouvent chez d'autres auteurs sous le nom de Blemmyes)Hérodote, Enquête, IV, 191.. Alexandre le Grand évoque des créatures similaires, mais également les cynodontes, des hommes à mâchoire de chienAlexandre le Grand, Le roman d'Alexandre, cité par . De même, le voyageur grec Mégasthène prétend avoir vu en Inde des personnes qui vivent dans les montagnes, communiquent par aboiements, portent les peaux d'animaux sauvages et vivent de la chasseMégasthènes, Indica, rapporté par Pline l'Ancien, Histoire naturelle 7.2: 14-22; Fragments XXX. B. Solin. 52. 26-30..
Antiquité tardive
Il y a une description de deux saints Ahrakas et Augani avec une tête de chien de la vita du copte saint Abu Seifein (Mercure), qu'ils ont fidèlement servi; leur image sur l'icône est au Musée copte du Caire, Копты: Египет без фараонов Кинокефалия. . Tome 33. p. 568—570. .
Les cynocéphales offraient une image évocatrice de la magie et la brutalité, réputée caractéristique des gens étranges venus des lieux lointains, et cette image revint dans la littérature médiévale. Un certain nombre d'antiquités tardives et de rapports médiévistes mentionnent les cynocéphales, parfois avec l'aplomb d'anthropologues, comme celui d'Augustin d'Hippone et d'Isidore de Séville.
Moyen Âge thumb|right|Cynocephales illustrés dans le Psautier de Kiev, 1397.
Occident médiéval Paul Diacre mentionne les cynocéphales dans son Historia gentis Langobardorum :
Le théologien du Ratramne de Corbie écrivit une lettre, Epistola de Cynocephalis, demandant si les cynocéphales devaient être considérés comme des hommesPatrologia Latina 121: 1153-56. En citant saint Jérôme, Thomas de Cantimpré a corroboré l'existence de cynocéphales dans son Liber de Monstruosis Hominibus Orientis (Livre des hommes monstrueux de l'Orient).
L'encyclopédiste du Vincent de Beauvais fit part à son patron Louis IX de France d'un (Speculum naturale, 31:126).
Le vieux mot anglais Wulfes heafod (tête de loup) désignait un hors la loi qui pouvait être mis à mort sans problème légal en retour, comme s'il était un loup. Le Leges Edwardi Confessoris, écrit vers 1140, toutefois, a offert une interprétation très littérale :
Les cynocéphales apparaissent dans le poème en vieux gallois Pa Gur, comme cinbin (têtes de chien). Ils y sont des ennemis du cortège du Roi Arthur, les hommes d'Arthur les combattent dans les montagnes d’Eidyn (Édimbourg), et des centaines d'entre eux meurent de la main du guerrier d'Arthur BedwyrGreen Green, p. 84-85. Les lignes suivantes du poème évoquent également un combat avec un personnage nommé Garwlwyd, un Garwlwyd Gwrgi (homme-chien) qui apparaît dans l'une des Triades galloises, où il est décrit de telle manière que les chercheurs ont vu en lui un loup-garouBromwich, p. 73-74Bromwich p. 385.
Le Liber monstrorumLire en ligne Liber monstrorum (en anglais)., catalogue de peuples et créatures légendaires anonyme du , décrit les cynocéphales de cette manière :
vignette|219x219px|Illustration d'un sciapode, un cyclope, un acéphale et un cynocéphale, inspirée des descriptions de Mandeville. Jean de Mandeville, dans son prétendu récit de voyage, décrit l'île de Nacameran (ou Nacumera), également citée par Odoric de Pordenone, qui serait une des Îles Nicobar. Il la présente comme étant peuplée de cynocéphales intelligents et raisonnés, ayant pour dieu un bœuf, dont ils témoignent de leur adoration en portant sur le front un bœuf d'or et d'argent. Leur roi, très riche, puissant et pieux, porte toujours autour du cou trois cents très grosses perles d'Orient, qui lui sert comme chapelet pour ses prières. Il porte autour du cou un gros rubis, symbolisant son statut de roi et qui lui est remis une fois élu, convoité par le grand KhanJean de Mandeville, Livre des merveilles du monde, chap. XXI (lire en ligne, en anglais)..
Rapports d'observation médiévaux Les grands voyageurs médiévaux comme Jean de Plan Carpin et Marco Polo mentionnent tous deux des cynocéphales :
De Plan Carpin décrit les armées d'Ogedei Khan qui rencontrèrent une race humanoïde à tête de chien qui vivait au nord de Dalai-Nor ou du lac Baïkal Giovanni da Pian del Carpine, The long and wonderful voyage of Frier Iohn de Plano Carpini, chapitres 11 et 15. vignette|Miniature du Livre de Marco Polo montrant des cynocéphales. Les Voyages de Marco Polo mentionnent des barbares à tête de chien sur l'île d'Angamanain, ou les îles Andaman, dont il a uniquement entendu parler. Pour Polo, bien que ces gens cultivent des épices, ils n'en sont pas moins cruels, anthropophages et sont tous simplement Henri Yule The Travels of Marco Polo, chapitre 13, vol. II. Ces créatures étaient répandues dans l'imaginaire médiéval. Le voyageur ne doute visiblement pas des récits qu'on lui fait à leur sujet. Dans une miniature illustrant ce passage, les cynocéphales sont dessinés comme étant habillés et occupés à vendre des épices. La couleur plombée de leur visage, comme leur long museau, produisent un effet fantastique.
Selon Henri Cordier, la source commune de toutes ces légendes sur des barbares à tête canine, que ce soit en Europe, en Arabie ou en Chine, peut être trouvée dans la Romance d'Alexandre Henri Cordier Notes and Addenda dans l'édition de the Sir Henry Yule The Travels of Marco Polo, volume 2.
Est médiéval La cynocéphalie est également largement représentée dans les figures chrétiennes orthodoxes. Une légende qui place saint André et saint Barthélemy parmi les Parthes présente l', citoyen de la ville … dont le visage était semblable à celui d'un chien. Après avoir reçu le baptême, cependant, il fut libéré de son aspect caninDavid Gordon White, Myths of the Dog-man, University of Chicago Press, 1991:32.
Saint Christophe
thumb|left|Représentation cynocéphale de saint Christophe. Dans l'Église orthodoxe, certaines icônes représentent saint Christophe, le saint patron des transports, des voyages, des bacheliers, des jardiniers et des tempêtes, avec la tête d'un chien. L'origine de cette représentation semble dater du règne de l'empereur Dioclétien, quand un homme du nom de Reprebus, Rebrebus ou Reprobus ( ou ) fut capturé à la suite d'un combat contre des tribus de l'ouest de l'Égypte dans la Cyrénaïque. À l'unité de soldats, selon le récit hagiographique, il fut attribué le nom de numerus Marmaritarum ou , ce qui suggère une tribu non identifiée de Marmaritae (peut-être la même que la tribu des Marmaricae, peuple berbère de Cyrénaïque). Il était décrit être d'une taille immense, avec une tête de chien au lieu de celle d'un homme, apparemment une caractéristique des Marmaritae.
L'évêque et poète allemand Walter de Spire a dépeint saint Christophe comme un géant d'une espèce cynocéphalique vivant dans la terre des Chananeans (les « canines » de Canaan dans le Nouveau Testament), qui mangeait de la chair humaine et aboyait. Finalement, Christophe rencontra le Christ enfant, regretta son comportement ancien, et reçut le baptême. Il fut récompensé par une apparence humaine, après quoi il consacra sa vie au service chrétien et devint un Athleta Christi, l'un des soldats SaintsWalter de Spire, Vita et passio sancti martyris Christopher 75..
Lycanthropes thumb|250px|Le Loup-garou, estampe allemande de 1722. Représentation cynocéphalique d'un lycanthrope.
Les différents lycanthropes, dont font partie les loup-garous, sont également fréquemment représentés dans les arts de cette façon. Toutefois, les loup-garous du cinéma, qui se tiennent généralement sur deux jambes, sont différents de ceux des œuvres plus anciennes.
Gnolls
Les Gnolls sont des créatures imaginaires issues de plusieurs folklores qui les dépeignent différemment. , il s'agissait de cynocéphales considérés comme des barbares qui attaquaient les voyageurs. .
Autres légendes concernant des créatures à tête de chien La mythologie chinoise concernant Fu Xi relate plusieurs textes où il a une tête de chien, et où sa sœur Nu Wa possède un visage horrible. Le folklore américain est également riche en créatures cryptozoologiques de ce type, en particulier à travers l'homme-chien du Michigan et la bête de Bray Road dans le Wisconsin, qui terrorisa une partie de la population dans les années 1990. Le folklore écossais mentionne aussi le wulver, décrit comme un homme-loup bénéfique qui vit dans les Shetland. Le Psoglav de la mythologie serbe et les Nacumerians, du roman de Jean de Mandeville peuvent également être rattachés aux cynocéphales.
Dans les arts et la culture populaire
Littérature
Bande dessinée En 1994, Mike Mignola écrit et dessine Les Loups de Saint Auguste mettant en scène une famille noble française maudites au Moyen Âge.
Notes et références
Annexes
Articles connexes Berserk Lycanthrope Thérianthropie, terme désignant les créatures partiellement humaines et animales Thériocéphalie, terme désignant les humanoïdes avec des têtes d'animaux
Bibliographie Claude Lecouteux, « Les Cynocéphales. Étude d'une tradition tératologique de l'Antiquité au s. », Cahiers de civilisation médiévale 24, 1981, (en ligne).