Louis Paul Nemo, dit Roparz Hemon, né le à Brest et mort le à Dublin, est un linguiste, romancier, journaliste et poète français de langue bretonne.
Il est actif dans le mouvement breton et impliqué dans la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale.
Biographie
Enfance et formation Il est né le .
Il grandit dans une famille qui ne pratique pas le breton : son père, premier-maître mécanicien dans la Marine nationale, est un enfant né « de père et de mère inconnus » à qui l'officier de l'état civil à Brest avait donné le nom de Nemo ; sa mère, Julie Foricher, est institutrice.
Après des études à Paris, il obtient l'agrégation d'anglais en 1924.
Carrière Dès 1923, sous le pseudonyme de Roparz Hemon, il travaille pour Breiz Atao.
En 1925, il est affecté au lycée de Brest où il enseigne jusqu'en 1939. La même année, il fonde la revue bretonnante Gwalarn, aux positions nationalistes affirmées. Ce n’est d'abord que le supplément littéraire de Breiz Atao, journal qui compte alors moins de 200 abonnés. La revue devient indépendante dès 1926Dès juillet 1926 (numéro 7), mentionné en introduction du numéro 9 (printemps 1927, p. 3).. Dans ses études ou comptes rendus des langues de moindre diffusion ou minorisées, il donne comme exemple à suivre le combat mené par les Danois et les Tchèques pour contrer la germanisation de ces paysGwalarn , et Gwalarn , .
Après l'invasion de la France, il prône la collaboration, y voyant l'opportunité pour les Bretons de .
En , à la demande du censeur des programmes de Rennes-Bretagne, l'officier de la Wehrmacht Leo Weisgerber, Roparz Hemon accepte la fonction de directeur des programmes en breton de ce poste de radio.
Il dirige l'hebdomadaire Arvor, qui paraît à partir de 1941. Dans ce journal, il est l'auteur de plusieurs déclarations antisémites, sous la plume de Pendaran paru dans « Me a lenno » dans les écoles, Arvor, , ..
En , il est associé avec d'autres intellectuels par le celtisant allemand Leo Weisgerber à la création à Rennes de l'Institut celtique de Bretagne. Hemon en devient le directeur. Cet institut semble être inspiré du Deutsche ForschungsgemeinschaftLionel Boissou, « L'Allemagne et le nationalisme breton (1939-1945) », in Bretagne et identités régionales durant la Seconde Guerre mondiale, sous la direction de Christian Bougeard, Brest, Centre de recherches bretonnes et celtiques, 2002, . Cet organisme existe toujours..
En , il est élu directeur de l'Institut Celtique de Bretagne.
Il collabore aussi politiquement avec l'occupant, participant à la constitution d'un dossier à charge contre le préfet François RipertHenri Fréville, Archives secrètes de la Bretagne. Ouest-France Éditions, 2005 (réédition, édition originale 198), ., provoquant sa démission avant le début de la rafle des juifs en Ille-et-Vilaine en Repères chronologiques, Ouest France, .. Dans un roman d'anticipation écrit en langue bretonne et publié en 1942, , (Monsieur Bimbochet en Bretagne), il imagine une Bretagne devenue totalement indépendante, totalement bretonnante, racialement pure, disciplinée. La même année, il traduit Le Poisson d'or de Paul Féval.
Roparz Hemon assure la direction de Gwalarn jusqu'au dernier numéro, en 1944.
En , il fuit en Allemagne où il trouve refuge à Marburg auprès de Weisgerber.
Selon Olier Mordrel et Yann Fouéré, il aurait également été membre du « Kuzul Meur », comité secret qui regroupait divers partis ou associations nationalistes, dont le Parti national breton. Lors de la débâcle des troupes allemandes, il fuit dans un de leurs camions, ainsi que d'autres nationalistes, en « Dans les tout premiers jours d'août » 1944, « lorsque les forces allemandes évacuèrent Rennes, elles emmenèrent dans leur retraite C. Lainé, Marcel Guieysse, sa femme et sa fille, son adjoint Ange Péresse avec sa famille, Roparz Hémon et des activistes du séparatisme breton, en même temps que les soldats du Bezen Perrot, revêtus de leur tenue militaire allemande. » Yann Fouéré, La Patrie interdite, Histoire d'un Breton, France Empire, 1987, .. Kristian Hamon cite le témoignage inédit de l'épouse d'un membre du Bezen Perrot présente dans le convoi avec Roparz Hemon lors de sa fuite en Allemagne et le rôle moins passif qu'on ne le pensait de cet intellectuel aux côtés de nazisKristian Hamon, « Le Monde en Guerre », 'www.39-45.org, mai 2008..
Devant l'avance des Américains en , il décide de rentrer en France ; il est arrêté le . Confié à la justice française pour être jugé, il est incarcéré à Rennes. Il lui est reproché ses prises de position écrites nationalistes, anti-françaises et antisémites publiées pendant la guerre, et avant-guerre, même s'il avait dès 1931 renié quelques-uns de ses écrits publiés entre 1923 et 1929Voir la première préface (1931) de Eur Breizhad oc'h adkavout Breizh, réserves confirmées et renforcées dans la seconde préface (1972) du même ouvrage.. Il axe sa défense sur l'idée qu'il est un savant qui n'a eu aucune activité politique sérieuse, donc de réelle influence, sous l'Occupation. Il bénéficie de la mobilisation de en sa faveurIl parvient environ trois mille dépositions en sa faveur, émanant des milieux culturels européens, des autres pays celtiques, aussi d'hommes politiques comme le ministre britannique Ernest Bevin.. Le réquisitoire définitif précise que Roparz Hemon a déclaré : lors d'une réunion publique de l'Institut celtique au théâtre municipal de Rennes.
Le , le commissaire du gouvernement près la cour de justice rapporte au procureur général près la cour d'appel de Rennes.
Accusé d'atteinte à la sûreté de l'État, il est acquitté de ce chef le , et déclaré en état d'indignité nationale pour une durée de dix ansMichel Denis, Mouvement breton et fascisme. Signification de l'échec du second Emsav, actes du colloque Régions et régionalisme en France du à nos jours, PUF, 1977, qui mentionne un article paru dans la revue Preder en 1961.L'année politique 1944-1945, Éditions Le Grand siècle, 1946, ., ce qui l'empêche de reprendre sa carrière d'enseignant.
En , il part en exil à Dublin et enseigne le breton à lInstitut d'études avancées de DublinSchool of Celtic Studies en ligne.Un enseignement équivalent est dispensé à Paris par l'école pratique des hautes études programme en ligne..
En 1950, il écrit : "Er palevarzh-kantved tremenet e c'hoarvezas ur burzhud : e-pad pevar bloaz, eus 1940 da 1944, e tremenas un avel a frankiz war Vreizh ; pep gwir Vreizhad a c'hellas labourat hogos didregas, hag e vleunias buhez ar spered. E-doug ar pevar bloavezh-se e teskas ar Vretoned emskiantek e oant gouest da blediñ gant o bro o-unan, ur gentel ha n'int ket tost da ankounac'haat", Al Liamm, , 1950, . La même année, il publie avec Ronan Huon un dictionnaire de breton.
Dans les années 1950, il publie des romans policiers et les contes en breton.
Dans les années 1960, il continue ses travaux sur la langue bretonne. Il publie en 1962 Trois Poèmes en moyen-breton aux éditions The Dublin Institute for Advanced Studies.
Roparz Hemon est présenté comme un fervent partisan de l’espérantoVoir la bibliographie de Roparz Hemon donnée dans Al Liamm à 194 (1979), et à 256 (1989)., seul moyen selon lui de se passer des « langues impériales » ; et l’espéranto ayant toujours été, selon lui, combattu par les régimes totalitairesAr Bed Keltiek, septembre 1966..
Décès Il meurt le . Son corps est rapatrié à Brest où il est enterré, le .
Prises de position
Hemon et le peuple breton Roparz Hemon refuse vigoureusement de faire du breton tel qu'il est parlé par le peuple la base d'une littérature savante. Il écrit en 1943 : cité dans : Minority Literatures and Modernism: Scots, Breton, and Occitan, 1920-1990, Wiliam Calin, ().
Hommages et controverses Pierrette Kermoal, professeur agrégé de lettres modernes, réalise en 2003 une étude globale de l’œuvre romanesque de Roparz Hemon.
En 2007, il existe un prix prix Roparz Hémon.
Les institutions culturelles bretonnantes lui ont rendu plusieurs hommages, reconnaissant son énorme travail en faveur de la langue bretonne. Le journal Bretagne des livres, organe de l'institut culturel de Bretagne (ICB), a publié plusieurs articles laudateurs à son sujet. Le premier Dictionnaire breton de An Here, subventionné par l'ICB, lui était dédié.
Son attitude pendant la guerre a longtemps été minimisée, voire oubliée (comme cela a été le cas pour beaucoup de collaborationnistes français) jusqu'aux révélations du Canard enchaîné en Anti-français à l'excès : un dictionnaire breton épinglé par le « Canard », Le Télégramme, mai 2000..
Depuis : le premier collège Diwan, créé en 1988 au Relecq-Kerhuon, avait reçu son nom : il est débaptisé douze ans après. La Fédération Nationale de la Libre pensée envoie au maire de Guingamp une lettre ouverte demandant à ce le Centre culturel breton nomme en son honneur soit débaptisé.
Œuvres de Roparz Hemon
Publications scientifiques Il a publié un précis de grammaire en langue. Précis de Grammaire bretonne, Brest, Moulerez Stread ar C'hastell, 1928. L'Orthographe bretonne, Brest, Moulerez Stread ar C'hastell, 1929. Cours élémentaire de breton, Rennes, 1932. Geriadurig gallek-brezhonek an troioù-lavar poblel (dictionnaire des expressions du parler populaire) (1935, 1962, 1990, Hor Yezh). Grammaire bretonne, suivie de La Prononciation bretonne (réédition corrigée & augmentée du Précis de grammaire bretonne de 1928), Brest, Gwalarn, 1940. rééditions : Brest, Al Liamm, 1948, 1958, 1963. Les Mots du breton usuel classés d'après le sens ; Brest, éd. de Bretagne, 1942. Méthode rapide de breton, 1942. La Langue bretonne et ses combats, La Baule, éd. de Bretagne, 1947 (la bibliographie en annexe -1001 titres- demeure indispensable). Christmas Hymns in the Vannes dialect of breton, Dublin, Institute for advanced studies, 1956, LXXII+118 p. Geriadur istorel ar brezhoneg (dictionnaire historique du Breton) - 31 fascicules, n° 1 à , 1959 à 1978. Geriadur istorel (dictionnaire historique), Preder, . Trois poèmes en moyen-breton, traduits et annotés par R. Hémon (Tremenuan an ytron Maria - Pemzec leuenez Maria - Buhez mab den), Dublin, Institute for Advanced Studies, School of Celtic Studies, 1962, XXIV+172 p . Les fragments de la Destruction de Jérusalem et des Amours du Vieillard (textes en moyen-breton), traduits et annotés - supplément avec la collaboration de Gwennole Le Menn), Dublin, Dublin Institute for Advanced Studies, 1969, XXXII+448 p. Cours élémentaire de breton, 1975. A historical morphology and syntax of breton, Dublin, Institut d'études avancées de Dublin, 1975, XVI+328pp. Doctrin an Christenien (texte de 1622 en moyen-breton accompagné de la version française et du texte en breton moderne de 1677, avec préface et notes), Dublin, Institut d'études avancées de Dublin, School of Celtic Studies, 1977, XII+84 p. Testennoù evit ar studi (An Mirouer a confession (1621), An Dialog etre Arzur Roe d'an Bretounet ha Guynglaff, La Résurrection de Jesus Christ en forme de tragedy en air bretton, La Création), Hor Yezh, , 1994. Ar Varn diwezhañ (pezh-c'hoari eus an XVIIIvet kantved), Saint-Brieuc, Skol, 1998. Yezhadur istorel ar brezhoneg, Hor Yezh, .
Travaux littéraires Il a écrit une trentaine de romans, dont l'essentiel a Brest pour décor.
Revue Gwalarn, 1925-1944 (en assure la direction du premier au dernier numéro)
Poésie Barzhonegoù (poèmes), Skridou Breizh, 1943