La Maison Devambez est une entreprise française de gravure et d'édition de livres d'art, développée par Édouard Devambez et reprise par Georges WeilAgnès Callu, La Réunion des musées nationaux 1870-1940, ., après la première Guerre mondiale.
Édouard Devambez fit de cette maison l'une des plus reconnues de Paris, gagnant de nombreux prix et médailles aux expositions universelles. La Maison Devambez était, dans un premier temps, spécialisée dans la gravure héraldique, les boutons de livrée, les médailles, la gravure en taille-douce pour cuivre et acier, les lettres de faire-part, les billets de naissance, les invitations et les ex-libris pour les familles royales ou impériales ou pour la présidence de la République.
Devambez élargit, dans un second temps, le savoir-faire de l’atelier pour produire des publicités et des tirages d’artistes pour des marques de luxe, des livres d’art en édition limitée, et ouvrit, enfin, une importante galerie d’art à Paris.
Les éditions d'art Devambez atteignent leur apogée avec la publication du Pan, annuaire du luxe à Paris, conçu en collaboration avec Paul Poiret.
Les origines La Maison Devambez prend ce nom en 1873. Auparavant, un atelier de gravure et d'impression avait été fondé en 1826 au du passage des Panoramas par Hypolyte Brasseux Jeune, graveur du roi . Brasseux avait la spécialité du cachet et de la médaille, de la gravure héraldique et de la gravure sur pierres dures. En 1835, la Maison Brasseux Jeune est transférée dans le même passage, au , à la suite de travaux d’aménagement. Brasseux a pour successeur, en 1863, Paul Mathurin Beltz, qui reste sept ans dans les affaires, jusqu'à ce que l’atelier soit repris par Édouard DevambezCf. Édouard Chimot, Les Éditions d’art Devambez, 1929, introduction ..
Édouard Devambez, né le à Saumont-la-Poterie, avait appris le métier au côté de prestigieux graveurs — et ses cousins par alliance — Jules Joseph Foulonneau et Jean Henri Hillekamp, installés au galerie Vivienne à Paris. D'autre part, en épousant Catherine Veret en 1864, Devambez se lie à la dynastie Muret et Veret, deux familles qui marquent la gravure du début du siècle. En 1873, Édouard Devambez achète les locaux de l’atelier du passage des Panoramas, puis déménage au 65 du même passage et enfin, pour la rue des Filles-Saint-Thomas.
« Édouard Devambez, graveur et impressions artistiques » Édouard Devambez n’est pas un simple artisan, étant considéré comme un artiste : il est donné, dans le Dictionnaire BénézitEmmanuel Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs., comme graveur d'ex-libris. Son tempérament artistique le porte à consacrer une attention toute particulière aux choix de couleurs équilibrées, à la typographie adéquate, à la qualité de la gravure et à la mise en page.
Au prix d’efforts incessants, il donne à l’atelier le renom d’exécution soignée et artistique, ce qui lui vaut ses premières récompenses aux expositions internationales : médaille de bronze en 1878, médaille d’argent en 1889 à l’Exposition universelle dans la catégorie « impression de gravure artistique et peinture héraldique ».
Cette catégorie regroupe toutes les spécialités de la Maison Devambez : imprimerie et industrie du livre ; gravure et fonderie des caractères d'imprimerie ; gravure sur acier, sur cuivre, sur plomb, sur bois et sur pierre ; zincographie, stéréotypie, galvanoplastie, et tous autres clichés destinés aux impressions litho- et typographiques ; encres et vernis ; pâtes à rouleaux ; typographie ; lithographie ; chromotypo- et chromolithographie ; autographie ; imprimerie et imagerie religieuses ; timbrage ; coloriage ; dessins et pierres lithographiques ; brochures ; journaux ; registres ; reliures de luxe et ordinaire ; dorure ; fournitures, papiers, cartons, cuirs et tissus spéciauxRapport Groupe II Classe 11, Exposition Universelle 1878, Gravure et Peinture Héraldique, 1878..
En 1890, la maison déménage au passage des Panoramas. L’atelier où Devambez a travaillé seul à ses débuts devient un magasin achalandé auquel, dès 1894, l’Élysée et l’hôtel de ville confient leurs travaux officiels de menus et programmes pour les réceptions des souverains étrangers. Devambez est devenu le graveur de la maison d'Orléans, du prince Roland Bonaparte, de . Il réalise le traditionnel livre d'or pour de nombreux événements, comme la visite du , mais aussi des livres d’or pour l’institut Pasteur, la Croix-Rouge, etc.
Le tsar et l’impératrice Alexandra Feodorovna sont à Dunkerque le . À cette occasion, la Maison Devambez est choisie pour imprimer le menu du dîner et de ceux qui suivront à Compiègne (dont le château est spécialement réaménagé pour l'occasion) — cette visite doit permettre de resserrer les liens diplomatiques et militaires unissant la France et la Russie.
Les expositions universelles se succèdent avec les récompenses pour la Maison Devambez : médaille d’or à Bruxelles en 1897, diplôme d’honneur à Toronto en 1898. En 1900, la maison remporte à l’Exposition universelle de Paris une médaille d’or dans le groupe « Gravure et Impression ». Édouard Devambez, désigné pour faire partie du jury, est nommé chevalier de la légion d’honneur et obtient le titre de « notable commerçant ».
Voilà la description faite, cette année-là, par M. Lahure dans son rapport sur l'Exposition universelle :
Depuis ce jour, les efforts constants de la Maison Devambez ne cessent d’être couronnés de succès et portent au premier rang, dans les industries de l’impression, de la gravure et de l’édition, le luxueux magasin du , singulièrement agrandi, lui aussi, par l’adjonction des deux boutiques voisines dans le passage des Panoramas.
Au début du , la Maison Devambez grave et imprime de luxueuses étiquettes pour les parfums Lubin et L.T. Piver.
Survient la Première Guerre mondiale. Dès le début, la Maison Devambez édite, pour le Bureau de propagande française à l’étranger, les pages tragiques et vengeresses d’Abel Faivre, d’André Devambez, de Steinlen, de Willette, de Forain.
Après la guerre, malgré les difficultés économiques qui surgissent, la Maison Devambez prend un essor plus vaste encore. Ses estampes sont de plus en plus demandées et ses livres sont entièrement souscrits dès leur publication.
Cette époque se clôt avec la mort d'Édouard Devambez, le , et la nomination d'Édouard Chimot comme directeur artistique des Impressions artistiques.
Galerie Devambez
La galerie Devambez ouvre au boulevard Malesherbes à Paris en 1897. C'est une galerie d’exposition et de vente de tableaux, à deux pas de la place Saint-Augustin, dans le quartier où se déplace le centre des affaires et de la vie élégante. Au début, la galerie Devambez se borne à la vente des estampes modernes, de cette sélection de lithographies originales, de gravures en couleurs, de pointes-sèches ou de fac-similés d’aquarelles, où se lisent les signatures des meilleurs artistes contemporains. Le musée du Louvre, fermé, installe pendant plus d’une année à la galerie le service de vente des estampes de son département de chalcographieÉdouard Chimot, Les Éditions d’art Devambez, 1929, introduction ..
Dans le premier catalogue d’estampes d’art que la galerie publie, on retrouve en édition limitée les artistes suivants :
Devambez publie aussi des éditions limitées de tirages par des artistes tel Guy Arnoux (Tambours et Trompettes, 10 tirages pochoirs publiés en 1918)Catalogue d’estampes d’art de la galerie Devambez, Paris..
Les premières expositions dans les nouveaux salons de la Maison Devambez, en (Œuvres de Marie Bermond, du au ), démontrent l’excellence de l’emplacement choisi par la galerie. Dans ce foyer mondain du boulevard Malesherbes, le tout-Paris défile devant les expositionsIl n'existe pas de liste complète des expositions qui se sont tenues à la galerie Devambez de 1907 à 1926. De nombreux catalogues peuvent être consultés au musée des arts décoratifs de Paris. L'étude de Pierre Sanchez publié en 2009 répertorie les différentes expositions de la galerie ainsi que les artistes et œuvres présentées, notamment celle de 150 dessins de Rodin, que la galerie est la première à présenter lors d'une grande rétrospective qui s'est tenue du 19 octobre au . Cette exposition pose la direction artistique de la galerie. Celles qui suivent eurent un impact sur l'évolution de l'art moderne : les deux premières, dirigées par Paul Guillaume, redéfinirent l'esprit et la direction du modernisme dans l'art qui se développe après la Première Guerre mondiale.
La première exposition d'art nègre et d'art océanienLemke, Primitive Modernism, 1998, pp. 35-41 : Paul Guillaume. “A New Aesthetic”, 1919. a lieu à la galerie Devambez, en 1919, organisée par Paul Guillaume, avec un catalogue d'Henri Clouzot et un texte introductif de Guillaume Apollinaire. Apollinaire, qui est mort l'année précédente, a collaboré avec Paul Guillaume aux premières études des sculptures d'art primitif. Cette exposition, montée à partir des pièces de la collection privée de Paul Guillaume, va placer l'art primitif au centre du modernisme.
L’« Exposition de peinture moderne », toujours organisée par Paul Guillaume, du au , de nouveau avec une introduction d'Apollinaire, est considérée comme un tournant dans l’histoire de l’art moderne.
Pablo Picasso présente quatre œuvres : Tête, Buste, Nature morte et Nu de Femme. Amedeo Modigliani en présente douze : La Demoiselle du dimanche, Portrait de Jean Cocteau, La Dame au médaillon, La Collerette blanche, La Jolie Fille rousse, Le Liseré noir, Madame Pompadour, Femme au fauteuil, Béatrice, L’Enfant gras, La Rouquine, Tête de Femme et Raymond. Henri Matisse expose une toile, Les Trois Sœurs, et quatre sculptures en bronze, Le Serf, Femme accroupie, Tête de femme et Torse de fillette. On y voit aussi un Giorgio de Chirico, Il RitornanteCette œuvre a été vendue lors de la vente Pierre Bergé-Yves Saint Laurent à Christie's en février 2009 pour € ( US$) (Catalogue Christie's)..
Dans le texte introductif du catalogueCatalogue d’exposition de la galerie Devambez, Paris., Apollinaire commence ainsi :
Artistes exposés à la galerie Devambez
La galerie Devambez accueillait aussi les expositions annuelles du Salon de l'Araignée de Gus Bofa, la Société des peintres-graveurs français et, à partir de 1908, la Société des peintres-lithographes« La Société des peintres-lithographes », in: Janine Bailly-Herzberg, Dictionnaire de l'estampe en France 1830-1950, Paris, AMG-Flammarion, 1985, ..
Les éditions d'art Devambez Depuis longtemps établi comme imprimeur, Devambez se lance comme éditeur de livres au début du , avec un premier livre, en 1908, sur la place Vendôme.
Les publications paraissent simplement sous le nom de Devambez, de Devambez Éditions de Luxe, ou encore À l’Enseigne du Masque d’Or, Devambez ; c'est aussi sous la marque du Masque d’Or que sont publiés deux almanachs de style Art nouveau pour les années 1921 et 1922, illustrés au pochoir par Édouard Halouze.
Entre 1906 et 1932, Devambez publie environ 70 livres, généralement illustrés. La maison d'édition a son siège au rue Lavoisier à Paris.
La nomination d'Édouard Chimot, en 1923, comme directeur artistique des Impressions artistiques, Éditions d’art Devambez, ouvre une nouvelle ère à l'entreprise. Chimot fait partie de ces artistes qui portent le symbolisme esthétique vers la période des arts décoratifs. Les années 1920 sont ses années fastueuses. Son art y est à son apogée, et le plus original. De plus, à cette époque, l'influence de Chimot est prépondérante sur la scène artistique parisienne. Les livres sont publiés par André Devambez, sous la direction de Chimot ; ils sont illustrés de dessins originaux dans des éditions d'art strictement limitées à quelques centaines d'exemplaires.