vignette|Une séance au Club des jacobins en 1791 dans la bibliothèque des Dominicains. Alexandre de Lameth préside, tandis que Mirabeau prononce un discours.

La société des Amis de la Constitution, plus connue ensuite sous le nom de Club des jacobins, est le plus célèbre des clubs révolutionnaires de la Révolution françaiseHenri Prat, Études historiques. Révolution française, Paris, C. Borrani, 1868, .. « C’est ici que s’est préparée la Révolution, dit Georges Couthon en 1793, c’est ici qu’elle s’est faite, c’est ici que se sont préparés tous les grands événements »Maxime Renard, L’Héritage du jacobinisme, Paris, L'Harmattan, 2015, 202, , ..

Appelé d'abord Club breton, le club tient son nom du couvent des jacobins de la rue Saint-Honoré (collège des Jacobins)Les jacobins sont des dominicains. où il s’est installé en 1789, dans une salle louée par le couvent de l'Annonciation, fondé entre 1611 et 1613 par Sébastien Michaëlis comme extension du couvent des jacobins de la rue Saint-Jacques (Jacobus en latin).

Le Club des jacobins est une société de pensée qui a constitué, pendant la Révolution française, à la fois un groupe de pression et un réseau d’une remarquable efficacitéMichel Biard, La Révolution Française - Une histoire toujours vivante, , .. L’action du club, essentielle dès le début de 1790, devient dominante entre 1792 et 1794.. À la fin de 1793, environ de même type sont en correspondance avec lui dans toute la France.. La chute de Robespierre marque la fin du grand rôle politique exercé par le club et entraîne sa dissolution en .

Depuis cette époque, le nom et l’adjectif s’appliquent à un homme, une femme ou un courant politique partisan d'un pouvoir centralisé de l’ÉtatAlain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1992. et hostile à toute idée de son affaiblissement ou de son démembrement.

Histoire L’histoire du Club des jacobins peut être divisée en trois périodes, que Michelet caractérise à travers les hommes : « Il y a eu le jacobinisme primitif, parlementaire et nobiliaire, de Duport, Barnave et Lameth, celui qui tua Mirabeau. Il y a eu le jacobinisme des journalistes républicains, orléanistes, Brissot, Laclos, etc., où Robespierre domina. Enfin… le jacobinisme de 1793, celui de Couthon, Saint-Just, Dumas, etc., lequel doit user Robespierre, s’user avec lui ».

La Constituante (1789-1791) vignette|Mirabeau domine le club jusqu’en décembre 1790.|upright vignette|Barnave qui, avec Duport et Lameth, succède en triumvirat à Mirabeau.|upright

Le , les députés bretons aux états généraux — notamment Le Chapelier, Lanjuinais et Glezen, avocats au barreau de Rennes — fondent, à Versailles le Club breton, bientôt ouvert à d’autres députés patriotes. Après les journées des 5 et 6 octobre et le transfert de l'Assemblée constituante à Paris, à la suite du roi, ce club se reconstitue sous le nom de « Société des amis de la Constitution » et s’installe au couvent des Jacobins, nom qui va faire sa célébrité.

L’objet du club est à l’origine de préparer les séances à l’Assemblée, en discutant d’avance les textes qui doivent y être débattus et de travailler à l’établissement et à l’affermissement de la Constitution. Le succès est rapide : 200 adhérents à sa création, déjà plus d’un millier en . Le recrutement désormais n’est plus réservé aux seuls députés, mais une cotisation (24 livres) et la nécessité d’être présenté par cinq parrains confèrent à la société un caractère fermé. On y trouve toutes les têtes du parti patriote, de Mirabeau à Robespierre, de La Fayette à Pétion, en passant par le triumvirat Duport, Barnave et Lameth.

Très vite, le club s’entoure en province de sociétés filiales à qui il donne une investiture. Près de 150 filiales fin 1790, assez nombreuses déjà pour constituer un réseau national doté, dès , d’un Journal des Sociétés des amis de la constitution, fondé par Choderlos de Laclos. Un comité de correspondance, le plus important du club, contrôlé par Barnave et ses amis veille aux relations entre la société mère et les filiales.

L’analyse sociale du recrutement, à Paris comme en province, fait apparaître la même prédominance de l’élite du tiers état : négociants, magistrats, officiers, médecins, rentiers.

À Paris, c’est Mirabeau qui, par son éloquence, exerce, au moins jusqu’en , la plus grande influence au Club des jacobins. Le , Lameth détruit son influence en l’accusant de collusion avec les « aristocrates ». Dès lors, c’est le triumvirat qui domine aux jacobins.

En raison de son refus de prêter le serment civique, Bergasse se trouva en butte avec le Club des jacobins et n’eut pas l’occasion de démontrer à l’Assemblée à quel point les assignats allaient conduire, d’un point de vue monétaire, à la ruine du pays à travers la spéculation, l’agiotage, l’affaiblissement du commerce extérieur et intérieur, la fuite des capitaux et numéraires (métaux précieux) par opérations d’arbitrage entre billets de caisse d’escompte d’une part, métaux précieux d’autre part et finalement lettres de change entre Paris et Londres. Bergasse prédit l’affaissement très important de la devise. Les assignats furent donc adoptés avec l’appui de Mirabeau et l’hyperinflation ainsi que des troubles politiques très importants s’ensuivirent.

Mais la fuite du roi en et son retour changent la donne. Les décrets qui déclarent l’inviolabilité du roi et le rétablissent dans ses fonctions provoquent une scission. Le , la veille de la fusillade du Champ-de-Mars, désertant les jacobins, Barnave entraîne la majorité modérée (dont la quasi-totalité des députés) et va s’installer au couvent des Feuillants. Aux jacobins, seuls restent une dizaine de députés : Robespierre, Pétion, Roederer, Buzot, Grégoire et quelques autres. Mais la scission provoquée par Barnave va se révéler un échec politique, aussi bien à Paris qu’en province (à l’automne 1791, on dénombre 442 sociétés jacobines contre 60 feuillantes et 110 hésitantes). En juin et en , la société a procédé à un certain nombre d'exclusions liées à l'introduction de la question coloniale dans la vie politique française. Les 10 et sur demande de Danton, plusieurs députés des colonies sont suspendus (Gouy d'Arcy, Moreau de Saint-Mery, Jean-Baptiste Gérard, Joseph Curt) pour avoir violé le serment du jeu de paume en boycottant l'Assemblée nationale depuis son vote du qui accordait l'égalité politique à une partie des hommes de couleur libres. Après la fuite de Varennes, ils adhéreront au club des Feuillants.

Le ce fut au tour de Barnave, Alexandre et Charles de Lameth, Goupil de Prefeln et Adrien Duport, dont les noms étaient encore inscrits dans les procès-verbaux de la société. Ici ce fut la radiation pure et simple, car la veille ils avaient fait révoquer ce même décret que l'abbé Grégoire avait appelé dans un discours au club même à maintenir le . Le dans une adresse aux nouveaux législateurs, lue au Club des jacobins l'abbé Grégoire appelle ces députés à voter le rétablissement des hommes de couleur libres dans leurs droits.

Malgré cette victoire, les jacobins n’obtiennent qu’un succès relatif aux élections de à la législative : leurs candidats sont battus à Paris, même s’ils connaissent en province un sort meilleur. Dans la nouvelle Assemblée, 136 députés s’inscrivent aux jacobins, 260 aux Feuillants. Les autres, plus de 300, refusent de choisir entre les factionsFrançois Furet et Denis Richet, La Révolution française, Fayard, 1973, .. Mais en c'est un jacobin, le plus proche ami de Robespierre, Jérôme Pétion, qui est élu maire de Paris à la place de Bailly et contre le feuillant Lafayette. Mais le club a changé de rôle. Grégoire et Roederer reformulent les principes d’organisation et la doctrine. De club de discussion, il est devenu une machine politique au service d’une deuxième révolution.

La Législative (1791-1792) vignette|Brissot, député de Paris, est l’homme de la guerre révolutionnaire. Avec ses amis, il représente la deuxième génération révolutionnaire. On les appelle, après Lamartine, les girondins.|alt=|upright vignette|Robespierre se prononce contre la guerre. Le duel qui l’oppose à Brissot a lieu au Club des jacobins. Robespierre y déclame cinq grands discours et une dizaine d’interventions, applaudis par plusieurs futurs députés montagnards.|upright

La nouveauté majeure est sans doute la modification du rapport entre le club et l’Assemblée nationale. Désormais, le club n’est plus essentiellement destiné à préparer les débats à l’Assemblée. Il prend une autonomie réelle. C’est une autre Assemblée. Les grands débats politiques ont lieu maintenant aussi bien au Club des jacobins qu’à l’Assemblée législative, cette dernière se trouvant sans cesse contestée par ces gardiens de l’esprit révolutionnaire que deviennent les jacobins. L’Assemblée législative est composée d’hommes nouveaux, un décret, voté sur proposition de Robespierre, ayant interdit aux Constituants de siéger dans la nouvelle assemblée.

Brissot énumère dans un discours, le , les tâches qui incombent au club : discuter les lois à faire et créer les conditions d’une discipline parlementaire, mais aussi « soumettre la conduite des fonctionnaires publics à la censure rigoureuse du tribunal de l’opinion publique », et surtout « dénoncer les mauvaises lois et rechercher les moyens d’obtenir leur révocation ».

L’admission du public aux séances, le , soumet dorénavant le club à la pression des activistes parisiens dans les tribunes. Aux trois comités de correspondance, d’admission et de présentation, s’ajoutent un comité des rapports et un comité de surveillance, mais le comité de correspondance conserve son rôle stratégique et regroupe les chefs de file en vue : Pétion, Brissot, Buzot, Robespierre, Réal, Carra, Bourdon, Billaud-Varenne, Collot d’Herbois, Desmoulins, Clavière.

L’hiver 1791-1792 est marqué au Club des jacobins par le débat sur la guerre et un duel entre Brissot et Robespierre. Brissot est l’homme de la guerre : « Le moment est venu, dit-il, d’une nouvelle croisade : c’est une croisade de liberté universelle » ; c’est un devoir de donner assistance aux révolutionnaires de l’Europe ; en détruisant le foyer d’émigration de Coblence, on obligera le roi à se déclarer, on rétablira la tranquillité. Robespierre y est hostile. Il craint la dictature militaire et dénonce l’idéalisme de Brissot :

Bien que soutenu sur la base du caractère nécessairement pacifique de la Révolution inscrit dans la Constitution par nombre d'adhérents tels que Billaud-Varenne, Camille Desmoulins, Danton, Marat, Anthoine, Simond qui siégeront ensuite à la Montagne, Robespierre n’arrive pas à convaincre. La guerre est déclarée à l’Autriche le . Brissot et ses amis semblent conforter leur avantage quand le roi constitue au printemps 1792 un ministère girondin, mais cette compromission avec la Cour les rend vulnérables aux attaques de Robespierre.

Ce dernier reprend l’avantage au Club des jacobins en juillet, avec les premières défaites qui vont radicaliser la Révolution. Dans un important discours, le , Robespierre orchestre les mots d’ordre spontanés des fédérés ( nationaux de province appelés à Paris pour assister à la fête de la Fédération) et des sections parisiennes : déchéance du roi et élection d’une Convention nationale élue au suffrage universel.

Le Club des jacobins est un des principaux bénéficiaires de la journée du 10 août 1792 (chute de la monarchie). Il occupe désormais une position dominante et inaugure la période jacobine de la Révolution française.

C’est le Club des jacobins qui désigne la députation parisienne (24 députés) aux élections à la Convention. Robespierre est élu le premier, Danton le deuxième (avec plus de voix que Robespierre, 638 sur 700 présentsJean Tulard, Nouvelle histoire de Paris, la Révolution, Bibliothèque historique de la ville de Paris, 1789, .).

La Convention (1792-1794) vignette|De l’été 1793 à l’été 1794, le Club des jacobins s’identifie à Robespierre.|upright