D'après Jean-Pierre Briand et Jean-Michel Chapoulie (Revue française de sociologie), une institution scolaire, une institution éducative ou une institution pédagogique est une structure sociale et politique stable destinée à l'éducationhttps://archipel.uqam.ca/14430/1/D3905.pdf, dans le premier ou le second degré. C'est une organisation sociale, relevant souvent du droit public, et qui vise l'éducation, l'instruction, la formation (), pour, au moins, des enfants et des adolescents. Elle concerne les coutumes, les principes, les règlements, les lois (par exemple, les lois organiques de Jules Ferry en France), mais aussi les groupements de personnes (par exemple, les personnels enseignants, les lycées agricoles…), mais encore les diplômes d'État, le découpage des enseignements et les programmes scolaires, les fonctions administratives (recteur, directeur d'école…), les statuts (titulaire/contractuel…), les secteurs (privé/public, laïc/confessionnel)…

Deux mots fusionnent en une expression : « institution » et « école » (l'École). Une institution est une forme ou une structure sociale établie par la loi ou la coutume, un ensemble socialement organisé où s'exercent les fonctions publiques, un système organisé et stable qui structure des activités sociales (par exemple l'enseignement, ou la justice, le travail…). L'École est l'institution qui se donne pour mission de transmettre les savoirs, d'éduquer aussi, et de favoriser l'insertion sociale ou même professionnelle.

Les grandes institutions scolaires

- ap. J.-C. : les druides, caste d'enseignants chez les GauloisMichel Rouche, Histoire de l'enseignement et de l'éducation, t. I : Des origines à la Renaissance. V° s. av. J.-C. - siècle, Librairie Académique Perrin, 2003, p. 51-61. 529-1791 : le monopole d'Église sur l'enseignement (concile de Vaison-la-Romaine en 529 ou 527) 1191 : trois "actes scolaires" (les lectures, les disputes, les sermons) selon Pierre le Mangeur 1215 : l'UniversitéChristophe Charle et Jacques Verger, Histoire des Universités, PUF, coll. "Que sais-je ?", 1994, 128 p. 1548 : le collège de jésuites (Ignace de Loyola) 1638 : le manuel d'enseignement gradué, pour le maître et pour l'élève (Comenius) 1766 : l'agrégation (pour hommes ; pour femmes : 1884)André Chervel, Histoire de l'agrégation. Contribution à l'histoire de la culture scolaire, Institut national de recherche pédagogique et éd. Kimé, Paris, 1993. 1790 : liberté de l'enseignement : "Tout citoyen a le droit d'ouvrir une école et d'enseigner", avec un diplôme (Joseph Lakanal). 1794 : première École normale supérieure (il faut attendre pour les filles 1880, à Fontenay-aux-Roses) 1802 : les lycées (pour hommes ; pour femmes : 1880) 1806 : l'Université publique (Napoléon, Jean-Antoine Chaptal) 1808 : le corps enseignant du secondaire public 1808 : le baccalauréat (pour hommes ; pour femmes : 1861) 1808 : le Recteur 1808 : les palmes académiques 1810-1989 : l'école normale primaire, la première à Strasbourg, grâce à Adrien de Lezay-MarnésiaCh. Nique, L'impossible gouvernement des esprits. Histoire politique des écoles normales primaires, Nathan, 1991.. Remplacée par les I.U.F.M. en 1991. 1828 : le Ministère de l'instruction publique ( Denis Frayssinous) (en 1932, sous Édouard Herriot : Ministère de l'éducation nationale) 1828 : le Bulletin Officiel de l'Éducation Nationale 1833 : le service public d'enseignement (François Guizot) (pour les garçons ; pour les filles : 1836)Marc Loison, L'École primaire française. De l'Ancien Régime à l'éducation prioritaire, Paris, Vuibert, 2007. 1834 : le manuel scolaire national (Guizot, Lorain) 1835 : l'inspection primaire d'État (Guizot). 1848 : l'école maternelle (Marie Pape-Carpantier, ou Pauline Kergomard en 1886)E. Plaisance, Pauline Kergomard et les origines de l'école maternelle, PUF, 1997. (déjà en 1770) 1850 : la liberté de l'enseignement (soit laïc soit confessionnel), aide limitée aux établissements privés (comte de Falloux) 1869 : la gymnastique, aujourd'hui éducation physique et sportive (Victor Duruy) 1879 : l'enseignement agricole (André Thouin) 1880 : l'enseignement secondaire public féminin (Camille Sée) 1880 : les colonies de vacancesLaura Lee-Downs, Histoire des colonies de vacances, Librairie Académique Perrin, 2009, 433 p. 1881 : principe républicain de la gratuité absolue de l'enseignement public dans les écoles primaires (Jules Ferry)J.-M. Gaillard, Jules Ferry, Fayard, 1989. 1882 : principe républicain de l'obligation d'instruction pour garçons et filles et principe républicain de la laïcité de l'enseignement primaire public (Jules Ferry)Nicole Allieu, Laïcité et culture religieuse à l'école, ESF, 1996. 1882-1990 : le certificat d'études primaires (C.E.P.) 1883 : les sciences de l'éducation (Henri Marion)Éric Plaisance et Gérard Vergnaud, Les sciences de l'éducation, La Découverte, coll. "Repères", 2001. 1886 : la laïcisation des personnels des écoles publiques (loi Goblet) 1889 : les maîtres d'école devenus fonctionnaires (payés par l'État) 1947 : le Brevet d'études du premier cycle du second degré : B.E.P.CDécret n°47-2052 du 20 octobre 1947 instituant un brevet d'études du premier cycle du second degré Version scanée sur Légifrance., devenu Brevet des collèges 1948 : le "droit à l'éducation" (Déclaration universelle des droits de l’homme) 1950 : le CAPES (Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement du Second degré : professeurs de collèges et lycées) 1954 : le Centre National de Documentation Pédagogique (C.N.D.P.) 1959 : l'obligation scolaire portée de treize à seize ans (Jean Berthoin) 1959 : le contrat d'association privé/public : sous contrat (Michel Debré) 1963 : la "pédagogie institutionnelle" (F. Oury, M. Lobrot) : autogestion (non-directivité et coopération) 1967 : les I.U.T. et le Diplôme Universitaire de Technologie (DUT) 1971 : le droit à la formation continue 1975 : le collège unique (René Haby) : "enseignement commun" dans tous les collèges 1976 : l'I.N.R.P. (Institut National de Recherche Pédagogique), à Paris : c'est l'ancien Musée pédagogique, créé en 1879 1980 : le M.N.E., Musée national de l’Éducation, à Rouen 1981 : le projet d'établissement 1982 : la décentralisation (Gaston Defferre) (la déconcentration en 1992) 1991 : les I.U.F.M. (loi d'orientation de Lionel Jospin, 1989), qui remplacent les écoles normales primaires (1833) 1993 : le CNED (Centre National d'Enseignement à Distance) 1993 : télévision, la chaîne éducative (la ) 1998 : le "médiateur de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur" 1998 : la réforme L.M.D. (Licence-Master-Doctorat) 1998 : l’Observatoire Européen de la Violence en Milieu Scolaire (Allemagne, Angleterre, Belgique, Espagne, France, Italie, Suisse). 1999 : pratique d'évaluation des performances des établissements scolaires« Gouvernance et performance des établissements scolaires en Europe » 2000 : le Code de l'éducation, l'ensemble des lois en vigueur dans le domaine de l'éducation 2000 : palmarès des lycées de France (journal L'Express, annuel) 2000 : PISA, enquête tous les trois ans auprès des 15 ans dans les 30 pays membres de l’OCDE pour évaluer l’acquisition de savoirs et savoir-faire essentiels 2001 : PIRLS, Programme international de recherche en lecture scolaire, pour les enfants de neuf ansPIRLS, Programme International de Recherche en Lecture Scolaire 2001 : le B2i (Brevet Informatique et Internet) 2003 : classement académique des universités mondiales par l'université Jiao Tong de Shanghai 2006 : l'espace numérique de travail (E.N.T.), dispositif en technologies de l'information et de la communication (TIC) 2009 : le dispositif d'évaluation des acquis des élèves en C.E.1 et C.M.2

Thèmes Des questions reviennent : la concurrence entre secteur public et secteur privé (confessionnel ou pas) les échelons administratifs : Europe, État, région, département, commune. la démocratisation et la massification de l'enseignementPierre Merle, La démocratisation de l’enseignement, Paris, La Découverte, coll. "Repères", 2002. l'articulation entre le primaire (enseignement du premier degré : jusqu'à la , non incluse) et le secondaire (enseignement du second degré) la violence à l'école la violence symbolique de l'école (Pierre Bourdieu, 1970)Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, La reproduction. Éléments pour une théorie du système d'enseignement, Minuit, 1970. la légitimité : qui est le plus autorisé à fonder ou critiquer une institution scolaire : les inspecteurs ? les usagers ? le gouvernement ? les pédagogues ? l'écart entre le formel et le réel, les lois et les usages, les cours et les stages, le projet et la réalisation la multiplicité des regards : on peut considérer la même institution sous les angles historique, sociologique, pédagogique, juridique, économiqueAndré Giordan, Les sciences de l'éducation, regards multiples, Berne, Peter Lang, 1992.… la rivalité entre l'école et les médias traditionnels (presse, radio, télévision, publicité…) la part croissante des TIC (Technologies d'Information et de Communication, dans l'enseignement), comprenant les médias traditionnels et l'Internet le clivage entre l'école pour le peuple et l'école pour l'élite socialeAntoine Prost, Éducation, société et politiques, Seuil, 1997.

Approches philosophiques : émancipation ou répression ? Habituellement, les savants voient dans l'institution scolaire une œuvre d'émancipation, de libération, une lutte contre l'obscurantisme, contre les privilèges, pour l'égalité, l'universalité, bref "les Lumières" (CondorcetCondorcet, Cinq mémoires sur l'instruction publique (1792), Garnier-Flammarion, 1994. Élisabeth et Robert Badinter, Condorcet. Un intellectuel en politique. 1743-1794, Fayard, 1989., KantKant, Traité de pédagogie (1776-1787), Hachette, 1981, 107 p., Jules Ferry)Jules Ferry, "Circulaire adressée par M. le Ministre de l'Instruction publique aux instituteurs, concernant l'enseignement moral et civique", 17 novembre 1883.. Selon Kant : "L'homme est la seule créature qui soit susceptible d'éducation… La discipline nous fait passer de l'état animal à celui d'homme… L'homme ne peut devenir homme que par l'éducation… L'éducation, d'une part, apprend quelque chose aux hommes, et, d'autre part, ne fait que développer en eux certaines qualités… Celui qui n'est point cultivé est brut ; celui qui n'est pas discipliné est sauvage… Les lumières dépendent de l'éducation, et, à son tour, l'éducation dépend des lumières… Il faut d'abord instituer des écoles expérimentales avant de pouvoir en fonder de normales… Il faut lui [l'enfant] prouver que la contrainte qu'on lui impose a pour but de lui apprendre à faire usage de sa propre liberté." (Kant, Traité de pédagogie, 1776-1787).

D'autres savants présentent l'institution scolaire comme répressive, aliénante.