La révolution industrielle en Suisse couvre l'histoire économique et sociale de la Suisse pendant le .
La révolution industrielle commence dans les années 1760 en Grande-Bretagne, puis se répand dans le reste de l'Europe, touchant d'abord le nord de la France et la Belgique, ainsi que la Suisse, aux alentours de 1800-1820. S’ensuit une phase de consolidation et de diversification de l'industrie de 1820 jusqu’à 1850. C'est en copiant les machines anglaises que la révolution industrielle put commencer en Suisse tout d'abord dans la campagne, puis dans les villes. Par ailleurs, le libéralisme naissant favorise l'esprit d'entreprise.
La Suisse, pays montagneux, dépourvu de matières premières et de débouchés sur la mer, réussit à s'industrialiser en dépit de ses handicaps. La Suisse compense son manque de charbon en utilisant ses nombreux cours d'eau pour faire tourner ses machines. De plus, l'abondance de capitaux et une main d'œuvre artisanale abondante lui permettent d'investir dans l'industrie. À partir de 1880, manquant d'ouvriers, les industriels font appel à des travailleurs étrangers, provoquant la première vague d'immigration massive en Suisse.
Le Verlagssystem
Le Verlagssystem est un moyen trouvé par les marchands-entrepreneurs des villes pour pouvoir faire travailler les paysans. Le Verlagssystem offre plusieurs avantages, car il utilise les populations des villages pour les faire travailler à domicile. Les marchands, notamment zurichois, apportent la matière première à l'automne et reviennent au printemps acheter la production textile hivernale réalisée par les familles paysannes. Grâce à ce système, les règles des corporations ne sont que partiellement appliquées et le nombre d’ouvriers n'est pas limité comme en ville. De plus, les salaires qui sont payés sont moins élevés et la production ne dépend que de la demande. À côté des artisans urbains, les paysans sont ainsi l'autre source des futurs ouvriers en usine.
Concurrence avec la Grande-Bretagne
Malgré ses désavantages (transport plus cher, absence de charbon, importation de matières premières, petitesse du marché intérieur) la Suisse réussit à concurrencer l'industrie textile anglaise. L’Angleterre s’étonna de voir un petit pays comme la Suisse réussir si bien ; . La présence d'une main d'œuvre abondante et peu payée, longtemps sans protection sociale, permet de compenser ces désavantages.
L'absence de matières premières a comme conséquence que l'industrie suisse ne se concentre pas dans un bassin houiller. Il n'y eut pas un développement urbain rapide et important, il y eut moins de concentration ouvrière. Les industries suisses eurent tendance à se disperser le long des rivières fournissant l'énergie hydraulique. Les villes restèrent relativement petites (même si leur population augmenta rapidement, mais rien de comparable à Manchester, par exemple). Les ouvriers suisses restèrent longtemps nettement moins payés qu'en Angleterre, mais leurs conditions de vie étaient meilleures et les prix et les loyers en Suisse restent longtemps plus modestes qu'en Angleterre.
L'absence de grosse concentration ouvrière ralentit certes la diffusion des idées socialistes, mais la Suisse ne reste pas à l'écart des débats intellectuels et politiques européens. Les horlogers du Jura sont adeptes de l'anarchisme prôné par Mikhaïl Bakounine, et depuis Alexandre Herzen, Genève est l'un des centres importants de l'intelligentsia russe en exil.
Les différentes industries L'industrialisation s’est faite dans le textile, les machines, l’horlogerie, l’alimentation et la chimie.
Cette époque fut une époque d’essais et de faillites. Les entreprises utilisant des machines modernes, grandissaient souvent aux dépens des petits artisans, qui eux ne produisaient pas à la chaine. Les gens délaissaient les artisans pour acheter chez les entreprises. Ainsi, les artisans peinaient à continuer leur travail.
Cependant, le blocus continental que Napoléon mis en place au début des années 1800 rendait impossible l'importation et le service des machines en provenance d'Angleterre. Ainsi, la Suisse n'avait pas de réel concurrent. Diverses fabriques à textiles en Suisse orientale commencèrent à construire elles-mêmes des machines, comme en 1805 Escher, Wyss & Co. à Zurich, en 1810 Johann Jacob Rieter & Co. à Winterthour.
La concentration industrielle est surtout marquée dans le nord-est du pays.
L'industrie artisanale
Parmi les différentes industries en Suisse, l’industrie du textile est dominante dès le début de la révolution industrielle. Mais avant la révolution et les premières machines, l'économie artisanale constitue déjà une base solide vers la fin du Moyen Âge avec la production du textile.
Pour les métiers à tresser, la paille constitue la matière première. Le travail de la paille connaît un essor important. En effet, les produits sont exportés partout dans le monde au et dans la première moitié du ..
L'industrie horlogère également qui produisait environ montres exportées par an, et pas uniquement des montres de luxe. Elle fabriquait également des chronomètres de marine. À l'époque, il n'y avait pas de machines assez perfectionnées pour faire des montres. Le travail se faisait donc à la main.
Le métier à tisser fait partie également de l’industrie du textile en Suisse. Mais, c’est en Suisse orientale que la production de textiles devient une industrie dominante. Un grand nombre d'ouvriers travaillent dans l’artisanat dans des conditions pénibles pour pouvoir gagner un revenu minimum que l’agriculture ne pouvait leur offrir à cette époque. Dès le , le coton supplante les autres matières, comme le lin. Au cours de la première moitié du , grâce à la mécanique qui apparaît, le travail du filage et le tissage est déplacé dans les fabriquesFrançois de Capitani, Découvrir l’histoire, Château de Prangins, Musée national suisse, 2007 (chapitre : La Suisse en mouvement 1750-1920, « La révolution », pp. 95-96).
Au début du , la Suisse fait partie des premiers pays industrialisés avec la Belgique et le Nord de la France. L’industrie du textile s'améliore et on construit les premières machines pour la filature du coton ce qui augmente la production. De plus, le métier d'artisans attire beaucoup de personnes à la recherche d'un travail dans les campagnes. La production permet de vendre à une clientèle plus éloignée et étendue. D’ailleurs, un certain nombre de travailleurs délaissent leur travail dans l'agriculture, pour se consacrer pleinement à un métier d'artisanJean-François Bergier, Histoire économique de la Suisse, Lausanne, Payot, 1984 (chapitre VIII, « Les structures industrielles de la Suisse médiévale », p.125).
L'industrie alimentaire Dès le Moyen Âge, certains produits alimentaires suisses, notamment certains fromages, deviennent des produits d'exportation très appréciés..
Au et dans la première moitié du , plusieurs fabriques de chocolat sont apparues en Suisse. La plupart du temps, le chocolat était fabriqué artisanalement, mais quelques manufactures produisaient déjà à l'aide de machines. Le chocolat a été fabriqué en Suisse de manière artisanale au Tessin à partir de 1803. En 1819, François-Louis Cailler construisit sa première usine de chocolat. On inventa au milieu du la soupe en sachet ou en cube qui était une véritable révolution. Le fondateur de Nestlé inventa le lait en poudre en 1866.
L’industrie du tabac est arrivée en Suisse au . La production des cigares a connu un essor important dès les premières années, cependant il n’y avait qu’un certain nombre d’usine. Puis, vers la seconde moitié du , l’industrie alimentaire s’est fait connaître au niveau mondial, notamment grâce au chocolat au lait.
Au , l’industrie alimentaire a une grande importance dans secteur économique suisse, mais le marché reste toujours national.
Les transports
La révolution industrielle en Suisse entraîne également quelques désavantages. En effet, même si l’artisanat urbain est une base solide et puissante pour la Suisse, l’accès aux transports n’est pas simple. Tout d’abord, la Suisse ne possède pas de matières premières et doit donc l'importer. Avant l’apparition des chemins de fer, le moyen de transport le moins cher est le bateau. La Suisse ne possédant pas de port, elle paie fortement plus cher le transport que les pays avoisinants la merNappey Grégoire, Histoire suisse, Lausanne, LEP Editions, 2007 (chapitre « La création de l’état fédéral », “Economie et société”, p.60 / chapitre: Le , “Les trente glorieuses” (Transports et énergie), p.77) (notamment la Grande-Bretagne)
Dès 1815, des routes sont construites à travers les Alpes, mais les transports se font uniquement en diligence, ce qui limite l’exportation et l’importation des marchandises. En 1823, le premier bateau à vapeur, le Guillaume Tell, navigue sur le lac Léman.
Au , le réseau ferroviaire étant très dense, la Suisse commence à construire des autoroutes. Des tunnels routiers sont également percés, par exemple, le Grand-Saint-Bernard. Au , le pays continue à construire des tunnels routiers dans les Alpes et des lignes ferroviairesFrançois de Capitani, Découvrir l’histoire, Château de Prangins, Musée national suisse, 2007 (chapitre « La Suisse en mouvement 1750-1920 », « L’État fédéral », pp. 114-115).
Chemin de fer
Les douanes intérieures empêchaient l'unification du domaine économiquement. Une nouvelle loi supprimait les tarifs intérieurs, surtout les péages sur les routes et les ponts. Ces impôts étaient une source de recette pour les cantons, car les impôts directs existaient encore à peine. En , l'Assemblée fédérale vota la loi sur les douanes, les taxes indirectes furent donc supprimées, ce qui influença directement sur les déplacements entre cantons.
se posa la question des chemins de fer. Ils étaient déjà utilisés par d'autres pays afin d'aider les ouvriers dans les mines de charbon, mais pas encore comme véritable moyen de transport. L'idée de transporter des gens suscita de vives réactions : on prétendait que les chemins de fer allaient contribuer à la faillite des aubergistes et des négociants. Cependant, la Suisse était encore très en retard sur l'étranger, retard dû au manque de charbon indigène, combustible indispensable aux locomotives.
Deux camps opposés se formèrent. Les uns, comme Jacob Staempfli, conseiller d'État radical bernois, militaient pour que les chemins de fer soit dirigés par le gouvernement, les autres, menés par Alfred Escher, soutenaient la cause des entreprises privées.
La Suisse était plus fédéraliste : chaque canton était alors libre d’écrire sa propre législation ferroviaire et de financer des lignes ou d'offrir des concessions ferroviaires sans l'aval des autorités nationales. Cependant, cette division importante du territoire ne permettant pas une expansion contrôlée du réseau, la diètenom du parlement d'époque accepta la constitution de 1848, qui permit à la confédération d'ordonner à ses frais et d'encourager par des subsides les travaux publics qui intéressent la Suisse ou une partie considérable du pays. À cette fin, elle put ordonner l'expropriation moyennant indemnité. Grâce à cela, le conseil fédéral reçu en 1849 un mandat pour faire un plan de réseau général des chemins de fer suisse, dessiné par des experts, ainsi que l'autorisation d'octroyer des concessions lorsque la construction se feraient en mains privées. En , l'assemblée fédérale décida en faveur de la construction privée, bien que les conseils fédéral et national se fussent prononcé en faveur de la construction par l'État.
Depuis 1844, Bâle était reliée au réseau français par Saint-Louis. La première ligne ferroviaire suisse fut construite par la compagnie Nordbahn entre Zurich et Baden et fut inaugurée le .