La cathédrale Saint-Étienne de CahorsMireille Bénéjeam-Lère, « La cathédrale Saint-Étienne », dans Congrès archéologique de France. . Quercy. 1989, Société française d'archéologie, Paris, 1993. est une cathédrale catholique romaine, située à Cahors, dans le département du Lot, en région Occitanie. Édifiée à partir du , elle est un des plus vastes édifices français à coupoles sur pendentifs et mêle éléments romans et gothiques (chœur).
Elle abrite la Sainte Coiffe, relique qui aurait enveloppé la tête du Christ lors de sa mise au tombeauLe sens à donner à cette consécration de l'autel du Saint-Suaire par le pape Calixte II en 1119 pose problème car on sait que la Sainte Coiffe se trouvait à Constantinople, dans la chapelle Sainte-Marie du Pharos, en 1201, d'après Robert Babinet, Le témoin secret de la Résurrection. La partie manquante du Saint Suaire, J.-C. Godefroy, 2001. Elle aurait alors été ramenée à Cahors après la prise de Constantinople par la quatrième croisade, en 1204, par un obscur chevalier. La Sainte Coiffe n'est attestée à Cahors qu'à partir du . L'arrivée de la Sainte Coiffe à Cahors par un don de Charlemagne en 803 est une légende. Guillaume Lacoste avait proposé que la Sainte Coiffe de Cahors a été donnée par Géraud III de Cardaillac qui a participé à la première croisade..
Cette cathédrale fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862.. Elle est également inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France depuis 1998.
En 2020, un nouvel arrêté de classement au titre des monuments historiques se substitue aux précédentes mentions.
Histoire L'histoire de la cathédrale n'est pas parfaitement connue ; tous les historiens ne s'accordent pas sur les dates de construction de ses différentes parties.
Pour Joseph Daymard, une première cathédrale a probablement été construite du temps de saint Martial qui a introduit le christianisme dans la région, vers 260. Cependant l'analyse des textes anciens a montré que l'évangélisation du Quercy par saint Martial et saint Génulphe est légendaire. Le premier évêque attesté de Cahors est Florentius en 405Mireille Bénéjeam-Lère, « compte-rendu de Topographie chrétienne des cités de la Gaule des origines au milieu du - VI- Province ecclésiastique de Bourges (Aquitania Prima), éditions de Boccard, Paris, 1989 », dans Bulletin de la Société des études littéraires, scientifiques et artistiques du Lot, janvier-mars 1990, tome 111, (lire en ligne).
Il est possible que cette première église ait été détruite par Théodebert (ou Thibert), fils de Chilpéric , quand il a pris la ville et la détruisit en 574. La cathédrale a été reconstruite car elle est citée plusieurs fois dans la vie de saint Didier, évêque de Cahors, ainsi que les bâtiments qu'il a fait construire, en particulier le palais double qu'il avait bâti pour lui et ses clercs au nord de la cathédrale, l'oratoire dédié à saint Martin dans la cathédrale, et ses donations aux établissements religieux de son diocèseMireille Bénéjeam-Lère et Maurice Scellès, Cathédrale Saint-Étienne, dossier vert du service régional de l'inventaire de la région Midi-Pyrénées, 2002 (lire en ligne)..
De même, le testament de saint Didier mentionne que la cathédrale de Cahors existait au même emplacement. Cette église a dû être de nouveau détruite, soit en 732 par les Sarrasins, ou en 763, par Pépin le Bref quand il lutte contre le duc d'Aquitaine Waïfre. Une troisième cathédrale a dû être reconstruite sous le règne de Charlemagne ou ses successeurs et qui aurait subsisté jusqu'à la cathédrale actuelle à file de coupolesJoseph Daymard, Le vieux Cahors, , .
Époque romane vignette|300px|Plan actuel de la cathédrale.
Sous l'influence de la réforme grégorienne, le chapitre de chanoines dépendant de la cathédrale est réorganisé à partir du . Son évêque, Géraud de Cardaillac, lui octroie une dotation dans son testament. Avec l'appui du pape Urbain II puis de ses successeurs, le chapitre récupère également des biens qui, lui ayant anciennement appartenu, avaient été accaparés par des laïcs. Cet enrichissement permet d'envisager la construction d'une nouvelle cathédrale et d'un cloîtreMarcel Durliat, « La cathédrale Saint-Étienne de Cahors. Architecture et sculpture. Dixième colloque international de la société française d'archéologie (Cahors 13-14 octobre 1978) », , dans Bulletin monumental, 1979, volume 137, (lire en ligne)..
Les travaux ont lieu au début du et le maître-autel est consacré le par le pape Calixte II. Les travaux se poursuivent toutefois après cette consécration. Pour Mireille Bénéjeam-Lère, ils se seraient achevés un peu après 1140 avec la construction du portail nord. Pour Maurice Scellès et Gilles Séraphin, ils auraient continué plus longtemps ; les coupoles pourraient en particulier avoir été édifiées seulement à la fin du , voire au début du . De cette première période de construction, en style roman, dateraient la nef ainsi que les portails nord et sud. Scellès et Séraphin émettent l'hypothèse que le chœur aurait initialement possédé un déambulatoire, détruit au moment de la construction des coupolesMaurice Scellès et Gilles Séraphin, « Les dates de la « rénovation » gothique de la cathédrale de Cahors », dans Bulletin monumental, 2002, volume 160, (lire en ligne)..
La coupole centrale, comportait, à hauteur de la nef et du chœur, une représentation de la Cène, qui a été cachée par une couche de ciment lors d'une précédente restauration.
Époque gothique vignette|180px|gauche|Élévation du chœur. vignette|alt=Chœur éclairé de la cathédrale|Chœur de la cathédrale ; l'étage roman et les trois étages gothiques distincts (arcatures, premier étage de fenêtres, deuxième étage de fenêtres) sont bien visibles.
Une nouvelle vague de travaux a lieu au , dans le style gothique. Elle aurait débuté vers 1280, sous l'impulsion de l'évêque Raimond de Cornil, selon Durliat et Bénéjeam-Lère, mais dès le milieu du , sous l'évêque Barthélemy de Roux, pour Scellès et Séraphin. Sur la base romane qui est conservée jusqu'au niveau supérieur des absidioles d'après Paul AbadiePaul Abadie a été architecte diocésain à Cahors en 1849 où il succède à Charles Hector Malo. Il est remplacé par Charles Lainé (1816-1863). Il est remplacé après sa mort par Victor Tourrette (1823-1892), en 1864. Ce dernier reste à Cahors jusqu'en 1888 mais il est remplacé par Pierre Bénouville (1852-1889). En 1889, après son décès, Paul Édouard Deménieux (1842-1928) est nommé architecte diocésain. Paul Abadie est intervenu dans les débats sur la restauration de la cathédrale en rédigeant des rapports (voir Marcel Durliat, « Restauration de la cathédrale au et au début du »), dans Bulletin monumental, 1979., l'abside est surélevée de trois niveaux distincts. Certaines discontinuités architecturalesC'est le cas de l'orientation de certains trumeaux à l'étage des grandes fenêtres, qui est différente de celle de leurs supports, ou des différences stylistiques entre le deuxième et le troisième étage gothique. observables dans cette partie du bâtiment seraient dues à des modifications apportées en cours de route au projet de construction. Le chœur est pourvu de sa voûte. Deux chapelles latérales sont construites au nord et deux au sud.
Le massif occidental est également de style gothique. On supposait depuis le qu'il avait été construit à partir de 1309 mais, pour Scellès et Séraphin, la construction aurait plutôt débuté à la fin du Cette nouvelle datation a été proposée après la redécouverte d'un texte des archives municipales, datant de 1288 et mentionnant le portail ouest de la cathédrale.. Cette datation est approuvée par des auteurs ultérieurs, sur la base d'une analyse stylistique du décor sculpté du portail occidentalVirginie Czerniak, Jean-Marc Stouffs, Myriam Tessariol, Floréal Daniel, « Les figures peintes et la polychromie du portail occidental de la cathédrale Saint-Étienne de Cahors : une étude pluridisciplinaire », , dans Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, 2007, tome 67 (lire en ligne)..
La chapelle adjacente au portail sud (dédiée à sainte Anne) ainsi que la chapelle saint Martin datent vraisemblablement du .
À l'achèvement de la guerre de Cent Ans, dans un contexte de reprise économique, plusieurs chapelles sont à nouveau construites. La chapelle profonde, construite à l'emplacement de l'absidiole sud, dédiée à Notre-Dame, consacrée le par Antoine d'AlamandJ. Fourgous, « Dans les rues du Vieux Cahors. Cathédrale », dans Bulletin de la Société des études littéraires, scientifiques et artistiques du Lot, janvier-juin 1944, tome 65, (lire en ligne), et la petite chapelle située entre les absidioles nord et est sont construites à la fin du ; l'actuelle chapelle Saint-Gausbert, à l'est du cloître, l'est vers 1500. Le cloître est également reconstruit à partir de la dernière décennie du .
À partir du
Aux et s, quelques modifications sont encore apportées à l'intérieur de l'église. Les coupoles sont dotées d'une balustrade. Le maître-autel est reconstruit, ainsi que le jubé. La tribune de l'orgue de chœur de la maison Harry est installée en 1722 ; une autre tribune, réservée aux chanoines, est installée sur le mur nord, condamnant l'entrée par le portail roman. En 1738 est installée la chaire. À l'exception de celles des coupoles, les peintures gothiques, passées de mode, sont recouvertes d'un badigeon.
Pendant la Révolution française, le chapitre canonial est supprimé et la cathédrale affectée au culte de la Raison. Le culte catholique y est rétabli en 1795. Toutefois, la cathédrale, mal entretenue, a besoin d'être rénovée.
Restauration de la cathédrale au Des réparations ont lieu dans le chœur et l'absidiole nord dans la première moitié du ; le portail roman du mur nord est dégagé en 1862.
Au début des années 1840, le service des monuments historiques commence à envisager un projet complet de restauration. Viollet-le-Duc, consulté, ne s'y montre pas favorable en raison, selon lui, du caractère « confus » du bâtiment. Des projets sont établis par les architectes diocésains successifs, Paul Abadie qui succède à Charles Hector Malo, puis , mais les travaux ne commencent qu'à la fin des années 1860, sur l'insistance de l'évêque Pierre-Alfred Grimardias. L'abside est restaurée et réaménagée. Elle est en particulier dotée d'une crypte funéraire ; les anciennes peintures gothiques y sont débarrassées de leur badigeon et des vitraux sont posés. Les combles masquant les coupolesD'après Paul Abadie, cité par Marcel Durliat, ces combles dataient du . sont supprimés. En 1890, des traces de peintures sont découvertes à l’intérieur des coupoles.
Restauration de la cathédrale au D'autres rénovations ont lieu au . Le massif occidental, dont on constate l'affaissement, est renforcé dans les années 1950 ; le cloître est restauré dans les années 1960. Enfin, un programme de restauration lancé en 1975 permet de rénover le porche du massif occidental et le buffet d'orgue de chœur, de la maison Harry, ainsi que de dégager des peintures gothiques découvertes en 1956.
Restauration de la cathédrale au Des vitraux modernes, conçus par l'artiste Gérard Collin-Thiébaut, sont installés dans la nef en 2013Service arts plastiques de la Drac Midi-Pyrénées, 11 nouveaux vitraux pour la cathédrale de Cahors, dossier de presse, 2013 (lire en ligne)..
Une campagne de restauration de la chapelle d'axe de la cathédrale est entreprise dans le cadre de la commémoration des de la consécration du maître-autel de la cathédrale par le pape Calixte II en 1119.
Description vignette|200px|Portail et rosace de la façade occidentale de la cathédrale.
C'est une église forteresse d'allure austère, militaire.