La cosmologie bouddhiste est la description de la configuration et de l'évolution de l'univers d'après les Écritures (Tripitaka) et les commentaires canoniques bouddhistes. Vu le nombre de textes écrits, de nombreuses descriptions de la cosmologie bouddhiste existent ; néanmoins dans les textes canoniques en langue pali, trois royaumes font l'univers : le royaume du désir ou Kamadhatu, le royaume des formes ou Rupadhatu et les royaumes informes ou Arupadhatu. Des dieux, des fantômes des humains entre autres peuplent l'univers bouddhiste..

Introduction Dans l’Abhidharma des traditions Theravāda et Mahāyāna, la cosmologie apparaît comme un ensemble homogène et autonome, qui est en fait la synthèse de différentes informations contenues dans les soutras, le vinaya et leurs commentaires. Ainsi, si aucun soutra n'expose la structure de l'univers de manière globale, on peut trouver dans de nombreux soutras des descriptions par le Bouddha d'autres mondes et d'autres états, ou des descriptions de la formation et de la destruction de l'univers. La synthèse de ces données en un système cohérent semble avoir eu lieu assez tôt, puisque le système décrit dans la tradition Vibhajyavāda en pali correspond, à quelques différences mineures de terminologie près, avec celui de la tradition Sarvāstivāda, et daterait donc de l'époque pré-scissionniste.

La description bouddhiste de l’univers ne concorde pas avec les connaissances astronomiques de l’Inde ancienne et ne peut donc être considérée comme une tentative de représentation réaliste, mais symbolique ou allégorique (voir Dix Royaumes). Elle représente la vision d’un être éclairé, arhat ou bouddha, grâce à « l’œil divin » divyacakṣus (pali: dibbacakkhu) qui permet de voir la naissance et la mort des univers, des êtres qui s’y trouvent et les états dans lesquels ils renaissent.

La cosmolologie bouddhiste comprend un aspect spatial décrivant les univers et un aspect temporel décrivant leur apparition et leur disparition.

Cosmologie spatiale

On peut distinguer la cosmologie verticale (cakravāda) qui décrit l’étagement des mondes et la cosmologie horizontale (sahasra) qui décrit leur regroupement en ensembles de milliers, millions ou milliards.

Cosmologie verticale vignette|Schéma de la cosmologie verticale — depuis les royaumes immatériels (au sommet) jusqu'aux enfers (au fond). Elle envisage plusieurs mondes étagés ou disposés en pyramide appelés par Buddhaghosa loka-dhātu, « système d’univers » Paul Williams Buddhism: The early Buddhist schools and doctrinal history ; Theravāda doctrine Editeur : Routledge/ Taylor & Francis (1 septembre 2005) p. 130 note 36 . Ils correspondent à différents états mentaux ou existentiels, et non à des lieux matériels. Ainsi les hommes et les animaux qui vivent côte à côte sont considérés comme appartenant à des mondes différents. Un monde apparaît dès qu’un être naît dans l’état correspondant et disparaît lorsqu’il n’existe plus aucun être dans cet état. On considère qu’il existe 31 mondes (loka, « plan ») répartis en trois domaines (dhātu « composant », « élément »), les Tridhātu : Arūpadhātu (4 plans), Rūpadhātu (16 ou 17 plans) et Kāmadhātu (10 ou 11 plans) Les 31 plans de l’existence (anglais) Site theravada accesstoinsight.org. Les six états d’existence souvent représentés dans l’iconographie bouddhique (roue de l'existence karmique) sont en général rattachés à ce dernier domaine.

Arūpadhātu: les royaumes immatériels

L’Arūpadhātu (sk.), Arūpaloka (pali), gzugs.med.pa'i khams (tib.), « monde sans forme », est composé d’êtres sans forme ayant atteint un ou plusieurs des quatre niveaux de la méditation arūpadhyāna lors de l’existence précédente et se situant dans un des quatre états d’absorption sans forme catuh samapatti. Ils forment les quatre plus hautes catégories de devas. Selon la pensée mahāyāna, certains êtres ayant atteint l’un des arūpadhyāna ne deviennent pas devas, mais choisissent d’être des bodhisattvas en restant dans le monde du désir Rūpadhātu pour assister les autres êtres dans leur éveil.

Les lokas (plans) de l’Arūpadhātu correspondent aux 4 arūpadhyānas; du plus élevé au moins élevé dans la représentation étagée:

31. Naivasaṃjñānāsaṃjñāyatana (sk.), Nevasaññānāsaññāyatana (pali), 'du.shes.med 'du.shes.med.min (tib.), « Sphère de ni perception ni non-perception », est composée des êtres sans forme situés mentalement à la lisière subtile de la perception et de la non perception. Udraka Rāmaputra (pali: Uddaka Rāmaputta), second maître du Bouddha, en serait un exemple. Ces êtres ont une durée de vie de 84,000 Maha Kalpa (Maha Kalpa = 4 Asankya Kalpa).

30. Akincanyāyatana (sk.), Akiñcaññāyatana (pali), ci.yang.med (tib.) « Sphère du néant », est composée des êtres sans forme ayant dépassé la conscience. Ārāla Kālāma, premier maître du Bouddha, en serait un exemple. Ces êtres ont une durée de vie de 60,000 Maha Kalpa.

29. Vijñānānantyāyatana (sk.), Viññānānañcāyatana (pali), rnam.shes mtha'.yas (tib.) « Sphère de la conscience infinie », est composée des êtres sans forme ne percevant que la conscience infinie (vijñāna). Ces êtres ont une durée de vie de 40,000 Maha Kalpa.

28. Ākāśānantyāyatana (sk.), Ākāsānañcāyatana (pali), nam.mkha' mtha'.yas (tib.), « Sphère de l’espace infini », est composée des êtres sans forme qui ne perçoivent plus d’objets mais seulement l’espace infini (ākāśa). Ces êtres ont une durée de vie de 20,000 Maha Kalpa.

Rūpadhātu: le royaume des formes

Le Rūpadhātu (pali : Rūpaloka; tib: gzugs.kyi khams), « monde de la forme », est composé de devas possédant un corps subtil asexué invisible aux résidents du Kāmadhātu. Ainsi, ils doivent adopter une « forme grossière » s’ils veulent visiter les devas du Kāmadhātu, comme il est dit dans le Janavasabha sutta. Ces êtres ne perçoivent plus les sensations communes, ni les extrêmes de plaisir ou de souffrance sur le plan mental.

Leur état correspond à celui atteint à travers l’une des quatre méditations rūpadhyānas. Pour la tradition Theravāda, les dhyānas permettent d’accéder chacune à trois niveaux d'état, et le niveau supérieur de la quatrième dhyāna (suddhavasa ou « domaine pur ») est lui-même subdivisé en cinq ; on obtient donc un total de 16 lokas. Dans d’autres traditions on aboutit à un total de 17 lokas.

Les lokas du monde de la forme peuvent être décrits. Leur surface doublerait au fur et à mesure qu’on s’élève de niveau. Leur hauteur est exprimée en yojanas, mesure incertaine donnée dans certaines sources comme équivalant à 4000 tailles humaines, soit entre 4,54 et 7,32 kilomètres.

Mondes Suddhavasa

Les mondes Suddhavasa (tib. gnas gtsang.ma) ou « domaines purs » sont composés des anagamins (ceux qui ne reviendront pas), êtres déjà en voie de devenir arhat après avoir entendu le prêche d’un bouddha et qui atteindront l’illumination sans retourner dans un monde inférieur. Dans une ère sans bouddha, ce monde peut se vider pour longtemps, mais il n’est jamais détruit par les catastrophes de la fin de l’univers. Les devas qui le composent sont des protecteurs du bouddhisme, par exemple Brahma Sahampati qui encouragea le Bouddha à transmettre son enseignement juste après son illumination alors qu’il hésitait à le faireSusan Elbaum Jootla "Teacher of the Devas": The Wheel Publication No. 414/416 (Kandy: Buddhist Publication Society, 1997) article link at Access to Insight. Ils prédisent l’arrivée d’un bouddha et apparaissent sous la forme de brahmanes pour indiquer les signes auxquels on peut le reconnaître. Ils s’assurent aussi que les bodhisattvas reconnaîtront les quatre signes de leur renonciation durant leur dernière existence.

Les cinq mondes Suddhavasa:

27. Akanittha – Monde des « devas sans préséance ». Le plus élevé du domaine de la forme, son nom désigne les confins de l’univers. Le sakra, chef du monde Trayastrimsa (voir Kamadhatu), en vient. La vie y dure kalpas selon la tradition Vibhajyavāda. Il s’élève à yojanas au-dessus de la Terre.

26. Sudarsana (sk.) Sudassi (pali) – Monde des « devas à la vision claire », il ressemble au précédent avec lequel il est en relation. Il s’élève à yojanas au-dessus de la Terre.

25. Sudassa – Monde des « beaux devas », c'est le lieu de renaissance de cinq sortes d’anagamins. Il s’élève à yojanas au-dessus de la Terre.

24. Atapa (sk.) Atappa (pali) – Monde des « devas imperturbables » dont la compagnie est recherchée par les êtres des mondes inférieurs. Il s’élève à yojanas au-dessus de la Terre.

23. Aviha – Monde des « devas qui ne chutent pas », c'est le lieu de renaissance de la majorité des anagamins. Certains deviennent arhat à partir de ce monde, d’autres grimpent de monde en monde jusqu’au monde Akinattha (uddhamsotas, « du courant montant »). La durée de vie y est de kalpas selon la tradition Vibhajyavāda. Il s’élève à yojanas au-dessus de la terre.

Mondes Brhatphala

Ils sont composés de devas dont l’état mental, caractérisé par l’équanimité (upeksa), correspond à la dhyana. Ils se situent juste au-dessus de la puissance de destruction du vent à la fin d’un mahakalpa (voir cosmologie temporelle). Selon la tradition Theravada, les mondes Punyaprasava et Anabhraka ( et ci-dessous) n’existent pas.

22. Asamjñasattva (sk.) ou Asaññasatta (pali) (seulement dans la tradition Vibhajyavada) – Il est composé des « devas inconscients » qui ont atteint le niveau de la dhyana sans forme de la non-perception, mais pas définitivement ; ils retomberont dans un état inférieur.

21. Brhatphala (sk.) ou Vehapphala (pali) (tib. 'bras.bu che) – Il est composé des « devas aux grands accomplissements » dont la durée de vie est de 500 mahakalpas selon la tradition Vibhajyavada. On y trouve des anagamins. Il s’élève à yojanas au-dessus de la Terre.

Punyaprasava (seulement dans la tradition Sarvastivada ; tib. bsod.nams skyes) – Il est composé des « devas nés des mérites ». Il s’élève à yojanas au-dessus de la Terre.

Anabhraka (seulement dans la tradition Sarvastivada ; tib. sprin.med) – Il est composé des « devas sans nuages » et s’élève à yojanas au-dessus de la Terre.

Mondes Subhakrtsna

Ils sont composés de devas au corps lumineux dont l’état mental, du niveau de la dhyana, est caractérisé par la joie paisible (sukha). Ces mondes se situent juste au-dessus de la portée destructrice de l’eau à la fin d’un mahakalpa (cosmologie temporelle).

20. Subhakrtsna (sk.) ou Subhakinna / Subhakinha (pali) (tib. dge.rgyas) – Il est composé des « devas au rayonnement intégral » dont la durée de vie est de 644 dans certaines sources mahakalpas selon la tradition Vibhajyavada, soit la durée d’un intervalle entre deux destructions par le vent. Il s’élève à yojanas au-dessus de la Terre.

19. Apramanasubha (sk.) ou Appamanasubha (pali) (tib. tshad.med dge) – Il est composé des « devas au rayonnement illimité » dont la durée de vie est de 32 mahakalpas selon la tradition Vibhajyavada. Ils possèdent foi, vertu, connaissances, générosité et sagesse. Ce monde s’élève à yojanas au-dessus de la Terre.

18. Parittasubha (sk.) ou Parittasubha (pali) (tib. dge.chung) – Il est composé des « devas au rayonnement limité » dont la durée de vie est de 16 mahakalpas. Il s’élève à yojanas au-dessus de la Terre.

Mondes Abhasvara

Ils sont composés de devas dans un état mental correspondant à la deuxième dhyana, caractérisé par le ravissement (piti) et la joie paisible (sukha) ; dotés d’un corps émettant des éclairs de lumière, ils s’exclament aho sukham! ("Oh joie!"). Leurs perceptions diffèrent bien que leurs corps soient semblables.

Les mondes Abhasvara se situent au-delà de la puissance de destruction du feu à la fin d’un mahakalpa (cosmologie temporelle). Après la destruction d’un univers, le nouvel univers est tout d’abord peuplé par des devas Abhasvaras qui y renaissent.