est un film japonais réalisé par Mikio Naruse et sorti en 1947. Il traite de l'éveil sentimental et sexuel de lycéennes dans une petite ville de province sous l'Occupation, à travers la question de l'absence d'éducation sexuelle.
Synopsis Dans une petite ville de province, Kumiko Hirobe partage son temps de lycéenne entre sa famille traditionnelle et ses deux amies, Hanae Takemura — dont la mère tient l'Akebono, où elle enseigne le koto et reçoit ses clients — et Kyōko Machii, fille de parents libéraux. Trois garçons plus âgés gravitent autour d'elles : Kōji Ogura, fils du docteur de la ville ; Kunio Takemura, frère aîné de Hanae ; et le jeune peintre Shinkichi Noshiro. Des liens se tissent entre eux.
Dans une atmosphère bucolique et printanière, allongées dans l'herbe, les filles récitent des poèmes de Heine sans bien comprendre ce qu'elles lisent ; aucun adulte ne consent à leur parler des choses du sexe. Les indices s'accumulent. La servante des Hirobe est congédiée à cause de sa liaison avec un homme qui fait du marché noir ; au lycée, une image « suggestive » déclenche la fouille des casiers et compromet Kumiko, qu’une photographie montre avec Kōji. Akiko, une camarade de classe, manque la visite médicale annuelle. Lors d'une promenade au-dessus du temple, Noshiro, tout à la joie d'avoir achevé sa peinture, entraîne Kumiko dans la prairie où ils roulent en riant ; il l'embrasse sans prévenir. Croyant que c'est ainsi qu'on devient enceinte, Kumiko s'enfuit ; un orage éclate. À la maison, Kumiko refuse désormais de prendre son bain avec sa petite sœur, apprend à mentir, passe du rire aux larmes. Ses parents, inquiets, appellent le docteur Ogura, qui leur recommande de cesser de traiter leur fille en enfant. La grossesse révélée d'Akiko donne raison au docteur.
Noshiro a abandonné ses études pour poursuivre sa carrière de peintre à Tokyo. Au début des vacances d'été, Kumiko, sur la rive d’un lac, regarde ses quatre amis nager librement.
Fiche technique Ces informations proviennent du générique du film, de la base IMDb, de la fiche Wikipédia japonaise et de la base de données japonaise EIREN Titre original : Titre français : L'Éveil du printemps Titre anglais : Réalisation : Mikio Naruse Scénario : et Mikio Naruse Musique : Photographie : Direction artistique : Keiji Kitagawa Éclairage : Arao Wakatsuki Son : Effets sonores : Yoshitatsu Sonoda Montage : Yoshiki Nagasawa Production : Sōjirō Motoki Pays de production : Langue originale : japonais Format : noir et blanc — 1,37:1 — 35 mm — son mono Genre : comédie dramatique Durée : (métrage : dix bobines — .) Dates de sortie : Japon : (selon JMDB et Wikipédia japonaise, vraisemblablement l'avant-première) Japon : (selon EIREN, vraisemblablement la sortie générale) Distribution
: Shūji Hirobe (transcription du prénom selon IMDb) Sachiko Murase (Troupe ) : Masa Hirobe, son épouse Yoshiko Kuga : Kumiko Hirobe, leur fille Akiko Kusama : Fusako Hirobe, leur deuxième fille Tsuruko Shigita : Tomie, la servante des Hirobe Takashi Shimura : le docteur Kenzō Ogura Otowa Haruno : Kei Ogura, son épouse (Troupe ) : Kōji Ogura, leur fils Itoko Kōno : Kazuko Ogura, leur fille sur le point de se marier Chōko Iida : Tama Takemura, gérante de l'Akebono, un petit commerce de « divertissement » (selon Russell) : Kunio Takemura, son fils « philosophe » : Hanae Takemura, sa fille (nom de scène ultérieur ) Ayako Kunii : Kyōko Machii (Troupe ) : Shinkichi Noshiro, le peintre Kazumi Hanabusa : Akiko Tai, une camarade de classe qui tombe enceinte : Taki Tai, sa mère Mitsuami Yoshioka : l'amant d'Akiko Tai Ruriko Hitomi : la fille des Hashimoto qui vient d’accoucher : une professeure A Yaeko Izumo : une professeure B Midori Ariyama : une professeure C Chiyoko Hosokawa : une élève Minako Hamada : une élève Ichirō Tetsu : un professeur A Fusatarō Ishijima : un professeur B Kiyoko Nishiguchi : Ohatsu, une employée de l'Akebono qui taquine Noshiro Note : Haruko Sugimura est créditée comme interprétant la mère de Kumiko par Audie Bock (Mikio Naruse, 1978) et Catherine Russell (The Cinema of Naruse Mikio, 2008), mais elle n'apparaît ni au générique du film, ni dans la base EIREN, ni dans la Wikipédia japonaise. Le rôle est en fait tenu par Sachiko Murase.
Analyse par Catherine Russell L'Éveil du printemps : Éducation sexuelle
Les deux films que Naruse réalise en 1947, bien que très différents stylistiquement, traitent tous deux de protagonistes féminines et de leurs luttes respectives face à l'expression du désir sexuel. Tandis que le court métrage Même se quitter est un plaisir (別れも愉し, Wakare mo tanoshi?) met en scène une « femme entretenue » que son amant abandonne, le long métrage L'Éveil du printemps traite de la question plus banale : « D'où viennent les bébés ? » Typique « film de démocratisation », cette histoire de jeunes adolescents dans une petite ville est un film étonnamment fort, dans lequel Naruse explore les enjeux psychologiques et sociaux de l'adolescence avec beaucoup de sensibilité. Bien qu'il vise clairement à promouvoir l'importance de l'éducation sexuelle, L'Éveil du printemps ne répond pas à sa propre question à la fin et succombe ironiquement à sa propre critique de la répression du savoir sexuel. Dans sa nature contradictoire, néanmoins, il rend manifestes les tensions ressenties au sein de l'industrie cinématographique et du public face à l'exigence de la selon laquelle les films japonais devaient comporter davantage de « scènes de baisers » et d'expressions d'amour physique. p. 187
Ce qui est particulièrement intéressant à propos de L'Éveil du printemps, c'est la manière dont le film isole un moment précédant celui où la sexualité fut « connue », avant qu'elle n'entre dans la sphère de la culture visuelle au niveau massif qu'elle allait bientôt occuper au Japon. Bien que Naruse « plaide » de manière convaincante, dans ce film, en faveur de l'éducation sexuelle, il le fait depuis une perspective d'innocence sur le point de disparaître. En même temps, il évoque d'autres discours du plaisir et de l'ambiguïté sexuelle qui jouent depuis longtemps un rôle dans la culture japonaise. Le décor du film, planté dans les maisons japonaises d'une petite ville baignée de soleil, comprend une auberge appelée l'Akebono, où l'une des mères tient un petit commerce de « divertissement ». Sa fille Hanae, l'amie de Kumiko, est souvent appelée pour aider à divertir les clients, bien qu'elle soit aussi ignorante que ses amies en matière de sexe. Les servantes de l'Akebono taquinent les jeunes garçons, tandis que la mère de Hanae est dépeinte comme décontractée et amicale avec les enfants qui étudient ensemble chez elle malgré le vacarme de la fête venant d'en bas. La coexistence de cette culture toujours vivante du divertissement fondée sur le genre avec le livre du docteur Ogura [qu'il offre à son fils] sur la « science sexuelle » est symptomatique des inégalités de la modernité japonaise. Les jeunes gens sont pris dans un réseau complexe et contradictoire de forces. Kumiko veut réviser ses examens, mais sa mère a besoin d'elle pour aider à la maison ; en marge du terrain de sport de l'école, Kumiko entend des camarades discuter des nouveaux droits des femmes et de l'injustice d'être mises à l'écart pendant leurs règles (pour lesquelles elles emploient l'euphémisme , ou « maladie »)La discussion sur l'égalité hommes/femmes se déroule dans la cour de récréation entre trois lycéennes pendant que les autres font du sport : "— Je n'aime pas être une fille. Je le sens à chaque fois que j'ai mes . — J'aurais voulu être un garçon. Tout ce qu'ils ont à faire, c'est se donner un air supérieur. — Mais les hommes et les femmes ont les mêmes droits. — Si les filles étudient sérieusement, elles peuvent aussi réussir. — Les femmes accouchent. On dit que ça fait très mal. — Je préférerais quand même être née garçon."(extraits traduits des sous-titres anglais) p. 190
Il s'agit d'une nouvelle génération, mais le film inscrit leur lutte pour l'autonomie et la connaissance dans le cadre du shōshimin-eiga. La confrontation entre Kumiko et sa mère compte parmi les plus émouvantes de l'œuvre de Naruse. Alors que la jeune fille passe en gros plan, suppliant sa mère de lui révéler le secret du sexe, la mère (Sugimura Haruko) [sic]Russell attribue ici le rôle de la mère à Haruko Sugimura, identification également présente dans la filmographie d'Audie Bock (Mikio Naruse, 1978, p. 129). Cette attribution contredit le générique original du film, la base EIREN et la Wikipédia japonaise, qui créditent unanimement Sachiko Murase dans ce rôle. gémit et se dérobe, finissant par se plaindre qu'il est injuste de la mettre sur la sellette. La modernité, dans ce film, est très clairement liée à la connaissance, mais c'est la beauté de la mise en scène, avec son usage de la nature, du climat et de l'architecture cadrante de la maison japonaise s'ouvrant sur l'herbe luxuriante et un panorama splendide. La sensualité de la scène culminante du baiser est fournie par les paysages chauds et ensoleillés, qui stimulent la quête de connaissance. p. 190-191
Catherine Russell, , Durham : Duke University Press, 2008
Notes et références Notes
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