Boulevard du crépuscule ( ou Le film est presque toujours intitulé . Cependant, le générique ne comporte pas formellement de titre, il débute par un zoom sur un trottoir et le nom de la rue : : certains, comme Leonard Maltin dans son , ou comme le site IMDb, utilisent ce titre. C’est aussi celui retenu par le au sein de la Bibliothèque du Congrès. Notons encore que le script original ou la bande-annonce de l’époque utilisent bel et bien le titre .) est un film noir américain, réalisé et coécrit par Billy Wilder, sorti sur les écrans en 1950, mêlant drame et humour noir. Il tire son nom du célèbre , qui traverse Los Angeles et , bordé de villas de vedettes hollywoodiennes.

William Holden interprète le scénariste malchanceux Joe Gillis, et Gloria Swanson incarne Norma Desmond, une ancienne vedette du cinéma muet (comme elle), qui parvient à enfermer Gillis dans sa vie dominée par le fantasme d’un retour triomphant à l’écran. Erich von Stroheim, Nancy Olson, Fred Clark, Lloyd Gough et Jack Webb apparaissent dans des seconds rôles. Le réalisateur Cecil B. DeMille et la journaliste à scandales Hedda Hopper jouent leurs propres rôles, tandis qu’on peut voir une apparition fugace de vieilles du muet : Buster Keaton, H. B. Warner et Anna Q. Nilsson.

Apprécié par la critique américaine à sa sortie, Boulevard du crépuscule obtient onze nominations aux Oscars du cinéma, et en remporte trois. Considéré depuis comme un classique, le film est parfois cité parmi les chefs-d’œuvre du cinéma américain. C’est ainsi qu’il a été considéré comme « culturellement significatif » par la Bibliothèque du Congrès en 1989, qui l’a inclus dans sa première sélection de films pour faire partie du et y être restauré. L’ l’a, en outre, placé en douzième place de son , en 1998, puis en seizième place dans celui de 2007.

Synopsis vignette|gauche|upright=1|Titre du film. Dans un manoir de Sunset Boulevard, des policiers et des photographes découvrent le corps de Joe Gillis flottant face contre l’eau dans la piscine. Un flashback s’enclenche : Joe raconte les événements qui ont mené à sa mort.

Six mois plus tôt, Joe, un scénariste sans le sou, tente de convaincre Paramount Pictures de produire une histoire qu’il a écrite. La lectrice de scénarios Betty Schaefer critique durement son travail, sans savoir que Joe est présent et l’écoute. Plus tard, alors qu’il fuit les huissiers venus reprendre sa voiture, Joe tourne dans l’allée d’un manoir apparemment abandonné, occupé par Norma Desmond, une ancienne star du cinéma muet tombée dans l’oubli. En apprenant que Joe est scénariste, Norma lui demande son avis sur un scénario qu’elle a écrit pour un film sur Salomé, dans lequel elle compte elle-même jouer. Joe trouve le scénario épouvantable, mais il la flatte et accepte d’en devenir le script doctor.

Norma insiste pour qu’il s’installe chez elle, et Joe découvre qu’elle refuse d’admettre que sa célébrité a disparu. Son majordome, Max, entretient l’illusion en rédigeant lui-même les lettres de fans qu’elle reçoit. Lors d’une soirée du Nouvel An qu’elle organise, Joe comprend que Norma est tombée amoureuse de lui. Il tente de la repousser avec douceur, mais elle le gifle et se retire, bouleversée. Joe se rend alors chez son ami Artie Green et y retrouve Betty, qui pense qu’une scène d’un des scénarios de Joe pourrait être développée. Quand Joe appelle Max pour qu’il prépare ses affaires, celui-ci lui annonce que Norma s’est tailladé les poignets avec son rasoir. Joe revient donc chez elle, et leur relation devient sexuelle.

Norma fait remettre à son ancien réalisateur, Cecil B. DeMille, une version corrigée du scénario de Salomé. Elle commence à recevoir des appels de Gordon Cole, un cadre de Paramount, mais refuse de parler à quiconque sauf DeMille. Finalement, Max la conduit chez Paramount dans sa somptueuse Isotta Fraschini de 1929, avec Joe. DeMille l’accueille avec bienveillance et respect, mais évite habilement de répondre à ses questions sur le film. Max apprend alors que les appels de Cole n’avaient rien à voir avec le scénario : il voulait simplement louer la voiture pour un tournage.

Convaincue de son retour imminent à l’écran, Norma entreprend des soins de beauté intensifs. Pendant ce temps, Joe travaille secrètement la nuit dans le bureau de Betty sur un nouveau scénario original, et elle finit par lui avouer qu’elle est amoureuse de lui. Après avoir découvert cette trahison, Max révèle à Joe qu’il a été un grand réalisateur, qu’il a découvert Norma, fait d’elle une star, et l’a épousée. Après leur divorce, il a abandonné sa carrière pour devenir son serviteur.

Norma trouve un manuscrit signé par Joe et Betty et appelle cette dernière pour lui insinuer que Joe n’est pas celui qu’elle croit. Ayant entendu l’appel, Joe invite Betty à venir constater la vérité par elle-même. Lorsqu’elle arrive, il fait semblant d’assumer son rôle de gigolo pour la pousser à retourner vers Artie. Après son départ en larmes, Joe prépare ses affaires pour retourner à son ancien travail de journaliste à Dayton, dans l’Ohio. Il dit à Norma, sans détour, qu’il n’y aura pas de retour, que Max écrit toutes ses lettres de fans et qu’elle est oubliée, même si Max refuse de briser ses illusions. Norma, armée d’un revolver, menace de se suicider. Joe l’ignore, sort de la maison — elle lui tire trois balles dans le dos. Il s'effondre dans la piscine.

Le flashback s’achève et le film revient au présent : Norma s’apprête à être arrêtée pour meurtre. Le manoir est envahi par la police et les journalistes, leurs caméras de reportage qu’elle prend pour des caméras de cinéma. Max fait semblant de la « diriger », les policiers jouent le jeu. Alors que les caméras tournent, Norma descend majestueusement l’escalier. Arrivée en bas, elle improvise un discours, déclarant combien elle est heureuse de tourner à nouveau. Puis elle conclut :Bien, Monsieur DeMille, je suis prête pour mon gros plan.Et elle s’avance vers la caméra.

Fiche technique

thumb|Bande annonce du film. Titre : Boulevard du crépuscule Titre original : Réalisation : Billy Wilder, assisté de Charles C. Coleman et Gerd Oswald (ce dernier non crédité) Scénario : Billy Wilder, Charles Brackett, D.M. Marshman Jr. Musique : Franz Waxman Photographie : John F. Seitz Décors : Hans Dreier, John Meehan, Sam Comer et Ray Moyer Costumes : Edith Head Montage : Arthur P. Schmidt et Doane Harrison Assistant montage : Frank Bracht Affiches : Boris Grinsson, Roger Soubie (France) Production : Charles Brackett Société de distribution : Paramount Pictures Pays de production : Langue originale : anglais Genre : mélodrame et film noir Durée : 110 minutes Format : (1,37:1 - N&B) - son monophonique Budget : (estimation) Dates de sortie : États-Unis : (avant-première à Evanston), (sortie nationale) France : ..D'autres sources cinématographiques tels que Ciné-Ressources et Enyclociné indiquent le comme date de sortie en salles française.

Distribution

vignette|Gloria Swanson et William Holden. William Holden (VF : Michel André) : Joe Gillis Gloria Swanson (VF : Marie Francey) : Norma Desmond Erich von Stroheim (VF : lui-même) : Max von Mayerling Nancy Olson (VF : Raymonde Reynard) : Betty Schaefer Fred Clark (VF : Richard Francœur) : Sheldrake Lloyd Gough (VF : René Fleur) : Morino Jack Webb (VF : Jean Daurand) : Artie Green (André Green dans la VF) Larry Blake (VF : Jean Delacour) : le premier huissier Charles Dayton (VF : Jean Berger) : le deuxième huissier Franklyn Farnum : l’entrepreneur des pompes funèbres Cecil B. DeMille : lui-même (dirigeant le tournage de Samson et Dalila) Hedda Hopper : elle-même (journaliste au téléphone) Buster Keaton : lui-même (jouant au bridge chez Norma) Anna Q. Nilsson : elle-même (jouant au bridge chez Norma) H. B. Warner : lui-même (jouant au bridge chez Norma) Ray Evans : lui-même (pianiste à la soirée d'Artie) Jay Livingston : lui-même (pianiste à la soirée d'Artie) Acteurs non crédités Henry Wilcoxon : lui-même (acteur sur le tournage de Samson et Dalila) John 'Skins' Miller (VF : Guy Pierrauld) : Hog-eye, l'éclairagiste Robert Emmett O'Connor : Jonesy, le vieux gardien au portail des studios Paramount John Cortay : Mac, le jeune gardien au portail des studios Paramount E. Mason Hopper : un docteur Eva Novak : une admiratrice

Tournage Le cadre : les fantômes du muet Le boulevard qui donne son nom au film est étroitement associé au cinéma de Hollywood depuis 1911, quand le premier studio ouvre justement sur . À cette époque, des employés, de plus en plus nombreux, vivent modestement dans le voisinage. Au cours des années 1920, l’envol des bénéfices et des salaires dans le milieu du cinéma et l’essor du amènent la construction de villas luxueuses, à la grandeur souvent incongrue. Les vedettes sont l’objet d’une fascination de la part du public du monde entier, tandis que les magazines et les journaux sont de plus en plus nombreux à relater les détails de leurs vies excessives.

Pendant sa jeunesse à Varsovie, Billy Wilder s’intéresse à la culture américaine, notamment à travers le cinéma. À la fin des années 1940, sa carrière l’ayant amené à Hollywood, et étant devenu lui-même résident de Los Angeles, il vit dans le voisinage quotidien de ces maisons prétentieuses. Beaucoup d’anciennes de l’ère du muet y vivent encore, bien que la plupart d’entre elles n’aient plus aucune activité dans la production cinématographique. Wilder se demande lui-même comment elles peuvent bien passer le temps maintenant que leur heure de gloire est passée, et imagine l’histoire d’une qui aurait perdu succès et célébritéPerry, George, , Pavilion, 1994..

Scénario vignette|gauche|upright=1|Joe Gillis (William Holden) : scénariste et héros atypique.

Wilder et Brackett commencent à travailler sur le scénario en 1948, mais le résultat ne les satisfait pas entièrement. En , D.M. Marshman Jr., ex-journaliste pour , dont la critique de leur film La Valse de l’empereur avait attiré leur attention, les rejoint pour développer l’intrigue.

Pour ne pas dévoiler à la Paramount trop de détails sur l’histoire, et éviter de subir la censure sévère du code Hays, les trois auteurs divulguent le scénario au compte-gouttes, presque page après page. Wilder va jusqu’à faire croire à la production qu’ils adaptent une histoire — qui n’existe pas — qu’il intitule (Une boîte de haricots), cela afin que les studios leur laissent assez de liberté pour travailler comme ils l’entendent. Ils n’échappent pas cependant à la vigilance du bureau de censure de Joseph I. Breen qui exige que certaines répliques soient réécrites, comme la phrase de Gillis : (), remplacée par une expression plus sage en anglais : Seul un tiers du script est achevé lorsque le tournage commence au début du mois de mai 1949, et Wilder n’est pas encore sûr de la tournure qu’il souhaite donner à la fin du filmCorliss, Richard, , , 1975..

Le script contient de nombreuses références à Hollywood et au monde des scénaristes, avec des commentaires très cyniques de la part du personnage de Joe Gillis. Il résume sa carrière de scénariste ainsi : Dans une autre scène, lorsque Betty lui dit : , il répond : .