vignette|upright 1.25|Le Dernier Jour de Pompéi de Karl Brioullov (1830-1833). Huile sur toile ( x ), musée Russe (Saint-Pétersbourg).

La destruction de Pompéi résulte de l'ensevelissement de la ville romaine sous les cendres libérées par l'éruption du Vésuve en 79 .

Lors de cette éruption volcanique de type plinien, les villes voisines d'Herculanum, Oplontis et Stabies furent également ensevelies.

Cette catastrophe fit probablement plusieurs milliers de victimes.

Date de la catastrophe La date exacte de l'éruption fut longtemps placée au , car la majorité des copies médiévales des écrits de Pline mentionne les calendes de septembre, même si quelques manuscrits portent des leçons indiquant des dates différentes et légèrement postérieures : l'une indique en particulier les calendes de novembre (). De nos jours, on situe ainsi cette éruption le seizième jour avant les calendes de novembre, notre . Longtemps laissée de côté, cette datation a suscité à nouveau l'intérêt des historiens en raison des indices de plus en plus nombreux qui donnaient à penser que l'éruption eut lieu en automne : des dolia (grandes amphores) semblaient contenir du vin fraîchement pressé, les braseros étaient allumés le jour de l'éruption, la végétation indiquait l'automneNicolas Monteix, « Et si l'éruption avait eu lieu à l'automne », L'Histoire, juin 2004, 49.. Selon des travaux récents, en particulier ceux de l'archéologue italienne Grete Stefani, l'analyse d'une pièce de monnaie trouvée en 1973 dans la maison du Bracelet d'or et datant de la quinzième salutation impériale de Titus, nécessairement postérieure au début de septembre 79, vient appuyer cette datation.. Enfin, en 2018, lors des fouilles de la région V de la ville, fut découverte une inscription épigraphique de deux lignes, tracée au charbon de bois sur le mur d'une pièce. Le Pr. Massimo Osanna a proposé la transcription (« le jour avant les calendes de novembre il s'est livré à la nourriture avec excès »). Si le scripteur évoquait le jour avant les calendes de novembre de l'an 79, soit le , le graffiti écarterait définitivement la possibilité que l'éruption ait pu avoir lieu en été. Mais l'inscription ne comporte pas d'année ou d'indication qui permet d'établir un lien indubitable avec l'an 79 plutôt qu'avec une année antérieure. Le Dr Giulia Ammannati, spécialiste de paléographie latine à l’École normale supérieure de Pise, a proposé une transcription de la partie non datée ayant un tout autre sens.

thumb|Région concernée par la chute de pierres ponces.

Les seuls témoignages directs qui nous soient parvenus sont deux des Lettres écrites par Pline le Jeune en réponse à une demande de son ami Tacite. Elles relatent sa propre expérience de l'éruption et les circonstances de la mort de son oncle Pline l'Ancien, parti observer le phénomène de plus près. Ni l'une ni l'autre ne concernent directement le sort de la ville de Pompéi. Ces observations générales ont été complétées par l'analyse stratigraphique des dépôts volcaniques dans la cité, les fouilles archéologiques et l'étude d'éruptions modernes comparables, comme celles du mont Saint Helens (1980) ou du Pinatubo (1991).

thumb|left|Angelica Kauffmann, Pline le Jeune et sa mère à Misène (1785).

Le 79 (en conservant l'hypothèse de la datation traditionnelle), Pline l'Ancien et son neveu Pline le Jeune se trouvent à Misène, siège de la flotte romaine.

À Pompéi, la journée commence normalement. Dans ce que l'on appelle aujourd'hui la maison des Peintres au travail, une équipe de peintres a commencé son travail de la journée, couvrant un mur à décorer d'enduit frais, tandis que le pictor imaginarius trace l'esquisse du tableau qu'il compte réaliser. À un moment que l'on peut situer entre 10 heures et midi, leur travail est interrompu, probablement par une série d'explosions phréato-magmatiques qui accompagnent le début de l'éruption. À la suite d'une secousse, un peintre perché sur un échafaudage laisse échapper un récipient de chaux, dont le contenu éclabousse le mur et sera retrouvé par les archéologues dix-neuf siècles plus tard. À Misène, ces événements échappent à Pline l'Ancien et à son neveu.

Ce n'est que vers 13 heures, alors que le bouchon de lave qui bloque la cheminée du Vésuve vient de sauter, que Plinia Marcella (sœur de Pline l'Ancien et mère de Pline le Jeune) lui fait remarquer un énorme nuage au-dessus de la baie de Naples. D'après les écrits de Pline le Jeune ce nuage a la forme d'un pin parasol. D'ailleurs on appellera ce nuage à partir du un .

thumb|József Molnár (1876), un des nombreux tableaux inspirés par la catastrophe au .

Ce panache est constitué d'une masse de matériaux volcaniques et de gaz plus légers que l'air. La colonne continue à s'élever jusqu'à ce que l'écart entre sa densité et celle de l'air devienne trop faible et qu'elle s'étale, prenant cette forme caractéristique remarquée par Pline. Les matériaux sont ensuite emportés par les vents dominants en direction du sud-est, vers la région de Pompéi.

Pline l'Ancien reçoit alors un appel à l'aide d'une certaine Rectina, dont la maison se trouve « sur la plage ». Comme il a écrit un ouvrage d'histoire naturelle, il fait armer une galère, pour franchir la baie, aussi bien pour observer l'éruption de plus près que pour secourir Rectina. La localisation de la demeure de cette dernière, qui n'est pas précisée, a fait l'objet de diverses spéculations, qu'il s'agisse des environs d'Herculanum ou encore de la région de Pompéi. Comme des cendres tombent sur le pont des navires de Pline l'Ancien et que des pierres ponces l'empêchent d'accoster, il met le cap vers Stabies et rejoint un de ses autres amis, Pomponianus.

Grâce aux études stratigraphiques, nous savons qu'au cours des sept premières heures de l'éruption, des pierres ponces blanches tombent sur Pompéi, au rythme de par heure, s'accumulant sur à . Vers 8 heures du soir, la composition du magma se modifie et une pluie de pierres ponces plus foncées, dites « grises », s'abat sur Pompéi. L'épaisseur totale des pierres ponces atteint quelque à Pompéi. La consistance de ces pierres ponces est variable. Si des « bombes volcaniques » peuvent tuer, les lapilli, très légers, dont la taille est comprise entre 2 et , en sont incapables. Par contre, leur accumulation peut provoquer l'écroulement des toits. Elle entrave progressivement les mouvements des habitants qui tentent de s'enfuir. Même si les lapilli sont légers, on peut imaginer que certains font comme Pline l'Ancien et ses compagnons qui « mettent sur leur tête des coussins et les attachent avec des tissus ». Il est d'autant plus difficile de se déplacer que le nuage volcanique voile le soleil et que l'éruption s'accompagne de secousses sismiques. Pline le Jeune en fera l'expérience à Misène le jour suivant. Certaines familles croient judicieux de se réfugier dans les caves de leur maison, décision funeste, puisque la couche de pierres ne cesse de s'épaissir… Elles ne pourront plus sortir et périront toutes asphyxiées. Après quelques heures, la couche de pierres est si haute que les toits des maisons s'effondrent, tuant un certain nombre d'habitants qui croyaient que leur maison constituait un refuge suffisant.

thumb|upright .6|Pompéi : moulage en plâtre d'un homme.

La seconde phase commence le matin du deuxième jour. Lorsqu'une colonne éruptive ne peut plus supporter la charge en fragments, elle s'effondre sur elle-même et donne naissance à des écoulements plus ou moins denses de matériaux incandescents et de gaz le long des flancs du volcan, appelés « nuées ardentes ou coulée pyroclastique » lorsque le phénomène fut observé pour la première fois lors de l'éruption de la montagne Pelée en 1902. Au cours de la nuit, vers une heure du matin, Herculanum, une petite ville côtière à l'ouest de Pompéi, est rayée de la carte par les deux premiers écoulements, mais ceux-ci n'affectent pas Pompéi.

Depuis la villa de Pomponianus, Pline l'Ancien observe des colonnes de feu sur les flancs du Vésuve. Pour rassurer ses amis, il parle de « villas abandonnées qui brûlaient dans les campagnes ». Les phénomènes qu'il observe correspondent sans doute aux écoulements qui vont engloutir Herculanum. Pline demeure sur place et passe une bonne nuit (contrairement à ses marins). Il est réveillé par ses amis, car les cendres et les pierres risquent de l'enfermer dans sa chambre.

Pendant ce temps, Pline le Jeune, resté à Misène, ressent de nombreuses secousses, « si fortes que tout semblait non plus bouger, mais se renverser ». Il passe une très mauvaise nuit.

À l'aube, plusieurs écoulements de type déferlante atteignent Pompéi. Le premier s'arrête à la porte d'Herculanum, sans pénétrer dans la ville. Les deux suivants, qui se suivent à bref intervalle, ont un effet dévastateur. Une masse fluide se déverse sur la ville, entraînant la mort de tout ce qui vit encore, que ce soit dans les rues ou dans les maisons. Une cendre fine, mêlée de gaz, pénètre dans les poumons et provoque l'asphyxie. Lorsque la dernière déferlante , la plus destructrice, touche la ville vers 8 heures du matin, toute vie y a cessé. Il provoque l'écroulement des parties hautes des édifices.

Le matin du deuxième jour, Pline l'Ancien, qui veut fuir par la mer, meurt des émanations de gaz sulfureux (). Son corps sera découvert trois jours plus tard.

Pendant ce temps, à Misène, Pline le Jeune, sur les instances d'un ami, se résout à quitter la ville. Il note ce qui se passe autour de lui dans sa deuxième lettre à Tacite : la mer qui se résorbe, les effondrements de bâtiments et l'obscurité qui progresse, semblant poursuivre la foule des fuyards. L'après-midi, lorsque la lumière réapparaît, il retourne à Misène. Une épaisse couche de cendre blanche couvre la ville, mais ne l'a pas ensevelie.

Il y a encore quelques secousses les jours suivants, mais l'éruption est finie.

Victimes Dès le début des fouilles au , la découverte de squelettes de victimes provoque une curiosité et une fascination qui ne se démentiront pas. Cet intérêt n'ira pourtant que rarement de pair avec une démarche scientifique pouvant nous en apprendre plus sur le déroulement de l'éruption. Ce n'est qu'en 1863 que le responsable des fouilles, Giuseppe Fiorelli, a l'idée de couler du plâtre dans le creux laissé dans la gangue de lapilli et de cendres par la décomposition des corps, de sorte qu'une fois dégagé des matériaux volcaniques, le moulage permet d'appréhender la position dans laquelle la mort a saisi la victime, par exemple les derniers efforts qu'elle a faits pour éviter l'asphyxie en se couvrant le visage d'un tissu. En 1985, Amedeo Cichitti tente d'améliorer la méthode en réalisant des moulages transparents en résine, qui permettraient ainsi de voir, au-delà de la forme externe, les squelettes ou encore d'autres objets que la victime portait sur elle. Les résultats n'ont pas été à la hauteur des espérances et l'expérience n'a pas été renouvelée.

thumb|left|upright .7|Faithful unto Death d'Edward Poynter (1865). Huile sur toile (115 cm x 75 cm), Walker Art Gallery (Liverpool).