Le coup d’État au Honduras du voit l'armée soutenue par la Cour suprême et le Congrès arrêter et expulser le président Manuel Zelaya (PL), au paroxysme d'un conflit institutionnel tournant autour de la mise en place d'une consultation populaire qui devait avoir lieu le jour même. La tentative du président de consulter le peuple pour provoquer la réunion d'une assemblée constituante avait été interdite par les autorités judiciaires et était perçue comme une tentative de violer la règle constitutionnelle interdisant au président de briguer un second mandat, communiqué de la présidence du Conseil de l'Union européenne du ..

Le jour même, la Cour suprême valide le renversement du président par l'armée. Le Parlement désigne un nouveau gouvernement, dirigé par Roberto Micheletti (PL), qui déclare le couvre-feu puis l'état d'urgence le . Zelaya bénéficie du soutien de la communauté internationale, dont l'ONU et l'OEA, ainsi que celui des États-Unis, du Venezuela et de la Colombie, qui condamnent la rupture de la légalité, appellent à la restauration du président démis et suspendent les concours financiers. Soutenu par une partie de la population qui manifeste de façon globalement pacifiqueCommission interaméricaine des droits de l'homme, Observaciones preliminares de la visita a Honduras, .Communiqué de presse du ., Manuel Zelaya parvient à rentrer dans son pays le , trouvant refuge à l'ambassade du Brésil« De retour au Honduras, M. Zelaya assure vouloir "dialoguer" », InternetActu, .. La Commission interaméricaine des droits de l'homme a dénoncé le un « usage disproportionné » de la force par le gouvernement de facto, ainsi que des arrestations arbitraires (entre et personnes, dans un pays d'environ huit millions d'habitants), l'usage arbitraire du couvre-feu, des traitements inhumains et dégradants, de mauvaises conditions de détention ainsi que la mort de 4 personnes et les blessures infligées à d'autres.

Selon les observateurs de la politique hondurienne, Manuel Zelaya, bien qu'élu issu du Parti libéral (droite), a mené une politique qui lui a aliéné les institutions, la majeure partie de la population et son parti « Defying the outside world », The Economist, ., comme l'adhésion du Honduras à l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA). Des élections ont eu lieu le 29 novembre 2009. Remportées par le candidat du Parti national (droite), Porfirio Lobo Sosa, ces élections n'ont pas été reconnues par le MercosurFernando Cibeira, Planteo en bloque a favor de la democracia, Página/12, .Enérgica condena del Mercosur al golpe de Estado en Honduras, Página/12, ., et par bien d'autres pays.

Prélude : un blocage institutionnel vignette|Localisation du Honduras. vignette|Manifestants pro-Zelaya, le , devant la Casa Presidencial à Tegucigalpa. vignette|Manifestation pro-Micheletti. Le président Zelaya prévoyait d'organiser une consultation populaireJorge Majfud, Con el mazo dando, Pagina 12, . Cet auteur indique par ailleurs que la consultation n'était selon lui pas contraignante. Du même auteur : Un coup d’État qui ne veut pas dire son nom, article de Pagina 12 traduit par le Courrier international, .Maurice Lemoine, Retour des « gorilles » au Honduras, Le Monde diplomatique, ., sur la tenue ou non, lors des élections générales de , d'un référendum portant sur la convocation d'une assemblée constituante dont la tâche aurait été de réécrire la Constitution du Honduras, et qui aurait supprimé la clause présente interdisant à un président d'effectuer plus d'un mandat. La Constitution actuelle interdit expressément de réformer cette clausePauline Damour, Honduras : entre putsch et respect de l’ordre constitutionnel, blog d'une journaliste sur le site du Nouvel Observateur, . et, selon la Cour suprême, interdisait au président de procéder à une telle consultation. Zelaya appelait aussi depuis longtemps à la réécriture de la constitution afin de transformer le système démocratique hondurien, actuellement une démocratie représentative, en une « démocratie participative » ..

Zelaya déclarait qu'il ne ferait que convoquer l'assemblée constituante en cas d'approbation populaire à cette question lors des élections de , et qu'il mettrait fin à son terme à la fin du mandat, le , sans exclure de se représenter ultérieurement Pablo Ordaz, « El jefe del Ejército desobedeció a su comandante, que soy yo », El Pais, .. La consultation prévue de n'avait aucun caractère contraignantMary Beth Sheridan et Juan Forero, Clinton Agrees To Meet Zelaya, Washington Post, .William Booth et Juan Forero, New Honduran Leadership Flouts Worldwide Censure, Washington Post, .. Elle impliquait cependant en pratique la tenue d'un référendum au moment des élections de novembre.

La consultation qui devait avoir lieu le proposait la tenue le , en plus des élections générales, d'un référendum permettant la convocation de l'assemblée nationale constituante. Le texte de cette consultation devait poser la question suivante : Êtes-vous d'accord pour qu'à l'occasion des élections générales de , une quatrième urne soit installée pour décider de la convocation d'une Assemblée nationale constituante qui approuverait une nouvelle Constitution Honduras: "consulta ilegal", BBC, . ?

Les élections générales de devaient conduire à l'élection à la fois du président et des membres du Parlement. La Constitution n'ayant pas été réformée d'ici , Zelaya n'aurait donc pas pu s'y présenter.

Mais Zelaya s'est heurté dans ce projet à l'opposition du Congrès, y compris de membres de son propre parti, de la Cour suprême, de l'armée, des milieux d'affaires (il avait notamment augmenté le salaire minimum de 126 à 202 €Maurice Lemoine, Ces relents de guerre froide venus du Honduras, in Le Monde Diplomatique, septembre 2009.) et de la Conférence épiscopale du Honduras. D'après la presse hondurienne, l'ex-président Ricardo Maduro, du Parti national, déclarait quant à lui que la consultation avait pour finalité de perpétuer le pouvoir de Zelaya, et il en appelait à la justice pour faire respecter la constitution.

La Cour suprême, qui a déclaré illégale la consultation populaire, a été suivie par le CongrèsQ&A: Crisis in Honduras, bbc, .. Chargé de l'organisation des élections au Honduras, l'armée a alors refusé de laisser à disposition le matériel électoral pour la consultation. Zelaya considérant ce refus comme un acte de désobéissance au commandant en chef des armées — qui, au Honduras, est le président — il a forcé à la démission le général Romeo Vásquez, alors que l'armée sortait des casernes le . Il a aussi accepté la démission du ministre de la Défense Edmundo Orellana et des chefs de l'armée de terre, de la marine et de l'aviationZelaya continues push for controversial Honduras vote, AFP sur France 24, .. La cour suprême a renversé la décision du président et ordonné que le chef de l'armée soit replacé dans ses fonctions.

Peu de temps après, dans un entretien à El País, Zelaya affirmait avoir échappé de peu à un coup d'État, grâce notamment à l'intervention de Washington. Selon le New York Times, des responsables des États-Unis étaient en pourparlers avec le gouvernement hondurien et les militaires afin d'éviter un coup d'État, mais les militaires auraient rompu ces négociations le dimanche 28 Elisabeth Malkin, « Honduran President Is Ousted in Coup », New York Times, ..

Le président du Venezuela Hugo Chávez déclare à l'approche de la consultation "Nous sommes des soldats aux ordres du Honduras !" et injurie le chef des armées que vient de renvoyer ZelayaL'express, Honduras, La main de Chavez, , .. Le général putschiste Miguel Angel García déclare à la télévision que « Le Honduras et ses forces armées ont stoppé le plan expansionniste d’un leader sud-américain pour imposer, jusqu’au cœur des États-Unis, un socialisme camouflé sous la démocratie.. » Le quotidien conservateur espagnol El País évoque à son tour « Le Waterloo du chavisme ? ». Aux États-Unis, le Wall Street Journal prétend avoir « en sa possession » des documents prouvant les liens entre les FARC et Zelaya. Des journaux honduriens propagent de fausses informations sur la présence de « forces étrangères » en provenance du Venezuela et du Nicaragua..

Bien que l'armée soit restée puissante dans les années 1980 et que le Honduras, peuplé de 7 millions d'habitants, traversait alors une crise importante (escadrons de la mort, disparitions forcées de 1981 à 1984 Profil du Honduras sur la BBC ., commission d'enquête sur les violations des droits de l'homme constituée en 1993, avec les premiers procès en 1995), l'armée n'avait plus fait de coup d'État depuis celui du général Policarpo Paz García en 1978. En 1999 les forces armées avaient été placées sous le contrôle des civils.

Quant à Zelaya lui-même, sa popularité est de 30 % selon le journal britannique The Economist. Sa présidence est marquée de scandales, une hausse de la criminalité et une politique économique populiste financée par les pétrodollars vénézuéliens.

Déroulement du coup d'État vignette|Rafael Alegría, l'un des organisateurs des manifestations pro-Zelaya, était secrétaire général de Via Campesina jusqu'en 2004. Ici, Alegría avant la manifestation contre l'OMC à Hong Kong en décembre 2005.

Le , alors que la consultation doit avoir lieu, Zelaya est arrêté entre et du matin (UTC-6) par des militaires cagoulésAFP/Reuters, « Le président du Honduras arrêté par l'armée », Le Monde. puis expulsé vers le Costa RicaEl nuevo presidente de Honduras decreta el toque de queda, El Pais, .. Le même jour, à , le Congrès National est réuni en session extraordinaire. Le président du Congrès, Roberto Micheletti (Parti libéral), ouvre la séance et donne la parole à Ricardo Rodríguez (Parti libéral)Congreso destituye a Manuel Zelaya, La Tribuna, .. Ce dernier brosse un portrait à charge contre Zelaya dénonçant tous azimuts les négligences du président de la république sur des questions de fond, tels que la grippe A(H1N1), l'aide aux sinistrés du tremblement de terre du , la crise financière, le chômage et la sécurité des honduriensEl nuevo presidente de Honduras promete que el 29 de noviembre habrá elecciones, El Heraldo, .. Puis une lettre de démission, datée du et prétendument signée par Zelaya, est présentée à l'auditoireEsta es la supuesta renuncia de Zelaya, Noticias 24, . et lue par le secrétaire du CongrèsHondouras (sic) leader Zelaya brands ousting as a 'coup', dépêche AFP publiée sur le site de The Australian, . José Alfredo SaavedraHonduran Congress names new leader, USA Today (avec Associated Press), .. À , les parlementaires présents approuvent unanimement la démission de Zelaya et son président, Roberto Micheletti, est nommé président de la RépubliqueCongreso hondureño acepta renuncia de Zelaya, La Prensa.El Congreso hondureño acepta una supuesta renuncia del presidente Zelaya, Diario de Mallorca.Los tanques toman las calles de Tegucigalpa tras la detención de Manuel Zelaya, Radio Televisión Española.. Interrogé par CNN, Zelaya nie avoir signé cette lettre de démission et annonce avoir été la victime d'un coup d'État militaire et d'une conspirationCongreso hondureño acepta renuncia de Zelaya, El Nacional, .Witness to a coup, Sacramento News & Review.Zelaya annonce son retour, Radio Canada, .Will Weissert et Freddy Cuevas (Associated Press), Honduran Military Ousts President Ahead of Vote, ABC News, .. L'avocat Raymond Orta défendra la thèse du faux en écriture en comparant la signature portée sur le document litigieux avec celle porté par Zelaya sur le document portant adhésion à l'ALBAGrafotécnico venezolano evidencia incongruencias en la firma de la presunta renuncia de Zelaya, radiomundial, .. Le congrès vote un décret législatif révoquant Zélaya.