Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet (également du Chastelet, ou du ChastelletAutres formes du nom: https://data.bnf.fr/fr/12100770/gabrielle-emilie_le_tonnelier_de_breteuil_du_chatelet/ .) ou Émilie du Châtelet, née le à Paris et morte le à Lunéville, est une femme de lettres, mathématicienne et physicienne française, figure du Siècle des Lumières.
Elle est renommée pour sa traduction en français des Philosophiæ naturalis principia mathematica d'Isaac Newton, qui fait encore autorité aujourd'hui.. Elle a aussi contribué à diffuser en France l'œuvre physique de Leibniz, notamment en prouvant expérimentalement sa théorie selon laquelle l'énergie cinétique (appelée à l'époque « force vive ») est proportionnelle à la masse et au carré de la vitesse.
Elle a eu une longue liaison avec Voltaire, qui l'a encouragée à poursuivre ses recherches scientifiques, mais c'est Samuel König, disciple de Jean Bernoulli, qui lui fait découvrir la physique de Leibniz.
Biographie Enfance et éducation Issue de la noblesse, Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil. est la fille aînée de Louis Nicolas Le Tonnelier, baron de Breteuil (1648-1728), officier introducteur des Ambassadeurs à la Cour de , et de sa seconde épouse Gabrielle-Anne de Froulay ; elle grandit avec ses frères, dont Charles-Auguste (1701-1731), baron de Preuilly. et Élisabeth-Théodose Le Tonnelier de Breteuil (1712-1781) qui sera aussi connu comme l'abbé de Breteuil.
Émilie du Châtelet vit dans un milieu ouvert ; ses parents organisent un cercle littéraire aux réunions duquel elle est autorisée à assister.. Ils reçoivent dans leur salon parisien des scientifiques, philosophes et écrivains tels que Fontenelle, qui lui donnera des cours de sciences, Jean-Baptiste Rousseau, ou encore François-Marie Arouet (qui n'a pas encore pris le pseudonyme de Voltaire). Elle fréquente ainsi des intellectuels dès l’enfance et reçoit une éducation qui n'est alors que rarement dispensée aux filles, dont l'éducation se fait généralement au couvent. Son père fait venir pour elle des précepteurs, comme il l'avait fait pour ses deux fils aînés. Lui-même lui enseigne le latin et, douée pour les études, Émilie du Châtelet sait lire couramment l’allemand, l’anglais, le grec et le latin dès ses douze ans... Ses précepteurs lui enseignent la philosophie naturelle, ce qui correspond à l'époque aux sciences (mathématiques, astronomie, physique, chimie et biologie). Dès sa jeunesse, elle a le goût de l'étude, privilégiant les domaines scientifiques.. Elle souhaite comprendre l'univers et ce qui le régit. Elle aime particulièrement les mathématiques. et poursuivra notamment l'étude de cette matière et de la physique en prenant des cours auprès de savants de renom et en lisant les ouvrages majeurs de physique.
Émilie du Châtelet est par ailleurs douée pour la musique, apprend à jouer du clavecin et à chanter l’opéra ; elle pratique également la danse et le théâtre.
Présentée à seize ans à la cour du Régent par son père, elle est séduite par les plaisirs que cette vie offre, cédant à certaines extravagances, collectionnant les robes, les chaussures, adorant les bijoux. C'est une deuxième passion dans sa vie et Voltaire la surnommera « Madame Pompon-Newton ».
Mariage alt=représentation de Gabrielle Émilie du Châtelet in VOLTAIRE, François Marie Arouet, Elemens de la philosophie de Newton, Edition Étienne Ledet, 1738.|vignette|Représentation de Gabrielle Émilie du Châtelet dans l'ouvrage de Voltaire Éléments de la philosophie de Newton, édition Étienne Ledet, 1738.
Elle épouse le le marquis Florent Claude du Châtelet (ou du Chastellet)(1695-1765), seigneur de Villethierry dans Archives d'Émilie du Châtelet, Archives de la Haute-Marne.. Celui-ci a trente ans et elle dix-neuf. Elle vit quelque temps à Semur-en-Auxois, dont son époux est gouverneur. Selon la comtesse de Genlis., elle y aurait rencontré Monsieur de Mézières, le grand-père de celle-ci, qui l'aurait initiée aux sciences mathématiques.
Le marquis, pris par sa carrière militaire, ne voit sa femme que très rarement. Se rendant compte de ses propres limites autant que des capacités intellectuelles de sa femme, son mari la laisse vivre librement.. Il était fréquent pour les aristocrates de l'époque d'avoir des liaisons. Ils seront amis toute leur vie, et l'épouse fera attention à dans la société.
Le couple a quatre enfants : Françoise Gabrielle Pauline, née le , mariée à Paris à l’âge de , en 1743, à Alfonso Carafa, de Montenero ( - ), elle meurt en 1754, âgée de , après une dizaine de grossesses ; Louis Marie Florent du Châtelet ( - guillotiné le ), marié en 1752 à Diane Adélaïde de Rochechouart ; Victor Esprit, né le , mort au berceau, le dimanche ; Stanislas-Adélaïde, une fille dont le père est en fait Jean-François de Saint-Lambert, née le 4 septembre 1749 ; sa naissance entraîne la mort d'Émilie du Châtelet six jours après, elle-même ne vivant que vingt mois, jusqu'au .
Relation avec Voltaire En 1732, tandis que son époux participe à la guerre de Succession de Pologne, Émilie du Châtelet quitte Semur-en-Auxois pour Paris.
L’assiduité et le goût de l’étude qu’elle montre avec précocité et qui est un des axes principaux de son livre Discours sur le bonheur, ne l’empêchent pas de mener la vie plutôt volage d’une dame noble sous la Régence. Elle sera la maîtresse du marquis de Guébriant, du maréchal de Richelieu, de Pierre Louis Moreau de Maupertuis, membre de l'Académie des sciences, auprès duquel elle prit des cours de mathématiques.. et qui fut le premier savant français à relayer les théories d'Isaac Newton en France..
Or, entre 1726 et 1729, l'écrivain, poète et philosophe Voltaire, exilé en Angleterre à la suite d'une impertinence envers le chevalier de Rohan, découvre les idées nouvelles de Bacon, Newton et Locke, qui modifient sa pensée ; il y publie également les Lettres philosophiques, qui montrent, entre autres, l'avancée de la physique newtonienne au détriment de celle de Descartes. Ces lettres décrivent aussi les institutions politiques et économiques anglaises ainsi que la vie intellectuelle et religieuse ; le Parlement de Paris comprendra d'ailleurs qu'implicitement, elles critiquent la monarchie française, et il fera brûler l'ouvrage ; toutefois, les Lettres philosophiques remporteront un grand succès hors de France. En 1733, Voltaire est encore dans la tourmente créée par tout ceci, lorsque la duchesse de Saint-Pierre lui présente Émilie du Châtelet. Tous deux s'étaient déjà côtoyés dans les salons du baron de Breteuil alors qu'elle n'avait qu'une dizaine d'années, et à présent ils deviennent amants.
vignette|Le château de Cirey. Lithographie de 1854.
Voltaire a trente-neuf ans, Émilie du Châtelet, vingt-sept, leur liaison durera quinze ans.. Dès 1734, elle accueille le philosophe chez elle, dans son château de Cirey (Cirey-sur-Blaise), dans le duché de Lorraine alors largement indépendant du royaume de France.. Voltaire ayant dû quitter Paris en 1735 parce qu'il est menacé par une lettre de cachet, ils y emménagent, le rénovent et aménagent notamment une importante bibliothèque et achètent des instruments scientifiques — Voltaire ayant eu les moyens pour cela. Ils passeront quatre ans loin de la vie mondaine qu'affectionnait la marquise et travailleront ensemble. Voltaire la pousse à traduire Newton — peu connu en France à cette époque — et l'aide à prendre conscience de la liberté de penser par elle-même.
Ayant eu la chance d’avoir un père ne la considérant pas comme une « fille à doter et à marier », Émilie du Châtelet a désormais celle d’avoir un ami la considérant comme son égale. Voltaire se montra toujours admiratif, louant son intelligence et ses qualités, dont celle, non des moindres, de ne jamais médire des autres dans un monde aussi méchant que spirituel. Émilie du Châtelet contribue quant à elle à la formation scientifique de Voltaire et à une partie de ses travaux. Voltaire l’encourage à approfondir ses connaissances en physique et en mathématiques. En effet, il lui reconnaissait des aptitudes particulières, supérieures aux siennes en ce domaine de la « philosophie naturelle » — c'est ainsi qu'on appelait les sciences physiques à cette époque. Dans ce domaine, longtemps presque exclusivement masculin, Émilie du Châtelet est considérée comme l'une des premières femmes scientifiques d'influence dont on ait conservé les écrits.
Émilie du Châtelet étudie Leibniz, se concerte avec Clairaut, Maupertuis, König, Bernoulli, Euler, Réaumur, autant de personnages auxquels on doit l’avènement des « sciences exactes », substantif qui n’existait pas encore à cette époque. Elle les fait venir à Cirey pour qu'ils lui donnent des cours particuliers et correspond avec eux, ainsi qu'avec Christian von Wolff, Charles Marie de La Condamine et François Jacquier. Quand elle entreprendra la traduction des Principia Mathematica de Newton, elle ira jusqu’à consulter Buffon.
Relations sociales et familiales Moquée par les dames de la Cour, comme la baronne de Staal-de Launay, et plus encore par Madame du Deffand qui la jalousait, Émilie du Châtelet ne s’en indigna jamais, laissant dire les mauvaises langues. Sa position sociale la mettait sans doute à l’abri des commentaires acides, mais son esprit, sa véritable noblesse, la situait certainement au-dessus des propos aigres et jaloux des brillantes épistolières, fussent-elles les meilleures et les plus fines de son époque. Elle était l'invitée, comme toutes ces dames des salons littéraires et des fêtes, des Grandes Nuits de Sceaux donnés au château de Sceaux par la duchesse du Maine, dans le cercle des Chevaliers de la Mouche à Miel.
François-Victor Le Tonnelier de Breteuil a favorisé, comme ministre de la Guerre, ses proches, en particulier la belle-famille de sa cousine germaine, Émilie du Châtelet Judith P. Zinsser, Émilie Du Chatelet: Daring Genius of the Enlightenment, 35.. Par contre, en tant que chef de la maison de Breteuil, il n’apprécie guère que la fille de son oncle Louis Nicolas Le Tonnelier, baron de Breteuil, devienne en 1734 la maîtresse de Voltaire, qui est pour lui « un bourgeois et un provocateur » Judith P. Zinsser, Émilie Du Chatelet: Daring Genius of the Enlightenment, , 37, et André Maurel, La marquise Du Châtelet, amie de Voltaire, 25.. Juste avant cette liaison, il avait été le parrain de son fils, Victor Esprit, le . Il est à cette époque chancelier de la reineMercure de France, 1034..
Elle a fréquenté la cour de Louis XV à Versailles et les grands salons aristocratiques parisiens.. Elle était amie avec Françoise de Graffigny et cette dernière vint un temps au château de Cirey, entre décembre 1738 et mars 1739, dans la période où Voltaire y séjournait également ; celle-ci sera le témoin de l'intérêt pour le théâtre dans le château : la marquise du Châtelet faisait ainsi jouer des pièces de théâtre, en particulier celles de Voltaire, à ses invités, les faisant répéter des heures durant.
Elle ne paraît jamais en société sans être extrêmement maquillée et couverte de diamants, rubans et fanfreluches et a un goût immodéré pour les jeux de cartes qui lui occasionne un certain nombre de dettes.
Académicienne Émilie du Châtelet fut élue membre de l'Académie des sciences de l'institut de Bologne, la seule de l'époque à accepter en son sein des femmes ; elle est inscrite sur le registre des membres le et est très fière de cette reconnaissance.
Lunéville vignette|Portrait par Marianne Loir, musée des Beaux-Arts de Bordeaux.
Lunéville est alors le lieu où se trouve la cour du duc de Lorraine Stanislas Leszczynski, ex-roi de Pologne et beau-père de Louis XV, dans un château construit, comme Versailles, à l'écart de la capitale, Nancy. Émilie du Châtelet fréquente aussi la cour de Stanislas.