Claude Galien, ou simplement Galien (en grec ancien : / Galênós ; en latin : S. Alexandru, « Newly Discovered Witnesses Asserting Galen's Affiliation to the gens Claudia », Annali della Scuola Normale Superiore di Pisa, série 5, 3/2, 2011, 385-433), né à Pergame en Asie Mineure en 129 et mort à Rome entre 201 et 216, est un médecin grec de l'Antiquité qui a exercé à Pergame et à Rome où il a soigné plusieurs empereurs. Dans sa vie Claude Galien a exercé plusieurs métiers dont philosophe, chirurgien, pharmacien, biologiste.

Auteur prolifique, il demeure dans l'histoire un personnage qui sut allier une puissance spéculative et une recherche passionnée des réalités médicales. En s'appuyant à la fois sur la raison (logos) et l'expérience (empeiria) qu'il appelle « ses deux jambes »Galien, Commentaire au traité d'Hippocrate sur les humeurs, = Kühn, XVI, 80-81, il s'est efforcé tout au long de sa vie de construire un système explicatif global rassemblant les parties de l'art médical.

Il est ainsi considéré comme le dernier des grands médecins créateurs de l'Antiquité gréco-romaine et avec Hippocrate, un des fondateurs des grands principes de base sur lesquels repose la médecine occidentale. Il a donné la priorité à l'observation anatomique et a cherché à établir des hypothèses sur les processus physiologiques en procédant à des expérimentations sur les animaux..

Son œuvre fut d'abord en grande partie oubliée en Europe occidentale jusqu'au . Transmise à Byzance et dans le monde musulman, elle est revenue en Europe d'abord à partir de traductions de l'arabe en latin puis, à partir de la Renaissance, des sources grecques d'origine.

La théorie médicale de Galien a dominé la médecine jusqu'au mais a dû ensuite s'incliner devant le développement de la méthode expérimentale qui a permis d'établir, sur une base empirique solide, les modèles du système cardiovasculaire, respiratoire, digestif et nerveux. Cette médecine gréco-romaine a donc fini par être éliminée de la pratique médicale occidentale.

Le gentilice « Claude » (, Κλαύδιος) se trouve par exemple dans un manuscrit byzantin copié autour de l'année 1200 ap. J.-C.. On a longtemps pensé que cette composante du nom est née d'une erreur survenue dans la tradition manuscrite latine, mais la source grecque byzantine est antérieure à tous les textes galéniques latins qui transmettent le gentilice Claudius. Avant la découverte du témoin byzantin conservé à Athènes on a pensé que l'abréviation latine Cl. (), qui signifie « brillant » ou « illustre », était apposée comme un titre dans quelques sources latines hypothétiques (Cl. Galien : « le très illustre Galien ») et qu'elle a pu être prise à tort pour un gentilice.. Selon l'hypothèse erronée de V. Nutton l'érudit byzantin Jean Argyropoulos l'aurait fait connaître à Byzance au .

Biographie L'enfance à Pergame (129-143) thumb|Maquette de la cité antique de Pergame. Dans la ville haute : agora, palais, arsenal, bibliothèque, théâtre, temples, Grand Autel. thumb|Empire romain en 150 Galien est né en 129, à Pergame, en Éolide (actuelle Bergama, au nord de Smyrne en Turquie), dans un milieu aiséCette biographie s'appuie essentiellement sur l'ouvrage de Véronique Boudon-Millot, Galien de Pergame (Les Belles Lettres, 2012), basé sur les nombreux traités de Galien, disponibles en grec et latin dans l'édition de C.G. Kühn (Leipzig 1821-1833), non traduits pour la plupart dans une langue moderne. Le nom de Galenos () est bien documenté depuis l'Antiquité. Le gentilice Claudius (Κλαύδιος) se trouve seulement dans quelques manuscrits byzantins et dans un très grand nombre de livres imprimés en Occident..

La cité de Pergame était un des hauts lieux scientifiques, littéraires et artistiques du monde gréco-romain. Longtemps royaume indépendant, elle devint romaine en 133 , mais n'en continua pas moins à jouir d'une prospérité extraordinaire jusqu'au de notre ère.

Nicon, le père de Galien, est architecte et géomètreD'après la Souda, une encyclopédie grecque du . Plusieurs inscriptions retrouvées à Pergame mentionnent des Nicon architectes mais pour Véronique Boudon-Millot aucun élément ne permet d'identifier le père de Galien à l'un d'eux. Il apprend à son fils la morale stoïcienne. Tout au cours de sa vie, Galien indique qu'il s'est efforcé de respecter les préceptes paternels en veillant à ne pas se laisser atteindre par les pertes matérielles et à ne pas se chagriner inutilementAprès l'incendie d'une partie de ses manuscrits et médicaments en 192 à Rome, il écrivit Ne pas se chagriner () traduction de Boudon-Millot et Jacques Jouanna, CUF 2010.. Son père sera un modèle de maîtrise de soi et d'affabilité qu'il opposera aux débordements de sa mère :

Son père lui a aussi transmis son amour de la campagne. Il gérait des domaines agricoles où le jeune Galien a dû passer une partie de son enfance. Il manifestera plus tard dans ses écrits pharmacologiques, une excellente connaissance des plantes médicinales. Son père qui était aussi un fin connaisseur en géométrie, arithmétique et calcul, lui donna les premiers rudiments des connaissances scientifiques jusqu'à l'âge de . On suppose qu'il reçut aussi une formation à l'étude des textes classiques par un maître de grammaire (grammatikos) ainsi qu'à l'art de composer des discours par un rhéteur (rhêtor).

De la philosophie à la médecine (143-148) À l'âge de , Galien entreprend des études de philosophie. Il se souviendra plus tard de quatre de ses maîtres : un stoïcien, un platonicien, un péripatéticien et un épicurien. Il dira dans les Propres livres que le premier ne lui donne pas les « preuves rhétoriques » de ce qu'il avance, que le second arrive à des conclusions contraires du précédent et que les suivants ne s'avèrent pas plus concluants. Il ressort de cette formation philosophique « profondément affligé », selon ses propres termes. Galien espérait apprendre un art de raisonner qui permette l'accord de tous, sur le modèle des démonstrations géométriques capables de s'imposer à tout le monde. Déçu, il décide alors de « prendre ses distances avec les discours philosophiques » (Propres livres XIV, 6) mais sans rompre complètement avec la réflexion philosophique. thumb|upright=0.85|Médecin (iatros) pratiquant une saignée. Son père, qui nourrissait de grandes ambitions pour lui, décide alors de lui faire commencer des études de médecine, tout en poursuivant ses études de philosophie. Il avait alors . Cette orientation vers la médecine procède probablement du choix d'une discipline pratique qui devrait lui permettre d'échapper au doute pyrrhonien dans lequel l'avait plongé le spectacle des affrontements de systèmes philosophiques incompatibles, chacun avec sa propre vérité sans qu'aucune méthodologie ne puisse jamais les départager.

La formation médicale se faisait auprès de maîtres réputés. En 145, Galien va d'abord à l'école de Satyros dans l'espoir de retirer une bonne connaissance d'Hippocrate (460 / 370 ), le « père de la médecine » européenne. Après avoir assisté à un débat sur l'empirisme en médecine, il suit l'enseignement d'un des orateurs, nommé Pélops.

En 148, le décès de son père lui laisse une fortune considérable. Il a alors . Il confie la gestion de ses biens à un intendant et part à travers le monde gréco-romain étudier auprès des médecins les plus réputés de l'empire.

Voyages d'étude de Smyrne à Alexandrie (148-157) Il se rend d'abord à Smyrne où il retrouve son maître Pélops. Il y écrit un ouvrage Sur le mouvement du thorax et du poumon dans lequel il consigne l'enseignement de Pélops. Il demeure ensuite à Corinthe (c. 151 ?) pour apprendre auprès de Numisianos avant d'embarquer pour Alexandrie en Égypte.

Il séjournera au moins quatre ans à Alexandrie avec le désir d'y étudier l'anatomie. Le passage par Alexandrie semblait constituer une sorte d'étape obligée dans la formation de tout médecin ambitieux de l'époque. La ville égyptienne était devenue, sous les premiers Ptolémées au av. notre ère, un centre majeur de la vie intellectuelle de la civilisation hellénistique. Deux des plus grands anatomistes de l'Antiquité, Hérophile et Érasistrate, avaient pu y pratiquer des dissections humaines qui firent faire d'importants progrès à la connaissance des structures internes du corps humain. Près de quatre siècles plus tard, quand Galien arrive à Alexandrie, la dissection des cadavres n'est plus pratiquée. Galien se contentera d'y « étudier les os humains ».

D'après ses écrits ultérieurs, Galien semble avoir été assez déçu par son séjour à Alexandrie. Dans son Commentaire aux épidémies, il présente ses professeurs alexandrins comme des savants seulement en parole, qui sont complètement incapables de reconnaître une maladie. Il n'apprécia guère mieux la nourriture égyptienne comportant des vers de bois, des vipères, de la viande de singe, de chameau et même d'âne. Mais nous dit-il, comme les Égyptiens y sont habitués, ils réussissent à évacuer rapidement ces mauvais aliments avant qu'ils ne causent des dégâts au corps.

L'Égypte a de tout temps été réputée pour ses drogues, ses parfums et ses onguents. Galien en mentionnera de nombreux, notamment dans ses écrits pharmacologiques : huile de ricin (kikinon), de raifort (rhaphaninon), de sénevé (sinapinon) et le poivre. Il s'intéressa aussi à un curieux arbre, le persea (Cordia myxa), dont les feuilles sont souveraines en cataplasme contre le mal de tête, ou à une argile aux précieux effets thérapeutiques.

Galien revient finalement à l'âge de dans sa ville natale.

Le médecin des gladiateurs à Pergame (157-161) thumb|upright=0.85|L'Acropole de Pergame, vu du sanctuaire d'Asclépios, un centre médical renommé où Galien reçut des indications thérapeutiques au cours de songes. De retour dans sa patrie, durant l'été 157, Galien se gave tellement des bons fruits de son pays qu'il en a une indigestion mais aussi, nous dit-il, une maladie gastrique aiguë. Il s'agissait probablement d'une amœbose, responsable de dysenteries fréquentes alors dans tout le bassin méditerranéen.

Cet épisode joua un rôle si important dans sa vie qu'il le mentionne à trois reprises dans ses écrits. Il déclare avoir décidé, à la suite de cette maladie, de s'abstenir de tous les fruits, sauf les figues et les raisins, de suivre un régime équilibré et de fréquenter assidûment le gymnaseBons et mauvais sucs des aliments composé vers 180, cf. Boudon-Millot. Il raconta dans la dernière partie de sa vie comment, suivant les indications reçues d'Asclépios au cours de deux songes clairs, ses douleurs disparurent après une saignée d'un nouveau type, faite en incisant une artère située entre l'index et le majeurSur le traitement par la saignée composé après 193, cf. Boudon-Millot. À la suite de cette guérison miraculeuse, Galien se déclare serviteur (therapeutès) d'Asclépios. thumb|upright=0.85|Combat de gladiateurs. Mosaïque de la Villa Borghèse. Durant cette même année 157, il est nommé médecin des gladiateurs. Dans les cités orientales de l'empire, le grand-prêtre (archihierus) était chargé d'organiser le culte impérial. Il entretenait à ses frais une troupe de gladiateurs qui s'affrontaient tous les étés en combat (munera) lors des fêtes en l'honneur de l'empereur. Malgré son jeune âge, Galien se vit confier la charge de soigner les plaies sanglantes des gladiateurs et plus largement de veiller à leur régime. Il devait garder en vie le plus grand nombre possible de gladiateurs afin d'éviter au grand-prêtre de devoir recruter de nouveaux combattants. Les combats à mort restaient rares.