Le jaguar (Panthera onca) est un mammifère carnivore de la famille des Felidae. C'est l'un des cinq « grands félins » du genre Panthera, avec le léopard, le tigre, le lion et la panthère des neiges. Son aire de répartition actuelle s'étend du Mexique à la majeure partie de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud, jusqu'au nord de l'Argentine et du Paraguay. Hormis des errances occasionnelles de spécimens originaires du Mexique, le jaguar est une espèce disparue aux États-Unis depuis le début des années 1970. Il est présent à l'état sauvage en Guyane française.
Ce félin tacheté ressemble physiquement au léopard, mais il est généralement plus grand et d'apparence plus massive. En outre, son habitat et son comportement sont plus proches de ceux du tigre. Bien que la forêt tropicale dense constitue son habitat de prédilection, le jaguar s'accommode d'une large variété de milieux ouverts et boisés. Il est fortement associé à la présence de l'eau et, comme le tigre, il aime nager. C'est un prédateur solitaire qui chasse à l'affût, tout en étant opportuniste dans la sélection des proies. C'est aussi un superprédateur qui joue un rôle important dans la stabilisation des écosystèmes et la régulation des populations qu'il chasse. Il a développé une puissance de morsure exceptionnelle, même par rapport aux autres grands félins, ce qui lui permet de percer les carapaces des tortues et d'employer une méthode de mise à mort inhabituelle : il mord directement le crâne de sa proie et porte ainsi un coup fatal au cerveau.
Le jaguar est une espèce quasi menacée (NT) selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), et ses effectifs sont en baisse. Il est notamment menacé par la destruction de son habitat, plus ou moins liée à la fragmentation écopaysagère. Alors que le commerce international des jaguars ou de leurs dérivés est interdit, cet animal est encore régulièrement chassé par l'homme, en particulier lorsqu'il entre en conflit avec les éleveurs et les agriculteurs d'Amérique du Sud. Bien que de plus en plus réduite, son aire de répartition reste large.
Compte tenu de sa répartition historique, le jaguar a figuré en bonne place dans la mythologie de nombreuses cultures amérindiennes, notamment celles des Mayas et des Aztèques.
Étymologie Le mot jaguar est peut-être dérivé du mot tupi-guarani yaguaré, yaguara ou yanuaraDiego Abad de Santillán, Gran enciclopedia argentina, 1956 : ., et qui a été traduit de différentes façons par Dailton Felipini, Glossário Tupi-Guarani Ilustrado: Incluindo nomes indígenas de pessoas e cidades, LeBooks, 2016 : ., ou, le plus souvent cité : Linda Kalof et Georgina Montgomery, Making Animal Meaning, Michigan State University Press, 2011 : ..
Description Tête thumb|left|Le jaguar possède une mâchoire imposante. La tête est robuste et la mâchoire extrêmement puissante. Les oreilles sont rondes, de couleur noire au revers avec une tache blanche au milieu, pour les individus non mélaniques. La pupille est ronde. Il a été suggéré que la morsure du jaguar est la plus forte de tous les félidés ; cette force permettant même de percer les carapaces de tortues. Une étude comparative de la force de la morsure en fonction de la taille du corps classe le jaguar comme le plus puissant des félidés, ex æquo avec la panthère nébuleuse mais devant le lion et le tigre.. Cela lui confère une méthode de mise à mort inhabituelle : il mord directement dans le crâne de sa proie et livre un coup fatal au cerveau... Il a été rapporté qu'un jaguar « peut traîner un taureau de sur dans ses mâchoires et broyer même les os les plus robustes. ». Le jaguar chasse des animaux sauvages pouvant peser jusqu'à dans la jungle dense, et son physique court et robuste est donc une adaptation à ses proies et à son environnement.
Corps vignette|gauche|Jaguar nageant dans le rio Cuiabá, Mato Grosso, Brésil. Félin trapu et plutôt court sur pattes, le jaguar est cependant très habile à l'escalade, l'exploration et la natation. Dans son aire de répartition, il ne peut être confondu avec aucun autre félin : seul le puma (Puma concolor) peut être aussi gros que lui mais celui-ci est de couleur fauve. Toutefois, le jaguar ressemble au Léopard (Panthera pardus) qui vit en Afrique et en Asie. Les deux animaux peuvent être distingués par leurs rosettes : celles du jaguar sont plus grandes, moins nombreuses, généralement plus sombres et ont des lignes plus épaisses et de petites taches dans le milieu que le léopard n'a pas. Les jaguars ont également une tête plus arrondie et courte que le léopard, et un aspect bien plus massif.. Comme les félins de l'Ancien Monde, le jaguar possède dix-neuf paires de chromosomes. Dans la nature, le jaguar réagit à la cataire.
Biométrie vignette|Jaguar au sortir de l'Approuague, dans le parc naturel régional de Guyane.|alt= Le jaguar est le plus gros félin sauvage en Amérique, surpassant légèrement le puma, et le troisième au monde après le tigre et le lion. Il existe d'importantes variations de taille parmi sa population selon les régions et les habitats, le poids de l'animal tendant à augmenter au sud de son aire de répartition.
Le poids moyen varie du simple (en Amérique centrale) au double (dans le Pantanal brésilien et les plaines du Venezuela) : il a été estimé, pour les mâles, entre , et pour les femelles, entre Mel Sunquist et Fiona Sunquist, Wild Cats of the World, University of Chicago Press, 2002, .. Une étude du jaguar dans la réserve de biosphère de Chamela-Cuixmala, sur la côte mexicaine de l'océan Pacifique, a montré des individus de seulement , poids proche de celui du puma.. En revanche, une étude des jaguars dans la région du Pantanal brésilien montre un poids moyen de .. Les jaguars vivant dans les milieux forestiers denses sont souvent plus sombres et beaucoup plus petits que ceux qu'on trouve dans les espaces ouverts, probablement en raison du moins grand nombre de proies herbivores dans les zones forestières.. Les mâles les plus lourds ont été pesés à ., ce qui correspond environ au poids d'une tigresse ou d'une lionne, et les plus petits individus adultes connus ont un poids extrêmement faible de ..
La longueur du jaguar varie d'un minimum de pour les femelles et pour les mâles à un maximum de pour les femelles et pour les mâles. La queue mesure de pour les mâles et pour les femelles. L'animal fait environ de hauteur au garrot. Les femelles sont généralement plus petites que les mâles de 10 à 20 %.
Pelage thumb|upright=0.7|Détail du pelage.
Le pelage du jaguar est généralement jaune tacheté, mais il peut aller du brun au noir. Le dessous de l'animal, la gorge, la face intérieure de la patte et le bas des flancs sont de couleur plus claire, proche du blanc. Le jaguar est couvert de rosettes de camouflage lui permettant de se dissimuler dans la forêt amazonienne, son habitat. Les taches varient sur l'individu même et entre les individus : les rosettes peuvent inclure un ou plusieurs points, et la forme des points varie. Les taches sur la tête, le cou et la queue sont bien distinctes des autres taches : elles sont pleines (sans rosette). Sur le cou, les taches se rejoignent pour former des rayures.
Les formes mélaniques existent dans l'espèce. La forme mélanique avancée touche environ six pour cent de la population.. Le mélanisme est le résultat d'un allèle dominant. : une mutation du gène MC1R favorise la production de mélanine. Les jaguars mélaniques semblent entièrement noirs, mais leurs taches sont encore visibles si l'on regarde attentivement. Ils sont officieusement connus sous le nom de « jaguar noir », mais il ne forment pas une espèce ou une sous-espèce distincte. Les individus touchés par l'albinisme, parfois appelés « jaguars blancs », sont rares mais existent chez les jaguars, comme chez les autres grands félins. Il est très fortement suspecté que la forme mélanique soit associée à des facteurs environnementaux, et notamment aux forêts tropicales denses et humides.
Évolution de l'espèce et sous-espèces Place dans l'arbre phylogénétique Le jaguar est le seul membre du genre Panthera existant au Nouveau Monde. Son étude ADN montre que le lion (Panthera leo), le tigre (Panthera tigris), le léopard (Panthera pardus), le jaguar (Panthera onca), le léopard des neiges (Panthera uncia) et la panthère nébuleuse (Neofelis nebulosa) partagent un ancêtre commun et que ce groupe ancestral se situe entre six et dix millions d'années.. Les preuves fossiles estiment l'émergence du genre Panthera à 2 ou 3,8 millions d'années.. Les études phylogénétiques situent généralement la panthère nébuleuse à la base de ce groupe.... La position des autres espèces, notamment celle du léopard des neiges, varie entre les études et est encore en suspens.De nombreuses études placent l'once dans le genre Panthera, mais il n'y a pas de consensus sur le fait que le nom scientifique de cet animal devrait rester Uncia uncia ou être changé en Panthera uncia..
Sur la base de données morphologiques, le zoologue britannique Reginald Innes Pocock a conclu que le jaguar est le plus étroitement lié au léopard. Toutefois, l'ADN n'apporte pas de preuve sur la position du jaguar par rapport aux autres espèces et cela varie entre les études. Les fossiles d'espèces éteintes Panthera, comme le jaguar européen (Panthera gombaszoegensis) et le lion américain (Panthera atrox), montrent à la fois les caractéristiques du lion et du jaguar. La présence du jaguar est attestée par des fossiles de deux millions d'années. C'est un félin américain depuis le passage du pont terrestre de Béringie au cours du Pléistocène. L'ancêtre immédiat de l'animal moderne était plus grand que le félin contemporain. L'analyse de l'ADN mitochondrial du jaguar date l'apparition de l'espèce entre et , c'est-à-dire plus tard que le suggèrent les fossiles.. Panthera augusta ou Panthera onca augusta est un jaguar géant qui vivait sur un territoire correspondant aux États-Unis il y a à 1,6 million d'années.
Arbre phylogénétique de la sous-famille Pantherinae, basée sur , et .
Sous-espèces thumb|Bien que de nombreuses sous-espèces du jaguar aient été déterminées, les études les plus récentes suggèrent l'absence de sous-espèce. Les premières subdivisions intra-spécifiques du jaguar comportaient ; une délimitation taxonomique de l'espèce réalisée par Reginald Innes Pocock en 1939 a réduit le nombre de sous-espèces à huitLes huit sous-espèces sont les suivantes : Panthera onca onca (Linnaeus, 1758) : Venezuela, sud et est du Rio Grande do Sul au Brésil ; Panthera onca arizonensis (Goldman, 1932) dit « jaguar de l'Arizona » : de l'Ouest de l'Arizona à la Sonora ; Panthera onca centralis (Mearns, 1901) dit « jaguar de l'Amérique centrale » : du Salvador à la Colombie ; Panthera onca goldmani (Mearns, 1901) dit « jaguar de Goldman » : de la péninsule du Yucatán à Belize et au Guatemala ; Panthera onca hernandesii (Gray, 1857) dit « jaguar du Mexique » : Ouest du Mexique ; Panthera onca palustris (Ameghino, 1888) : Paraguay et Nord-Est de l'Argentine ; Panthera onca peruviana (de Blainville, 1843) dit « jaguar du Pérou » : côtes du Pérou ; Panthera onca veraecruscis (Nelson & Goldman, 1933) : centre du Texas et Sud-Est du Mexique., sur la base des origines géographiques et de la morphologie du crâne. Toutefois, il n'avait pas accès à suffisamment de spécimens pour évaluer de manière claire toutes les sous-espèces et il a exprimé des doutes sur plusieurs d'entre elles. En 1989, le chercheur K. L. Seymore ne sépare ces sous-espèces qu'en trois : Panthera onca onca (regroupant P. o. onca et P. o. peruviana), Panthera onca hernandesii (regroupant P. o. centralis, P. o. arizonensis, P. o. veraecrucis et P. o. goldmani) et Panthera onca palustris..