« Sciences dures » et « sciences molles » sont des expressions du registre familier, qui désignent respectivement les sciences de la nature, ou formelles, et les sciences humaines et sociales.

Ces expressions présentent un caractère péjoratif et normatif et parce qu'elles relèvent d'un jugement de valeur péjoratif envers les sciences humaines et sociales, sous-entendant que ce sont « à peine » des sciences ou des sciences que les « vraies » sciences. Elles véhiculent l'idée que les sciences « dures » sont difficiles mais exactes et durables dans le temps et qu'à l'inverse les sciences « molles » sont faciles, malléables et instables. , caricature l'anthropologue Maurice Godelier..

Histoire de l'expression

Sens des expressions Les expressions « sciences dures » et « sciences molles » désignent respectivement les sciences de la nature, ou formelles, et les sciences humaines et sociales..

Référence linguistique à l'informatique Les expressions sciences dures et sciences molles sont une distinction de la langue anglaise et proviennent des États-Unis distinguant « hard science » et « soft science » comme on distingue en informatique le « hardware » du « software ».

Selon Philippe Cibois, secrétaire général de l’Association française de sociologie« L’avenir de la recherche du point de vue des jeunes chercheurs », table ronde organisée le par APIDOC et la Confédération des jeunes chercheurs. Les SHS dans la recherche par Jean Ferrette :

Les origines anglophones Les expressions anglophones datent d’au moins des années 1960, comme le remarque l’historien et sociologue Steven Shapin à travers l’outil de Google Ngram Viewer. Difficile en revanche de savoir quand l’expression est apparue dans le langage courant. Il note toutefois comme premières évocations un discours de l’ingénieur Gano Dunn qui, en 1945, distingue des sciences dures comme des sciences plus exactes dans leur capacité de prédiction par rapport aux sciences molles.. Dans le milieu académique, l’historien note une première apparition en 1966 dans l’article du sociologue Norman Storer intitulé The Hard Sciences and the Soft.

Dans le de juin- de la revue Critique, intitulé Sciences dures ?, Françoise Balibar et Elie During, écrivent : .

Critiques épistémologiques sous-entendues

Une hiérarchie des sciences

Le nommage distinguant les sciences dures des sciences molles présente une connotation péjorative.. qui laisse entendre que les sciences dites dures seraient plus complexes mais présenteraient aussi des résultats plus stables et reproductibles que les dites sciences molles, et seraient donc hiérarchiquement davantage des sciences

L'anthropologue Maurice Godelier caricature ces affirmation ainsi : .

Selon Thierry Rogel, professeur agrégé de sciences économiques et socialesDurcir les « sciences molles », mollir les « sciences dures » ? :

Selon Léna Soler, épistémologue et membre du Laboratoire de philosophie et d’histoire des sciences : .

Positivisme

Plus de chiffres, fait plus scientifique

L'expression sciences molles sous-entend qu'elles soient trop subjectives car elles n'utilisent que peu de chiffres pour expliquer. Une idée reçue contrariée par le simple exemple des sciences économiques elles-mêmes classées parmi les sciences molles. Autre exemple, certaines études en sociologie utilisent un grand nombre de données quantitatives.

Que la présence de chiffre soit synonyme d'objectivité est une idée reçue tenace, notamment depuis le positivisme scientifique. La recherche de mathématisation de sa propre discipline d'expertise est quelque chose qu'on retrouve durant le , à la fois parmi les , et à la fois parmi les disciplines scientifiques jugées trop molles par certains premiers sociologues de la connaissance. , écrit Roger Frydman.

La place des calculs Dans le même genre de critique, implicitement dite à travers l’expression des sciences molles, c’est le manque de formules mathématiques pour pouvoir expliquer. Une critique caricaturale positiviste, pensant qu'un domaine est scientifique uniquement si le réel est formalisé sous formes mathématiques ; et qu’on puisse expliquer tout le réel qui nous entoure sous forme de lois mathématiques décrivant les phénomènes de cause à conséquence.

Or tout n’est pas causalité linéaire où une cause donne une conséquence. Souvent en sciences humaines et sociales, la causalité s’explique sous forme de statistiques et de probabilités avec, en plus, de nombreuses causes. Et parfois, la conséquence influence la cause, telle une boucle de rétroaction. Des contradictions difficiles à formaliser avec de simples calculs mathématiques.

Un objet d’étude différent par nature Contrairement à l'implicite supposé des sciences molles plus faciles à étudier, les sciences humaines et sociales sont difficiles à étudier du fait de leur objet d’étude, qu’on ne peut pas isoler au bon vouloir. En sciences sociales, , écrit Maurice Godelier.

La place de l'interprétation Selon Balibar et During, l'expression ferait apparaître les sciences dures comme autant de dogmes rigides : . Un idéal de l'objectivisme pure : étudier le réel indépendamment de l'observateur. Or, quelle que soit la science, il existe toujours une interprétation de la part de l'observateur, de l'expérimentateur, du chercheur scientifique.

En épistémologie, certains philosophes parlent de sciences complexes au lieu de sciences molles. En sciences humaines et sociales . Autrement dit, on ne peut se détacher entièrement de l’objet étudié. La personne étudiant l’humain ou la société interfère toujours avec son objet étudié. Tout le but de la démarche scientifique est alors de le prendre en compte durant son analyse.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Science positive Liste de revues scientifiques francophones

Liens externes « Pourquoi parle-t-on de sciences exactes ? », Le Pourquoi du comment : philo, France Culture, .

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