Jusqu'à la fin du , l'isolement de l'AcadieL'Acadie comprend grosso modo le nord et l'est de la province canadienne du Nouveau-Brunswick ainsi que des localités plus isolées à l'Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve-et-Labrador et en Nouvelle-Écosse. Au sens large, l'Acadie fait aussi référence aux communautés de la diaspora acadienne situées au Québec et aux États-Unis; des personnes d'ascendance acadienne se retrouvent également en France, aux îles Malouines et dans les Antilles. L'Acadie n'est pas reconnue officiellement mais formerait une nation par sa langue, sa culture, ses institutions et ses symboles. a permis de préserver un folklore varié, transmis de génération en génération..
Histoire Les ancêtres des Acadiens provenaient principalement de l’ouest de la France, de Touraine, d'Aunis, Saintonge, Charente, Bas-Poitou (future Vendée). Ils venaient également de Bourgogne, de Haute-Bretagne, du Pays basque ou Paris etc.. Les auteurs du au sont quelque peu avares de commentaires sur le folklore acadien. On sait toutefois que le folklore et d'une manière générale la culture acadienne se sont développées au contact des Amérindiens puis des Canadiens français, des Écossais, des Irlandais et des marins français de passage ou désertant leurs bateaux.
Le folklore est en quelque sorte méprisé par l'élite jusqu'à ce que le journal L'Évangéline publie à partir de 1939 une chronique sur les chansons acadiennes par Thomas LeBlanc et qu'Anselme Chiasson et Daniel Boudreau publient le recueil Chansons d'Acadie entre 1942 et 1956. Des chercheurs étrangers se sont dès lors intéressés au folklore acadien, tôt imités par les Acadiens eux-mêmes. L'Université de Moncton enseigne le folklore depuis 1966 et son Centre d'études acadiennes, comme l'Université Laval, possèdent d'importantes collections dédiées à ce sujet. La collection la plus importante de légendes, au nombre de , a été répertoriée entre 1973 et 1982 par Catherine Jolicoeur..
Les chansons traditionnelles sont maintenant présentes dans les médias et les spectacles ; ces mêmes chansons ont contribué à lancer les carrières d'Édith Butler et d'Angèle Arsenault. Le folklore a également inspiré de nombreux auteurs, dont Antonine Maillet.
Cycle de la vie Selon le folkloriste français Arnold van Gennep, un rite de passage compte trois stades : la fin d'une étape, l'étape transitoire entre deux étapes (par exemple les fiançailles) et la renaissance.. Chez les Acadiens, c'est surtout le mariage et la mort qui sont marqués par des rites de passage.
Grossesse et accouchement vignette|Édith Pinet La tradition veut qu'une femme travaille presque jusqu'au jour de la naissance du bébé, sauf lorsque le risque d'une fausse couche est présent. Dans ce cas, une femme restait alitée, et l'un des remèdes consistait à installer une soucoupe remplie d'ail sur son ventre.
Les enfants sont gardés dans l'ignorance de la grossesse et l'alitement de la mère est justifié par une « jambe cassée », et au Nouveau-Brunswick la raison donnée est le passage des Amérindiens ou de la Mi-Carême. Le jour de l'accouchement, les enfants sont envoyés chez des parents et ont leur fait croire que le bébé a été trouvé dans le foin, dans un étang, dans le bûcher, dans une source, dans une souche ou sous une feuille de chou. Dans certaines régions, l'explication donnée est plutôt que les « Sauvages », la mi-carême, la sage-femme ou le docteur ont apporté le bébé.
Autrefois, la sage-femme restait auprès de la mère pendant deux ou trois jours. De nos jours, 88 % des Canadiennes reçoivent des soins prénataux à l'hôpital et la plupart y donnent naissance. La profession de sage-femme a toutefois été reconnue officiellement en 2008 au Nouveau-Brunswickhttp://www.aiinb.nb.ca/PDF/Midwifery_F.pdf. Une sage-femme s'étant distinguée est Édith Pinet (1904-1999).
Les relevailles n'ont lieu qu'une dizaine de jours après l'accouchement, après quoi la mère reprend peu à peu ses occupations. Le baptême se fait dans la simplicité, les cloches de l'église ne sont pas sonnées et aucune fête n'a lieu à la maison.
Enfance Les cheveux de l'enfant ne sont pas coupés avant l'âge d'un an, pour l'empêcher de devenir un idiot, alors qu'on l'empêche de se voir dans un miroir afin d'éviter qu'il ne devienne orgueilleux.
Des jeux éducatifs lui sont enseignés dès qu'il peut les comprendre. Les enfants jouent plus tard à de nombreux jeux qu'on retrouve aussi entre autres au Québec mais sous d'autres noms : le ballon prisonnier, les quatre-coins, le colin-maillard, à cache-cache, au bouton et à l'anguille-brûlée. Les jeux sont souvent accompagnés de chants, surtout chez les filles. Les devinettes, les énigmes, les vire-langue et les comptines sont aussi appréciées des enfants ; elles ont souvent leur équivalent dans le reste de la Francophonie.
Adolescence Avant le développement de l'industrie au , les filles restent à la maison pour aider la famille ou travailler aux champs. Par contre, elles se font parfois embaucher comme servantes. Les garçons s'adonnent eux aussi aux travaux de la ferme ou sinon à la coupe du bois de chauffage et, près de la mer, à la pêche avec leur père. Vers la fin du , de plus en plus de jeunes hommes partent travailler ailleurs, tout d'abord dans les chantiers forestiers.
Autrefois, le manque de loisirs poussent de nombreux jeunes à jouer des mauvais tours ; l'évêque de Québec a même dû intervenir lorsque les dommages sont devenus importants. Certaines localités sont reconnues pour leur « tireux de roches ». La tradition des mauvais coups subsiste à l'Halloween. Dans certaines localités, les jeunes font du toilet papering (acte de dérouler des rouleaux de papier de toilette dans les arbres ou sur la voie publique) ou incendient des voitures. Il arrive même que les policiers se laissent lancer des œufs dans l'espoir de réduire le vandalisme..
Fréquentations Les fréquentations sont surveillées de près par la plupart des parents jusqu'au début du . Une jeune fille ne sort alors pas sans son chaperon, et les fréquentations n'ont lieu que dans sa maison. Le garçon ne peut visiter sa « blonde » qu'aux « bons soirs » et ne doit d'ailleurs pas s'asseoir n'importe où ni prêter attention à sa blonde. Le lancer d'une allumette ou d'une brindille signifie à la fille qu'elle peut rejoindre le garçon à l'écart. Lorsqu'elle n'est pas intéressée, elle lui fait un signe subtil. Les fréquentations sont généralement courtes et la grande demande a lieu lorsque le garçon invite les parents de sa blonde, souvent dans une chambre à l'écart. Il existe parfois une formule fixée pour la demande, par exemple aux îles de la Madeleine. Le garçon peut offrir un cadeau à ses futurs beaux-parents, par exemple des raisins.
Mariage Les parents des futurs époux s'entendent avec le curé pour les préparatifs du mariage. Il n'y a pas à proprement parler de dot mais la mariée peut recevoir différents objets ou des animaux de ferme de sa famille, selon ses moyens. Le mariage a souvent lieu en hiver, une pause dans les travaux saisonniers. Il n'a jamais lieu durant le carême ni durant l'Avent. À Chéticamp, il a souvent lieu le mardi matin après le jour des rois.
Au début du , les mariés ne portent que leur costume du dimanche décoré de rubans et de cocardes. La carriole les transportant à l'église peut aussi être décorée de rubans. Au cours du , les pères du marié et de la mariée remplacent les garçons et les filles d'honneurs à titre de témoins de la cérémonie. Anciennement, les mariés sont salués par des coups de mousquets. La mariée peut aussi être « volée » symboliquement lors d'un enlèvement simulé.
Le dîner de noces a généralement lieu chez les parents de la mariée alors que le souper et la veillée ont lieu chez ceux du marié. La prestation de chansons dites de la mariée ou du jour du mariage est de mise. Une danse suit le repas ; autrefois, c'était souvent la seule circonstance ou le prêtre permettait à la population de danser. À minuit, les mariées serrent la main des invités et vont se coucher, alors que la danse peut durer jusqu'au matin. Le voyage de noces est une habitude datant du .
Le souper et la veillée sont considérés comme indispensables et, lorsqu'il n'y en a pas, ou lorsque le mariage est réprouvé, la sanction populaire est un charivari, qui peut durer des jours ou même des semaines jusqu'à ce que le couple invite les tapageurs à prendre un coup. La tradition du charivari perdure au Sud-est du Nouveau-Brunswick.
Par le passé, si le marié était le fils cadet, il restait chez ses parents avec son épouse. Il prenait soin de ses parents, qui l'aidaient et qui lui léguaient généralement leurs biens.
Vieillesse et mort Avant la construction des résidences pour personnes âgées ou handicapés durant la seconde moitié du , les paroisses ou les conseils veillaient à ce qu'ils soient hébergés lors de la « vente des vieux », un encan ayant lieu sur le perron de l'église. À leur mort, leurs biens sont aussi vendus à l'encan afin de financer leurs funérailles.
Il est de coutume de veiller le mort durant deux nuits consécutives. Son corps est couvert d'un drap blanc et d'un mouchoir et exposé sur des planches. Le cercueil des enfants est recouvert de blanc et ceux des adultes, de noir. Le deuil peut durer jusqu'à un an et demi. La veuve s'habille alors de noir tandis que le veuf porte un brassard de crêpe noir. À Memramcook, le deuil fait suite à un demi-deuil, où les veufs évitent de porter des couleurs vives.
Le cercueil est déposé au cimetière, on plante un croix temporaire en bois, souvent remplacée par une pierre tombale. Le sol autour de la fosse est entretenu durant des années. En Nouvelle-Écosse, l'herbe est enlevée et la fosse est ornée de galets blancs trouvés sur la plage, généralement disposés en forme de croix entourée d'un cercle.
Généalogie
L'enfant reçoit souvent le nom du saint ou de la sainte du jour de son baptême, ou encore des noms bibliques. Historiquement, seul le prénom est utilisé dans la vie courante, le nom de famille ne servant que pour l'état civil, la correspondance ou les étrangers. Pour différencier les gens, on décline le nom du père et souvent du grand-père : par exemple, Simon à Jean à Thomas ou Abraham à Jacques à Pierre. Un nom de guérisseur est donné au septième enfant de la famille ; on croyait qu'il pouvait guérir certains mots du simple toucher.
Calendrier
Les Acadiens utilisent le calendrier grégorien. Il s'apparente beaucoup au calendrier religieux, notamment grâce à la christianisation d'anciennes fêtes païennes.. Celui-ci compte une saison végétative, autrement dit lorsque le temps est clément, intense en activité et donc peu propice aux festivités, ainsi qu'une saison morte, durant l'hiver, où ont lieu la plupart des festivités. Les principales fêtes sont le jour de l'An, les Rois, la Chandeleur, les jours gras et la mi-carême, soit toutes celles situées entre Noël et Pâques. Des fêtes ont perdu leur popularité au fil du temps alors que de nouvelles sont apparues. À noter que Chiasson et al. considèrent que les événements agraires entrent dans la catégorie de la culture matérielle.
Les gens de Chéticamp avaient l'habitude d'utiliser deux datations pour les années, soit celles du calendrier grégorien puis une autre basée sur des événements extraordinaires, ayant souvent rapport à la merChiasson (1998), , 149.. Il y avait par exemple l'année du raque à Moïse, en 1861 (de l'anglais wreck, naufrage), où des marins ont trouvé un bateau naufragé près de l'île d'Anticosti.
Veille du Jour de l'an