Le département d'Amazonas (en espagnol : Departamento de Amazonas) est l'un des 24 départements qui, avec la province constitutionnelle de Callao et la province de Lima, composent la République du Pérou. Il est divisé en 7 provinces et 86 districts. Sa capitale est la ville de Chachapoyas et sa cité la plus importante Bagua Grande. Le département appartient à la macro région du Nord du Pérou.
Ce département est situé au nord-ouest du pays et confine au nord avec l'Équateur, à l'est avec le département de Loreto et celui de San Martín, au sud avec le département de La Libertad et à l'ouest avec le département de Cajamarca. En 1966, ses limites géographiques ont été modifiées par la création du département de Loreto.
Avec habitants (en 2017) sur , c'était le département par la population et avec une densité de l'un des moins peuplés (en position) du pays.
Il a été fondé le 21 novembre 1832. Le nom de la région vient de ce qu'elle est arrosée par le Río Marañón, considéré comme la première source de l'Amazone.
Étymologie Afin de trouver l'étymologie du mot Bagua, les Espagnols ont jugé nécessaire de proposer leurs propres explications, les résultats généraux étant complètement différents des méthodes et techniques utilisées par la science toponymique.
C'est ainsi que certains ont prétendu que Bagua viendrait de bagual (ne sachant pas que ce terme a été inventé par un indigène de langue Querandí ainsi nommé, qui a vécu en Argentine de 1582 à 1630).
Certains même supposent que Bagua avait une origine dans la langue castillane et ils le lient avec va (aller) et gua (guider), alors que d'autres affirment que le terme viendrait du mot aguaruna wawa (mais à leur arrivée, les Espagnols du , n'ont rencontré aucun locuteur de cette langue).
Une autre hypothèse soutenue par Paul Rivet (1876-1958) évoque une connexion caraïbe où bagua était le nom donné à la mer et aux rivières par de nombreux groupes ethniques pour lesquels c'étaient des dieux primordiaux, peuples qui auraient ultérieurement migrés vers le nord du Pérou.
Sur la base de la relation de son voyage par un aventurier nommé Diego Palomino (1506-?) ayant peut-être accompagné Francisco Pizarro et d'une chronique anonyme sur le Pays de Jaén (1580), le chercheur Elvis Chugna a mené une étude historique linguistique et a proposé que le terme bagua soit un mot d'une langue ancienne appelée langue bagua. Chugna ajoute :
D'autres ont fait valoir que Bagua viendrait de la plante appelée guaba (inga feuilleei) qui pousse dans ces plaines (cependant Diego Palomino en 1549 fait une différenciation complète entre Bagua et guaba).
Malheureusement, à ce jour, la connaissance de la « langue bagua » est inconnue des Bagüinos eux-mêmes, son étude se limite uniquement aux seuls linguistes universitaires.
Histoire Ères géologiques À l'époque mésozoïque, les territoires du bas Utcubamba étaient l'habitat du sauropode Titanosaurus et du redoutable théropode Carnotaurus sastrei. gauche|vignette|« Carnotaurus sastrei », l'un des premiers habitants du département. Les ossements fossiles ont été collectés à la fois dans le pongo de Rentema (province de Bagua) et la Quebrada Seca (Utcubamba). Ces fossiles et maquettes grandeur nature sont actuellement exposés au .
La mégafaune de l'oligocène est représentée par le qui vivait il y a 31 millions d'années dans le bas Utcubamba (ville de Huarangopampa, district d'El Milagro). Il avait des caractéristiques similaires aux rhinocéros et aux tapirs; il mesurait près de de long et pesait environ . Des études indiquent que ce mammifère se nourrissait probablement de plantes qui poussaient sur les rives d'une mer située dans l'actuelle Amazonie. Les investigations ont abouti à ces conclusions après avoir analysé un maxillaire, des dents isolées et un fémur de cet animal trouvé dans la zone.
Préhistoire D'après l'enquête menée en 1997 par Luis Ríos Garabito l'histoire de la région de Bagua commence avec l'arrivée des premiers hommes sur ces terres. Grâce à des découvertes archéologiques, on sait que l'occupation humaine de Bagua est très ancienne. Les premiers chasseurs-cueilleurs sont arrivés pendant la période lithique ( à ), puis en raison de l'expérience accumulée et des changements climatiques et fauniques, ces groupes humains deviennent des chasseurs avancés en s'adaptant à l'environnement dans lequel ils vivent désormais. Les groupes sociaux s'organisent en hordes.
Selon Jaime Miasta Gutiérrez, les peintures rupestres trouvées dans les provinces de Bagua, Utcubamba et Luya (à Yamón, Lonya Grande, Chiñuña, Limones, Tablarrumi ou Carachuca) correspondent à cette période et sont à mettre en relation avec celles trouvées dans les grottes de Lauricocha (département de Huánuco) et Toquepala (département de Tacna) datées du Paléolithique supérieur.
Pendant la période qui suit, ( à ) et qui correspond à la révolution agricole ou Néolithique au Pérou, les groupes humains se déplacent de la jungle vers les vallées et les hautes parties de la province. Ces groupes apportent avec eux la domestication du manioc et de la patate douce, du maïs, du piment, du coton et de nombreux arbres fruitiers.
Des preuves de présence humaines qui datent des temps les plus reculés (6 à 7 milles ans) ont été trouvées sur les parois rocheuses. C'est le cas des peintures rupestres de Chiñuña-Yamón et de Limones-Calpón dans la province d'Utcubamba. Une partie de ces échantillons picturaux a été réalisée par des peuplades qui avaient une économie basée sur la chasse. À l'époque où la formation de la civilisation péruvienne s'est consolidée, il est apparu un type de céramique principalement identifié à Bagua.
Civilisations précolombiennes La culture Bagua Lors de la période dite « formative » (2700 à ), en raison des interrelations culturelles avec différents domaines et en particulier avec Pacopampa un centre pré-chavín (province de Chota - Département de Cajamarca), ce qui a été appelé « culture Bagua » s'est installée.
L'archéologue Ruth Shady Solís a déterminé qu'après les premiers colons itinérants, la grande culture Bagua s'est installée ( à ). Les lieux où elle a fouillé se trouvent dans les provinces actuelles de Bagua et Utcubamba (Bagua, La Pêca - Morerilla, El Salado). La poterie trouvée à Bagua lors des recherches de Ruth Shady en 1976, s'est d'ailleurs révélée similaire à celles de Pacopampa et de Chavín.
Après le formatif initial, comme l'affirme l'anthropologue allemand Peter Lerch, il y a un espace de pratiquement ans (entre et pendant lequel on sait peu de chose. Aujourd'hui encore il est nécessaire de préciser les caractéristiques culturelles des groupes humains qui vivaient dans cette région à cette période. Le manque de recherches archéologiques supplémentaires constitue un vide qui ne permet pas de connaître la séquence complète du processus historique de Bagua. Le peu que l'on sait sur le passé préhispanique de Bagua, c'est à travers l'ethnohistoire, c'est-à-dire l'étude des chroniques et des archives sur les groupes humains que les Espagnols ont trouvés.
Pendant la période suivantes des royaumes et seigneuries - ou intermédiaire tardif ( à ) - vingt-deux groupes ethniques peuplaient les rives du Chuquimayo (appelé Río Chinchipe en Équateur), du Marañón, du Río Mantaro, les districts actuels de Chamaya, Tabaconas, de Chirinos (Cajamarca), ainsi que la partie inférieure et l'embouchure de l'Utcubamba. L'économie de ces groupes ethniques (Tomependa, Bagua, Copallín, Lomas, …) était basée sur des modes de production où les traits de la communauté primitive prédominaient encore; agriculture rudimentaire, chasse, pêche et cueillette.
La plaine de l'Utcubamba a joué alors un rôle essentiel, car c'était une sorte de lieu de rencontre entre les habitants de la jungle basse et les gens qui venaient à la fois de la côte et des montagnes escarpées, pour échanger leurs produits.
Sur le plan social, ils étaient organisés en petits groupes sociaux de quelques dizaines d'individus qui vivaient dans des huttes rustiques.
Politiquement ces ethnies ne constituaient pas des États, chaque groupe social avait son chef qui n'avait pas d'autre supérieur, leur système était alors celui de la ou ayllu libre.
Ces ethnies parlaient des langues patagoniennes, avec une affiliation possible avec les langues Caraïbes, comme la langue parlée par les Chachapoyas. En plus de ces groupes ethniques, une partie de l'actuelle province de Bagua (district d'Imaza) était habitée par les Jívaros, qui comprenaient les groupes Aguaruna et Huambisa.
Les Chachapoyas
À la fin de cette période (intermédiaire tardif), les Chachapoya occupent la zone sud de l'actuelle province de Bagua, zone qui constitue la limite nord de leur expansion culturelle (Lerche: 1995, - Cieza: 1987 et Shady: 1976). Ses tombes et ses villes, ses terrasses et ses céramiques, ses temples et forteresses témoignent de l'avancée de cette civilisation.
La culture Chachapoyas, de à l'annexion par l'empire inca, a laissé des vestiges monumentaux, qui remontent au , comme la ville fortifiée de Kuélap - située à d'altitude, plus haut que le site du Machu Picchu "Peru to Relaunch Kuelap Fortress as Second Machu Picchu" - qui comprend les ruines de quelque 450 maisons ou les mausolées de la Laguna de los Condores (« lac des Condors ») et les sarcophages de Carajia.
En revanche, dans la province de Luya, ce sont les cultures Chipuric et Revash qui se développent de à
Les Chachapoyas se sont fermement opposés à la conquête inca et ont repoussé les premières tentatives incas d'incorporer la région à leur empire. vignette|Céramique Chachapoyas au musée de Leimebamba. Le chroniqueur Pedro Cieza de León a laissé quelques notes sur les Chachapoyas :
« Ce sont les plus blancs et les plus beaux de tous les gens que j'ai vus aux Indes et leurs femmes étaient si belles qu'en raison de leur gentillesse, beaucoup d'entre elles méritaient d'être les femmes des Incas et d'être également emmenées au Temple du soleil (...) Les femmes et leurs maris sont toujours vêtus de vêtements de laine et sur la tête ils portent le llauto (un genre de turban), qui est un signe qu'ils portent pour être reconnus partout ».
Le territoire des Chachapoyas était très étendu. Il comprenait l'espace triangulaire formé par la confluence des rivières Marañón et Utcubamba dans la zone de Bagua, jusqu'au bassin de la rivière Abiseo. À cet endroit se trouvent les ruines Chachapoya de Pajatén. Au sud, leur territoire s'étendait jusqu'à la rivière Chontayacu. C'était au-delà de la frontière actuelle de l'Amazonas. Le centre de la culture Chachapoyas était le bassin de la rivière Utcubamba. Ce territoire a été défini par les vestiges de structures du style architectural distinctif des Chachapoyas trouvés à Kuélap, Congón (rebaptisé Vilaya), Olán, Purunllaqta (rebaptisé Monte Peruvia), Pajatén, etc.
Inca Garcilaso de la Vega rapporte que ce territoire était si vaste que « On pourrait facilement l'appeler un royaume car il a plus de cinquante lieues de long () sur vingt lieues de large (), sans compter la montée jusqu'à Muyupampa, trente lieues de plus (...) ».
Période inca Vers 1475, la région fut cependant annexée à l'Empire Inca. Pendant le Tahuantinsuyo, les Incas sous le commandement de Tupac Yupanqui ont conquis les Chachapoya mais n'ont pas occupé Bagua, du moins pas de manière stable, comme l'atteste l'absence de constructions incas dans la région.
Les armées incas sont passées par Bagua en entrant dans le bassin d'Utcubamba pendant leur campagne de conquête, mais la résistance des indigènes non habitués à être dominés ou à rendre hommage, ainsi que la nature sauvage de la jungle ont empêché l'occupation effective.
De nombreux Chachapoyas ont toutefois migré vers Bagua fuyant la conquête inca. Dans toute cette région, les Incas n'ont pu établir leur administration qu'à Tabaconas, Huambos et Chachapoyas.
Époque vice-royale