thumb|280px|Manifestation pacifiste dans le Lustgarten de Berlin en 1921 Le pacifisme naît en Allemagne au à une époque où la guerre commence à être condamnée moralement. Influencé par des idées religieuses venant des États-Unis, il ne parvient à s'implanter qu'à la fin du siècle avec la diffusion de l'œuvre d'Hodgson Pratt et naît véritablement en 1892 avec la création de la Deutsche Friedensgesellschaft par les deux futurs prix Nobel de la paix Bertha von Suttner et Alfred Hermann Fried. Le mouvement a toutefois beaucoup de difficultés à s'imposer dans la société allemande en raison de la militarisation de celle-ci et de son profond désintérêt vis-à-vis des idées pacifistes mais aussi du fait de la confusion régnant au sein du mouvement pacifiste qui ne parvient pas à se fonder comme un mouvement unitaire.

Sur la scène internationale, le pacifisme allemand reste longtemps isolé et les relations franco-allemandes, profondément détériorées depuis la guerre franco-allemande de 1870, ont durablement empêché le pacifisme de progresser. Après avoir adopté une attitude de blocage lors des deux conférences de La Haye de 1899 et de 1907, le mouvement pacifiste allemand connaît un certain succès avec l'organisation des conférences interparlementaires de Bâle et de Berne, dont l'œuvre est cependant mise à mal par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. À l'image de la division qui règne au sein du mouvement, les réactions des pacifistes allemands par rapport à la guerre sont très diverses. Le conflit permet de lever les positions ambiguës de certains et au sortir d'une guerre qui a paralysé le pacifisme international, c'est à un mouvement de plus en plus politisé auquel on a affaire. Deux ailes se font face, l'une modérée plaidant pour un statu quo et l'autre radicale, pour une démocratisation de l'Allemagne.

En 1918, les pacifistes allemands, pour la plupart profondément déçus par l'attitude et les vexations des Alliés (comme celle que représente le Traité de Versailles), doivent se confronter à la question de la culpabilité allemande. Certains, à l'image de Foerster, font leur mea culpa, tandis que les autres refusent de se considérer coupables, plaidant davantage pour une responsabilité partagée par tous. L'Allemagne doit retrouver le rang politique et diplomatique qu'elle a perdu et doit rompre son isolement sur le plan européen. La révision du traité devient primordiale et l'un des moyens de l'atteindre est l'intégration au sein de la Société des Nations. Une fois ce but atteint, le mouvement pacifiste sombre, d'autant plus que l'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933 signe sa fin. Il ne renaît qu'après 1945.

Origines thumb|William Penn. Les quakers jouent un rôle fondateur dans le mouvement pacifiste . La guerre est alors considérée comme ruineuse et contraire aux principes des Lumières par la bourgeoisie représentée par les commerçants, les pasteurs ou les fonctionnaires. En 1814, le pasteur américain Noah Worcester publie à Boston un texte intitulé Solemn review of custom war. qui est le déclencheur de la fondation d'un certain nombre de sociétés pacifistes sur le sol américain, telles que la Massachusetts Peace Society fondée par lui-même la même année et dont il est le président, la New York Peace Society fondée l'année suivante par David Low Dodge ou encore l’Ohio Peace Society fondée par les quakers. Worcester, qui rejette l'idée d'une guerre voulue par Dieu, plaide pour une ligue des nations et une cour de justice internationale. Est alors fourni un travail de popularisation d'écrits promouvant la paix comme ceux de Kant ou de William Penn. En 1828, les différentes sociétés de paix américaines se réunissent pour former l'American Peace Society sur l'initiative de William Ladd.

Sur le plan européen, le mouvement pour la paix commence également à se former et suit, comme en Amérique, une certaine inspiration religieuse. La première société de paix européenne, la London Peace Society, est fondée à Londres par William Ellery Channing et William Allen le et regroupe vite près de Alfred Hermann Fried, Handbuch der Friedensbewegung, H. Wehner, 1913, . dont une grande partie, comme Allen, sont des quakers Martin Ceadel, The origins of war prevention: the British peace movement and international relations, 1730-1854, Oxford University Press, 1996, .. Le mouvement se poursuit en France où est fondée la Société de la morale chrétienne en 1821, autour de figures du libéralisme humanitaire tel François GuizotPierre-Yves Kirschleger, La religion de Guizot, Labor et Fides, 1999, .. C'est à partir de cette société que se développent d'autres groupements, pour aboutir en 1841 à la création du Comité de la Paix. La Suisse voit aussi émerger des sociétés pacifistes telle que la Société de la Paix à Genève en 1830. Peu à peu, des contacts se créent au moyen d'initiatives isolées ou à travers les publications sur le sujet par exemple de l'esclavage. Le s'ouvre à Londres le premier congrès international pour la paix où les 200 délégués européens et américains discutent de la question de l'arbitrage et de l'abolition de la guerre..

Les révolutions de 1848 donnent une impulsion supplémentaire au mouvement pacifiste et l'on voit se multiplier les grands congrès de paix internationaux.. Si Londres a été le siège du premier congrès en 1843, il faut toutefois attendre le congrès de Bruxelles de 1848 pour que le nombre de délégués européens soit vraiment représentatif de tous les pays et non pas en majorité de la Grande-Bretagne. Après Bruxelles, suivent les congrès de Paris en 1849, de Francfort en 1850, de Londres en 1851 et l'année 1853 voit se tenir deux congrès : un à Manchester et l'autre à Édimbourg. Les principaux points abordés qui finissent par former en quelque sorte un programme d'action sont : le principe de l'arbitrage, l'abolition de la guerre, la codification d'un droit international et la constitution d'une assemblée internationale.

Premier pacifisme Les débuts timides du pacifisme allemand C'est lors du congrès international de Paris en 1849 que l'on voit des délégués allemands pour la première fois. Le congrès de 1850 se tient du 22 au à Francfort dans la Paulskirche. C'est dans cette église qu'avait siégé le Parlement de Francfort, première assemblée allemande librement élue en 1848 et portée par les forces libérales., assemblée qui échoue en ne parvenant pas à présenter de constitution. Avec l'échec de l'assemblée et de manière générale celui des révolutions européennes de 1848, c'est l'échec de la possibilité de développer l'humanisme et la paix portés par le libéralisme qui est mis en avant, et cela d'autant plus que sont mis en place des gouvernements réactionnaires. Le congrès de 1850 ne fait que répéter ce qui avait été abordé lors des précédents congrès. La principale répercussion du congrès tenu en Allemagne est la création d'une Société de la paix à Königsberg le par le kantien Robert Motherby et le pasteur dissident Julius Rupp. Le représentant des ouvriers de Königsberg, le proudhonien Friedrich Grünhagen, milite pour une abolition de l'armée. Un an plus tard, le gouvernement fait interdire la société. Comme le formule l'historien du pacifisme allemand Karl Holl : « La triple relation entre argumentation pacifiste, organisation religieuse libre et agitation socialiste a dû rapidement susciter la méfiance des autorités flairant la subversion, in : . ». Même si le mouvement pacifiste général s'essouffle en Europe après 1860 et cela pour une vingtaine d'années, le mouvement pacifiste organisé ou plus précisément qui avait commencé à s'organiser dans les autres pays d'Europe reste peu actif Nikolaus Buschmann, Einkreisung und Waffenbruderschaft: die öffentliche Deutung von Krieg und Nation in Deutschland 1850-1871, Vandenhoeck & Ruprecht, 2003, .. Cela tient principalement au fait que la bourgeoisie libérale, alors principal soutien du pacifisme, est en Allemagne occupée à réaliser l'unité du pays.

La bourgeoisie libérale absente Le libéralisme est porté dans l'Europe du par la bourgeoisie. La pensée libérale se fonde avant tout sur le fait que tout individu a des droits fondamentaux. En découle alors une conception morale prônant la tolérance, l'interdiction de toute violence, la défense des droits de l'homme. C'est donc tout naturellement que la bourgeoisie se fait le socle du pacifisme en Europe. Après la révolution de 1848, les libéraux allemands, plus influents grâce à une certaine libéralisation des États, prennent part, surtout dans le sud de l'Allemagne où la tradition libérale est plus forte, à la vie politique. Vers la fin des années 1850 se formule de plus en plus clairement le projet d'unification du pays avec la fondation en , sur le modèle italien, du Deutscher Nationalverein, un groupement de libéraux et de démocrates Otto Dann, « », in : Gilbert Krebs, Gérard Schneilin (Dir.), La naissance du Reich, Presses Sorbonne Nouvelle, 1995, .. Le pacifisme balbutiant n'a plus dans l'immédiat le soutien de la bourgeoisie libérale.

thumb|Guillaume : l'unité allemande, le but poursuivi par la bourgeoisie, est enfin réalisée La bourgeoisie est d'autant plus absente du mouvement pacifiste que Bismarck fait tout pour l'impliquer dans son projet d'unité. Jusque-là limitée à un rôle politique faible, la bourgeoisie nationale-libérale — contrairement à la bourgeoisie d'inspiration plus démocratique qui reste sceptique — se lance dans cette aventure. En 1862-1863, l'engouement est tel que le nombre d'adhérents à l'association s'élève à . Sur le plan politique, le Deutscher Verein est proche du parti qui soutient Bismarck, le Parti Libéral National, dont le programme repose sur l'unification du pays par les armes. Après la Guerre franco-allemande de 1870 et la défaite de Napoléon III à Sedan, l'Empire allemand est proclamé dans la Galerie des Glaces du château de Versailles le .

Il ne reste plus alors pour le pacifisme de marge de manœuvre. Privé de soutiens, il survit tant bien que mal avec quelques idéalistes comme Eduard Löwenthal, décrit par Karl Holl comme un « original monomaniaque ». Il survit d'autant plus mal que la militarisation de la société s'amplifie après l'unification, tandis qu'en France, les initiatives pacifistes se multiplient, comme la Ligue internationale et permanente de la paix fondée par Frédéric Passy en 1867. Comme le souligne l'historien Hans-Ulrich Wehler, la politique étrangère de Bismarck, en évitant de s'impliquer dans les guerres, contribue également à couper l'herbe sous le pied du pacifisme..

Renouveau du pacifisme à partir de 1880 thumb|Hodgson Pratt Il faut attendre un nouveau mouvement étranger pour que le pacifisme allemand soit relancé ou tout du moins connaisse un nouveau regain d'intérêt. En , à Londres, d'anciens membres de la London Peace Society, dont Lewis Appleton, William Phillips et Hodgson Pratt, fondent une société de paix, lInternational Arbitration and Peace Association, afin de mobiliser les masses.. Cette société plaide pour le droit international et la constitution d'une cour de justice internationale. C'est à la personnalité de Pratt que l'on doit l'expansion du mouvement. Ce dernier se transforme en effet en pèlerin de la paix et entreprend un certain nombre de voyages en Europe afin de créer des comités qui permettent par la suite de constituer une fédération internationale.