Le château d'Yquem est un domaine viticole dans le vignoble de Bordeaux, produisant un vin liquoreux du même nom. Il s'agit du seul sauternes classé premier cru supérieur. Sur la commune de Sauternes, le château est inscrit aux monuments historiques depuis 2003.
Histoire Époque moderne Une première forteresse existe au , car l'emplacement domine la vallée du Ciron. En 1453 le Bordelais, jusque-là propriété des ducs d'Aquitaine, aussi rois d'Angleterre, passe dans le domaine royal sous le roi Charles VII. Le , Jacques Sauvage, un notable local (un de ses ancêtres fut maire de Bordeaux), devient tenancier à Yquem et y fait reconstruire le château.. Son descendant Léon de Sauvage d'Yquem est anobli par le rachat du fief le .
Les bâtiments actuels du château d'Yquem datent des et forment un quadrilatère autour d'une vaste cour ; le château a été inscrit monument historique en 2003, consulté le 23 mai 2011. pour ses décors et peintures (fresques de la chapelle, cheminées et fresques du corps de logis principal).
Le , la dernière héritière de la famille de Sauvage d'Yquem, Françoise Joséphine, épouse Louis-Amédée de Lur-Saluces, colonel du régiment de Penthièvre-dragons (un régiment de cavalerie), qui est d'une famille de la noblesse. Louis-Amédée meurt le à Paris) des suites d'une chute de cheval au camp militaire de Saint-Omer-en-Chaussée (aujourd'hui dans l'Oise), laissant le domaine à sa veuve. C'est sous la gestion de cette dernière que la renommée du vin d'Yquem se développe.
Au , les vins produits autour de Sauternes n'étaient pas des liquoreux comme aujourd'hui, mais des vins blancs relativement sucrés ; la vendange se faisait le plus tard possible (jusqu'à fin novembre) pour obtenir un vin doux, presque moelleux quand l'automne le permettaitHugh Johnson, The Story of Wine, Mitchell Beazley Publishers, 1989.. Thomas Jefferson, ambassadeur des États-Unis auprès de Louis XVI, les diffuse en Amérique : Lettre de Jefferson à Philadelphie, au Comte de Lur-Saluces (dont il ignore la mort), 6 septembre 1790. Source : www.yquem.fr
Époque contemporaine vignette|gauche|Illustration du Château d'Yquem en 1893. C'est au que naît l'habitude de trier successivement les baies attaquées par la pourriture noble (botrytis cinerea), imitée de pratiques de la Rhénanie (Trockenbeerenauslese) et de Hongrie (Tokaji). Le fils de Françoise-Joséphine Sauvage d'Yquem, Antoine Marie Henri Amédée de Lur Saluces (1786-1823), est fait chambellan de l'Empereur en 1810 mais refuse ce titre et doit faire sur ordre de l'Empereur, la campagne de Russie. En 1812 il est fait prisonnier par les cosaques. Libéré, il devient à la chute de l'Empire aide de camp du duc d'Angoulême mais meurt d'une épidémie de fièvre jaune en ; Romain Bertrand (1810-1867), son fils reprend le titre de marquis. Associé très tôt par sa grand-mère aux affaires, il prend la succession de Joséphine à la mort de celle-ci en 1851, obtenant en 1855 le classement en premier cru supérieur lors de l'exposition universelle de Paris. L'Yquem devient célèbre quand le grand-duc Constantin, frère du Tsar, achète en 1859 une barrique du millésime 1847 au prix de ...
Le fils de Romain-Bertrand, Amédée-Eugène-Louis (1839-1894), est député de la Gironde ; le quatrième héritier est Eugène Henri Marie (1852-1922), membre de l'Action françaiseArbre généalogique des Lur-Saluces au ; Son fils, Bertrand nait à Melun (77), le Alexandre de Lur Saluces, Marguerite Figeac-Monthus, "De l'Italie vers la France, de la province vers Paris, de la Guyenne vers le Cantal : Faire revivre les Lur Saluces d'Yquem aux ", in Archives familiales et noblesse provinciale, La pierre et l'écrit, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 2006, .
Marguerite Figeac-Monthus, "Les Lur Saluces d'Yquem, de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle, ", Mollat, Fédération Historique du Sud-Ouest, 2000. Idem, "Royaliste de naissance, républicain de conviction ou l'impossible modèle de Thomas-Joseph-Henri de Lur Saluces" in La noblesse de la fin du au début du , un modèle social ?, J. Pontet, M. Figeac, M. Boisson (Textes réunis par), Atlantica, Anglet, 2002, p 237-251. de Marie Anne Isabelle de Mac Mahon, il appartient à l’une des plus anciennes familles nobles aquitaineChristian de Bartillat, "Histoire de la noblesse française 1789-1799, t. 1, Les aristocrates de la Révolution au Second Empire", Paris, Albin Michel, 1988. Michel Figeac, Destins de la noblesse bordelaise (1770-1830)', Bordeaux, Fédération historique du Sud-Ouest, 1996, 2 vol. Idem, Les noblesses en France - Du au milieu du ', Paris, Armand Colin, 2013.. C’est en Belgique que Bertrand de Lur Saluces fit ses études, au collège d’Antoing. Bachelier en philosophie en 1904 et mathématiques en 1905, il avait une vaste culture obtenue en partie à l’universitéActes de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, Réception de M. Pierre Sémirot, "Eloge de M. le marquis de Lur Saluces", Actes de l'Académie Nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux", série, Tome XXVI, 1972.. Il parlait couramment l’allemand, l’italien, l’anglais et le russe. Parallèlement à son action dans les Landes, Bertrand de Lur Saluces a dirigé le château d'Yquem Alexandre de Lur Saluces, "La morale d'Yquem", Entretiens avec Jean-Paul Kauffmann, Bordeaux, Mollat, 1999. Richard Olney, "Yquem", Paris, Flammarion, 1985 et a participé, à partir des années 1920, à la renaissance du château de FarguesLéo Drouyn, "La Guyenne militaire", 2 vol, Bordeaux, 1865, Laffitte reprints, Marseille, 1977, ..
Appartenant à une famille de noblesse d’épée, la défense de la patrie a été une priorité pour Bertrand de Lur Saluces qui participa aux deux conflits mondiaux du XXe siècleBertrand Goujon, "Du sang bleu dans les tranchées", Paris, Vendémiaire, 2015. Michel Leymarie, coll., "Dictionnaire de la Grande Guerre 1914-1918", Paris, Bouquins, 2008. François Cochet, 'La Grande Guerre. Fin d'un monde, début d'un siècle", Paris, Perrin, 2014.. En 1909, il s'engage dans la cavalerie. Puis, au cours de la Première Guerre mondiale, il passe dans l'artillerie. Il participe au combat du Chemin des Dames (1917) où il est blessé et gazéNicolas Offenstadt, coll., "Le chemin des dames", Paris, Tempus, 2012. Benjamin Janssens de Bisthoven, coll., "La bataille du Chemin des Dames : Le désastre français de la Grande Guerre (Grandes batailles t.39)", 50 minutes, 2015. https://www.youtube.com/watch?v=rt9B5xs-yko. Il revient avec une bronchite chronique. Son action lors du conflit lui vaut le grade de lieutenant, une citation à l'ordre de la division en 1917 et en 1918 la croix de guerre avec les palmes et la croix de la légion d'honneur à titre militaire. En 1939, âgé de 51 ans, capitaine d'artillerie, il est rappelé sous les drapeaux. Il est fait prisonnier avec son régiment et passe deux ans dans les oflags. Le marquis de Lur Saluces est surtout célèbre pour ses nombreuses activités syndicales et corporatives, pour la défense et la promotion du vin de FranceMarquis de Lur Saluces, "Les grands vins de Bordeaux", in Le Bottin Mondain 1955, .
En tant que président de l'Union des grands crus classés de la Gironde et du Comité national de propagande des vins, il est au cœur du dispositif de défense des grands crus.
Mais c'est au sein du Syndicat viticole des vins de Sauternes et Barsac que son action est la plus décisive. Ce syndicat naît en 1908, présidé par le père de Bertrand, le comte Eugène. C'est à cette époque que se pose la question des délimitations régionales et administratives. Mais c'est véritablement sous la présidence de Bertrand de Lur Saluces que l'action du syndicat s'accélère. Entre les deux guerres, de nombreuses fraudes contribuèrent à donner une mauvaise image du vin de SauternesJérôme Calauzènes, "Le syndicalisme viticole en Sauternais jusque dans les années 1930 : naissance, action, limites" in Vignobles et vins en Aquitaine, Bordeaux, MSHA, 2009. Stéphanie Lachaud, "Le Sauternais moderne. Histoire de la vigne, du vin et des vignerons des années 1650 à la fin du XVIIIe siècle, Bordeaux, Fédération Historique du Sud-Ouest, 2012.. En 1928, Bertrand de Lur Saluces s’attaquait au problème :
« "Il semble, en effet, que le nom de Sauternes n’évoque plus pour nos jeunes générations le nectar duquel nos aïeux disaient avec un respect attendri qu’il était le premier vin du monde et le soleil en bouteilles”. Si cela était vrai, ce serait sans doute à cause de l’abus si copieux qui fut fait du nom de Sauternes par tant de non ayants droit, jusqu’au jour où notre syndicat s’est occupé d’y mettre bon ordre. Or la preuve que le nom de Sauternes a conservé tout de même quelque notoriété à travers le monde, je la trouve précisément dans le soin qu’on prend à se parer de son éclat (…) Jugeant sans doute que cet éclat prétendu terni vaut cependant la peine d’être exploitéBertrand, Marquis de Lur Saluces, « Appellation d’origine « Sauternes », in La Feuille Vinicole, le 11 octobre 1928. … »
Bertrand de Lur Saluces était un viticulteur intransigeant. Il écartait, à Yquem comme à Fargues, les récoltes qu'il estimait trop médiocres. En tant que président du syndicat des vins de Sauternes et Barsac, il participe à la création de l'appellation. En vertu de la loi de 1919, au prix de 26 procès très coûteux, échelonnés sur 15 ans, 17 communes sont éliminées de la zone d'appellation d'origine. Le marquis multiplie alors les correspondances avec les avocats du syndicat (comme Maître Roquette-Buisson), les articles dans la presse, les conférences sur la particularité du vin de SauternesLe marquis est très sollicité par différents journaux et gazettes pour rédiger des articles sur le vin de Sauternes. Le 3 décembre 1924, "La Publication Officielle" lui demande un article illustré et en avril 1924 c'est au tour de "L'Illustration" de contacter le président du syndicat. Fonds du Syndicat Viticole du vin de Sauternes et Barsac, Archives privées.. Sur le plan national, ses articles publiés dans les grands journaux français contribuèrent à apporter une aide efficace au sénateur Joseph Capus qui fut à l’origine de l’action en faveur de la défense des vins. En 1935, le Comité national des appellations d'origine (devenu en 1947 l'Institut national des appellations d'origine) voit le jour grâce à l'action combinée du sénateur et du marquis, consulté pour la rédaction de décrets. Bertrand de Lur Saluces met tout en œuvre pour la défense de la viticulture. Il sensibilise les viticulteurs aux innovations par des conférences, il organise des réceptions et pouvait parfois se montrer virulent comme avec le président d'une agence de voyages en 1930 qui avait accordé une place trop minimes aux vins de Sauternes dans son guideFonds du Syndicat viticole des vins de Sauternes et Barsac, archives privées..
Il encourage également les différents producteurs à participer à de nombreuses expositions nationales (en 1926, Exposition nationale des vins de France au Palais de Glace des Champs-Elysées) et fait passer des publicités sur les chaînes de radio et de télévision pour vanter les qualités de ce vin.
Bertrand de Lur Saluces décède d'un arrêt cardiaque dans les rues de Bordeaux, le .. Célibataire et sans descendant, il choisit peu avant sa mort son neveu Alexandre de Lur SalucesAlexandre de Lur Saluces, "La morale d’Yquem", entretiens avec Jean-Paul Kauffmann, Bordeaux, Grasset-Mollat, 1999. Nicolas de Rabaudy, « Le comte de Lur Saluces s’insurge », in Paris Match, , 7 septembre 2014. Périco Légasse, "Alexandre de Lur Saluces, Le Prince de Fargues", in Marianne, octobre 2015. pour lui succéder à la tête des domaines Lur Saluces.