Andarta est une déesse de la guerre gauloise. Attesté uniquement par des sources de l’époque romaine, le théonyme, gravé sur des inscriptions retrouvées dans le Sud-Est de la France, peut se traduire par Grande Ourse et s’apparente au nom du roi Arthur et à la déesse Artio. Elle est assimilée à la déesse de la Victoire par les Romains. Dans la mythologie celtique, l’ours est l'animal emblématique de la royauté, 75-76..
Nom
Le théonyme gaulois Andarta est traditionnellement considéré comme dérivant du gaulois artio, signifiant "ours", avec le préfixe intensifiant and-. Sur cette base, son nom est interprété comme "la grande ourse" ou "l’ourse puissante" ou Ursa Major en latin. Blanca María Prósper trouve cette interprétation non-convaincante sur des bases sémantiques et syntaxiques. Elle interprète le thénonyme comme signifiant "la fortunée, l’aisée" ou "celle qui reste ferme", à partir d’un préfixe proto-indo-européen *h₂ndʰi- (ou *h₁ndo-) combiné avec le radical *-h₂-rtó ('fixé, composé, construit'), cf. le sanscrit *ṛta : loi cosmique, ordre, en grec artós accord, en latin junta (ensemble)Blanca María Prósper, « The venetic inscription from Monte Manicola and three termini publici from Padua: A reappraisal », Journal of Indo-European Studies, vol. 46, 1-2, Institute for the Study of Man, 2018, 12..
Certains universitaires ont supposé qu’elle était l’homologue de la déesse ourse celtique, Artio. Sur des bases étymologiques, le dieu Mercure Artaios a aussi été relié à Andarta, bien que ce dieu ne soit attesté qu’au nord de l’Isère.
Attributs
Dion Cassius en fait une déesse de la guerre sous le nom Andrasta, dans les Îles Britanniques. Elle aurait été vénérée notamment chez les Icènes, de la reine Boadicée.
Culte
La déesse est attestée par sept inscriptions votives, toutes dédiées à la Dea Augusta Andarta et datées de la période entre 150 et 200 de notre ère. Ces inscriptions ont été retrouvées à Die ou près de Die (Drôme), dans le territoires des Voconces. Elles associent la déesse avec des aspects de la Victoire, comme l’indique l’épithète Augusta. Les universitaires considèrent généralement que le toponyme Die, attesté sous la forme Dea AugustaAndré Pelletier, « Die », Galliæ Civitates, 1993 (numéro thématique : « La Civilisation gallo-romaine de A à Z »), 82. puis sous la forme tardive Civitas Dea Vocontiorum en 333 dérive du nom Dea Augusta tiré de la déesse tutélaireCamille Jullian, Frédéric Mistral, « Sainte Victoire », Revue des études anciennes, 1899, 1, 49.. La Table de Peutinger indique Dea Vocontiorum (début du ), tout comme l’itinéraire Hiérosolymitain, en 333. À la fin du , on trouve encore Colonia Dea Augusta VocontiorumJacques Planchon, « De Luc à Die : le chassé-croisé des capitales voconces », supplément à la Revue archéologique du centre de la France, numéro thématique : « Capitales éphémères. Des capitales de cité perdent leur statut dans l’Antiquité tardive », 2004, 25, 234. Il écrit page 237 que .. Le nom de la ville est Diá en occitan vivaro-alpin. Seul resta le nom de Dea puis Diá, utilisés dans le langage courant pour désigner la déesse jusqu'à sa transposition en français Die.
Son culte émerge à la fin du et se diffuse autour de la ville à la fin du , ce qui a pu (ou non) influencer sur le transfert de la capitale des Voconces à DiePlanchon, , 237-238.. En 1912, Henri Graillot a proposé l'hypothèse qu’Andarta ait hypostasié avec la déesse mère Cybèle. Benoît Rossignol, cependant, estime qu’Andarta et la Déesse Mère ont coexisté dans le panthéon officiel de Die sans fusionner ni se déplacer l’une l’autre, en accord avec les dynamiques d’une religion polythéiste.
En 1899, Camille Jullian propose d’identifier treize lieux de culte gallo-romains consacrés à la déesse romaine Victoire à des lieux de culte indigènes consacrés à Andarta : Nîmes (département du Gard), Volx, Châtelard (communes des Alpes-de-Haute-Provence), Embrun, Gap, La Bâtie-Montsaléon (Hautes-Alpes), Le Pègue (Drôme), Aoste des Allobroges (département de l'Isère), Villeneuve (Suisse) et Saint-Genix (Savoie)C. Jullian, , 48.. Une inscription à Andarta a aussi été retrouvée à Luc-en-Diois, capitale religieuse des Voconces« Inscription 1173 », Revue épigraphique, 1896, 83, 432-433.. À Die, cinq inscriptions ont été retrouvées faisant référence à cette déesse, ainsi que plusieurs à Sainte-Croix, Aurel, Le Cheylard près de SaillansRécapitulatif des inscriptions à Andarta dans le Diois dans Bernard Rémy, « La dénomination des Voconces septentrionaux] », Revue archéologique de Narbonnaise, 2017, 50, 399-451..
À Die, il est possible que la déesse Andarta ait reçu un culte officiel de la citéBenoit Rossignol, « Chroniques épigraphiques », Revue archéologique de Narbonnaise, 2019, 52, 323.. Des jeux avec venationes (combats avec bêtes sauvages) étaient organisés en son honneur : plusieurs postes de magistrats y étaient consacrés à Die, en faisant une ville au caractère très religieuxLes magistrats sont le curator muneris publici ad Deam Augustam et le venatorum Deensium et qui ministerio arenario fungunt. M. Allmer, « Les dieux celtiques d’après les inscriptions du Midi de la France », Revue épigraphique, 1887, 43, 263. Voir aussi référence suivante pour d’autres postes.. Le culte entretenait également tout un groupe de prêtres, sévirs augustaux, pontifes, flamines, flaminiques, etc.M. Allmer, « Les dieux de la Gaule. I. - Dieux de la Gaule celtique - Inscriptions 1077 », Revue épigraphique, 1894, 76, 326-327..
Outre des traits toponymiques indéniables, Andarta surpasse sa caractérisation locale par des ramifications à d'autres concepts symboliques forts de la religion celte. Ainsi, comme le rappelle Juan Manuel Gordillo Martín dans son analyse de Dion Cassius, Boudicca según Dión Cassio :
Vers la fin du , le culte de la déesse Andarta se confond peu à peu avec celui de CybèleBruno Fornasier, Les Fragments architecturaux des arcs triomphaux en Gaule romaine, thèse de doctorat, Presses universitaires de Franche-Comté, coll. « Annales littéraires », 2003, p. 170 et 193., attesté le long de la vallée du Rhône jusqu’à Lyon par de nombreux monuments épigraphiques, essentiellement des autels tauroboliques.
Voir aussi
Articles connexes Religion celtique Artio Culte de l'ours Ours dans la culture Chasse à l'ours Montreurs d'ours (Ercé) March Malaen
Bibliographie
R. Carré, « Les cultes voconces », DHA, 4, 1978, 124 (sur la place d’Andarta) P. M. Duval, Les Dieux de la Gaule, Paris : Presses universitaires de France, 1961, 57 (rapprochement Andarta/Andrasté)
Notes et références
Catégorie:Déesse celtique gauloise Catégorie:Mythologie celtique Catégorie:Divinité liée à l'ours