L'Abitibi-Témiscamingue est une région administrative de l'ouest du Québec, au Canada. Elle est composée de cinq municipalités régionales de comté (MRC) et de 79 municipalités. Ses principales villes sont Rouyn-Noranda, Val-d’Or, suivie de Amos et La Sarre.

Son économie dépend principalement de l'exploitation forestière dans les MRC d'Abitibi-Témiscamingue, d'Abitibi-Ouest et de Témiscamingue, des mines tout au long de la faille de Cadillac, entre Val-d'Or et Rouyn-Noranda, ainsi que de l'agriculture dans les MRC de Témiscamingue et d'Abitibi-Ouest.

Toponymie Abitibi : Il y aurait plusieurs variétés orthographiques dans la littérature ethnohistorique sur cet ethnonymeJohn J. Honigmann, West Main Cree, dans June Helm (dir), Handbook of North American Indians Vol. 6, Subarctic. Smithsonian Institution Washington, D.C, 1982.. Selon le père Antoine SilvyAntoine Silvy prêtre jésuite, missionnaire, né le , à Aix-en-Provence, France, mort le , à Québec., les Abitibis, apparentés aux Cris de la baie James et qui peuplent le pourtour du lac Abitibi au s’auto-désignent Apittipi anissinape qui signifie « Gens du lac à coloration foncée »Histoire de l’Abitibi Témiscamingue. Collectif Odette Vincent, M. Asselin, B. Beaudry Gourd, C. Mercier, R. Viau, M. Côté, J-P Marquis, M. Riopel, C. Sabourin, 1995, IQRC, Collection Les régions du Québec, .

Le terme le plus populaire proviendrait de l'algonquin signifiant : « là où les eaux se séparent ». La région est sise sur une ligne de partage des eaux, d'où cette dénomination donnée par les Algonquins à cette région, reprise par la suite par les Européens.

Selon une autre interprétation, ce mot signifierait « eaux mitoyennes » puisque le lac Abitibi (d'où la région tire son nom) est situé à mi-parcours entre la baie d'Hudson et le fleuve St-Laurent. Le mot Abitibi semble venir du mot Abitaw (dont la racine est abitt « milieu, la moitié ») et nipiy (« eau — qui fait ipi »), d'où abitipi : eau de milieu, eau à mi-distanceNoms géographiques de la province de Québec et du Canada / Nos découvreurs : Traduction des noms empruntés aux langues amérindiennes du Canada, Éditions des amitiés Franco-Québécoises, 1999.

Témiscamingue : dérive de l'algonquin timiskaming, se décomposant en timi, (« profond »), kami, (« étendue d'eau ») et ing (« au »), pour ainsi signifier « au lac profond ». On retrouve justement dans cette région un grand lac très profond appelé lac TémiscamingueNoms et lieux du Québec : si chaque lieu m'était conté. Commission de toponymie du Québec. Les Publications du Québec, 1997. Les Témiscamingues, apparentés aux Anichinabés et qui peuplent le pourtour du lac Témiscamingue au , s’auto-désignent Sagi wan icana bi.

Géographie

Sont répartis sur son territoire, en ordre d'importance : les forêts (66 %), les milieux humides (20,2 %), les eaux (11 %), les terres agricoles (2,3 %) et finalement les surfaces artificielles (0,5 %)Institut de la statistique du Québec - Le Québec chiffres en main 2019.

Situation

Quatrième plus grande région du Québec, devancée seulement par le Nord-du-Québec, la Côte-Nord et le Saguenay–Lac-Saint-Jean, l'Abitibi-Témiscamingue a une superficie de , soit plus de deux fois la Belgique. La région la plus à l'ouest du Québec, elle s'étend depuis la frontière ontarienne à l'ouest jusqu'à la Mauricie à l'est, puis de l'Outaouais au sud jusqu'au Nord-du Québec dans sa limite septentrionale, soit au parallèle. À titre indicatif, la ville la plus au sud est Témiscaming (46°45'), la plus au nord est Normétal (49°00'), la plus à l'est est Senneterre (47°14') et la plus à l'ouest est La Reine (49°30').

Relief

Située à même le Laurentides du bouclier canadien, la région est en partie composée de plateaux et de collines peu élevées et l'élévation moyenne y dépasse difficilement les . On retrouve néanmoins quelques petites formations montagneuses, comme les collines Abijévis, situées dans le Parc national d'Aiguebelle (mont Dominant, ) et les collines Kékéko, se situant au sud-ouest de Rouyn-Noranda (colline Cheminis ou le mont Chaudron à ). Cependant, le plus haut sommet se situe à l'est de Senneterre, où une colline sans nom au registre officiel culmine à (la deuxième colline la plus élevée, également anonyme, atteint ).

Hydrographie vignette|Rivière Harricana, à Amos.

Les bassins hydrographiques sont composés d'une importante quantité de cours d'eau, dans l'ensemble peu profonds dans la partie nord vu la relative planéité du relief. Si la partie nord appartient au bassin versant de la baie James, inversement la partie sud appartient au bassin versant de l'Outaouais et du Saint-Laurent. L'Abitibi est située sur la ligne de partage des eaux, qu'une série de petites collines forme, scindant en deux versants le relief abitibien. En plus de la ligne de partage des eaux, on retrouve en Abitibi l'esker Saint-Mathieu-Berry.

C'est pourquoi deux des principales rivières de cette région progressent en directions opposées. Alors que la rivière Kinojévis sillonne le sol argileux des plateaux abitibiens sur afin de rejoindre la rivière des Outaouais au sud, la rivière Harricana chemine vers le nord sur avant d'aboutir dans la baie James.

Parmi les principaux lacs de la région, on répertorie notamment le lac Osisko, ceinturé par le centre-ville de Rouyn-Noranda et apparaissant aussi sur certaines cartes en tant que lac Tremoy. Si ce lac est plutôt connu, il n'est toutefois pas important en taille, les lacs Témiscamingue, Kipawa, De Montigny, Malartic, Preissac, Abitibi étant parmi les plus vastes.

Végétation

La forêt y est variée, passant d'une forêt mixte dans le Témiscamingue à la forêt boréale en Abitibi, et les terres étonnamment riches près des lacs Abitibi et Témiscamingue, l'ancienne période glaciaire ayant déposé de riches ceintures d'argile à ces endroits. L'ONG Action Boréale milite depuis 2000 pour la protection des forêts de la région.

Histoire et culture Exploration et premiers habitants vignette|gauche|Les Abitibis (Cris) et les Témiscamingues (Algonquins) au .

D'abord habité depuis par les Amérindiens et plus spécifiquement par les Algonquins depuis au moins le selon certaines recherches archéologiques, le territoire abitibien voit les premières expéditions européennes vers 1670 sous la direction de Pierre-Esprit Radisson, expéditions inhérentes à une stratégie de développement de la traite des fourrures dans la région de la baie d'Hudson et des colonies de la Nouvelle-France. Le Fort Témiscamingue, érigé en un point névralgique sur la berge est du lac Témiscamingue par un commerçant français en 1720 sur des terres Anicinabées, devient à l'époque un important carrefour pour la traite des fourrures le long de la route de traite de la baie d'Hudson.

Devenu possession française, puis britannique à la suite du traité d'Utrecht, le territoire abitibien appartient ensuite à la Compagnie de la Baie d'Hudson jusqu'à ce que celle-ci le cède à la Couronne Britannique dans le cadre de la cession des Territoires du Nord-Ouest et de la Terre de Rupert, que la Couronne Britannique vend à son tour au Canada en 1870 (pour la somme de 300 000 livres. Après de longues négociations auprès du gouvernement fédéral de Wilfrid Laurier par le Québec). L'Abitibi est annexée à la province de Québec le par décret fédéral. Le Témiscamingue de son côté, est déjà à cette époque au sein de la province de Québec, ce depuis le début de la Confédération. Il faisait déjà partie des configurations territoriales de la province, celles même qui composaient le Bas-Canada avant les Actes de l'Amérique du Nord britannique.

Concernant la ville d'Amos, un pilier de la région, il y est possible d'en apprendre sur cette dernière en se rendant à la Société d'histoire d'Amos, un organisme à but non-lucratif.

Colonisation du territoire vignette|Chantier forestier près du lac Témiscamingue en 1882.

Si d'ores et déjà y vivent les Algonquins depuis fort longtemps, le développement à grande échelle du territoire témiscabitibien s'opère significativement vers la fin du et au début du par le biais du développement de l'agriculture et de la foresterie. Initialement, ce développement prend racine dans la partie sud de la région, menant à la fondation entre autres, de Ville-Marie en 1886, et Témiscaming en 1888, cette dernière subséquemment conçue selon un aménagement urbain de type cité-jardin par l'architecte écossais Thomas Adams à la demande de la papetière Riordon Pulp and Paper Co.

Cependant, les premières vagues coloniales d'importance que rencontre la région, s'amorcent dans les années entourant les deux conflits mondiaux du début du . Faisant fi des aléas et des conditions de vie rudimentaires, des milliers de citadins des centres urbains du sud de la province rejoindront la région. Cette première vague migratoire amène les colons dans la partie septentrionale de la région, principalement le long du nouveau chemin de fer du National Transcontinental Railway. Premier creuset démographique à atteindre cette partie de la région, celui-ci ouvre dès lors le territoire à l'agriculture et conduit notamment à la fondation des villes d'Amos en 1914, de La Sarre en 1917, ou même à l'érection de différentes infrastructures n'ayant nul regard à la colonisation, comme le camp de prisonniers de Spirit LakeSite du camp de prisonniers de Spirit Lake, instauré afin de servir la Loi des mesures de guerre lors de la Première Guerre mondiale.

Au cours des années 1930, des plans fédéraux et provinciaux tels que le plan Vautrin et le plan Gordon sont mis en œuvre; ces subsides étatiques prenant la forme de dons terriens subordonnées à conditions. Ces deux scénarios de colonisation planifiés tentent entre autres de soustraire des chômeurs des grandes villes victimes du krach de 1929, et les inciter à investir les régions non développées de la province, tout en accroissant ces populations régionales. Conjugués à la découverte de nombreux gisements aurifères le long de la faille de Cadillac qui amène avec elle des milliers de travailleurs miniers de l'Europe orientale, ces plans de colonisation engendrent ce qui peut être perçu comme la deuxième vague coloniale en Abitibi-Témiscamingue. Sans doute la colonisation la plus pluriethnique qu'ait pu connaître une région périphérique du Québec à l'époque hors Montréal, ce mouvement de colonisation laisse sur son passage plusieurs éléments architecturaux inusités, tels que des églises orthodoxes russes et ukrainiennes et même une synagogue à Rouyn-Noranda.

Une « région ressource » vignette|Rouyn-Noranda, en 1937. vignette|droite|Ferme en Abitibi-Témiscamingue en 1962. Ainsi, l'industrie minière, laquelle consiste essentiellement à l'exploitation de gisements d'or et de cuivre, contribuera également à l'effervescence que rencontre la région à l'aube de la Seconde grande guerre, alors que de nombreux gisements exceptionnels entrent en phase d'exploitation à travers la région. De nouvelles villes sont alors créées et explosent en quelques années, parmi elles, les villes de Rouyn-Noranda (initialement deux villes distinctes) en 1926 dans l'ouest de la région et Val-d'Or dans l'est de la région en 1934 qui encore aujourd'hui constituent les piliers économiques et démographiques de la région.

Au cours des années 1960 et 1970, conséquemment à la lancée des grands projets hydro-électriques dans le moyen-nord québécois et du fait de sa situation géographique, la région deviendra progressivement un centre important en ce qui a trait aux relations commerciales avec le Nord-du-Québec et les communautés autochtones. Cet isolement géographique relatif de la région avec le reste du Québec tendra également à favoriser maintes relations culturelles, économiques et sociales avec le nord de l'Ontario, les autochtones de la région et du Nord-du-Québec.

En 2023, l'Abitibi-Témiscamingue a connu une croissance économique deux fois plus élevée que celle du reste de la province en entier dû au domaine de l'extraction minière