Luniversité Saint-Clément-d'Ohrid de Sofia (en bulgare : , translittération scientifique internationale Sofijski universitet „Sveti Kliment Ohridski”, souvent abrégé en СУ/SU) est le plus ancien établissement d'enseignement supérieur de Bulgarie. Elle a été créée le par décision de l’Assemblée nationale de Bulgarie, tout d’abord sous forme d’établissement supérieur de pédagogie. L’aile centrale du bâtiment principal de l’université de Sofia a été construit grâce à une donation des frères Evlogui Georguiev et Hristo Gueorguiev, entrepreneurs et mécènes bulgares. Des statues les représentant ornent l’entrée principale. L’établissement est composé de seize facultés et trois départements, ainsi que d’autres structures indépendantes telles que la bibliothèque universitaire et une maison d’édition et d’autres centres d’enseignement et de recherche. Son parc immobilier est composé de huit implantations principales.

Histoire Débuts modestes thumb|Plaque commémorative sur l'actuel bâtiment de la faculté de journalisme et de communication de masse : « Dans ce bâtiment, le , fut inauguré le premier cours supérieur pédagogique. Il posa les jalons de l'université de Sofia Saint-Clément-d'Ohrid, ainsi que ceux de l'enseignement supérieur dans la Bulgarie libérée ».

L’université Saint-Clément-d’Ohrid a été fondée le 1888, soit 10 ans après la libération de la Bulgarie qui mit fin à la domination ottomaneSur l’histoire de l’université, cf. Ivan Ilčev, Valeri Kolev, Evgenija Kalinova, Iskra Baeva, Tsveta Todorova, University of Sofia St. Kliment Ohridski – The first 120 years. Translated by Maja Penčeva and Tsvetana Boteva-Wallace. St. Kliment Ohridski University Press, Sofia, 2008, 250 p.. L’idée d’une université nationale était déjà ancienne chez les patriotes bulgares. Elle fut créée comme école pédagogique, dans le but de former les enseignants dont le jeune État avait besoin. Pendant la première année de fonctionnement, l’établissement accueillit 49 étudiants, assistant aux cours de 7 enseignants, surnommés « les sept nouveaux saints » (par référence aux sept saints principaux de l’Église orthodoxe bulgareSaints Cyrille et Méthode, saint Clément d'Ohrid, saint Naum, saint Gorazd, saint Sava et saint Angelarij.) : Aleksandăr Teodorov-Badan, Ljubomir Miletič, Ivan Georgov, Nikola Mihajlovski, Josif Kovačev, Stanimir Stanimirov et Ivan Danev. Ils élurent le philologue Aleksandăr Teodorov-Badan comme premier recteur.

thumb|droite|Alexandre Teodorov-Badan, premier recteur de l’université de Sofia.

Au cours de ses premières années d’existence, l’université ne comportait que trois facultés : faculté d’histoire et philologie (créée en 1888), faculté de mathématiques et de physique (créée en 1889) ainsi qu’une faculté de droit (créée en 1892). On y enseignait les matières suivantes : histoire, géographie, philologie slave, philosophie, pédagogie, mathématiques et physique, chimie, sciences naturelles et droit. Les premières femmes furent acceptées l’année de la transformation de l’établissement en université, en 1901. L’année suivante, le , le jour de la Saint-Clément-d’Ohrid devint la fête officielle de l’université.

Développement rapide En 1907, le prince Ferdinand de Bulgarie fut hué par les étudiants lors de l’inauguration du Théâtre national Ivan Vazov : ils considéraient que la place qui leur était réservée était insuffisante. À la suite de cet incident, l’université de Sofia fut fermée pendant 6 mois, et tous les enseignants furent licenciés. Une sévère répression frappa les fauteurs de trouble, qui provoqua des protestations d’universitaires étrangers. La crise ne fut résolue qu’en 1908, quand le gouvernement d’Aleksandăr Malinov arriva au pouvoirIbid., p. 58-60..

Une quatrième faculté fut ouverte en 1917, la faculté de médecine. La cinquième, la faculté d’agronomie, fut ouverte en 1921, la sixième (médecine vétérinaire) et la septième (théologie) en 1923.

droite|thumb|Façade de la faculté de biologie (construite dans l’entre deux-guerres avec le soutien de la fondation Rockefeller).

La première thèse de doctorat (en sciences naturelles) fut soutenue en 1929, et de nombreuses autres suivirent ensuite СОФИЯ - 127 години столица – СОФИЙСКИ УНИВЕРСИТЕТ "СВ. КЛИМЕНТ ОХРИДСКИ" (site de la municipalité de Sofia, page consacrée à l’université – consulté le 5 juin 2009)..

Conscience démocratique de la nation left|280px|thumb|Étudiants dans les années 1930. L’université fut un des rares espaces de liberté préservé dans le pays après l’instauration du régime dictatorial de Kimon Georgiev en 1934, l’unique institution à conserver des instances élues. Le nouveau gouvernement s’employa à réduire le nombre d’étudiants et pratiqua des coupes claires dans le budget de l’établissement. La fin du régime Georgiev et l’instauration de la « dictature royale » de Boris III en janvier 1935 n’améliora pas la situation économique et politique de l’université, qui, malgré la résistance de ses responsables, fut privée d’une grande partie de son autonomie Ivan Ilčev et al., op. cit., p. 106-112..

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale eut pour conséquence une importante restriction des contacts internationaux des enseignants et chercheurs de l’université, sauf avec la Yougoslavie voisine (avant 1941), les pays de l’Axe et les pays neutres, en particulier la Suisse. Au printemps 1943, les enseignants et étudiants participèrent activement au mouvement de sauvetage des juifs bulgares. Les bombardements anglo-américains de l’hiver 1943-1944 conduisirent à une paralysie presque totale de l’établissement. Au début de 1944, les facultés avaient été déplacées en divers endroits du pays, et l’activité d’enseignement était pratiquement arrêtée. Seule, l’activité éditoriale continuait à SofiaIbid., p. 119-122..

De 1944 à 1947, l’université dut s’adapter aux changements politiques en cours. Les responsables de l’université soutinrent la volonté du gouvernement provisoire de démocratiser l’accès à l’université, mais furent mis en difficulté par le manque de moyen de l’établissement pour réaliser ce but. En réalité, le Parti communiste bulgare commençait à infiltrer l’université, notamment par le biais des « étudiants privilégiés » qu’il envoyait s’inscrire, indépendamment de leur aptitude à l’enseignement supérieur. Des campagnes furent orchestrées contre les professeurs « chauvins » ou « fascistes », qui conduisirent à de premières purges. Le tribunal populaire de 1944 condamna plusieurs enseignants qui avaient joué un rôle politique pendant la guerre. Les contacts internationaux purent être renoués à partir de 1947, mais un tropisme soviétique fut clairement favorisé par les autorités politiques.

Stalinisation En 1947, après la signature du traité de paix avec les Alliés, l’Assemblée nationale adopta une loi réformant l’enseignement supérieur, à la suite de laquelle des mesures furent prises contre les « éléments réactionnaires actifs ». Le nombre de facultés passa de sept à dix. L’établissement fut de fait placé sous l’autorité de l’État, et ce qui restait de son autonomie, considéré comme obstacle à une université « au service du peuple », fut aboliIbid., p. 125-136..

L’université fut placée sous le contrôle du Comité pour la science, l’art et la culture, dont le premier président fut le stalinien Vălko ČervenkovSur l’époque stalinienne à l’université de Sofia, cf. Ibid., p. 137-153.. Les activités « antinationales » furent interdites au sein de l’université. De nombreux étudiants furent exclus de l’établissement. Dans le même temps, le gouvernement communiste accorda de nombreuses bourses à des étudiants issus des milieux populaires et fit construire des logements étudiants (quartier de Studentski grad au pied des monts Vitocha). Le nombre d’étudiants augmenta rapidement, mais le taux d’échec également. À la suite de ces difficultés, un examen d’entrée fut institué, comprenant une épreuve de langue et littérature bulgares et une épreuve dépendant du type d’études souhaitées. La faiblesse des émoluments eut pour résultat un manque chronique d’enseignants qualifiés. De nombreux postes restèrent longtemps vacants. En 1948, une réforme barra l’accès à l’université aux « ennemis du peuple ». Le but était de créer une intelligentsia disciplinée, fidèle à la ligne du Parti. Le marxisme-léninisme fut introduit comme discipline obligatoire pour toutes les facultés à la rentrée universitaire 1948-1949. L’organisation du système universitaire du pays fut calquée sur celui de l’URSS.

De nouveaux établissement supérieurs furent fondés par autonomisation de facultés ou par fusion de celles-ci avec des établissements existants : ainsi, en 1950, la faculté de théologie fut séparée de l’université pour former l’Académie théologique de l’Église orthodoxe bulgare. La même année, la faculté de médecine fut intégrée à l’Académie de médecine (aujourd’hui Université médicale de Sofia) nouvellement créée. En 1952, la faculté d’économie, malgré l’avis négatif du Conseil académique, fut détachée et fusionna avec l’Institut supérieur d’économie Karl Marx, créé pour l’occasion par la transformation de l’École supérieure d’État de finances et d’administration (aujourd’hui Université d’économie nationale et mondiale de Sofia). Cependant, dans le même temps, des spécialités nouvelles furent proposées par les facultés restantes, par exemple le journalisme, afin de renforcer l’appareil de propagande du régime.

En 1952, une organisation universitaire unifiée du Parti communiste bulgare fut créée au sein de l’établissement, destinée à relayer les slogans du régime tant chez les enseignants que chez les étudiants. Conformément au modèle soviétique, les enseignants, censés servir la propagande du régime et essentiellement destinés à former de nouveaux collègues de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur, furent invités à délaisser la recherche, qui devint le domaine presque exclusif de l’Académie bulgare des sciences. Cependant, des liens personnels étroits et de nombreux échanges scientifique mutuels avec l’Académie et des institutions étrangères empêchèrent l’université de sombrer totalement dans la médiocrité. En 1954, l’université aurait même dû être transformée en « école pédagogique intégrée au Ministère de l’éducation ». Ce projet fut empêché la communauté universitaire, qui craignait de perdre tout son prestige. L’université aurait également dû être débaptisée et abandonner la référence à saint Clément d’Ohrid, mais le projet fut également abandonné. À la fin de la période stalinienne, le mécontentement des enseignants et des étudiants face au piètre niveau scientifique et la lassitude face au poids de l’idéologie était patents.

Changements de 1956 Les changements politiques consécutifs à la déstalinisation en Union soviétique déçurent le monde académique bulgare. Cependant, l’université de Sofia put bénéficier d’une timide libéralisation, notamment par un certain renouveau des contacts avec l’Occident. L’université participa du scepticisme politique qui se développa dans l’intelligentsia du pays.

Les limitations politiques à l’admission d’étudiants ainsi que la mainmise de l’idéologie marxiste-léniniste devinrent la cible privilégiée d’étudiants et de professeurs qui se solidarisèrent avec l’insurrection de Budapest d’. On se mit à réclamer davantage d’autonomie pour l’établissement. Cependant, les responsables du Parti rappelèrent aux autorités universitaires leur obligation de fidélité vis-à-vis de l’État et à ses impératifs de formation de « propagandistes » au service du régime. Une nouvelle vague de répression fut organisée, qui conduisit à l’exclusion de nombreux étudiants. L’admission des « étudiants privilégiés » soutenus par les commissions du Parti continuaIbid., p. 159-166..

Ère Živkov