vignette|La Mort de Napoléon à Sainte-Hélène, tableau de Charles de Steuben (vers 1828). L'empereur est entouré de ses compagnons que le hasard ou l'intérêt lui a donnés en 1815 durant son exil, de serviteurs ainsi que d'officiers anglais. Seize personnes dont douze Français veillent son lit de camp à baldaquin déplacé dans le salon de Longwood House.

La mort de survient le à Longwood sur l’île de Sainte-Hélène, durant son exil, à l'âge de . Elle est due à un cancer de l'estomac, résultant d'une aggravation d'un ulcère. À partir des années 1950, certains auteurs ont contesté cette version, et ont proposé une cause d'origine criminelle à la suite d'un empoisonnement à l'arsenic. Cette thèse est réfutée par les historiens spécialistes de Napoléon .

Circonstances de la mort de Napoléon Alité depuis le , l'empereur est atteint de douleurs atroces à l'estomac. Il accepte de moins en moins les aliments, les vomissements réguliers l'affaiblissent de jour en jour. Il se lève le mais une faiblesse l’oblige à se faire recoucher. Il a fait placer en face de son lit le buste de son fils, sur lequel il a constamment les yeux fixés.

Le , les symptômes deviennent plus alarmants. Le , on a quelque espoir à la suite d'une forte dose de calomel (toxique chlorure de mercure) administrée par son médecin anglais Archibald Arnott et deux de ses confrères, mais contre l'avis du médecin corse François Antommarchi. L'effet qui en résulte est toutefois extrêmement violent.

vignette|Napoléon sur son lit de mort (par Horace Vernet).

Durant la nuit du 4 au , Napoléon est dans un état comateux. À peine conscient, il semble qu'il prononce les mots « tête… armée… ». Dès le matin, ses compagnons se réunissent à son chevet, se doutant bien que cette journée-là sera la dernière. Il expire le samedi à , étant âgé de cinquante et un ans, huit mois, vingt et un jours.

Le lendemain, le gouverneur de l'île sir Hudson Lowe vient en personne avec son état-major et le commissaire français, le marquis de Montchenu, constater officiellement la mort du . En sortant de Longwood, il déclare à son entourage : .

Lit de mort L'empereur est mort dans un de ses lits de campagne qu’il affectionnait particulièrement, crée uniquement pour lui par le serrurier et inventeur français Marie-Jean Desouches (1764-1828). Ce lit de camp fut rabaissé par sergent Millington quelques jours auparavant à une hauteur de 11 pouces en raison de la faiblesse de l'EmpereurSite terre-meuble.fr, article d'Éric Lombardi du 6 décembre 2005 "Qui a inventé le lit parapluie de votre bébé ?".

Autopsie D’après le désir qu’avait manifesté Napoléon, son corps fut ouvert le à par François Antommarchi (prosecteur expérimenté) assisté de sept médecins britanniques, afin de constater la cause physique de sa maladie, et de profiter dans la suite de ce document dans le cas où son fils serait attaqué de quelque incommodité offrant des analogies avec le mal qui était sur le point de l’emporter lui-même : car Napoléon était persuadé qu’il mourrait d’une maladie semblable à celle qui avait enlevé son père Charles Bonaparte, à savoir un cancer de l'estomac.

Son autopsie a cependant donné lieu à de nombreuses controverses depuis 1821 causées par les nombreux rapports, officiels et officieux, dont pas moins de trois, tous différents, pour le seul docteur Antommarchi, voir chapitre Shortt pour l'analyse comparative de tous les rapports d'autopsie..

Avant de refermer le cadavre, on en tira le cœur et l’estomac, que l’on renferma dans des coupes d’argent contenant de l’esprit de vin.

L’opération terminée, le corps fut revêtu de l’uniforme des chasseurs à cheval de la garde impériale, orné de tous les ordres que le défunt avait créés ou reçus pendant son règne, après quoi il fut placé sur le lit de fer qu’il avait coutume de faire porter à sa suite dans ses campagnes ; le manteau bleu brodé en argent qu’il portait à la bataille de Marengo lui servait de drap mortuaire.

Analyse contemporaine Le gouverneur britannique de l'île Hudson Lowe parvient à un consensus entre les rapports d’autopsie britanniques et français : il en conclut à une mort causée par un cancer de l'estomac.

De nos jours cette version officielle est remise en cause. Les circonstances de sa mort ont été largement sujettes à spéculations, notamment depuis qu'en 1961 l'empoisonnement à l'arsenic a été évoqué par Sten Forshufvud, dentiste suédois expert en toxicologieSten Forshufvud, Napoléon a-t-il été empoisonné ?, Éd. Plon, Paris, 1961..

Ulcère aggravé vignette|Souvent représenté les doigts d'une main glissés dans son gilet, une légende tenace veut qu'il ait toute sa vie porté sa main à l'estomac à cause de son ulcère alors qu'il adoptait une posture commune de l'époque recommandée par la bienséance.

Le médecin corse François AntommarchiLes mémoires du docteur F Antommarchi ou les derniers moments de Napoléon, Paris, Barrois L'ainé Libraie ainsi qu'à Londres chez H. Colburn, 1825. et cinq médecins anglaisRapports d’autopsie des médecins anglais les docteurs Thomas Shortt, Archibald Arnott, Charles Mitchell, Francis Burton, Matthew Livingstone, cité dans Napoléon, Richard Holmes, éd. Gründ, 2006. notent dans leurs procès-verbaux de l'autopsie l'existence d'un ulcère gastrique chronique perforé (ce qui aurait provoqué une péritonite fatale) probablement en évolution vers le cancer et de lésions pulmonaires liées à la tuberculose. Un autre procès-verbal réalisé 2 ans plus tard le par le docteur Walter Henry confirme cet ulcère aggravé par la présence d'Le chirurgien militaire anglais Henry (British Museum, Add.Mss, t;202-14, fol.200-201).. Thierry Lentz et Jacques Macé considèrent que cette thèse correspondant au procès-verbal initial est la plus crédible historiquement.

En rapprochant tous les rapports d'autopsie, il apparaît nettement que le gros ulcère gastrique perforé, bouché par le lobe gauche du foie, n'a pas provoqué la mort de l'Empereur. Le fait que le docteur Antommarchi éprouve des difficultés à séparer la paroi externe de l'estomac du foie plaide en faveur d'une fibrose ancienne, datant de plusieurs semaines ou mois avant la mort. En revanche, tous les témoins, médecins et non médecins, décrivent une muqueuse gastrique en mauvais état sur pratiquement toute sa surface avec un « amas d'ulcérations ». Cette pathologie a été bien décrite quelques années plus tard par Jean Cruveilhier, en 1830, sous le nom de « gastrorrhagie ». Elle provoque un saignement microscopique chronique qui entraîne une carence en fer, puis une anémie et conduit à la mort par exsanguination (perte de plus de 40 % du volume sanguin total).

Cancer à l'estomac Une étude publiée en 2007 dans la revue Nature Clinical Practice Gastroenterology and Hepatology. suggère que Napoléon présentait une lésion gastrique tumorale compatible avec un cancer de l'estomac. Cette étude repose sur les descriptions faites par Antommarchi, dans son deuxième compte-rendu d'autopsie publié en 1825, quatre ans après celle-ci. Or, il a été démontré. que ce rapport d'autopsie plagie, en partie, un article médical publié en par le Rullier dans la revue Archives Générales de Médecine et intitulé « Note sur un petit engorgement cancéreux de l’estomac, extrêmement circonscrit, perforé à son centre, et suivi de l’épanchement des aliments dans l’abdomen ». En plus d'être un plagiat, le rapport de 1825 d'Antommarchi est un fauxJ. Bastien, R. Jeandel, Napoléon à Sainte-Hélène - Étude critique de ses pathologies et des causes de son décès, Éd. Le Publieur, 2005, 220 p..

Antommarchi décrit entre autres des « glandes lymphatiques […] le long des courbures de l’estomac […] en partie tuméfiées, squirrheuses, quelques-unes même en suppuration » ainsi qu'un « lobe supérieur [pulmonaire] parsemé de tubercules et de quelques petites excavations tuberculeuses », ce qu'aucun autre témoin ne rapporta..

Dans trois comptes rendus d'autopsie rédigés en par les médecins anglais présents, Antommarchi lui-même, et Thomas ReadeVoir Albert Benhamou Biographie de Sir Thomas Reade. ainsi que dans un compte rendu publié en 1823 par le Henry, il n'est pas fait mention de ganglions intra-abdominaux susceptibles de correspondre à des métastases ganglionnaires, ni de métastases viscérales intra ou extra-abdominales, ni de tuberculose pulmonaire. Les poumons sont décrits comme normaux ce que confirmeront ultérieurement les témoignages des non médecins (Montholon, Bertrand, Ali) présents à l'autopsie.

Au total, Napoléon est peut-être mort des suites d'un ulcère ou d'un cancer gastrique perforé-bouché par le foie mais l'absence d'examen histologique de la lésion, l'absence de métastases et les descriptions des lésions abdominales faites par d'autres qu'Antommarchi ne permettent aucune certitude diagnostique contrairement à ce qu'affirme l'article publié dans Nature Clinical Practice Gastroenterology and Hepatology de 2014.

L'article de Bastien et Jeandel apporte la preuve du manque de fiabilité du rapport d'autopsie d'Antommarchi de 1825. Mais, pour certains auteurs, il existe au moins quatre arguments contre le diagnostic de cancer comme cause de décès : La définition du cancer en 1821 n'est pas basée sur un diagnostic cellulaire, donc microscopique, comme de nos jours. De plus, dans le rapport d'autopsie de Charles Bonaparte, père de l'Empereur, le mot apparaît bien 4 fois, mais pas une seule fois les mots ou . À l'évidence, son estomac a été obstrué par une tumeur bénigne . Le diagnostic de cancer a été soufflé par Napoléon à ses médecins. Lorsque le Arnott lui annonce que son mal siège dans l'estomac, il pense tout de suite à la mort de son père dont le rapport d'autopsie avait révélé l'existence d'une tumeur de l'estomac qui, en obstruant le pylore, avait conduit à la mort par cachexie. Ce diagnostic de cancer convient à Hudson Lowe car il éloigne toute responsabilité du climat hélénien et des Britanniques dans la mort de leur pire ennemi. Enfin, l'argument essentiel réside dans le fait que le mot n'apparaît dans aucun des rapports d'autopsie. Or, un cancer gastrique est avant tout une prolifération de cellules malignes, donc une tumeur, terme bien connu au début du . Les Anglais évoquent un , ce qui est possible mais ne peut en aucun cas expliquer la mort le . En cas de cancer gastrique dans les années 1800, la mort survient par un des mécanismes suivants : hémorragie interne massive, obstruction complète interdisant toute alimentation, métastase touchant un organe vital qui le rend inactif. Aucun symptôme, aucune constatation autoptique ne permettent de retenir cette thèse.

Cependant, cette étude se base aussi sur le rapport sur les descriptions cliniques (notamment la perte d'une dizaine de kilos les six derniers mois de sa vie) pour conclure à un cancer de l'estomac en phase terminale, cancer causé par un ulcère d'origine bactérienne (Helicobacter pylori).

Thèse de l'empoisonnement à l'arsenic Sten Forshufvud, stomatologue suédois, proposa cette hypothèse vers 1955 en lisant les mémoires de Louis Joseph Marchand, le valet personnel de Napoléon, qui venaient d'être publiées par les descendants de celui-ci en 1952 et 1955. Les 28 des décrits (notamment la disparition du système pileux) par Marchand ressemblaient à ceux qu’aurait causé un empoisonnement à l'arsenic.