Le fenghuang (), est un oiseau mythique de la littérature, l’iconographie et du folklore asiatique largement transmis dans la sphère culturelle chinoise. Désigné en coréen sous le nom de bonghwang (봉황), et en vietnamien : phượng hoàng ou phụng hoàng ; cette créature a eu un impact plus important au Japon où elle était désignée sous le nom de . Oiseau fantastique, notamment associé à l’immortalité, il est souvent désigné dans la littérature européenne sous le nom de phénix.{ Le Simorgh (en persan : سيمرغ / Simorġ),}

Description Apparence Le fenghuang aurait vu son concept de base établi sous la dynastie Han occidentale au IIe siècle av. J.-C. Dans les différentes sources le fenghuang est présenté comme un animal composite dont l’apparence générale conserve ses caractéristiques aviaires : Dans le dix-septième le chapitre de l'Erya : Shiniao présente le fenghuang avec le bec d'un coq, la face d'une hirondelle, le front d'une volaille, le cou d'un serpent, la poitrine d'une oie, le dos d'une tortue, les hanches d'un cerf et la queue d'un poisson. Ces caractéristiques seront reprises dans de nombreuses sources antérieures, avec quelques modifications mineures : Selon le dictionnaire Shuowen Jiezi de la dynastie Han orientale, la tête ressemble à celle d’un cygne, la bouche à celle d’un poulet, et ses parties arrière à un cerf, tandis que ses motifs rappellent celle des dragons『説文解字』。. Dans le Sōsho, une compilation historique de la période des Dynasties du Sud, le décrit comme ayant la tête d'un serpent, le menton d'une hirondelle, le dos d'une tortue et le ventre d’un trionyx『宋書』巻28。. Dans le Guxin Zazhishi, de la dynastie Song, il mesure environ un zhang, environ 3,07 m, et possède une queue ressemblant à celle d’une carpe『癸辛雑識』別集巻下。.

Son plumage est composé des six couleurs fondamentales dans la culture asiatique : le noir, le blanc, le rouge, le jaune et le bleu (parfois traduit par la couleur verte). Sa taille est estimée à environ six chī, équivalant à environ 1,80 m, selon les mesure traditionnelles『爾雅』「釋鳥」郭璞の注による。鳳凰特徴:鶏頭、燕頷、蛇頸、亀背、魚尾、五彩色、高六尺許。.

Comportement et symbolique gauche|vignette|Représentation du fenghuang en face du dragon sur l'emblème national des douze symboles, autrefois l'emblème de l'État Chinois de 1913 à 1928. Sur le plan comportemental, les diverses mentions en font un animal au caractère docile, étant désigné comme le plus doux et sage des oiseaux. L’alimentation du fenghuang est considérée comme raffinée, ne se composant uniquement que des graines d’un bambou, qui ne produit des fruits qu’une fois tous les 60 à 120 ans. En guise de perchoir, il n’utiliserait que le paulownia斉藤ヒロコ, op.cit..

Le corps du fenghuang symbolise les éléments qui composent la voûte célestes : la tête représente le ciel, les yeux le soleil, le dos la lune, les ailes le vent, les pieds la terre et la queue les planètes. Selon certaines croyances, l’oiseau serait également originaire de l’astre solaire. Dans le Shanhaijing, l'un des plus anciens catalogues de créatures surnaturelles, déclare que chaque partie du corps du fenghuang symbolise un concept clé du comportement humain. La tête représente la vertu, les ailes représentent le devoir, le dos représente la propriété, l'abdomen représente la crédibilité, et la poitrine représente la miséricordeShan Hai Jing - chapitre 1. "Nanshang Jing" - Nan Ci San Jing : . Il est parfois représenté portant des rouleaux ou une boîte contenant des textes sacrés, ou encore avec une boule de feu. Selon le Bencao Gangmu, le fenghuang est considéré comme le roi des créatures ailées, dont la consommation des œufs, permettrait d’acquérir l'immortalité『本草綱目』。.

vignette|droite|Gravure de fenghuang au temple Fuxi, province de Gansu en Chine En Chinois traditionnel, le fenghuang était initialement constitué de deux entités distinctes : un oiseau mâle, désigné sous le nom de feng et un oiseau femelle, désigné sous le nom de huang. Ce couple de fenghuang symbolisent à eux deux le yin et du yang , dont le mâle représentait l'aspect yang tandis que la femelle représentait le yin, symbolisaient l'amour entre matrimonial. À partir de l'ère de l'empereur Jiajing, de la dynastie Ming, le couple de fenghuang se différenciait par les plumes de leur queue : celles du mâle étaient identifiables par cinq longues plumes dentelées, et celles de la femelle par une ou deux plumes enroulées, les nombres pairs et impaires étaient respectivement associés à la féminité et à la masculinité. Pendant cette période, le fenghuang fut également utilisé comme symbole de la direction menant vers le sud, souvent représenté par le couple mâle et femelle se faisant face, avec des plumes conservant les cinq couleurs fondamentales décrites dans le shanhaijing : noir, blanc, rouge, vert et jaune, censées représenter les cinq vertus confucéennes : Ren : la vertu, la bienveillance, la charité et d'humanité ; Yi : l'honnêteté et la droiture ; shù, l’altruisme ; Zhi : la sagesse ou la connaissance ; Xin : la fidélité et l'intégrité ; et Li : la bienséance, les bonnes manières, ainsi que le respect des rites et des traditions. Cependant, depuis la dynastie Qin, le fenghuang a progressivement subi un processus de féminisation, le dragon devenant un symbole de masculinité. Finalement, le feng et le huang ont fusionné en une entité féminine unique. Fenghuang et Dragon représentaient respectivement le rôle de l’empereur et de l’impératrice. Il n'est donc pas rare de voir cette dualité dans les bâtiments impériaux.

La croyance populaire voulait que cet oiseau n'apparaisse que dans des contrées bénies par une paix, la prospérité ou un bonheur absolu. Et tout comme d’autres créatures légendaires tel que le qilin, l’apparition de cet oiseau signifiait l’aube d’un grand changement, par la naissance d'un grand sage philosophe, annonçant le début d'une nouvelle èreSources :

On dit qu'il ne se pose que dans des zones abritant quelque chose de précieux. Dans une histoire, un homme ayant vu un fenghuang se poser sur un morceau de terre est revenu plus tard pour creuser à cet endroit et y a découvert du sel. . Des ouvrages comme le Classique des vers et le l’entretien de confucius, le décrivent comme un oiseau de « bon augure », qui n’apparaît que sous le règne d’un empereur vertueux. Un fenghuang ne reste que si le souverain est exempt de corruption et gouverne avec justice. Il est souvent inclus parmi les Quatre animaux emblématiques de la cosmogonie chinoise aux côtés du qilin, du dragon oriental et de la moins connue esprit-tortue (霊亀). En Chine et au Japon, il symbolisait la maison impériale et représentait le "feu, le soleil, la justice, l'obéissance et la fidélité".

Toutefois, parallèlement à cette symbolique associant l’oiseau au pouvoir impérial, existe une interprétation plus confucéenne du fenghuang, faisant état du fenghuang comme une définition de la liberté. Selon le Shuowen Jiezi, la créature est décrite comme dotée d’un vol puissant, pouvant lui permettre d’atteindre de longues distances à la manière d’oiseaux migrateurs, dépassant la frontière au-delà des monts Kunlun, buvant dans la rivière Ruoshui et utilisant des cavernes en guise de lieux de repos, Zhuangzi ou Song Yu décrivent même cet oiseau comme étant capable de voyager dans l’espace.

Noms et variétés

Étymologie Le linguiste Wang Li relie l'élément fèng (鳳) au caractère péng (鵬), désignant un autre grand oiseau fabuleux de la mythologie chinoiseWang, Li (王力) (1982). 同源字典 (Dictionnaire des familles de mots). Pékin : Commercial Press, p. 318. Cité dans Schuessler, Axel (2007). ABC Etymological Dictionary of Old Chinese, Honolulu : University of Hawaii Press, p. 239.. Le caractère fèng (鳳) est également lié au caractère fēng (風), qui signifie « vent »Schuessler, Axel (2007). ABC Etymological Dictionary of Old Chinese, Honolulu : University of Hawaii Press, p. 239..

Le linguiste historique Marc Miyake a reconstruit le terme fènghuáng (鳳凰), qu'il propose, sans non prendre quelques réserves, comme dérivant du terme fēng huáng (風皇), signifiant « souverain du vent »Miyake, Marc (5-6 novembre 2015) "Old Chinese type A/type B in areal perspective: Recent Advances in Old Chinese Phonology beyond Boundaries", conférence donnée lors de Recent Advances in Old Chinese Historical Phonology à la SOAS, Université de Londres, sous les auspices de l'European Research Council Grant Beyond Boundaries: Religion, Region, Language and the State. Diapositive 43 sur 49..

Dénominations alternatives Parmi les noms alternatifs du fenghuang, Yúnzuò (雲作) Yúnquè (雲雀), Yèlǜláng (叶律郎), Huǒlí (火離), Wǔlíng (五霊), Rénzhìqín (仁智禽), Dānshān Yǐnzhě (丹山隠者), Chánglí (長離), Péng (朋), Míngqiū Jūshì (明丘居士). D'autres noms, tels que Huángniǎo (黄鳥, « oiseau jaune »), Kuángniǎo (狂鳥, « oiseau fou »), Mèngniǎo (孟鳥, « oiseau Meng ») et Mèngniǎo (夢鳥, « oiseau des rêves »), sont parfois considérés comme des synonymes du fenghuang selon certains chercheurs袁珂, 中国神話・伝説大事典, 大修館書店, 1999.. C’est qu’au cours de l’histoire, la figure de fenghuang a absorbé celle de nombreux autres oiseaux, grands et petits, réels et imaginaires, notamment durant l’Antiquité chinoise. Les différentes espèces de fenghuang gauche|vignette|Illustration de l’oiseau à neuf têtes, le jiǔtóuniǎo (九頭鳥), dans une édition du Shanhaijing datant de la dynastie Qing (1644–1911). Du point de vue de l’histoire du fenghuang, il semble faire consensus que l'oiseau à neuf têtes, transmis dans la province de Hubei sous le royaume de Chu ( – ), est souvent décrit comme étant une des premières « espèces » de fenghuang. Dans le Shanhaijing, quatre types d’oiseaux sont mentionnés, sans que leurs différences soient spécifiées clairement : le feng (鳳) et le huang (凰), qui formeront un couple d’oiseaux dans les productions antérieures, ainsi que deux autres espèces désignées respectivement sous le nom de luan (鸞) et yuanchu (鵷鶵) :

Le luan est une espèce de fenghuang, parfois décrit comme doté d’un plumage bleuté, alors que le fenghuang est généralement rouge. Selon le Huainanzi, le dragon mythique Yìnglóng (応竜) aurait engendré le fenghuang, qui aurait ensuite donné naissance au luan. Ce dernier aurait ensuite engendré d’autres oiseaux. Selon le Chuxueji, le terme luan désigne un jeune fenghuang. Dans le Wakan Sansai Zue, basé sur le Sancai Tuhui, il est considéré comme un oiseau réel, né de la transformation d’un esprit divin. Il est aussi dit que le fenghuang vieillit pour devenir un luan, ou qu’il apparaît lorsque le souverain est vertueux. Son chant suit les cinq tonalités de la gamme musicale, et ses plumes combinent des couleurs rouge et bleue, le rendant difficile à distinguer du fenghuang. Certains auteurs désignent le couple feng et huang comme étant deux individus d’une espèce différente『大辞林 第3版』 三省堂、2006年。.

Le yanchu était décrit comme un fenghuang au plumage jaune. Certains auteurs considèrent qu’il s’agit d’une espèce distincte en raison de sa couleur. Dans le Shanhaijing, il est dit qu’il "vit avec le fenghuang", ce qui laisse sous-entendre qu’il pourrait s’agir d’un oiseau différent mais au comportement similaire. Dans le Zhuangzi, chapitre Qiushui, il est écrit : "Le yuanchu vole de la mer du Sud à la mer du Nord. Il ne se pose que sur un arbre parasol chinois (wutong), ne mange que des graines de bambou, et ne boit que de l’eau des sources sucrées." Des caractéristiques rappelant celles du fenghuang.