Un pardon est une forme de pèlerinage (chrétien catholique) principalement rencontrée en Bretagne. Un pardon est organisé à une date fixe récurrente, dans un lieu déterminé et est dédié à un saint précis.
Le pardon comporte une messe et une procession en extérieur vers un lieu sacré suivant un parcours déterminé. Les reliques du saint et bannières font partie de la procession. Certaines processions peuvent être particulières : certaines sont circulaires (les troménies), d'autres peuvent avoir un parcours en mer.
Ce rituel religieux (les « fêtes de l'âme » comme les décrivait l'écrivain Charles Le Goffic) est généralement accompagné de pratiques et croyances traditionnelles d'inspiration peu orthodoxe (dévotion et médecine populaires, prophylaxie du bétail, tantadTantad signifie « grand feu de joie » en breton. Par exemple : l'équivalent du feu de la Saint-Jean à la chapelle Notre-Dame-de-la-Clarté de Perros-Guirec, l'ange pyrophore de la chapelle Notre-Dame-de-Quelven., recherches de présages, etc.), de fêtes profanes (boutiques de plein vent, lutte bretonne, débit forain, jeux traditionnels) et ses plaisirs collectifs parmi lesquels, en bonne place, la danse et la musique bretonne..
Une bénédiction dédiée, en fonction du saint vénéré et des vertus qui lui sont attribuées, et à destination d'un type de personne (exemple : le pardon de Saint-Yves pour les avocats), d'animal (pardon des chevaux, pardon des bovins de Saint-Herbot, de Pluméliau) ou d'objet précis, peut être faite durant un pardon.
Parallèle aux indulgences, les pardons apparaissent au , connaissent un essor à partir de la Renaissance, puis perdent de leur importance au pour renaître sous leur forme actuelle au . Du fait de leur impact sur un lieu (venue de nombreux pèlerins), ils sont parfois liés à une foire, un fest-noz... ; leur attrait économique et touristique peut être important.
Le nombre précis de pardons est mal connu, le chiffre de 2000 pardons étant généralement retenu bien que la pratique soit en baisse, ou ne survive que par la fête laïque.
Les pardons ne doivent pas être confondus avec les simples pèlerinages dédiés à un ou plusieurs saints et réalisés à n'importe quelle date, tels que le Tro Breiz ou le pèlerinage de Saint-Jean-du-Doigt.
Définition Jean-Michel Guilcher définit le Pardon comme étant une « fête qui se tient à date fixe en un lieu consacré pour honorer et prier le saint patron du lieu » et « l’un des fondements de la vie religieuse et sociale des Bretons ».
Bernard Rio note que « la particularité du Pardon est de participer à une double culture, chrétienne et celtique, de se rattacher à un espace, la paroisse, et à un temps, la fête du saint, qui s'enracinent dans un passé à la fois mythique et historique. » Il présente en ces termes les Pardons : D'après Bernard Rio, il y aurait actuellement « plusieurs milliers de pardons » en Bretagne ; le chiffre de 2000 étant avancé et retenu par l'inventaire national du patrimoine culturel immatériel en France, dont 600 dans le Finistère.
Historique thumb|Pascal Dagnan-Bouveret : Bretonnes au pardon (1887). Il s'agit du pardon de Rumengol. Musée Calouste-Gulbenkian, Lisbonne.
Le mot « pardon » provient de l'idée de pénitence permettant de recevoir des indulgences le jour dédié au culte d'un saint. Cette idée de pardon a, au cours de la fin du Moyen Âge, donné son nom à l'événement, qui conserve sa démarche pénitentielle et votive. c'est au que les pardons se développent. Les pardons sont alors dédiés à des lieux précis. La création de foires à l'occasion de pardons pouvait être soumise à autorisations au du fait de leurs critiques quant à la démarche païenne ou d'ambiance de débauche, dénoncée notamment par le prédicateur Julien Maunoir au :
Au pardon de Plédéliac, « on va à deux, on revient à trois » dit le dicton.
Le pardon de la chapelle de la Trinité à Plozévet durait trois jours ; il s'achevait par une grande foire. En 1642, on rapporte la présence de pèlerinsSteven Lecornu, Les pardons, une spécificité bigoudène, journal Le Télégramme de Brest et de l'Ouest, n° du 4 juin 2020.
Le et la période révolutionnaire mettent à mal les pardons. La piété de la seconde moitié du multiple les pardons, chaque fête patronale devant un pardon. La ferveur actuelle provient de cette époque. Jusqu'au milieu du , les grands pardons se déroulaient le jour consacré au saint et non un dimanche proche comme aujourd'hui.
Certains pardons ont été créés récemment, comme le pardon islamo-chrétien du Vieux-Marché, créé en 1954 ou le pardon à la Madone des Motards de Porcaro, créé en 1979..
En les pardons ont été inscrits à l'inventaire national du patrimoine culturel immatériel en France à l'initiative de Bretagne Culture Diversité..
Organisation vignette|gauche|Alfred Guillou, Arrivée du pardon de sainte Anne de Fouesnant à Concarneau, 1887. Les pardons ont souvent lieu entre mai et octobre..vignette|Pardon à Botmeur : après avoir quitté l'église en procession, les fidèles sont arrivés à la croix de mission. Autrefois, et parfois encore de nos jours, les fidèles se dirigeaient à pied vers le lieu d'un pardon sous forme de pèlerinage.. D'autres pardons sont très locaux, liés à un quartier ou un hameau.
Le pardon en lui-même comporte au moins une messe et une procession, trajet entre l'église et un lieu déterminé. La messe et la procession peuvent avoir à des moments différents de la journée. Des messes peuvent aussi avoir lieu la veille ou après le pardon et comprennent ou non une célébration eucharistique. Une bénédiction dédiée peut avoir lieu suivant le type de pardon.
Le lieu d'arrivée de la procession est immuable. Il est marqué ou non par une construction (calvaire, église, fontaine sacrée, menhir, route...). Ce déplacement processionnaire est un aller-retour ou est circulaire (troménie), parfois ponctué de haltes ou de petites processions circulaires (autour d'une construction, parfois répétitivement).
La procession comprend dans l'ordre une croix de procession, la bannière du saint du lieu, les croix et bannières des paroisses ou congrégations voisines puis enfin les reliques du saint, entourées par le prêtre responsable de la cérémonie et des autres religieux. La foule accompagne la procession en chantant, en français, latin ou breton.
Certains pardons voient tout ou partie de leur parcours se faire en mer, sur des bateaux décorés, tel le pardon des Terre-Neuvas à Saint-Malo qui, après s'être arrêté en 1966, a repris en 2018.. thumb|Les étals des marchands au pardon de Saint-Fiacre au Faouët (Morbihan). Tableau d'Henri Alphonse Barnoin. La présence d'une fontaine est très fréquente. La fontaine permet aux hommes et aux animaux de se désaltérer, mais l'eau peut être bénie, notamment par immersion temporaire d'une relique, afin d'acquérir des vertus médicinales.
Rassemblements de foules, les pardons sont également l'occasion de foires (La Martyre, Kerdévot en Ergué-Gabéric, Le Folgoët) attirant des étrangers au Moyen Âge, une fête foraine, un fest-noz...
Mais globalement, la pratique est en baisse : de nos jours, certains pardons ne survivent que sous la forme d'une fête non-chrétienne : une kermesse ou une fête foraine ; cela est dû à la perte de vitesse de la pratique chrétienne, à l'exode rural ou aux néoruraux, à la baisse du nombre de bénévoles ou leur vieillissement..
Émile Souvestre a fait, dans la première moitié du , cette description synthétique des grands pardons :
Types de pardons La Bretagne compterait 1200 pardons, la plupart locaux. vignette|Clohars-Fouesnant : chapelle du Drennec, le pardon des chevaux. Les pardons ont une taille différente suivant le saint et la zone d'influence de celui-ci, allant du pardon à un saint vénéré dans un endroit unique aux grands pardons liés aux saint principaux de Bretagne (saint Yves, sainte Anne, Notre-Dame). Le plus grand est celui de sainte-Anne-d’Auray. avec à participants pour le pardon, et et visiteurs du sanctuaire par an.. vignette|Henri Guinier : La fontaine miraculeuse, pardon des aveugles, chapelle de La Clarté à Combrit (Pays Bigouden) (1914, musée départemental breton de Quimper). La finalité des pardons peut aussi influencer la fréquentation. Certains pardons sont en effet réputés pour telle ou telle vertu miraculeuse ou telle ou telle dévotion et font l'objet de rites précis : rites liés aux personnes : des malades afin de conjurer leur maladies, par exemple au pardon de Notre-Dame de Rumengol ; des corporations, comme celle des avocats au pardon de saint Yves à Tréguier. rites liés aux animaux : nombreux pardons aux chevaux ; imploration pour préserver les vaches de la maladie. À Saint-Herbot, les agriculteurs font un dépôt conjoint sur les autels de la chapelle de queues de vaches et de mottes de beurre ; pardons des oiseaux : le plus célèbre fut le pardon de Toulfoën, mais il en a existé d'autres comme ceux de la chapelle Saint-Barnabé à Plourhan., des chapelles Saint-Jean de Plougastel-Daoulas et de Saint-Vougayhttps://www.ouest-france.fr/bretagne/saint-vougay-29440/un-pardon-de-saint-jean-bien-suivi-4320978. bénédiction d'objets : bénédiction des bateaux au pardon de Saint-Jacques, à Locquirec ; bénédiction de motos lors du pardon à la Madone des Motards de Porcaro, créé en 1979 ; pardon des camping-caristes à Malestroit depuis 2012, un pardon des surfeurs est organisé à la chapelle de Tronoën..
Il existe un pardon inter-religieux, le pardon islamo-chrétien du Vieux-Marché, créé en 1954.
De nos jours, c'est plus la ferveur d'un rassemblement ou le maintien d'une tradition qui motive les participants d'un pardon, plus que la foi. Sur la côte bretonne, plusieurs pardons maritimes ont perdu leur aspect religieux pour devenir des fêtes populaires mêlant chants, danses, défilés, etc., comme le pardon des Terre-Neuvas à Saint-Malo ou bien le pardon des Islandais à Paimpol..
Les pardons mud ("muets") sont plus rares : les fidèles doivent observer le silence. « Arrivés à la chapelle, ils doivent en effectuer trois fois le tour, dans le sens des aiguilles d'une montre et, contrairement aux autres pardons, aucun prêtre n'officie » ; de tels pardons existent encore, par exemple à Ty Mamm Doué en Quimper et à Kerdévot en Ergué-Gabéric ; cette coutume remonterait aux cultes celtiques antérieurs au christianismeJournal Le Télégramme de Brest et de l'Ouest , numéro du 13 avril 2019..
Les troménies sont des pardons dont le parcours est circulaire, passant par différentes étapes. La plus célèbre est celle de Locronan, avec tous les ans la « petite troménie » (4 kilomètres) et tous les six ans la « grande troménie » (12 kilomètres) durant laquelle les fidèles se succèdent pendant une semaine..
Descriptions de pardons
La piété Cette description d'un pardon date de 1894 : « Tous les villages, en Bretagne, ont leurs pardons, et non point tous les villages seulement, mais toutes les chapelles, tous les oratoires et quelquefois jusqu'aux simples calvaires eux-mêmes. Le Braz raconte qu'en allant en voiture de Spézet à Châteaulin, il vit, sur le bord du canal, à l'endroit où la route franchit l'Aulne, une grande foule assemblée : "Que fait-là tout ce monde ?" demanda-t-il au conducteur. "C'est le pardon de Saint-Iguinou" lui répondit-on. il chercha des yeux la chapelle, il ne la vit pas. Il y avait seulement, en contrebas du pré, une fontaine que voilaient de longues lianes pendantes et, un peu au-dessus, au flanc du coteau, dans une excavation naturelle en forme de niche, une antique statue sans âge, presque sans figure, un bâton dans la main, dans l'autre un bouquet de digitales fraîchement coupées. Nul emblème religieux, pas l'ombre d'un prêtre. Le recueillement cependant était profond. C'étaient les fidèles eux-mêmes qui officiaient… »Charles Le Goffic, Journal Le Gaulois du 21 juillet 1894, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5288086/f2.r=Le+Faou.langFR.
Exemples de déroulements de pardons