Paul LandowskiNé Paul Maximilien Landowski., né dans le de Paris le Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance ; mariages : en 1907 avec Geneviève Nénot, puis en 1913 avec Amélie Cruppi (consulté le 8 mai 2012). et mort à Boulogne-Billancourt le , est un sculpteur français d'origine polonaise, Grand Prix de Rome en 1900, mondialement connu grâce à sa célèbre statue du Christ Rédempteur qui domine la baie de Rio de Janeiro du haut du mont du Corcovado.
Biographie Formation humaniste et premiers succès Paul Landowski est le fils du médecin polonais Edward Landowski et de Julie Henriette Vieuxtemps, fille du célèbre violoniste et compositeur belge Henri Vieuxtemps« Paul Landowski, le statuaire de Douglas Haig » dans La Violette, publication des Compagnons de la Violette, n° 11, 2007, p. 28-31 .. Il passe son enfance à Alger où son père, directeur de l'Institut sanitaire algérien, fonde un sanatorium – l'un des premiers du genre – dans le quartier de Mustapha-Supérieur. À l'âge de sept ans, Paul perd ses parents. Sa mère décède le , son père quelques jours plus tard le , tous les deux emportés par une maladie. Rapatrié à Paris avec ses frères et sœurs, Władysław, Henryk, Józef et Franciszka, il est dès lors pris en charge par son oncle paternel, Paweł Landowski. Lorsque l'oncle décède en 1894, c’est le frère aîné, Władysław, qui continue à élever ses frères et sœurs, tout en étudiant la médecine.
Paul effectue ses études secondaires au collège Rollin. Il poursuit des études de lettres en hypokhâgne où il rencontre en 1892 son ami Henri Barbusse, avec lequel il partagera sa vision de l’humanisme militant. L'année suivante, il entre à l'Académie Julian où il suit les cours de Jules Lefebvre. Parallèlement, il devient un expert en anatomie en suivant quotidiennement les dissections à l'École de médecine et en dessinant les planches anatomiques pour le professeur Louis Farabeuf. Il se passionne pour la boxe.
En 1895, Landowski entre aux Beaux-arts où il étudie pendant cinq ans auprès du maître Louis-Ernest Barrias. Il en sort en 1900, couronné du prestigieux prix de Rome pour son David combattant Goliath, ce qui lui permet d’être pendant quatre ans pensionnaire de la villa Médicis. En 1903, Landowski participe à son premier Salon des artistes français. Il y exposera durant toute sa carrière, pendant plus de trente annéesTrente et un catalogues du Salon des artistes français de 1903 à 1960..
Le groupe Fils de Caïn, exposé en 1906 au Salon, conclut la période romaine de l'artiste. Conçue pour le Temple de l’Homme, qui devait être l'œuvre de sa vie mais restera inachevé, la sculpture rencontre un immense succès au Salon, avant d'être achetée par l'État. Elle est actuellement installée dans le jardin des Tuileries à Paris.
De retour en France en 1906, Landowski s'installe à Boulogne-Billancourt, où il travaille jusqu'à sa mort le , à l'âge de . Après sa mort, ses héritiers font construire deux salles de visite et un jardin à la place de sa maison atelier rasée en 1963. Ce bien est légué à la commune en 1982 avec son fonds statuaire. En 2017, les collections du sculpteur sont transférées au musée Paul-Landowski, nouvellement créé par la ville de Boulogne-Billancourt.
Jusqu'à la Grande Guerre, Landowski travaille sans répit et enchaîne des commandes privées de bustes, statues, pierres funéraires et figures de genre. C'est durant ces années que naît sa célébrité, grâce à la livraison, en 1909, de Aux artistes dont le nom s'est perdu, une sculpture qui sera installée sous la coupole du Panthéon.
Famille En 1907, il épouse Geneviève Nénot, fille de l'architecte Henri-Paul Nénot. Le couple aura deux enfants : Nadine, décédée en 1943 de maladie, et Jean Max, lieutenant au régiment de Zouaves, mort pour la France le à Marcilly, père d'une fille appelée Geneviève. Après le décès de Geneviève en 1912, Paul se remarie l’année suivante, avec Amélie Cruppi, fille de l'homme politique Jean Cruppi et de la femme de lettres Louise Cruppi. De cette union naîtront deux enfants : Marcel et Françoise, qui auront tous les deux une carrière artistique à succès.
Expérience de la Grande Guerre Mobilisé, Landowski se bat pendant la Première Guerre mondiale et reçoit la Croix de Guerre pour son implication dans la bataille de la Somme. En 1916, comme beaucoup de membres de la Société des artistes français, il est affecté à une section de camouflage.
Commandes monumentales et commémoratives thumb|left|200px|Monument aux morts d'Ault (Somme), 1921. En 1917, on lui accorde un sursis militaire à la demande de la Suisse pour exécuter les statues du Monument de la Réformation à Genève dont il avait obtenu la commande par concours en 1909. Il les réalise en collaboration avec Henri Bouchard. À son retour en France, il reçoit de nombreuses commandes publiques de statues et de monuments aux morts. Il en réalise plus de quatre-vingts, la plus grande partie dans un style sobre, dont : le monument aux morts de la Vallée à Barcelonnette (1922), Monument de la Victoire à Casablanca (1924) ; Le Pavois à Alger (1928) ; Les Fantômes (1935), huit géants de granit hauts de 8 mètres, installés sur la butte de Chalmont où se scella le sort de la seconde bataille de la Marne.. Commande de l’État dès 1919, la maquette en plâtre de cette œuvre reçoit la médaille d'honneur au Salon des artistes français de 1923Catalogues Gallica. Univers des Arts, hors-série n°1, juin 1996. Catalogue du Salon des artistes français de 1923..
En 1928, il participe au concours d'art des IX Jeux olympiques d'Amsterdam et obtient la médaille d'or au concours de sculpture pour Le PugilisteNotice d’une version de l’œuvre sur le site du musée Paul Landowsky de Boulogne-Billancourt, consultée le ...
Reconnu comme un héros aux préoccupations humanistes, Landowski devient dans la France de l'après-guerre le sculpteur qui obtient le plus de commandes monumentales, à Paris et à l'étranger, comme les emblématiques Sainte Geneviève sur le pont de la Tournelle et Montaigne rue des Écoles à Paris ; le Mausolée de Sun Yat Sen à Nankin (1930) ; le Christ de Corcovado à Rio de Janeiro (1931) ; le tombeau du maréchal Foch aux Invalides à Paris (1937).
Temple de l'Homme En 1925, Landowski débute ce qui sera l’œuvre de sa vie : le Temple de l’Homme. Ce projet, qui doit son nom à Paul Valéry., était un projet « océanique », au sens de Romain Rolland. Le temple devait être un lieu de méditation accueillant manifestations publiques, spectacles et congrès internationaux. Son décor sculpté retraçait en bas-relief et ronde bosse l'histoire de l'humanité. Deux portes monumentales introduisaient au Temple : la Porte de la Science et la Porte de Psyché. Entre les deux portes, les statues bibliques des Fils de Caïn se dressaient au milieu d'un parvis encadré de deux cents mètres des Mur de Prométhée, Mur des Religions, Mur des Légendes, Mur des Hymnes, chacun haut de huit mètres et décoré de bas-reliefs représentant les grandes figures de la Science, de la Philosophie, de l’Héroïsme, de la Poésie...
Les bâtiments du Temple ont été conçus avec des architectes d'envergure internationale et le projet a été présenté en 1925 à l'Exposition des Arts décoratifs de Paris, y suscitant beaucoup d'intérêt. Il devait s'inscrire dans le prolongement de l'axe des Champs-Élysées, entre la porte Maillot et La Défense.
Landowski a travaillé sur son projet jusqu’à la mort, sans succès, faute de commanditaire. Les derniers plans du Temple connus, datant de 1950, prévoyaient d'en faire un centre pour étudiants du Proche-Orient – ultime échec. Un élément de ce projet ambitieux est néanmoins réutilisé en 1953 pour réaliser la monumentale Porte de la Faculté de Médecine visible rue des Saints-Pères à Paris. Le groupe des Fils de Caïn est aujourd'hui aux Tuileries, alors que l'Hymne à l'Aurore, destiné au Mur des Hymnes, est conservé au musée Paul-Landowski à Boulogne-Billancourt.
Les fonctions officielles Directeur de la villa Médicis de 1933 à 1937., Landowski est nommé ensuite directeur de l'École des beaux-arts de Paris, où il travaille à une réforme visant à concevoir l'enseignement de l'art comme synthèse de l'architecture, de la sculpture et de la peinture.
C'est en tant que directeur des Beaux-Arts qu'il participe en au « voyage d'études » en Allemagne, organisé par l’Office de Propagande allemand, sur promesse d’une libération massive d’élèves retenus prisonniers en Allemagne. Une liste dressée par Landowski est remise à l’ambassadeur d’Allemagne le . S'il est en effet pressé d'agir pour ses élèves, aux yeux des Français, il est coupable de répondre à l'invitation d'Otto Abetz à collaborer au projet de Goebbels de faire émerger une « nouvelle Europe »R. O. Paxton, O. Corpet, C. Paulhan, Archives de la vie littéraire sous l'Occupation, Taillandier, 2009..
À la Libération, au cours de son procès d'épuration, dont il sort sans condamnation, il affirme avoir agi dans le but de contribuer par sa fonction au secours des prisonniers français et avoir été mû par l'espoir de faire libérer de jeunes artistes. Dans l'intimité de son journal, il confie regretter sa naïvetéLaurence Bertrand Dorléac, L'Art de la défaite (1940-1944), Paris, Éditions du Seuil, 1993, ..
En 1954, six ans avant sa mort, Le Retour éternel qui orne le columbarium du Père-Lachaise à Paris réaffirme comme un testament nietzschéen ses préoccupations humanistes. Il laisse également deux œuvres littéraires, l'une publiée de son vivant, Peut-on enseigner les Beaux-Arts ?La Baudinière, 1948., et l'autre qui ne le sera, partiellement, qu'après sa mort, son Journal, témoignage personnel sur le métier de sculpteur qu'il a rédigé depuis sa jeunesse jusqu'à la fin de sa vie.
Sculptures thumb|Le Monument international de la Réformation (1909-1917) à Genève. vignette|Le Christ Rédempteur (1931) de Corcovado à Rio de Janeiro. David combattant (1900). Les Porteuses d’eau aveugles (1903), plâtre au musée Paul-Landowski Les Fils de Caïn (1906), bronze placé en 1984 galerie du Bord de l'Eau aux Tuileries. Le Premier Architecte ou L'Architecture (1907), Reims, parc des Buttes Saint-Nicaise, face à la maison de Champagne Pommery (maquette en plâtre, datée de 1906, au musée Paul-LandowskiImage Flickr.). Elle se présente sous la forme d’un homme visionnaire qui, selon son auteur, est « accroupi au milieu du plan de la ville future qu’il crée, il a relevé la tête et rêve ». Elle fait partie d’une commande de l’État, un groupe de statues initialement destiné à décorer le jardin du Carrousel du Louvre (et plus précisement placée dans le square Gambetta, aujourd'hui disparu) sur décision d'Étienne Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts de l’époque.. Mais elle fut tout d'abord exposée à Paris, au salon de 1908. Cette statue a fait plus tard fait l’objet d’un don à la ville de Reims, où elle fut installée en 1933.« La statue L’Architecture à Reims, signée Paul Landowski, de 1933 à nos jours », lunion.fr, 5 juillet 2018.. Buste de Rosine Laborde, ornant au cimetière de Passy, à Paris, la sépulture de la cantatrice (morte en 1907).. L'Hymne à l'Aurore (1909), nu féminin en plâtre, grandeur nature au musée Paul-Landowski Soun, danseuse sacrée (1912), au musée Paul-Landowski. Le Pugiliste (Georges Carpentier ayant servi de modèle), statue en pied dont la nudité fit scandale lors de sa présentation (1912). Néanmoins une version de l'œuvre, renommée Boxeur, obtient la première place au concours d'art des Jeux olympiques d'Amsterdam, en . (exposée de nos jours musée Paul-Landowski). L’Industrie & l'Agriculture à l'entrée de la cour du palais gouvernemental Piratini à Porto Alegre (1912). Le Printemps, l’Été, l’Automne, l’Hiver, l’Abondance, la Fortune sur la façade d'un des bâtiments de l' à Madrid (1912).