Le sacre de Napoléon est la cérémonie d’intronisation et de couronnement qui suivit la proclamation de Napoléon Bonaparte comme empereur des Français sous le titre de Napoléon du . La cérémonie religieuse du sacre, officiée par le pape Pie VII, suivie de celle du couronnement, a lieu, le dimanche , à Notre-Dame de Paris. Elle dure près de cinq heures et le peintre Jacques-Louis David en fait deux tableaux : Le Sacre de Napoléon et La Distribution des aigles.
Contexte gauche|vignette|284x284px|Le Premier Consul reçoit au château de Saint-Cloud le Senatus-Consulte qui le proclame empereur des Français. Peinture de George Rouget (1783-1869)
La proclamation du sénatus-consulte Le , le consul à vie Napoléon Bonaparte reçoit la délégation du Sénat lui présentant le sénatus-consulte promulgué le , qui le proclame empereur des Français sous le nom de Napoléon .
Plébiscite À la suite de la proclamation, il est demandé au sous la forme d’un plébiscite, d’accepter l’« hérédité de la dignité impériale ». Les résultats de ce plébiscite sont de oui contre non, soit plus de 99,9 % d’approbation.
Arrivée du pape thumb|Médaille de l'an 13 (1804-1805) célébrant le sacre de Napoléon par Pie VII. Avers : Buste de Pie VII à droite, coiffé de la tiare et vêtu de la chasuble à ses armes. Revers : vue de Notre-Dame de Paris.Napoléon refusant que le pape Pie VII bénéficie d'une entrée solennelle à Paris, une rencontre fortuite est organisée entre les deux hommes en forêt de Fontainebleau le . Accueilli au château de Fontainebleau avec les honneurs militaires dus aux chefs d'État, le pape y reste pendant quatre jours. Pendant ces quelques jours, il reçoit de nombreux hommages et notamment celui de Joséphine de Beauharnais qui lui confesse que son mariage avec Napoléon en 1796 n'avait été qu'un mariage civil, une union nulle au regard du droit canonique. Devant cet état de fait, se montre intransigeant et annonce qu'il n'assistera pas au sacre de l'empereur à moins que le couple ne produise un certificat de mariage catholique. Le cardinal Joseph Fesch, oncle de Napoléon, règle l'affaire. Il prononce le mariage au palais des Tuileries dans la nuit du en présence du curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, de Talleyrand et du maréchal Berthier.
C'est le que arrive à Paris et se voit installer dans le pavillon de Flore des Tuileries. Bien que le nouvel empereur souhaite réduire le rang du pape à celui d'un simple chef d'État temporel, il doit reconnaître, à sa surprise, l'importante ferveur soulevée par sa présence à Paris, comme en témoigne Hortense de Beauharnais : .. Le , les membres des différentes institutions lui rendent visite, tandis que les derniers détails de la cérémonie sont discutés avec Cambacérès et Portalis par ses représentants.
La cérémonie thumb|Le cortège impérial se rendant à Notre-Dame pour la cérémonie du sacre, le 2 décembre 1804 par Jacques Bertaux en 1805, musée Carnavalet.|276x276px
Préparatifs Lors des préparatifs de la cérémonie, Napoléon aurait dit à son frère Joseph : . L'événement tend en effet à hisser le clan Bonaparte au rang de véritable famille monarchique, égale des autres grandes dynasties européennes. Elle se veut l'héritière des anciennes françaises : les capétiens et les mérovingiens, mais surtout les carolingiens ; Napoléon, qui porte le titre d'empereur (alors que ses prédécesseurs monarchiques en France avaient le titre de roi), se veut l'héritier direct de l'empereur Charlemagne. Il s'agit surtout de se présenter comme l'héritier d'une tradition monarchique en faisant appel à des figures bien plus lointaines que les premiers capétiens, trop assimilés aux Bourbons détrônés en 1792. Ainsi, l'emblème choisie par la nouvelle dynastie est l'abeille, en référence aux abeilles d'or trouvées dans le tombeau du roi Childéric, père de Clovis, lors de sa redécouverte en 1653.
gauche|vignette|214x214px|La « couronne de Charlemagne » créée pour le sacre en 1804.
D'importants frais sont déboursés pour donner à l'événement un éclat majeur : plusieurs voitures sont commandées auprès du carrossier officiel Jean-Ernest-Auguste Getting (1766-1846), mais aussi auprès de plusieurs autres carrossiers, notamment Devaux et Prelot. Six de ces berlines seront réutilisées en 1810 pour le second mariage de l'empereur, avec l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche. Il en reste aujourd'hui cinq, conservées à la galerie des Carrosses du château de Versailles : l'Opale, la Topaze, la Victoire, la Brillante et la Turquoise. Les princesses de la famille impériale font également de nombreuses acquisitions de bijoux et de parures en vue de la cérémonie. On fait également fabriquer plusieurs insignes ; la plupart des regalias des rois de France ayant été fondus lors de la Révolution, on récupère l'un des seuls subsistants : le sceptre de Charles V, du XIVe siècle. On commande également à l'orfèvre Martin-Guillaume Biennais une couronne et une main de justice, en vue de figurer les « Honneurs de Charlemagne », des insignes renvoyant à un passé prestigieux, également impérial. Biennais créa également les « Honneurs de l'Empereur », destinés à être utilisés par Napoléon lors de la cérémonie : une couronne de lauriers, un autre sceptre, et une autre main de justiceLa main de justice utilisée par Napoléon est une main ouverte ; la main de justice des « Honneurs de Charlemagne » était une main de justice classique, bénissant avec le pouce, le majeur et l'index tendus, et les autres doigts repliés. C'est néanmoins une main gauche, alors que les mains de justice sont normalement des mains droites.. Une couronne est également créée pour l'impératrice.
vignette|Arrivée du cortège à Notre-Dame.
De nombreux aménagements sont effectués dans la cathédrale Notre-Dame, endommagée pendant la Révolution. Outre les réparations, on installe des tribunes dans les collatéraux, de nombreuses tentures et des parements aux armoiries impériales sur les arcades des côtés. Un trône couvert d'un dais pour le pape est installé du côté gauche du chœur, tandis qu'un autre est installé sur une estrade, au centre de la nef et à l'emplacement de l'ancien jubé. Une estrade que les invités doivent contourner pour pénétrer dans une sorte de sanctuaire, à la croisée du transept et de la nef, où se déroulera l'essentiel de la cérémonie.
Cérémonie thumb|La plus célèbre des représentations du sacre : Le Sacre de Napoléon par Jacques-Louis David (1808, musée du Louvre), représentant en fait le moment où Napoléon sacre son épouse l'impératrice Joséphine.|519x519px|gauche Le matin du , à neuf heures, le cortège du pape quitte le palais des Tuileries, encadré par quatre escadrons de dragons commandés par le grand écuyer Armand de Caulaincourt. Après avoir revêtu les ornements pontificaux à l'archevêché, Pie VII fait son entrée dans la cathédrale Notre-Dame vers . Dans le même temps, le cortège impérial commandé par le maréchal Joachim Murat se met en route à son tour. Comprenant dont celle qui transporte le couple impérial de même que les princes Joseph et Louis Bonaparte, il est accompagné de nombreux escadrons représentant les différents régiments d'artillerie ou de cavalerie. Après un détour à l'archevêché pour revêtir son manteau et les insignes de la Légion d'honneur, Napoléon fait lui aussi son entrée dans la cathédrale.
La cérémonie, longue de près de cinq heures, et qui voit le sacre de Napoléon et de Joséphine de Beauharnais, se termine ainsi : après leurs sacres respectifs, l'empereur et l'impératrice montent sur l'estrade. Le pape les bénit en prononçant ces mots : . Puis Pie VII donne l'accolade à l'empereur et dit : , ce à quoi répond l'assistance par des et . C'est alors que Napoléon prononce son serment civil mentionné dans les témoignages. Enfin, le héraut d'armes, Michel Duverdier, proclame majestueusement : .
Musique Jean-François Le Sueur, Marche du Sacre Giovanni Paisiello, Messe Jean-François Le Sueur, Unxerunt Salomonen (motet) Nicolas Roze, Vivat in æternum (motet) Jean-François Le Sueur, Tu es Petrus (motet) Giovanni Paisiello, Te Deum
vignette|Le 5 décembre, soit trois jours après le sacre, l'empereur se rendit au champ de Mars pour la distribution des Aigles.
Après la cérémonie
vignette|Les fêtes liées au couronnement furent données durant plusieurs jours après le 2 décembre.
Festivités
Quand Napoléon sort de Notre-Dame, une salve de cent-un coups de canons retentit et le mois de décembre n'est que .
Les témoignages Voici ce que raconte Madame de Rémusat (extraits de Mémoires de Madame de Rémusat, tome 2, 1881), amie de Joséphine de Beauharnais : thumb|Letizia Bonaparte.
thumb|left|Napoléon et Joséphine.
vignette|Depuis le trône du jubé, Napoléon prête serment.
Le serment en question, prononcé alors que le couple avait rejoint un trône sur l'estrade surélevée du jubé, est celui-ci :
Rutger Jan Schimmelpenninck, ambassadeur de la République Batave, écrit à son épouse Catharina :
Vestiges du sacre de Napoléon vignette|266x266px|La main de justice et la couronne du sacre en 2023. Hormis la cathédrale Notre-Dame de Paris, qui servit de cadre à la cérémonie du sacre de Napoléon , et les centaines de quinaires, petits jetons de traditions romaines, jetées à la foule, il ne reste que très peu de témoins de cet évènement. L'intérieur de la cathédrale possède au naturel une apparence assez différente de celle qu'il avait sous le Premier Empire. Car hormis le décor construit dans la cathédrale pour la cérémonie, le chœur de l'époque a également disparu. Il s'agissait d'un aménagement baroque construit par Robert de Cotte sous le règne de Louis XIV. Il fut démonté par Eugène Viollet-le-Duc à l'époque de sa restauration de la cathédrale dans un style gothique entre 1845 et 1864, ce qui fit disparaître le maître autel, les balustrades (le sol en marbre maqué du chiffre royal existe toujours) et surtout les parements en marbres qui recouvraient alors les arcades gothiques, parements que l'on distingue très nettement sur la toile de David représentant le sacre de Joséphine.
De la couronne de laurier en or, il ne reste que deux feuilles connues, dont l'une est exposée au musée Napoléon du château de Fontainebleau... Jugeant la couronne trop lourde, Napoléon avait exigé que l’on retire six des feuilles en or qui l’ornaient et les avait offertes à son créateur Martin-Guillaume Biennais, qui avait confectionné l'ensemble des insignes du sacre, qu'il s'agisse des « Honneurs de l'Empereur », utilisés par Napoléon lors de la cérémonie, ou des « Honneurs de Charlemagne », présents aussi lors de la cérémonie, portés par les maréchaux d'Empire. Les « Honneurs de l'Empereur » furent détruits lors de la Restauration, de même que l'essentiel des costumes portés par Napoléon et Joséphine.
La couronne de Napoléon , qui survécut à la fin de l'Empire comme les autres « Honneurs de Charlemagne », conservée au musée du Louvre, de même que la main de justice créée pour l'occasion. En 1825 elle servit lors du sacre de Charles X, dernier frère de Louis XVI ; on y ajouta alors une calotte intérieure de velours violet, qui existe encore aujourd'hui bien que très décolorée. Elle fut également portée par des dignitaires, avec les autres « Honneurs de Charlemagne » (à savoir la main de justice et le sceptre de Charles V) lors de la proclamation du dernier roi français, Louis-Philippe Ier, en 1830.
Le bâton couronné et semé d'abeilles et le glaive à poignée d'or enrichie de diamants du sacre sont aujourd'hui détenus par le collectionneur du Premier Empire Pierre-Jean Chalençon, qui possède la plus grande collection privée consacrée à l’Empereur.. Le bâton est celui avec lequel le capitaine Michel Duverdier, chef des hérauts d'armes, a proclamé : .