La Haine est un drame en cinq actes et huit tableaux de Victorien Sardou représenté pour la première fois au théâtre de la Gaîté à Paris le . Jacques Offenbach, qui composa la musique de scène, était alors le directeur du théâtre.
La création
Contexte
Victorien Sardou et Jacques Offenbach signent leur première œuvre commune en 1872 : le succès de l’opéra-bouffe-féerie Le Roi Carotte, représenté 195 foisJacques Offenbach, Jean-Claude Yon, Gallimard 2000, page 444 , incitent les auteurs à renouveler leurs collaborations.
En 1874, Jacques Offenbach est directeur du théâtre de la Gaîté. Pour prendre la suite d’Orphée aux Enfers, qu’il a remonté le , il décide de présenter un drame qui utilisera ainsi la troupe de comédiens que possède le théâtre – et qui est particulièrement inoccupéeJean-Claude Yon, Jacques Offenbach, paris, Gallimard 2000, p. 493. !
Répétitions
Orphée aux Enfers quitte l’affiche le mercredi pour laisser place aux répétitions de La Haine. Celles-ci se déroulent sous la direction de Sardou qui ne ménage ni ses efforts… ni la troupe ! Le Figaro note que et qu’il Le Figaro n°314 du 25 novembre 1874 Le nombre de jours de répétitions augmente et la répétition générale n’a lieu que le vendredi Le Figaro n°317 du 28 novembre 1874.
La première est enfin annoncée pour le dimanche . Le jour même, elle est annulée à cause d’une épidémie de grippe qui touche la capitale et qui provoque l’indisposition de deux rôles principaux : Lafontaine et Clément Just. Offenbach racontera à la presse l’arrivée de Lafontaine dans son bureau le matin même : Le Gaulois n°2243 du 5 décembre 1874 D’abord repoussée au lundi , la première n’aura lieu que le jeudi Le Figaro n°324 du 5 décembre 1874. Les interprètes n’étant pas complètement remis, Sardou réduit sa scène finaleLe Figaro n°328 du 9 décembre 1874 .
Accueil
Lors de la première représentation, les spectateurs s’émerveillent pour la
Les décors sont particulièrement éblouissants. Francisque Sarcey note : Quarante ans de Théâtre (Feuilletons Dramatiques), article La Haine du 7 décembre 1874, Francisque Sarcey, Bibliothèque des Annales, Paris 1901 La procession tant attendue est, elle aussi, très remarquée : Les décors et les costumes ont coûté 400 000 francs.
Tout est fait pour éblouir : les auteurs ont poussé la perfection jusqu’à faire transporter un orgue Cavaillé-Coll dans le théâtre ! L’ensemble est grandiose et impressionnant : le plateau du théâtre accueille jusqu’à 535 personnes : Le Gaulois n°2244 du 6 décembre 1874.
Le texte de Victorien Sardou est lui aussi remarqué mais les critiques notent que la mise en scène est plutôt du drame. Francisque Sarcey regrette que les premiers rôles paraissent comme écrasés :
La pièce évoque à Auguste Vitu les souvenirs douloureux de 1870 : Le Figaro n°325 du 6 décembre 1874
Échec
Alors que les recettes du théâtre avoisinent les 8 000 francs par soir mi-décembreLe Figaro n°334 du 15 décembre 1874, elles tombent autour de 5 000 francs dans la deuxième quinzaineLe Figaro n°339 du 20 décembre 1874 Le Figaro publie le une lettre de Sardou demandant à Offenbach de retirer sa pièce de l’affiche : Offenbach annonce : Le Figaro n°347 du 28 décembre 1874.
Cette annonce a pour effet de remplir les dernières représentations de La Haine. La pièce quitte malgré tout l’affiche le mardi après vingt-sept représentations et Orphée aux Enfers reprend dès le jeudi Le Figaro n°1 du janvier 1875.
Cet échec laissera le théâtre de la Gaîté dans une situation économique difficile. Une partie des costumes sera réutilisée pour la nouvelle version de Geneviève de Brabant créée le Le Figaro n°350 du 31 décembre 1874. Quant à la partition, lors de sa tournée aux États-Unis, Offenbach Édition critique sur le site Boosey & Hawkes
Les critiques
Mallarmé, Œuvres complètes, La Pléiade, Éditions Gallimard, 1970
La musique
Alors que l’on ne connaissait que l’existence des premières esquisses de l’œuvre contenues dans des cahiers de notes conservées aux Archives Historiques de la ville de Cologne – et disparues avec l’accident du – la partition orchestre autographe de la musique de scène a été retrouvée en 2006 chez des descendants du compositeurs.
note Jean-Christophe Keck, qui a réalisé l’édition critique de l’œuvre.
Cette édition critique été éditée en 2009.
NuméroTitreTempoRéplique précédant le numéroRemarquesACTE INº 1IntroductionAllegro maestosoNº 2ModeratoJe suis seule ici, je n'ai que lui, laisse le moi ! (Scène IV)Nº 3AllegroEnchaîné avec le N°2Fanfare sur scèneNº 4[A l'assaut !] Victoire ! à nous la ville ! (Scène XI)ACTE II — Premier TableauNº 5EntracteAgitatoNº 6Allegro moderatoAu moindre soupçon de trahison ! C'est dit ! Allez ! (Scène II)Nº 7AndanteAh ! Je me meurs ! (Scène IV)Numéro coupé aux représentations et intégré au numéro 8Nº 8Fin du Premier TableauAndanteACTE II — Deuxième TableauNº 9EntracteAllegro MaestosoReprise supprimée à la création.Nº 10AndanteL'enfant descend avec l'Évangile ouvert. (Scène I)Nº 11Sponsa Dei[Andante]Qu'il le soit ! (Scène II)2 versions sur quelques mesuresACTE III — Premier TableauNº 12[Allegro marziale]Nº 12 bisDouce MadoneAndantinoNº 13Le marché ne tient plus, tu es trop lâche ! (Scène II)Nº 13 bisAllegrettoDu courage, chrétienne, et au revoir. (Scène III)Nº 13 terAllegroVous, à vos postes, sans bruit. Allez ! (Scène VI)Nº 14ModeratoAprès les cloches.Nº 14 bisAllegroEnchaîné avec le N°14ACTE III — Deuxième TableauNº 15AndanteViens, je ne recommencerai pas ce que j'ai fait. (Scène X du Premier Tableau)Nº 16AllegroJ'ai prié pour toi. (Scène II)2 versions sur quelques mesuresACTE IV — Premier TableauNº 17ModeratoNº 18AndanteIl le faut. Viens [Giugurta] (Scène IV)Nº 19AllegroVa combattre la guerre. (Scène V)ACTE IV — Deuxième TableauNº 20AgitatoNº 21[Promenade des reliques]ModeratoNº 22 ALentoEnchaîné avec le N°21Version primitive abandonnéeN° 22 BAndanteEnchaîné avec le N°21Version définitive[Nº 22 bis]Marche religieuse[Allegro marziale]Nº 23ACTE VNº 24EntracteAllegroNº 25AndantinoNº 25 bisAndanteEnchaîné avec le N°25Nº 26Moderato… à la porte romaine nos troupes victorieuses. (Scène II)Numéro ne trouvant pas sa place dans le livret de Victorien Sardou.Nº 27ModeratoMadone, sauve-moi ! (Scène III)Nº 26 bisPetite MarcheMaestosoNº 28Gloire au vainqueurOrchestre tacetNº 29Orchestre tacetNº 30 AEt maintenant, mort, quand tu voudras ! (Scène VII)Version primitive abandonnéeNº 30 BVersion définitiveSUPPLÉMENTNº 28Version primitive abandonnée
Le N°26bis n'a pas été utilisé dans la version finale de l'œuvre : aucune place lui a été trouvée dans le texte de Sardou.
Le matériel orchestre, édité dans le cadre de l’Offenbach Edition Keck (OEK), est disponible en location chez Boosey & Hawkes.
L’histoire
L’action se déroule à Sienne en 1369.
Acte I
Un carrefour près de la rue Camollia. Dans les faubourgs de Sienne, les guelfes proscrits se battent contre les gibelins au pouvoir. Ils sont menés par Orso qui a été banni pour avoir osé lancer une couronne de fleurs à la gibeline Cordelia Saracini. Dans la bataille, les guelfes arrivent victorieux jusqu’à une herse en face du palais Saracini. Orso exige, de Cordelia qui paraît au balcon, l’ouverture de la herse vers la ville. Cordelia lui réplique : « … ce n’est pas le moment d’ouvrir les portes… quand les voleurs sont dans la ville ! » Orso donne l’ordre de l’assaut, la herse est ouverte, et il pénètre dans le palais Saracini pour se venger. Au lieu de jeter Cordelia par la fenêtre comme l’exige la foule hurlante, Orso la ramène à demi-étranglée à l’intérieur du palais…
Acte II
Premier tableau – une grande salle du palais de la Seigneurie. Malgré leur apparent triomphe, les guelfes ne sont maîtres que de la moitié de la ville. Parmi les morts gibelins se trouve Andreino, un enfant de quinze ans, le fils d’Uberta, la vieille nourrice de Cordelia. Les guelfes demandent une trêve pour soigner les blessés et enterrer les morts : on craint la peste. Le palais Saracini est en feu. Cordelia en revient, vivante, mais annonce à ses frères, Ercole et Giugurta, ainsi qu’à sa nourrice, qu’elle vient d’être violée par un homme dont elle n’a mémoire que de sa voix…
Deuxième tableau – le parvis de la cathédrale. Guelfes et gibelins prétendent assister seuls à la messe solennelle pour la nativité de la Vierge, dans la cathédrale. Ils vont en venir aux mains, lorsque l’évêque Azzolino paraît sur les marches : « Est-ce là, Siennois, ce que vous appelez la trêve de la Vierge ?… L’église n’est à personne qu’à Dieu ! – Chrétiens sans vertus et sans foi, déposez vos armes !… ou cette porte, que je vous ferme à tous vivants ! je ne l’ouvr[irai] même pas à vos cercueils ! » Ils s’inclinent sous la menace, Orso n’a dit qu’une parole, mais Cordelia l’a entendue, et elle suit dans l’église le groupe d’hommes d’où provient la voix qu’elle a reconnue.
Acte III
Premier tableau – un cloître. Alors que Cordelia reconnaît en Orso son bourreau, Uberta apprend par hasard le nom du barbare qui a tué son enfant, c’est aussi Orso ! Elles se disputent le privilège de le tuer. Cordelia l’emporte en lui répliquant : « Tu ne pleures qu’un mort, toi ; – et je me pleure,… moi, vivante ! ». Cordelia frappe Orso, il roule à terre la gorge traversé du coup de poignard. Au milieu de la bataille qui recommence, ses hommes l’emportent, respirant encore, à l’abri du portail de l’église. Lorsque Cordelia et Uberta reviennent sur leurs pas pour s’assurer de leur vengeance, elles ne trouvent plus le corps et se demandent s’il n’a été que blessé. Cordelia s’écrie alors : « Dieu vengeur ! fais qu’il soit mort !… je ne recommencerais pas ce que j’ai fait !… ».
Deuxième tableau – la place. Cordelia retrouve Orso agonisant et réclamant à boire. Devant sa souffrance, elle éprouve de la pitié, et lui verse de l’eau fraîche sur ses lèvres enfiévrées.
Acte IV
Premier tableau – une salle du palais Saracini. Cordelia a caché Orso dans le palais incendié. Giugurta, vaincu, doit fuir la ville. Il veut quitter le palais par les jardins, mais, pour cela, il faudrait qu’il traverse la chambre où se trouve Orso convalescent. Cordelia l’en détourne avec tant d’insistance qu’Uberta conçoit des soupçons. Une explication violente achève de faire découvrir la vérité à Uberta. Mais Cordelia lui demande le pardon au nom d’Andreino qui réprouverait ce « sanglant sacrifice. ». Cordelia et Orso se retrouvent face à face. Deux images se succèdent dans la mémoire d’Orso : la femme qui l’a poignardé et la femme qui l’a sauvé. Ces deux femmes n’en font qu’une avec sa victime. Son repentir éclate et il souhaite lui rendre son honneur en l’épousant. Cordelia lui réplique qu’il est aussi coupable envers sa patrie dont la guerre est leur œuvre commune. Orso lui promet : « Tu ne me reverras que triomphant de la discorde et vainqueur de la haine !… » Alors qu’il quitte le palais, on apprend que Giugurta a été arrêté par les guelfes, maîtres de la ville.
Deuxième tableau – les ruines du bâtiment de la vieille Seigneurie. Les prisonniers gibelins arrêtés, parmi lesquels Giurgurta, vont être mis à mort. Orso reparaît et propose au peuple de libérer les prisonniers, pour marcher contre l’empereur qui assiège la ville et qui réclame cinquante mille florins pour lever le siège. Le peuple accepte. Alors qu’ils partent pour la bataille, Giugurta surprend un regard et quelques mots de Cordelia pour Orso, et il dit à Cordelia, menaçant : « Nous causerons tous deux, après la bataille !… ».
Acte V