vignette|Flux migratoire des Bretons au , bien qu'aucune source ne justifie d'un apport notable en Galice.
L’émigration bretonne vers l'Armorique désigne un processus ayant lieu principalement entre les de notre ère, par lequel des Bretons de la province romaine de Bretagne (territoires actuels de l'Angleterre et du Pays de Galles) migrent vers l’ouest de l'Armorique, qui sera par la suite nommée Bretagne. L’ampleur, les détails, les motifs et les moments exacts de cette migration sont mal connus, et donc, l'objet de discussions..
Deux vagues d’émigration
Bernard Merdrignac. distingue deux vagues d’émigration de la Grande-Bretagne vers l'Armorique : une première vague militaire, qui atteint son sommet à la fin du ; et une seconde vague, après le baptême de Clovis, qui semble avoir été menée par les hauts dignitaires ecclésiastiques de Grande-Bretagne à partir du .
Cette première vague précoce est remise en doute.
Première vague migratoire au vignette|gauche|Les fortifications (Alet, Saint-Brieuc, Le Yaudet, Brest, Vannes, Nantes) incluses dans le Tractus Armoricanus. Les deux rives de la Manche sont en contact depuis toujours grâce aux liens commerciaux entre l'île de Bretagne et le continent. La défense côtière (le Tractus Armoricanus est organisée au Bas-Empire romain, à la fin du ou au début du , pour coordonner la lutte contre les pirates scots, frisons et saxons. Selon cette administration militaire qui place sous un commandement unique tout le secteur côtier, la migration bretonne vers le continent a un caractère essentiellement militaire, correspondant peut-être à l'appel à des contingents bretons insulaires pour renforcer les troupes stationnées en Armorique (garnisons côtières s'opposant aux raids de pirates germaniques)..
L'immigration bretonne en Domnonée Armoricaine emprunte des routes maritimes qui atteignent principalement la côte nord de la péninsule armoricaine et se prolongent dans l'Argoat par des routes terrestres et fluviales..
Deuxième vague migratoire (à partir du ) vignette|La question de la prise en main de l'organisation civile et religieuse de l'Armorique par les immigrants venus d'outre-Manche, peut être étudiée à partir de l'hagiotoponymie bretonne qui constitue une originalité en faisant précéder le nom du patron du village (souvent un "saint" celtique) non pas de l'adjectif Saint, mais des éléments Plo-/Plou- (paroisse), Tre- (lieu habité) et Lan- (ermitage, oratoire)Joseph Loth, L'émigration bretonne en Armorique du Ve au VIIe siècle de notre ère, E. Baraise et cie, 1883 ; René Largillière, Les saints et l'organisation chrétienne primitive de l'Armorique bretonne, Plihon et Hommay, 1925.
vignette|Réplique de currach de l'abbé saint Brendan, construite par Tim Severin en 1976.
Après le retrait de l'Empire romain et de ses armées de Bretagne insulaire durant la première décennie du , le mouvement migratoire breton s'intensifie, notamment à cause de la poussée des Pictes de Calédonie (actuelle Écosse), des scots d'Irlande, ainsi que des Jutes, des Angles et des Saxons de l'actuel Danemark et de Germanie, qui ont abordé dès 442 l'île de Bretagne. Pour combler ce vide militaire, les civitates armoricaines concluent des traités avec leurs voisins d'outre-Manche pour faire venir des tribus bretonnes menées par leurs chefs traditionnels. Ces colons mi-paysans, mi-soldats, venus du Pays de Galles (le groupe de saints le plus important partant de cette région, souvent après avoir été formés dans des écoles monastiques telles que celle de Llannilltud Fawr), de la Cornouaille et de la Domnonée insulaire au sud de la Grande-Bretagne, vont contribuer à répandre des cultes et des influences extérieurs. La seconde vague d'émigration est non seulement organisée mais aussi encouragée par l'Église. Les migrants bretons sont en effet accompagnés et encadrés par de hauts dignitaires du clergé breton (les « saints bretons », notamment les sept saints fondateurs)..
Le clergé est issu . Certains indices confirment que ceux-ci appartiennent à l'aristocratie britto-romaine : les noms latins gentilices, comme Paulus Aurelianus, saint Paul Aurélien, ne sont pas rares.
Les nouveaux alliés politiques, les rois francs Clovis et Childebert , favorisent cette deuxième vague. À la suite d'un hypothétique traité conclu en 497, entre les Francs et les cités armoricaines, ces dernières semblent reconnaître la suprématie franque, sans toutefois payer de tribut. Les Britto-Romains récemment convertis au christianisme font une sorte d'alliance avec les Francs, pacifique jusqu'en 558.
Des récits racontent le débarquement dans ce que la tradition populaire nomme des « auges en pierre » (saint Malo, saint Brieuc, voir aussi auge de saint Conogan) : il s'agit en fait d'esquifs encore utilisés de nos jours en Irlande, les coracles et les currachs.
Discussions Les raisons du peuplement de l'Armorique par les Bretons sont mal connues mais s'inscrivent, selon Bernard MerdrignacBernard Merdrignac, D'une Bretagne à l’autre : Les migrations bretonnes entre histoire et légendes, Presses universitaires de Rennes, 2012, 294 p., dans la dynamique des grandes migrations de l'antiquité tardive, elles-mêmes favorisées par les changements climatiques de l'époque : voir l'histoire de la Bretagne.
Parmi ces hypothèses, les plus courantes évoquent la colonisation de la Grande-Bretagne par les Anglo-Saxons ainsi que la pression des Scots et des Pictes, qui aurait poussé les seigneurs bretons insulaires et leurs clans, puis des ecclésiastiques et leurs paroissiens, à se regrouper d'abord vers les confins de leur grande île (les Cornouailles, le Pays de Galles et l'Écosse), puis à prendre la mer pour se réfugier sur le continent, notamment dans l'Armorique, qui, de toute la Gaule romaine, était la région où la culture celtique, sinon la langue, s'était le mieux conservée.
D'autres hypothèses mettent en avant les liens ayant de tout temps existé entre les deux contrées et, plutôt que des vagues de migration dans l'Antiquité tardive et au début du Moyen Âge, elles évoquent un exode continu, durant de nombreux siècles, et certaines envisagent même que les Bretons actuels descendraient moins des immigrants venus de Grande-Bretagne que de clans celtes autochtones (issus des tribus armoricaines telles que les Osismes et les Vénètes) qui n'auraient été romanisés que linguistiquement.
Le médiéviste Ben Guy, dans un article de 2014, défend l'hypothèse selon laquelle l'émigration bretonne dans l'ouest de l'Armorique s'est étalée de la première moitié du Ve siècle à la fin du VIIe siècle, et que ce phénomène a concerné principalement les populations rurales de la cité des Durotriges, poussées à l'exil par l’effondrement de l'économie romaine et par l'avancée des Saxons de l'Ouest.
En 469, la participation du roi Riothamus à une campagne romaine initiée par l'empereur d'Orient Léon Ier, et les liens que Riothamus entretient avec les autorités romaines, ont pu entraîner une forme d'autorisation officielle à l'établissement de populations bretonnes sur le territoire impérial. Les années 470 sont aussi le point de départ d'un commerce maritime entre l'île de Bretagne et l'est de la Méditerranée qui aurait pu faciliter, grâce aux rapports diplomatiques de Riothamus avec les autorités romaines, la migration des Bretons depuis le sud-ouest de l'île de Bretagne vers la Bretagne continentale.
Quelle qu'en soit la cause, le mouvement d'immigration fut facilité par la proximité culturelle des bretons insulaires avec les peuples gaulois plus ou moins romanisés, même si des conflits pour le pouvoir et les terres ont éclaté avec les autochtones (peuple armoricain, de la Gaule chevelue / Gallia comata), ou encore avec les Francs investis du pouvoir impérial depuis Clovis. Ce mouvement fut suffisamment important pour que, dès le début du haut Moyen-Âge, cette partie de l'Armorique soit connue sous le nom de Britannia Minor.
Conséquences Politique
alt=En 567 (et pendant plusieurs décennies suivantes), le royaume des Francs n'intégrait qu'une partie de l'Armorique|vignette|En 567 (et pendant plusieurs décennies suivantes), le royaume des Francs n'intégrait qu'une partie de l'Armorique L’installation des Bretons en Armorique entraîna la création de nouvelles entités territoriales plus ou moins légendaires (Broërec, Cornouaille, Domnonée, Léon, Poher, Porhoët, etc.), se substituant aux trois anciennes civitates gallo-romaines (Vénètes, Osismes, Coriosolites). Les rapports de suzeraineté entre ces potentats et le Domaine gallo-romain de Syagrius puis le royaume des Francs sont mal connus, tout comme leur histoire. Il est possible qu'un proto-royaume breton ait émergé au cours du sous l'impulsion de Judicaël. Les territoires bretons seront réunis au , par Nominoë, au sein du Duché de Bretagne.
Religieuse
Au début de la migration au , l'implantation du christianisme venait tout juste de commencer au nord-ouest de la péninsule alors qu'à l'est et au sud-est, l'évangélisation avait débuté dès le , comme à Nantes.
Les moines bretons, marqués par le monachisme irlandais et la Règle de saint Colomban, vont alors donner un souffle nouveau à l'expansion de la religion chrétienne. Ces derniers commencent souvent par mener une vie érémitique en un lieu désert ou une île. Puis, au bout de plusieurs années de pénitence, de prière et de réflexion, certains décident d'encadrer des immigrants et les populations indigènes en créant des paroisses alors que d'autres fondent des monastères.
À cette époque, les diocèses n'existent pas encore dans cette partie de l'Armorique. Il semble qu'on confère des pouvoirs épiscopaux à certains abbés, reconnus pour leurs qualités personnelles. C'est ainsi que certains monastères deviennent plus tard des sièges d'évêchés : c'est le cas à Saint-Pol-de-Léon, à Tréguier, à Saint-Brieuc, à Saint-Malo et Dol-de-Bretagne.
Dès lors, la nouvelle organisation du territoire qui se met en place, due notamment à l'intervention de ce clergé, marque encore aujourd'hui la toponymie bretonne, notamment dans les noms commençant par les préfixes : Plou-, Plo-, Ploe-, Plé-, Pleu- ou Plu- qui désignent une « paroisse ». Gwik- qui désigne le bourg de la paroisse. Le nom du moine fondateur suit souvent ces préfixes : Ploumilliau, Guimiliau.
Démographique Même s'il est difficile de quantifier ces mouvements de population, certains historiens avancent que ces colons riches et armés (allant devenir les seigneurs locaux) auraient constitué soit une série d'infiltrations, soit plusieurs dizaines de milliers de personnes sur une population initiale de . Les sources britanniques, notamment Nora Kershaw Chadwick, avancent des nombres jusqu'à dix fois supérieurs. Ces réfugiés émigraient généralement par familles ou par clans entiers (« Tud » ou « Kenedl », chaque clan étant gouverné par un « Mac’htiern ») et débarquaient en Armorique sous la conduite de leurs clergé catholiques et aristocrates (souvent des mêmes castes). Ces riches familles demeuraient entre elles et tendaient à se regrouper selon leurs lieux d'origine, principalement dans des contrées restées inhabitées ou ayant été abandonnées, devenant les aristocrates du territoire qui sera appelé la "Bretagne mineure" (en mémoire de leur île d'origine).
Ainsi, le nord de la péninsule (notamment le Trégor) a été massivement peuplé par des gens originaires de Domnonée (actuels Devon et Somerset) au point de lui transmettre son nom. Il en va de même de la Cornouaille, massivement peuplée par les Bretons des Cornouailles britanniques tandis que les immigrants originaires de l'actuel Pays de Galles, ont plutôt peuplé le Pays de Léon et le Vannetais, l'influence des Vannetais, autant sur le plan linguistique que politique, s'étendant jusqu'au Pays nantais.
Linguistique