Stella, femme libre, parfois simplement StellaLors de sa première sortie en France en 1958, le titre était Stella, femme libre. Cependant, lors d'une nouvelle exploitation en 1995, le titre était Stella, tout comme dans les ouvrages consacrés au cinéma grec en français. (), est un film grec réalisé par Michel Cacoyannis et adapté d'une pièce de théâtre de Iákovos Kambanéllis, sorti en 1955 et présenté au Festival de Cannes 1955. Premier film de Melina Mercouri, il posa les bases de sa gloire cinématographique. Elle fut même ensuite souvent comparée à son personnage. Stella, femme libre annonce les évolutions du «Nouveau Cinéma grec » des années 1970-1980. Il reçut un très bon accueil de la part du public grec, mais fut détesté par la critique.
Stella est chanteuse de rebetiko dans un cabaret de Pláka, à Athènes, et tous les hommes tombent amoureux d'elle. Elle choisit ses amants et refuse le mariage. Elle préfère finalement mourir plutôt que de perdre sa liberté.
Ce mélodrame est un hommage à la tragédie grecque antique et à la culture populaire traditionnelle. Le film aborde les contradictions qui déchirent la Grèce au début des années 1950 : le désir de changement et de modernisation face à la peur de l'instabilité et de perte de l'identité nationale. Stella incarne ces contradictions : elle cherche, sans succès, à moderniser son numéro ; elle triomphe sur scène avec des chansons grecques ; elle refuse la domination patriarcale traditionnelle. Cacoyannis a demandé à Manos Hadjidakis une bande son qui exprime ces tiraillements entre culture traditionnelle (bouzouki de Vassílis Tsitsánis) et modernité (jazz). Cependant, comme dans la tragédie antique, Stella est condamnée par le destin mais aussi par une société patriarcale dans laquelle elle ne peut trouver sa place.
Synopsis En 1953, Stella (Melina Mercouri) est une célèbre chanteuse du cabaret (Paradis), un club de « bouzouki » ou de rebetiko situé à Pláka, à Athènes. Très belle, tous les hommes sont amoureux d'elle, mais elle défend sa liberté de vivre et d'aimer qui elle veut quand elle veut. L'homme qu'elle fréquente au début du film est Alékos (Alékos Alexandrákis), un jeune homme de bonne famille oisif. Il lui offre le piano dont elle rêvait pour son tour de chant ; alors qu'elle se rend à un mariage pour embaucher celui qu'elle considère comme le meilleur des pianistes, elle croise Míltos (Giórgos Foúndas). Né dans les quartiers populaires du Pirée, c'est une star du football à l'Olympiakos. Il est athlétique quand Alékos était efféminé. Il parle fort et de façon vulgaire quand Alékos était posé et poli. Stella est intriguée mais n'est pas dupe. Elle part sans avoir cédé. Le lendemain matin, se méprenant sur l'enthousiasme de Stella, Alékos la demande en mariage mais elle rompt immédiatement.
Míltos a suivi Stella et arrive, soûl, au Paradis. Il exige que Stella le rejoigne, sinon il défonce la devanture avec sa voiture. Stella protège la porte de son corps, bras écartés tandis que Míltos fonce. Il freine au dernier moment. Elle accepte de faire un tour de voiture avec lui. Quand il lui fait des avances sexuelles, elle part et retourne au Paradis. Il y débarque plus tard dans la nuit, avec un bâton de dynamite qu'il allume. Tout le monde fuit mais Stella le met au défi de vraiment tout faire sauter. À la dernière seconde, il éteint la mèche et reconnaît alors Stella comme son égale. Il dit qu'il aime les femmes qu'il fréquente pour ce qu'elles sont et n'exige pas qu'elles changent. La relation qui se développe ensuite est comparativement calme.
Alékos est tombé malade. Sa famille, qui déteste le bouzouki et Stella, considérée comme un intrigante, envoie cependant la sœur de celui-ci convaincre Stella de revenir sur sa décision. La famille est prête à accepter le mariage si Stella renonce à sa carrière de chanteuse. Elle répond qu'ils n'ont rien compris, que si elle avait voulu épouser Alékos, elle n'aurait pas eu besoin de leur consentement. Elle ne veut juste pas se marier. Alékos espionne Stella depuis la rue en bas de son appartement. Il observe les volets fermés, sachant que Míltos est dans l'appartement. Il traverse la rue devant une voiture, volontairement ou non, est renversé et meurt. Aux funérailles, Stella est chassée par la famille qui la rend responsable des événements. Elle rétorque que c'est leur morale rigide poussant Alékos à la demander en mariage qui est la cause de la mort de leur fils.
Míltos propose alors le mariage à Stella. Elle est surprise et ne peut refuser, mais la perspective l'attriste à la grande incompréhension des membres de l'orchestre, de la patronne du cabaret, Maria, et de l'autre chanteuse, Annetta. Stella ne croit pas que l'amour résiste au mariage. Un jour, elle reçoit la visite de sa future belle-mère. Les deux femmes s'entendent à merveille mais la future belle-mère insiste sur le fait que Stella devra quitter le cabaret pour s'installer dans le pavillon de banlieue que Míltos a acheté et lui faire vite plein d'enfants. Après son départ, Stella remarque que tous les hommes veulent la changer, comme si elle n'était qu'un disque.
Le jour du mariage, le , fête nationale, « jour du Non », Stella ne vient pas au mariage. Elle erre dans les rues d'Athènes en regardant les défilés. Elle croise Andonis (Costas Kakava), un autre de ses admirateurs, qui n'a pas vingt ans. Ensemble, ils font la tournée des boîtes de jazz toute la nuit. Andonis, lui aussi, au matin, commence à parler de mariage. Elle le quitte. Míltos a passé la nuit à danser seul au Paradis, répétant que tout va bien. Stella rentre chez elle. Elle aperçoit la silhouette de Míltos et surtout son couteau. Elle s'avance malgré tout vers lui. Il lui crie que si elle accepte le mariage, il jette son couteau et oublie tout. Elle continue à avancer sans rien dire. Míltos la poignarde dans un dernier baiser.
Fiche technique Titre : Stella, femme libre Titre original : Réalisation : Michel Cacoyannis Scénario : Michel Cacoyannis et Iákovos Kambanéllis d'après la pièce de celui-ci (Stella aux gants rouges) Directeur de la photographie : Kostas Theodoris Montage : Yorgos Tsaoulis Direction artistique : Yannis Tsarouchis et Costumes : Denis Vachloitis et Theoni V. Aldredge Maquillage : Nikos Varveris Son : Giorgos Niagasas Musique : composée par Manos Hadjidakis, jouée par Vassílis Tsitsánis et paroles des chansons par Michel Cacoyannis Société de production : Milas film Producteur (et assistant réalisateur) : Anis Nochra Producteur exécutif : Vassilis Lampiri Pays de production : Genre : mélodrame et drame psychologique et socialTassos Goudelis, « Drame antique et cinéma grec » et Niki Karakitsou-Gougé, « Le mélodrame grec : "une esthétique de l'étonnement". » in M. Demopoulos (dir.), Le Cinéma grec, p. 85 et 107-108. Format : noir et blanc, mono Durée : 90 minutes Dates de sortie : France : avril- (festival de Cannes) France : (sortie nationale) Grèce : USA :
Distribution Melina Mercouri (V.F. : Jacqueline FerrièreInterview de Jacqueline Ferrière sur Objectif Cinéma) : Stella Giórgos Foúndas : Míltos Alekos Alexandrakis : Alékos : mère de Míltos Voula Zouboulaki : Annetta : Mitsos Sofía Vémbo : María, propriétaire du Paradis Costas Kakavas : Antonis Tassó Kavadía : sœur d'Alékos Nitsa Papa K. Pateraki G. Pomonis Kostas Karalis Michel Cacoyannis : invité au mariage
Production Cacoyannis travailla avec des artistes grecs renommés pour ce film. Le scénario est une adaptation d'une pièce d'un des auteurs (théâtre, cinéma, poésie) les plus marquants de l'après-guerre Iákovos Kambanéllis. Les décors ont été réalisés par le peintre Yannis Tsarouchis, qui avait déjà fait des décors de théâtre. La musique est due à différentes stars, compositeurs et ou interprètes : Mános Hadjidákis, Vassílis Tsitsánis et Sofia Vembo, une des gloires du cinéma et de la chanson d'avant-guerre et une des figures de la résistance culturelle pendant l'occupation nazieLivret de présentation pour le Festival de Cannes. En lien sur .
Distinctions Sélection officielle en compétition au festival de Cannes 1955 Golden Globe du meilleur film étranger 1956 Prix rétrospectif du meilleur film pour la période 1950-1955 à la Semaine du cinéma grec 1960 (Thessalonique)
Analyse Stella, femme libre, deuxième film de Michel Cacoyannis est parfois considéré comme son meilleur film. Tiré d'une pièce de théâtre écrite par Iákovos Kambanéllis, il offre son premier rôle au cinéma à Melina Mercouri. Les historiensYannis Soldatos, (Histoire du cinéma grec), t. 1 à 6, Athènes, Aigokeros, 2000 - 2004. du cinéma considèrent aussi qu'il préfigure le « Nouveau Cinéma grec » des années 1970-1980. Stella est une héroïne tragique condamnée autant par ses contemporains, dont elle refuse les codes, que par le destin lui-même. Elle est aussi l'instrument de sa propre fin. Elle se coupe de ce qu'elle est vraiment, une Grecque, en tentant d'adopter des codes qui ne sont pas les siens, ceux de la culture américaine importée. L'idée n'est cependant pas de s'arc-bouter de façon conservatrice sur la culture grecque, mais de faire évoluer l'identité grecque en intégrant les apports nouveaux, tout comme les rebetikos, venus d'Asie mineure et de Smyrne ont été intégrés dans l'identité grecque depuis les années 1920. Ainsi, le film adresse les contradictions qui déchirent la Grèce après la fin de la guerre civile : le désir de changement et de modernisation face à la peur de l'instabilité et de perte de l'identité nationale.
Le Paradis menacé par le patriarcat Le cabaret ou barL'appellation n'est pas fixée dans le film. Le Paradis est désigné en tant que « taverne », « bar à bouzouki », « taverne à bouzouki ». un peu louche est un lieu récurrent des films des années 1950. Dans L'Ogre d'Athènes, un des lieux que fréquente la pègre est un bar, lui aussi appelé le Paradis. Il est un lieu hors de la société et de ses conventions, où toutes les classes peuvent se fréquenter (le bourgeois Alékos et le joueur de football Míltos). Les gens qui l'occupent et l'habitent sont eux aussi à part : Stella a son appartement juste au-dessus du cabaret.
Cependant, si le bar est hors du champ des conventions sociales, au point qu'il fait peur à la famille bourgeoise d'Alékos, il est aussi un lieu où se recrée une autre forme de société, voire une famille. Maria, la patronne, incarne la mère ; Mitsos, le chef d'orchestre, le père ; Annetta et Stella sont les deux filles, toujours en concurrence comme deux sœurs. Lorsque Stella se prépare pour son mariage, Maria et Annetta font office de famille pour l'aider. Le jour du mariage, le cabaret est fermé « pour cause d'événement familial ». Finalement, le monde antisocial du cabaret rentre, à sa façon, dans ses propres conventions sociales, au point qu'Annetta rêve de s'enfuir pour vivre une vie « normale ». Pour elle, le cabaret n'est pas le Paradis, mais l'enfer, tandis que, pour Stella, l'enfer c'est la maison dans la banlieue résidentielle.
thumb|Athènes dans les années 1950.
Le Paradis est constamment menacé par le monde extérieur, principalement par Míltos. Les assauts de celui-ci contre le cabaret sont mis en parallèle avec ses assauts sexuels contre Stella. Cependant, si Míltos menace de pénétrer violemment dans le bar avec sa voiture ou de tout faire exploser avec son bâton de dynamite, à sa façon, en y introduisant un piano, symbole bourgeois, Alékos pénètre aussi le Paradis. Il y a là deux styles différents pour, finalement, le même but de pénétration de la domination masculine dans le monde idéal de Stella.