thumb|upright=1.3|Stavkirke d'Urnes inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO thumb|upright=1.3|Stavkirke de Borgund
Une stavkirke ou stavkyrkje (en norvégien bokmål et nynorsk ; au pluriel, on emploie généralement en français une forme régulière en stavkirkes, parfois le pluriel norvégien stavkirker) est une église médiévale en bois typique de la Norvège, bien que des fouilles laissent penser que d'autres églises de ce type aient pu exister ailleurs en Europe du Nord. On a répertorié environ églises médiévales, dont 28 ont été sauvegardées en Norvège, et une en Pologne après son transfert dans ce pays en 1844. On les appelle en français les « églises en bois debout » car des mâts ou poteaux sont utilisés pour soutenir le toit et l'élévation de la nef, mais aussi élever les murs.
La stavkirke constitue un des types les plus élaborés et les plus techniquement avancés de construction en bois qu'ait connu le Nord-Ouest de l'Europe au Moyen Âge. Cette technique de construction est représentée par la stavkirke d'Urnes inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, celle de Borgund, la mieux conservée dans sa forme médiévale, ainsi que par 26 autres, de la plus grande à Heddal à la plus petite à Undredal, dans le site exceptionnel du Sognefjord en Norvège, et quelques autres en Europe du Nord-OuestGunnar Bugge, Les Églises en bois de Norvège, Desclée de Brouwer, Paris, 1993 ..
Le contexte historique La christianisation thumb|left|upright=0.7|Pierre du avec une crucifixion Le fils du premier roi Harald de Norvège (vers 850-933) , le roi Håkon (920-961), tente une première fois d'introduire le christianisme, puis vers l'an mil, Olaf Tryggvason amène avec lui des missionnaires anglais, mais il est tué. Un autre Olaf de la même famille, le futur roi Olaf II de Norvège, revenant d'expéditions vikings dans l'ouest de l'Europe, est sans doute baptisé à Rouen en 1013.. Il essaie vers 1015 de consolider un pouvoir royal suprême dans le pays et reprend les efforts de ses prédécesseurs pour imposer le christianisme. Le 1030, le roi Olaf est tué et ses restes déposés dans une châsse à Trondheim. Des miracles se produisent, sa sainteté est reconnue et marque un moment décisif pour la chrétienté en Norvège. Au , le roi Olaf III de Norvège renforce le pouvoir central et la position de l'Église qui devient plus influente que le culte païen. Au cours du deuxième tiers du , les Vikings et des chefs baptisés à l'étranger soutiennent plus ou moins la mission d'évangélisation qui passe de la haute société vers le peuple et du sud de la Norvège vers l'intérieur du pays. Pendant les , l'importance croissante du christianisme est éloquente par l'accroissement de la construction d'églises avec la pénétration de l'iconographie chrétienne traditionnelle et des tendances stylistiques de l'Europe occidentale.
La Norvège passe d'une religion pré-chrétienne qui va des croyances aux esprits de la nature, du culte des ancêtres et de la fécondité jusqu'à une mythologie polythéiste compliquée entièrement liée à l'organisation sociale, politique et militaire de la communauté aux nouvelles lois chrétiennes. Aux , ces lois interdisent les fêtes sacrificielles attachées aux réunions de la communauté qui sont des assemblées sacrées. Des noms de lieux indiquent l'emplacement de lieux de culte, souvent des prairies, mais l'existence de bâtiments spéciaux pour les temples est fortement mise en doute. Les paroisses représentent à peu près les communautés formées par des fermes isolées, car il n'y a pas de villages, le commerce étant à l'origine des premières villes qui sont des carrefours pour le transit entre l'Europe de l'Est et l'Europe de l'Ouest.
L'Église semble avoir encouragé le mouvement d'édification de petites églises pour quadriller rapidement la région dans un élan missionnaire. En Europe, les églises sont le plus souvent en pierre, mais la Norvège utilise son expérience de la construction en bois des habitations et de la construction navale. Les difficultés de communication obligent à trouver les matériaux sur place et construire avec de petits éléments de bois de feuillus, car il n'y a pas d'arbres de grande taille dans les forêts. On trouve la trace de trous de poteaux d'églises de poste qui évoluent en églises en bois debout reposant sur un seuil de grosses pierres afin de s'affranchir des problèmes d'humidité du sol. L'une des plus anciennes encore existantes est la stavkirke d'Urnes construite vers 1140 à l'emplacement de deux stavkirke antérieures.
La diffusion des églises en bois debout thumb|Carte des stavkirker en Norvège La plupart des églises en bois debout sont construites entre 1150 et 1350, mais beaucoup disparaissent vers 1700. Une carte de 1800 montre que 322 sont dans des zones peu peuplées, dans les vallées de montagnes, les villages forestiers, dans les villages de pêcheurs sur les îles et les petits fjords. Les églises en pierre sont dans les villes, les basses terres de l'Est et du Nord, le long de la côte et dans les grandes paroisses des fjords de la Norvège occidentale.
Il reste en Norvège 28 églises en bois debout, dont deux déplacées à Bergen et Oslo et une autre dans une île (Grip) aujourd'hui inhabitée. En dehors de la Norvège, la stavkirke de Hedared est toujours debout en Suède et, si on élargit le concept, on trouve des exemples dans l'Europe du Nord-Ouest et on peut y inclure l'église de Greenplace dans le Sussex en Angleterre et quelques restes dans l'église d'Hemse en Suède.
Des vestiges d'églises de poste marquées par des trous de poteaux sont découverts sous les stavkirkes d'Urnes, Lom et Hǿre et d'autres plus anciennes sont connues par des textes et des fouilles archéologiques, mais les sources sont rares et difficiles à interpréter www.stavechurch.org.
Architecture Les influences Les origines des stavkirkes sont largement controversées. Elles sont un mélange compliqué de différentes traditions européenne et du Moyen-Orient, ainsi que des anciennes pratiques locales de la Norvège.
L'art scandinave de l'époque romane correspond à l'âge de conversion au christianisme : il est l'art de la conquête pacifique de terres païennes par l'Évangile. Il subit l'influence de l'art viking qui culmine avec la barque et les objets d'Oseberg. Le dragon ancestral vient couronner les pinacles des églises. Le thème de Gunnar dans la fosse aux serpents remplace celui de Daniel dans la fosse aux lions. Pour les chrétiens, Daniel adorateur du seul Dieu vivant et vainqueur du mal est une préfiguration du Christ et Gunnar dans la fosse aux serpents peut constituer un symbole plus spécifique du Christ souffrantAnker, Peter & Aron Andersson, 1968 – 1969, L'art scandinave (tome 1), La nuit des temps 28 - 29. [Sainte-Marie de la Pierre-qui-Vire]: Zodiaque.
Lorentz Dietrichson soutient que l'église en bois debout est la traduction ingénieuse de la basilique romane en pierre, l'église à nef avec des influences paléochrétiennes et romanes anglo-saxonnes , surtout normandes romanes et irlandaises avec des toits représentant les traditions locales. En 1854, N. Nicolayen dans son ouvrage sur l'art médiéval en Norvège y trouve des influences de l'architecture byzantine. Peter Anker pense que l'influence de l'architecture étrangère en pierre se retrouve plutôt dans les détails décoratifsAnker, Leif Middelalder i tre, Stavkirker, ARFO forlag 2005, (Kirker i Norge; volume 4). Pour Anders Bugge, les églises en bois ont suivi le développement des églises en pierre..
Le contexte technique thumb|Assemblage par kne thumb|Église de Greensted Le plus souvent en Europe, c'est l'architecture de pierre qui prévaut dans les constructions religieuses. La Norvège fait exception, les communications sont difficiles, les lieux de culte nombreux, dispersés et de petite taille. Elle bénéficie de l'expérience des charpentiers et des sculpteurs dans l'édification des habitations et la construction navale.
La technique du bois debout s'est développée dans les pays riverains de la mer du Nord. Elle se retrouve en Norvège, dans les îles britanniques, la Normandie, la Hollande, le Danemark et le long de la mer Baltique jusqu'à Stockholm. Le caractère dominant de ces régions est l'absence d'arbres droits de grande taille, les forêts étant essentiellement composées de feuillus, un climat assez doux mais venteux qui fait que l'on s'abrite plus de la pluie et des orages que du froid.
Le défi pour les constructeurs de stavkirkes est de réaliser des bâtiments élevés capables de résister aux tempêtes. Ils utilisent un élément essentiel de la construction navale, le kne ou coude, ou bois courbe, ou bois torsGruss, Robert, 1978. OQLF. Bois tors, bois de construction (bois d’œuvre ou bois de marine) issu d'un arbre qui n'est pas droit ou qui n'est pas droit de fil, qui reprend les efforts horizontaux et verticaux dans les assemblages de charpente.
La construction en bois debout connaît trois étapes d'évolution. La première est une palissade composée de poteaux juxtaposés et plantés en terre dont il reste un exemple : une partie de l'église de Greensted en Angleterre datée vers 1053. Dans la deuxième, les poteaux d'angles sont plantés en terre, mais reliés par une poutre sablière qui isole du sol les poteaux ou planches épaisses de remplissage de la paroi. Enfin, la structure entière est au-dessus du sol sur un socle de pierre, les poteaux d'angles sont reliés par des poutres hautes et bases formant un cadre garni de planches juxtaposées. Les efforts horizontaux ne sont plus repris par l'ancrage des poteaux.
À partir de ces techniques, on peut regrouper les églises en bois debout sous deux types A et B qui ont une origine commune à l'Europe occidentale, mais la dernière phase avec la construction de bois posée sur un socle de pierre semble abandonnée partout sauf en Norvège.
Le type A regroupe les églises de petite taille et de faible hauteur, y compris celles avec un seul mât central. Dans le type B, les églises sont plus grandes. La nef est soutenue par quatre à vingt mâts et on introduit un système de stabilisation indispensable à la survie du bâtiment. Ce type B est composé de deux ensembles distincts. Celui dit de Kaupanger où tous les mâts sont intacts et donnent l'illusion d'une colonnade de cathédrale. Le deuxième dit de Borgund voit au moins deux mâts coupés à mi-hauteur et la structure supérieure repose sur le "tang" ou arc en bois. Les églises de Torpo et Heddal, avec les caractéristiques des deux ensembles, sont des exemples de transition.
Les stavkirkes de type A thumb|upright=0.7|Stavkirke de Haltdalen.
La petite stavkirke de Haltdalen peut être considérée comme le prototype des églises en bois debout du type A. Elle reprend le plan des églises en pierre avec une nef de de longueur x de largeur et un chœur un peu moins grand de de longueur x de largeur. Les murs de la nef et du chœur sont de la même hauteur. Le squelette des murs extérieurs est fait d'une semelle trapézoïdale et de poteaux d'angles de section circulaire dont les bases sphériques maintiennent solidement en place l'intersection des semelles. Les poutres sablières sont de formes compliquées pour supporter les chevrons qui sont reliés par des arches formées de corbeaux 1/4 de rond contribuant à la stabilité du bâtiment.
La construction combine la résilience et la résistance en protégeant les parties exposées à l'humidité et à la pourriture.
Certaines églises de ce type sont transformées en églises longues en élargissant le chœur de la même largeur que la nef. Quand les nefs sont longues, les parois sont recoupées par des poteaux intermédiaires. On trouve des églises à mât central pouvant soutenir la toiture et un clocher comme à Nore et Udval.
Églises existantes de type A : Grip, Haltdalen, Undredal, Hedalen, Reinli, Eidsborg, Rollag, Uvdal, Nore, Høyjord, Røldal, Garmo, Kvernes et Rødven.
Les stavkirkes de type B avec le centre surélevé thumb|upright=0.7|Maquette de la structure