Frédéric Louis Sauser, dit Blaise Cendrars Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API cf Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, Peeters, Louvain-la-Neuve, 1994, ., né le à La Chaux-de-Fonds, canton de Neuchâtel en Suisse et mort le à Paris, est un écrivain suisseSon origine suisse fut révélée pour la première fois par Jean Buhler dans son livre Blaise Cendrars : Homme libre, poète au cœur du monde. Bienne, Éd. du Panorama et Paris, Éditions Louis Soulages « Le livre ouvert », 1960. et français. À ses débuts, il utilise brièvement les pseudonymes Freddy Sausey, Jack Lee et Diogène.
Dès l'âge de , il quitte la Suisse pour un long voyage en Russie puis, en 1911, il se rend à New York où il écrit son premier poème Les Pâques (qui deviendra Les Pâques à New York en 1919). Il le publie à Paris en 1912 sous le pseudonyme de Blaise Cendrars, qui fait allusion aux braises et aux cendres permettant la renaissance cyclique du phénix.
En 1913, il fait paraître son poème le plus célèbre, La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France. Dès le début de la guerre de 1914-1918, il s'engage comme volontaire étranger dans l'armée française avant d'être versé dans la Légion étrangère. Gravement blessé le , Cendrars est amputé du bras droit et en conséquence réformé. Il écrit sur cette expérience son premier récit en prose : il s'agit d’une première version de La Main coupée.
Le , il est naturalisé français, à la suite de son engagement à la guerre. Il travaille dans l'édition et délaisse un temps la littérature pour le cinéma, mais sans succès. Lassé des milieux littéraires parisiens, il voyage au Brésil à partir de 1924.
En 1925, il s'oriente vers le roman avec L'Or, où il retrace le dramatique destin de Johann August Sutter, millionnaire d'origine suisse ruiné par la découverte de l'or sur ses terres en Californie. Ce succès mondial va faire de lui, durant les années 1920, un romancier de l'aventure, que confirme Moravagine en 1926. Dans les années 1930, il devient grand reporter.
Correspondant de guerre dans l'armée anglaise en 1939, il quitte Paris après la débâcle et s'installe à Aix-en-Provence. Après trois ans de silence, il commence en 1943 à écrire ses Mémoires : L'Homme foudroyé (1945), La Main coupée (1946), Bourlinguer (1948) et Le Lotissement du ciel (1949). De retour à Paris en 1950, il collabore fréquemment à la Radiodiffusion française. Victime d'une congestion cérébrale le , il meurt des suites d'une seconde attaque le .
L'œuvre de Blaise Cendrars, poésie, romans, reportages et mémoires, est placée sous le signe du voyage, de l'aventure, de la découverte et de l'exaltation du monde moderne où l'imaginaire se mêle au réel de façon inextricable. Le fonds d'archives de Blaise Cendrars a été créé en 1975 par Miriam Gilou-Cendrars (1919-2018), sa fille, et se trouve aux Archives littéraires suisses à Berne..
Biographie Les années d'apprentissage thumb|upright|Blaise Cendrars en 1907. Frédéric-Louis Sauser naît le à La Chaux-de-Fonds (canton de Neuchâtel), dans une famille bourgeoise d'origine bernoise francophone. Frédéric, appelé Freddy, grandit au sein d'une famille désunie dans un climat d'insécurité. Les voyages de son père, un homme d'affaires un peu niais et instable, font mener à la famille une vie itinérante, notamment à Naples. Sa mère, elle, est neurasthénique et néglige ses enfants. Le jeune Freddy souffre de la mésentente de ses parents et de l'instabilité familialeRoch Carrier, « Blaise Cendrars : un début dans la vie », Études françaises, vol. 2, , 1966, (lire en ligne).. Envoyé en pension en Allemagne, il fugue. Ses parents l'inscrivent à l'École de commerce de Neuchâtel, pour des études qui ne lui plaisent pas.
En 1904, dans sa dix-huitième année, au vu de ses mauvais résultats scolaires, il est envoyé en apprentissage à Moscou et surtout à Saint-Pétersbourg, alors en pleine effervescence révolutionnaire. Jusqu'en 1907, il y travaille chez un horloger suisse. À la Bibliothèque impériale, dont il devient l'habitué, un bibliothécaire, R. R., l'encourage à écrire. Freddy commence à noter ses lectures, ses pensées, il aurait alors écrit La Légende de Novgorode, de l'or gris et du silence. Pour lui faire une surprise, R. R. l'aurait traduit en russe et fait imprimer à en blanc sur papier noir. Du vivant de Cendrars, personne n'a jamais vu ce livre qu'il a pourtant fait figurer en tête de toutes ses bibliographies à partir de Séquences (1913). Beaucoup doutaient de son existence, lorsqu'un poète bulgare en découvre un exemplaire, en 1995, chez un bouquiniste de Sofia. Depuis lors, l'authenticité de cette plaquette fait l'objet de controverses, ce qui enrichit la mythologie du poète de nouveaux épisodes. Vers la fin de son séjour, il se liera à une jeune femme russe, Hélène Kleinmann, à laquelle il donne des cours de français.
En 1907, Frédéric-Louis Sauser revient en Suisse. Quelques mois après son retour, Hélène meurt brûlée vive dans un incendie.. Sur cet accident a toujours plané le fantasme du suicide.
Étudiant en médecine à l'université de Berne, il rencontre Adolf Wölfli, interné à l'asile de la Waldau. Ce schizophrène violent, dessinateur de génie, pourrait être un des modèles de Moravagine, le « grand fauve humain » qui va obséder Cendrars comme un double pendant de longues années. Quant aux études universitaires, elles apportent peu de réponses aux questions qui le hantent sur l'homme, son psychisme, son comportement. Sous l'influence du Latin mystique de Remy de Gourmont, il écrit ses premiers poèmes : Séquences.
Après un court séjour à Paris, il retourne en 1911, pour quelques mois, à Saint-Pétersbourg. Il y écrit son premier roman, Moganni Nameh qui ne paraîtra, en feuilleton, qu'en 1922 dans la revue Les Feuilles libres. Il se plonge dans Schopenhauer ; une formule de ce philosophe illumine son rapport à la réalité : « le monde est ma représentation ». Désormais, la vie et la poésie seront pour lui des vases communicants.
Entrée de la modernité vignette|gauche|Blaise Cendrars en 1912 par Richard HallLes Pâques à New-York sont dédiées à Agnès, la fille du peintre, qui épousera le frère de Cendrars.. thumb|upright|Portrait de Blaise Cendrars par Modigliani (1917). Fin 1911, Freddy s'embarque pour New York afin de rejoindre Fela Poznańska, étudiante juive russo-polonaise rencontrée à Berne. Il l'épousera par la suite et elle sera la mère de ses enfants Odilon et Rémy. Aviateur durant la Seconde Guerre mondiale, Rémy se tuera dans un accident d'avion le 26 novembre 1945. Cendrars évoque la mort de ce fils au début de La Main coupée., et de Miriam. Ce séjour aux États-Unis lui montre la voie, nouvelle et soumise aux lois de la mécanique, de la vitesse, de la modernité, dans lequel le monde s'engage. Au sortir d'une nuit d'errance, il rédige son premier long poème, Les Pâques à New York, texte fondateur de la poésie moderne. Pour le signer il s'invente le pseudonyme de Blaise Cendrart, qui sera ensuite Cendrars.
Pour Cendrars, l'acte de création artistique a lieu lorsque le poète est telle une braise, qui se consume au cours de la création, puis s'éteint pour se transformer en cendres. C'est pourquoi il choisit le pseudonyme de Blaise comme braise, et Cendrars comme cendre.Un jeune homme insaisissable.. right|upright|thumb|Couverture de la revue Les Hommes nouveaux, 1912. Il revient à Paris pendant l'été 1912, convaincu de sa vocation de poète. Avec sa femme, il demeure au 4 de la rue de Savoie. Avec Emil Szittya, écrivain anarchiste, il fonde Les Hommes nouveaux, revue et maison d'édition où il publie Les Pâques, puis Séquences, recueil de poèmes plus anciens d'inspiration décadente, marqués par l'influence de Remy de Gourmont qu'il admire comme un maître. Séquences appartient davantage à Freddy Sauser qu'à Cendrars, même s'il le signe de son pseudonyme.
Il se lie d'amitié avec des personnalités de l'avant garde artistique et littéraire : Apollinaire et les artistes de l'école de Paris, Chagall, Léger, Survage, Modigliani, Csaky, Archipenko, Delaunay, Kisling. En 1913 il publie La Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, avec des compositions en couleur de Sonia Delaunay-Terk. Dans ce premier livre simultané, le texte et l'image sont étroitement imbriqués pour créer une émotion artistique nouvelle, qui sera à l'origine d'une vive polémique. Ce poème-tableau de deux mètres de hauteur, présenté sous forme de dépliant, est reconnu aujourd'hui comme une contribution majeure à l'histoire du livre d'artiste.
L'amitié liant Cendrars à certains artistes de l'École de Paris le conduit à la création de poèmes abstraits révolutionnaires, qui constituent aussi, pour certains, des hommages directs à des peintres comme Chagall et Léger : il s'agit des Dix-neuf poèmes élastiques publiés en 1919.
Dès le début de la Première Guerre mondiale, Cendrars lance, avec l'écrivain italien Ricciotto Canudo, un Appel aux artistes étrangers qui vivent en France, et s'engage à la Légion étrangère pour la durée de la guerre dans le régiment de marche du camp retranché de Paris. Il est affecté à la du de marche du . Parmi ses compagnons d'armes de la Légion, figure notamment Eugene Jacques Bullard, l'un des trois premiers pilotes de chasse noirs de l'Histoire avec l' ottoman Ahmet Ali Çelikten et l' italien Domenico Mondelli, né Wolde Selassie.
Après son baptême du feu sur la Somme en , il est promu légionnaire de après six mois d'engagement puis caporal pour son courage au feu le . Son régiment est dissous en et il est alors affecté au de marche du .
Le , meurt Remy de Gourmont, son « maître en écriture »; le lendemain, durant la grande offensive de Champagne, il est gravement blessé au bras droit par une rafale de mitrailleuse et amputé au-dessus du coude (Cendrars est droitier). Il est alors cité à l'ordre de l'armée, décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre avec deux palmes, avant d'être réforméArchives de la Société des amis du musée de la Légion étrangère..
Le poète de la main gauche thumb|gauche|upright|Dossier de naturalisation de Fréderic Louis Sauser, dit Blaise Cendrars, en application de la loi sur la naturalisation des étrangers, votée le 4 août 1914 (Archives nationales de France). Après une « année terrible » où il n'écrit plus, le poète manchot apprend à écrire de la main gauche. Le , il est naturalisé français. Vers la fin de l'année il rencontre , grande mécène chilienne qui recevra, jusqu'à la « drôle de guerre », Cendrars, « son poète » dans sa villa de Biarritz, de même que Picasso, Rubinstein ou Stravinsky. Fin 1916, il publie La Guerre au Luxembourg. Au cours de l'été 1917, qu'il passe à Méréville (Seine-et-Oise, aujourd'hui Essonne), il découvre son identité nouvelle d'homme et de poète de la main gauche, en rédigeant, au cours de sa « plus belle nuit d'écriture », le , La Fin du monde filmée par l'Ange N.-D. Commence alors une période d'activité créatrice intense placée sous le signe tutélaire de la constellation d'Orion, dans laquelle la main droite du poète s'est exilée. De ce renouveau créateur naissent aussi des œuvres comme L'eubage ou encore Profond aujourd'hui. Avec Profond aujourd'hui (1917), le poète de la main gauche publie son manifeste en présentant une vision poétique de la modernité.
thumb|upright|Cendrars posant en uniforme de la Légion étrangère, en 1916, quelques mois après son amputation. Dans J'ai tué (1918), premier livre illustré par Fernand Léger, il écrit quelques-unes des pages les plus fortes et les plus dérangeantes qui aient été écrites sur la guerre :
Paraissent également des poèmes écrits avant-guerre : son troisième poème « homérique » ou « whitmanien », Le Panama ou les aventures de mes sept oncles (1918), ainsi que les Dix-neuf poèmes élastiques (1919).