LAmanite phalloïde (Amanita phalloides), également connue sous les noms vernaculaires dOronge verte, de Calice de la mort, dAgaric bulbeux, dOronge ciguë, ou de Lera verda picotada, est une espèce de champignons vénéneux de la famille des Amanitaceae et du genre des amanites. Largement distribuée en Europe, Amanita phalloides est trouvée en association avec différents feuillus ou conifères. Cette espèce dotée d'une grande capacité d'adaptation a été introduite dans d'autres pays et continents, transportée sur des chênes, châtaigniers ou pins. Le sporophore (partie visible du champignon), apparaissant en été et en automne, est généralement verdâtre, avec des lames (libres) et un pied blancs.
Ce champignon toxique ressemble à de nombreuses espèces comestibles, augmentant le risque d'ingestion accidentelle. En effet, l'amanite phalloïde est connue comme l'un des plus dangereux champignons vénéneux. Cette amanite est d'ailleurs probablement en cause dans la mort de certaines figures historiques célèbres comme l'empereur romain Claude ou l'empereur du Saint-Empire Romain Germanique Charles VI..
Ce champignon a été l'objet de nombreuses recherches et de nombreux agents actifs biologiques ont été isolés. Le principal constituant toxique est l'alpha-Amanitine, qui endommage le foie et les reins, souvent de manière fatale. Au-delà de la phase initiale du processus pathologique, il n'existe pas d'antidote connu. Le syndrome phalloïdien est le plus redoutable et cause 10 % de mortalité.
Nom et taxinomie En 1727, Sébastien Vaillant décrit pour la première fois l'amanite phalloïde. Il lui donne le nom de . En 1821, Elias Magnus Fries le décrit comme « Agaricus phalloïdes », mais inclut toutes les amanites blanches dans sa description. C'est finalement en 1833 que Johann Heinrich Friedrich Link change son nom en Amanita phalloïdes J. H. F. Link (1833), , (S. J. Joseephy), Berlin., après que Persoon l'a nommée Amanita viridis en 1797. Bien que ce soit Louis Secretan qui le premier utilisa le nom « Amanita phalloïdes », avant Link, il n'entre pas dans sa nomenclature car il n'utilisait pas consciencieusement la nomenclature binomiale dans tous ses travaux M. A. Donk (juin 1962), On Secretan's Fungus Names, Taxon 11 (5) : 170–173 V. Demoulin (novembre 1974) Invalidity of Names Published in Secretan's Mycographie Suisse and Some Remarks on the Problem of Publication by Reference, Taxon 23 (5/6) : 836–843. Certains taxinomistes sont cependant en désaccord avec cette opinion Rolf Singer ; Robert E. Machol (juin 1962) Are Secretan's Fungus Names Valid?, Taxon 26 (2/3) : 251–255 Robert E. Machol (août 1984) , Taxon 33 (3) : 532–533..
Le nom scientifique « phalloïdes » signifie « en forme de phallus » probablement en référence à un pénis en érection lorsque l'Amanite est jeune.
Il existe une forme rare d'amanite phalloïde entièrement blanche (Amanite phalloïdes f. alba) décrite par Max Britzelmayr Rodham E. Tulloss (Fr.) Link, Amanita Studies site., cependant, son statut reste flou. On la retrouve souvent parmi des spécimens de couleur totalement normale. Elle a été décrite en 2004 comme une variété distincte dA. verna var. tarda Pierre Neville ; Serge Poumarat (2004) Amaniteae: Amanita, Limacella and Torrendia, Fungi Europaei (9) .. Les « vraies » Amanita verna émergent au printemps et se colorent en jaune au contact d'une solution d'hydroxyde de potassium (KOH), contrairement aux amanites phalloïdes Rodham E. Tulloss Amanita verna (Bull.: Fr) Lam., Amanita Studies site..
Description L'amanite phalloïde apparaît après une période de pluie de la fin de l'été jusqu'en automne.. Son odeur est décrite comme initialement faible et sucrée, mais se renforçant au cours du temps pour devenir écœurante et désagréable.
Les jeunes spécimens émergeant du sol ressemblent à un œuf blanc couvert d'un voile, dont la volve et l'anneau sont des reliquats. Ils présentent ensuite un corps large, avec un chapeau de 5 à , rond et hémisphérique au début, puis aplati avec l'âge A. Bresinsky; H. Besl (1990) A Colour Atlas of Poisonous Fungi, Wolfe Publishing, 26-29, . La couleur du chapeauShelley Evans et Geoffrey Kibby, Champignons, Éd. Larousse, 2006, , peut être vert pâle, vert-jaune ou vert olive, souvent plus pâle sur les bords et après la pluie. La surface du chapeau est gluante quand elle est mouillée et s'épluche facilement, caractère naïvement attribué aux champignons comestibles.
Une partie du voile initial forme un anneau mou, comme une jupe, d'environ 1 à sous le chapeau. Les lames blanches sont nombreuses et libres. Le pied est blanc, chiné de gris olivâtre, long de 8 à et épais de 1 à , avec à sa base une volve blanche membraneuse en forme de sac. La présence de la volve est une caractéristique principale pour permettre l'identification du champignon, il est donc important de bien déblayer autour du pied pour chercher sa présence. Elle peut toutefois manquer, mangée par des limaces.
La trace laissée par les spores est blanche, comme chez toutes les espèces du genre Amanita. Les spores transparentes, dont la forme va du globe parfait à celle d'un œuf, mesurent de 8 à de long et se colorent en bleu au contact d'iode. Les lames, lorsqu'elles sont arrosées d'acide sulfurique concentré, se teintent de mauve ou de rose Michael Jordan (1995), The Encyclopedia of Fungi of Britain and Europe, David and Charles, 198, California Fungi: Amanita phalloides. MykoWeb.com.
Galerie
Variétés et formes
vignette|150x150px|Amanita phalloides var. albaAmanita phalloides var. alba est entièrement blanche, mais garde des teintes verdâtre pâle dans la volve. Amanita phalloides f. fuscovolvata a un voile général extérieurement brunâtre. Amanita phalloides var. larroquei son chapeau ne présente pas de cannelures marginales à maturité, possède un net mamelon, est de couleur plus claire (vert clair ou brunâtre au centre) et pousse dans les dunes.
Distribution et habitat L'amanite phalloïde est originaire d'Europe, où elle est largement répandue Lene Lange (1974), The distribution of macromycetes in Europe, Dansk Botanisk Arkiv 30: 5–105, . On la trouve au nord, en Scandinavie, dans les Pays baltes, à l'ouest jusqu'en Irlande, à l'est en Pologne et en Russie, et au sud par les Balkans jusqu'en Italie, Espagne, Maroc et Algérie en Afrique du NordGeorges Malençon; R. Bertault (1970), Flore des Champignons Supérieurs du Maroc I, Travaux de l'Institut scientifique chérifien et de la Faculté des sciences, Série botanique et biologie végétale (32), Rabat : Faculté des Sciences, . Certaines observations tendent à démontrer la présence dAmanite phalloïdes jusqu'en Asie, à l'est, mais celles-ci n'ont pas encore été confirmées Anne Pringle; Else C. Vellinga (juillet 2006), Last chance to know? Using literature to explore the biogeography of and invasion biology of the death cap mushroom Amanita phalloides (Vaill. Ex Fr. :Fr) Link, Biological Invasions 8 (5): 1131–1144. DOI:10.1007/s10530-005-3804-2.
thumb|left|upright|Le chêne, une des espèces de feuillus sous laquelle il est possible de rencontrer l'amanite phalloïde.
Il est associé par mycorhize avec de nombreuses espèces d'arbres. En Europe, cela inclut de nombreux feuillus et, moins fréquemment, des conifères. Il apparaît communément sous des chênes, mais également sous des hêtres, des châtaigniers, des marronniers, des bouleaux, des noisetiers, des charmes, des pins et des épicéas. Dans certaines régions, Amanite phalloïdes peut également être associée avec ces arbres en général ou bien seulement certains d'entre eux. Sur le littoral californien, par exemple, Amanite phalloides est associée avec des chênes, mais pas avec les espèces locales de pins, comme le pin de Monterey David Arora (1986), Mushrooms demystified - a comprehensive guide to the fleshy fungi, Berkeley, California, Ten Speed Press, . Dans les pays où il a été introduit, ce champignon reste restreint à ces arbres exotiques. On retrouve cependant la présence dAmanite phalloïdes en association avec de la ciguë, et avec des espèces de la famille des Myrtaceae: Eucalyptus en Tanzanie Pegler (1977), A preliminary agaric flora of East Africa, Kew Bulletin Additional Series (6), Royal Botanic Gardens, Kew, et en Algérie, Leptospermum et Kunzea en Nouvelle-Zélande G.S. Ridley (1991), The New Zealand Species of Amanita (Fungi: Agaricales), Australian Systematic Botany 4 (2): 325–354, DOI:10.1071/SB9910325. Cela suggère que l'amanite phalloïde possède un potentiel invasif non négligeable.
À la fin du , Charles Horton Peck constate la présence dAmanite phalloïdes en Amérique du Nord Charles H. Peck (1897), Annual report of the state botanist, Albany: University of the State of New York, . Cependant, en 1918, des individus de l'est des États-Unis, alors classés comme appartenant à l'espèce Amanita phalloides, ont été identifiés comme appartenant à une espèce similaire, Amanita brunnescens, par G. F. Atkinson de l'Université Cornell W. Litten (mars 1975), The most poisonous mushrooms, Scientific American 232 (3): 90–101, . Dans les années 1970, il est devenu clair que l'amanite phalloïde était présente aux États-Unis, apparemment introduite d'Europe par les importations de châtaignier, aussi bien sur les côtes Est et Ouest.. Une étude récente conclut que la population de la côte Est a été introduite, mais que les origines de celle de la côte Ouest restent floues, principalement à cause de l'insuffisance de données historiques.
Amanita phalloides a été apportée dans les pays de l'hémisphère sud par l'import de feuillus et de conifères. Des chênes introduits semblent avoir été les vecteurs en Australie et en Amérique du Sud. En effet, plusieurs populations ont été trouvées sous des chênes à Melbourne et Canberra D. A. Reid (1980), A monograph of the Australian species of Amanita Pers. ex Hook (Fungi), Australian Journal of Botany Supplementary Series 8: 1–96. F. M. Cole (juin 1993), Amanita phalloides in Victoria, Medical Journal of Australia 158 (12): 849–850, , ainsi qu'en Uruguay W.G. Herter (1934), La aparición del hongo venenoso Amanita phalloides en Sudamérica, Revista Sudamericana de Botánica 1: 111–119.. Elle a également été rencontrée sous d'autres arbres introduits en Argentine A. T. Hunzinker (1983), Amanita phalloides en las Sierras de Córdoba, Kurtziana 16: 157–160, au Chili E. Valenzuella; G. Moreno & M. Jeria (1992), Amanita phalloides en bosques de Pinus radiata de la IX Region de Chile: taxonomia, toxinas, metodos de dedection, intoxicacion faloidiana, Boletín Micológico 7: 17–21, . Des plantations de pins sont associées au champignon en Tanzanie et en Afrique du Sud, où il est également trouvé sous des chênes et des peupliers D. A. Reid; A. Eicker (1991), South African fungi: the genus Amanita, Mycological Research 95 (1): 80–95, .
Toxicité