Une histoire du cinéma israélien (היסטוריה של הקולנוע ישראלי, ) est un documentaire franco-israélien réalisé par Raphaël Nadjari, sorti en 2009.

Produit par Arte France et Zadig Productions le film a été diffusé à la télévision sur Arte en deux parties les 18 et .

Après sa trilogie américaine (The Shade, I Am Josh Polonski's Brother, Apartment #5C), après Avanim et Tehilim, ce documentaire poursuit le travail de Raphaël Nadjari en Israël.

Sujet Bannissant tout commentaire en voix off pour privilégier la parole de nombreux témoins, acteurs à divers titres et spécialistes du cinéma, Raphaël Nadjari retrace la trajectoire du cinéma israélien, depuis les films de propagande au service du sionisme, directement inspirés par le cinéma révolutionnaire soviétique, jusqu'à un art hautement critique, en questionnement permanent sur sa réalité historique, culturelle et socialeOn peut écouter et voir Raphaël Nadjari commenter son film dans un entretien vidéo de 38 minutes avec Xavier Nataf sur Akadem. Consulté le 26 août 2009..

Ce jeune État, cette jeune société, ont vécu sans cesse sous la pression d'événement massifs et profonds, comme l'extermination des juifs d'Europe, et les vagues d'émigration successives, l'implication dans différentes guerres depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, les mouvements sociaux de la modernité aux prises avec les traditions religieuses, en particulier autour de la condition de la femme, la disparition de l'utopie socialiste et les problèmes posée par l'intégration sociale et politique de Tsahal ou l'occupation des territoires palestiniens.

Excluant pratiquement tout recours aux archives d'actualités et aux films purement documentaires, ce travail de trois heures et demie interroge la fonction même du cinéma dans une société jeune et déchirée en montant les témoignages avec des extraits de films de fiction: vingt-neuf titres dans la première partie (1932-1978), et vingt-six dans la seconde (1978-2007)On se reportera avec grand profit au remarquable travail collectif: Cent ans de cinéma, qui offre des études sur "Les figures du féminin dans le cinéma israélien", "De l’adversaire à l’éventuel partenaire : les figures de l’arabe dans le cinéma israélien'", "Le cinéma israélien de la modernité", le "Cinéma bourékas" et "Esther ou le Pourim-shpil d’Amos Gitaï". Cent ans de cinéma :. Consulté le 28 août 2009..

Fiche technique Titre français : Une histoire du cinéma israélien Titre israélien : () Réalisation : Raphaël Nadjari Montage : Sean Foley Entretiens et recherches : Shani Littman, Keren Cohen Langue originale : hébreu Producteur : Bruno Nahon, Amir Feingold, Paul Rozenberg Pays : | Genre : documentaire Durée : Dates de sortie : Première partie : — Deuxième partie : sur Arte ().

Participants Par ordre alphabétique, acteurs et actrices du cinéma, du théâtre et de la télévision, cinéastes, scénaristes, historiens, historiennes et critiques du cinéma, producteurs, et professeurs: Naftali Alter, Mohammed Bakri, Uri Barbash, Michal Bat-Adam, Haim Bouzaglo, Joseph Cedar, Salim Daw, Nissim Dayan, Shmulik Duvdevani, Ronit Elkabetz, Savi Gabizon, Amos Gitai, Menahem Golan, Eitan Green, Pr Nurith Gertz, Amir Harel, Avraham Heffner, Nachman Ingbar, Moshe Ivgy, Uri Klein, Dover Kosashvili, Ram Loevi, Moshé Mizrahi, Avi Mograbi, Yael Munk, Yehuda Judd Ne'eman, Avi Nesher, Shuli Rand, Ze'ev Revach, Marek Rozenbaum, Renen Schor, Ariel Schweitzer, David Wachsmann, Keren Yedaya.

Distinctions Présenté, hors compétition, au Forum du Festival international du film de Berlin 2009.

Analyse Première partie: 1932-1978 Cette période est dominée par le projet sioniste: il s'agit de créer un homme nouveau sur la terre d'Israël, maître de la nature et de son destin et qui tournera le dos aux traditions religieuses. Très logiquement, mis devant la même nécessité historique que le cinéma des bolcheviks, celui des kibboutzniks s'inspirera du cinéma révolutionnaire européen, et singulièrement du soviétique: pour les uns comme pour les autres, il s'agit de fonder une nation et le cinéma sera considéré comme un puissant moyen de forger cette identité nationale.

Dès l'invention du cinéma (1896), dont il faut souligner qu'il est contemporain de la naissance du sionisme, il y eut une production en terre de Palestine. Le film ouvre son exploration du muet par Oded l’errant (1933) de Chaim Halachmi, considéré comme le premier film de fiction israélien: un enfant perdu erre jusqu'à ce que des bédouins le ramènent dans son village. Puis c'est Avodah, documentaire-fiction réalisé en 1935 par Helmar Lerski les premiers pionniers juifs font jaillir l'eau du sol, un thème dont nous retrouverons l'amer (et optimiste malgré tout) pendant à la fin de la seconde partie dans Soif (Atash-Thirst) de Tawfik Abu Wael, ou les efforts d'une famille palestinienne déplacée pour trouver ou détourner de l'eau.

La seconde guerre mondiale confronte la nation naissante aux conséquences de l'extermination des Juifs d'Europe. Ainsi, un autre documentaire-fiction, The Illegals (1947) de Meyer Levin, suit un couple de Juifs polonais, depuis l'insurrection du Ghetto de Varsovie à l'immigration illégale en Palestine, en passant par l'internement dans un camp anglais à Chypre. Ce film, comme La colline 24 ne répond plus (1955) de Thorold Dickinson centré sur la guerre de 1948 et le rôle de l’ONU, ou They were ten (1961) de Baruch Dienar, demeurent, certes des films militants, mais ils inventent des héros qui ne se bornent plus à être figures d'un projet collectif et prennent épaisseur individuelle.

L'afflux de nouvelles populations transforme irrésistiblement Israël en une société multiculturelle, qui ne connaît pas la langue nationale. Dès cette époque, le premier ministre Ben Gourion veut utiliser le cinéma comme un vecteur de cohésion sociale, toujours sur le schéma sioniste militant et permettant la diffusion rapide et massive de l'hébreu chez les nouveaux arrivants. Le succès international d'Exodus (1960), le film d'Otto Preminger, va finir de convaincre Ben Gourion d'agir dans ce sens.

Plus particulièrement, les années Soixante voient affluer les juifs sépharades venus des pays arabes. S'ouvre alors une "guerre culturelle" — selon l'expression consacrée — entre l'establishment européen et cette population récemment immigrée en butte à de réels obstacles à l'intégration, qui va se traduire par un cinéma comique, populaire et commercial, dit Bourekas (en), du nom d'une pâtisserie orientale. Le Hongrois Ephraïm Kishon inaugure le genre avec un énorme succès, par son film Sallah Shabati (1964): craignant de voir l'image de son pays ternie, le premier ministre Golda Meir tente, en vain, de l'interdire à l'exportation. De El Dorado (1962) et Kazablan (1974) de Menahem Golan à La Maison de la rue Chelouche (1973) de Moshé Mizrahi, s'impose aussi le style hollywoodien. Mais l'embourgeoisement développe le courant dit de la "Nouvelle sensibilité" proche des modèles européens d'alors, de la Nouvelle Vague française en particulier, qui prend ses distances avec les valeurs sionistes pour affirmer un cinéma plus intime : Uri Zohar tourne par exemple Un trou dans la lune (1964), l'histoire d'un film tourné dans le désert, métaphore critique du projet sioniste. Après son dernier film en 1977, Zohar deviendra rabbin orthodoxe. Ou encore les films autobiographiques, comme Le Journal (1973-1985) de David Perlov.

La politisation ne perd pourtant pas ses droits: la Guerre des Six Jours (), favorise un cinéma qui réfléchit sur les valeurs viriles, et la guerre comme ultime porteuse de sens : Ainsi par exemple He walked through the fields de Yossef Millo en 1967.

1977 voit, pour la première fois dans l'histoire de l'État, la droite arriver au pouvoir. C'est un tournant aussi pour le cinéma qui devient ouvertement critique. Cette même année, dans Les Parachutistes, Yehuda Judd Ne’eman remet en cause le rôle de Tsahal et, en 1978, le directeur de l’unité Fiction de la télévision israélienne, Ram Loevi, est interdit d'antenne pour son film Hirbeth Hizaa: c'est la première fois que la guerre israélo-arabe de 1948-1949 est racontée du point de vue des Palestiniens. Le film sera censuré pendant quatre ans.

Deuxième partie: 1978-2007 La découverte en Europe du cinéma israélien s'est surtout opérée par des films appartenant à cette seconde période. Ainsi des films d'Amos Gitaï, comme Kadosh (sélection à Cannes en 1999), Kippour (2000), Kedma (2002) ou Alila (2003); avec Mon trésor de Keren Yedaya qui a obtenu une Caméra d'or au Festival de Cannes en 2004; avec l'actrice Ronit Elkabetz, réalisatrice avec son frère Schlomi de Prendre femme (2004) et Shiv'ah (2008); ou encore avec, d'Ari Folman, le film d'animation Valse avec Bachir, couvert de distinctions dans différents festivals mais qui, comme il est de 2008, ne peut avoir été pris en compte dans le documentaire, ou enfin Pour un seul de mes deux yeux (2005) du subversif Avi Mograbi, membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine.

S'attachant à nous faire découvrir un cinéma très divers et très riche, cette seconde partie préfère ne pas se centrer sur le succès international récent du cinéma israélien, pour s'attarder davantage sur des auteurs et des films méconnus mais importants.

Il n'est pas indifférent que cette seconde partie débute par un extrait de The Wooden Gun, un film de Ilan Musinzon (1977), où un maître d'école sermonne ses élèves qui viennent de blesser un de leurs camarades: les enfants échangent rires sous cape et sourires entendus tandis que le maître rappelle emphatiquement les valeurs du sionisme, et les sacrifices historiques consentis. D'une certaine façon, cette séquence est l'écho de celle qui ouvre la première partie — et ce n'est certainement pas un hasard puisque ce film est américain, donc théoriquement hors sujet —: The Light ahead de Henry Felt et Edgar George Ulmer (1939), où, tel Job, un vieux Juif d’Odessa interpelle Dieu en yiddish sur les persécutions de son peuple.

1978, c'est aussi la date de la création du Fonds d’aide "au cinéma de qualité". Si ce fonds favorisa puissamment l'émergence du ce type de cinéma (comparable en France à des dénominations comme « cinéma d'art et d'essai » ou « cinéma d'auteur ») il induisit aussi en Israël plus tôt qu'ailleurs et peut-être plus violemment, des effets plus pervers, contribuant à vider les salles, au profit d'une télévision certainement plus consensuelle et qui n'attendait que cette occasion pour capter les publics traditionnels du cinéma populaire de la période précédente.

La première partie nous avait laissés sur la naissance d'un cinéma politique critique. Il va s'épanouir dans la seconde période, et l'histoire politique et militaire va le nourrir et le diversifier encore :

Les fractures de la société israélienne ne sont plus seulement les tensions culturelles entre sépharades et ashkénazes, mais le temps qui passe a développé des conflits de générations spécifiques entre les anciens venus s'installer après l'exil et les Sabra, c'est-à-dire ceux des Israéliens qui sont nés en Israël. C'est ce tournant qu'illustre Transit (1980) de Daniel Waschmann — qui disait du sionisme que “Le rêve était brisé dès le début”—: c'est l'histoire d'un Allemand qui a fui le nazisme mais qui, n'ayant jamais trouvé ici sa place, veut retourner en Allemagne et se confronte à son fils, qui se sent parfaitement intégré à sa terre natale.