Le château de Bridoire est un château français situé dans la commune de Ribagnac dans le département de la Dordogne, en région Nouvelle-Aquitaine.
Il fait l'objet d'une protection au titre des monuments historiques.
Situation À l'extrême nord-ouest de la commune de Ribagnac, le château de Bridoire occupe un éperon rocheux de confluence, en partie aménagé, limité au nord par le ruisseau de la Gardonnette et à l'ouest par celui du Grimoudou, son affluent. Cet éperon est barré au sud par un long fossé sec, en arc de cercle.
Historique Le château médiéval a vu sa construction s'échelonner du . Un oppidum romain dut être à l'origine du château actuel. Cet oppidum devait protéger le franchissement du cours d'eau par une voie romaine, dite via Rubana, qui reliait Cadouin à Gardonne. Bridoire apparaît pour la première fois, en 1150, dans le cartulaire de l'abbaye de Cadouin sous le nom de BuridoriumJacques Gauthier-Villot, « Sortie du 13 juin 2009 : en Bergeracois », dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 2009, tome 136, livraison, (lire en ligne). Le , Bertrand de Bridoire et sa femme ont probablement donné à cette abbaye le manse de Fonte Sergio. Le cartulaire de Cadouin mentionne Bernard de Bridoire en 1215, Arnaud et Foulques en 1226.
Dans la seconde moitié du , Bridoire est devenue une coseigneurie tenue par les Maureilhac et les Aubeterre vassaux de Marguerite de Turenne (1285-v.1313). Durant la guerre de Cent Ans, c'était un repaire de pillards. Le château est cité en 1273 sous le nom de Castrum de Bridoira lors de l'hommage du seigneur de Bergerac a fait à Édouard , roi d'Angleterre.
Sous la famille de Pons, vicomtes de Turenne, Bridoire appartient aux Roquefort. Ils se sont associés au avec les Chaumont de Badefols, aux Ségur de Pontchapt et aux Maureilhac.
Pierre du Bois, fils d'Henri du Bois, seigneur de La Grèze et de Graspirou, gouverneur du comté d'Astarac en 1536, est devenu seigneur de Bridoire par son mariage avec Catherine de Maurillac (ou Maureilhac), châtelaine de Bridoire. De ce mariage est né Jean du Bois, seigneur de Bridoire (vers 1510-1543) et Françoise du Bois mariée en 1541 avec Antoine de Lubersac. Jean du Bois, seigneur de Bridoire s'est marié en 1542 avec Anne de Lubersac. De ce mariage est née Louise du BoisNicolas Viton de Saint-Allais, Nobiliaire universel de France, Paris, 1816, tome 9, (lire en ligne)..
Le château de Bridoire est passé aux Pardaillan de la Mothe Gondrin à la suite du mariage, vers 1565, de Bertrand de Pardaillan, baron de La Mothe Gondrin, avec Louise du Bois, dame de Bridoire, fille de Jean du Bois.
Lors des guerres de Religion, la place tomba aux mains des Protestants en 1560, et fut presque entièrement détruite par Monluc en 1568. Le château fut reconstruit sous Henri IV qui est venu à Bridoire le chez Bertrand de Pardaillan, marquis de la Mothe Gondrin. Louise de Pardaillan, fille de Blaise II de Pardaillan, a épousé à Bridoire Louis de Chaumont, seigneur de Clermont de Beauregard, en 1624. Le château est de nouveau assiégé et démantelé sur les ordres du duc d'Épernon, en 1649. Il est de nouveau restauré par la suite.
Un siècle plus tard, la propriété est morcelée. La plus grande partie des terres, celles des Gendres, appartient aux Peyronny. Le château, avec le reste des terres, est propriété des Boussant, marquis de Bazillac. Le , Jean-Jacques de Boussant a échangé le château de Bridoire contre la seigneurie de Bourg de Quercy qui appartenait aux deux frères Jean-Georges et François de Souillac. Ceux-ci possédaient déjà le château de Bardou non loin de Bridoire. Jean-Georges, marquis de Souillac, est mort à Toulouse, le . Il avait eu quatre filles. Le château a appartenu à la cadette, Joséphine de Souillac, née en 1777, qui l'a apporté par mariage au marquis Louis-François de Foucauld, en 1806. Ce dernier était devenu marquis de Foucauld de Lardimalie à la suite de la mort accidentelle de son cousin Arnaud, en 1805. Louis-François de Foucauld et son épouse ont eu une fille Mathilde et un fils, Louis, né en 1816 à Malbernat, qui s'est marié en 1849 avec Nathalie du Cheyron du Pavillon. Ils ont eu un fils, Arnauld, qui a été le dernier marquis de Foucauld de Lardimalie et a été maire de Ribagnac de 1888 à 1930Marcel Berthier, « Une enquête à Ribagnac sous la monarchie de Juillet », dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 2000, tome 127, livraison, (lire en ligne). Le château a été très restauré vers 1890Claude-Laurent Salch, Dictionnaire des châteaux et des fortificationq du moyen âge en France, éditions Publitotal, Strasbourg, 1979, .La famille de Foucauld a conservé le château jusqu'en 1939. Le Père de Foucauld y résida par deux fois, en 1911 et en 1913.
En 1939, Bridoire fut vendu à un industriel suisse, qui l'habita jusqu'en 1978. Désirant retourner dans son pays natal, il offre son château à la commune pour un franc symbolique de l'époque. Mais celle-ci refuse, effrayée par l'entretien et la gestion d'un tel patrimoine. Le château est alors vendu en 1978 à une société sénégalaise, qui a pour actionnaire et gérant monsieur Boissier‐Palun. Grand officier de la Légion d'honneur et consultant à l'UNESCO, il a été président du Grand conseil de l'AOF, ministre et ambassadeur du Sénégal, et avocat personnel du président ivoirien Félix Houphouët-Boigny et de Jean-Bedel Bokassa, dirigeant suprême de la République centrafricaine. Pillage et renaissance du château de Bridoire Portes du château mal fermées, absence de gardien : le château devient rapidement la proie de visiteurs mal intentionnés. Les voitures particulières circulent dans la cour et chargent au fil du temps les meubles, les tableaux, les tapisseries. Un piano à queue en marqueterie, des statues du disparaissent en toute impunité. Les gendarmes s'interrogent, essaient d'alerter le gérant mais celui-ci ne semble pas préoccupé par son bien, il est devenu invisible, porte plainte parfois mais reste sourd la plupart du temps aux coups de téléphone de la gendarmerie de Sigoulès. Des rumeurs courent évoquant l'ombre de Bokassa. Toujours est‐il que tout le monde s'interroge. En dix ans, le château a subi plus d'outrages qu'il n'en a eu au cours des trois siècles précédents. Il est devenu le libre service de brocanteurs peu scrupuleux, de personnes douteuses qui trouvent là un lieu de prédilection pour faire la fête, boire et se droguer en toute tranquillité. Le risque d'incendie est grand, les parquets sont brulés dans les cheminées. La gendarmerie ne peut pas intervenir sur un lieu privé sans l'autorisation de son propriétaire. Le maire de la commune s'inquiète de toutes ces allées et venues autour du château mais il n'arrive pas à joindre le gérant. En 1988, l'architecte des bâtiments de France demande en vain le classement du château. Gendarmerie et administration sont impuissantes face à une telle situation. C'est un cas de non assistance à patrimoine en danger.
1989 : Le maire de Ribagnac crée l'« Association de sauvegarde du château de Bridoire », sur les conseils de la gendarmerie.
1991 : l'association obtient l'inscription du château à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.
1992 : le , classement d'office, consultée le 10 décembre 2019., en Conseil d'État, du château, du puits et du pigeonnier pour être remis en état, procédure rarissime selon le ministre.
1993 : l'association est reçue à Matignon par le secrétaire du gouvernement, devenu par la suite vice-président du Conseil d'État, mais aucune avancée n'en découle.
Le doyen des juges français, représentant la France à la Cour européenne des droits de l'homme enquête : .
déclare le propriétaire au député‐maire de Bergerac lors d'un entretien à Paris. L'administration temporise, demande à l'association de rester bien en retrait pour ne pas entraver ses démarches qui restent lettre morte. L'association multiplie les manifestations médiatiques, les courriers à destination de l'administration et enquête au Sénégal pour comprendre le pourquoi d'une telle situation. Elle maintient le château fermé avec des cadenas pour limiter les visites des casseurs.
1997 : l'association finit par obtenir des travaux d'urgence sur le pigeonnier avec, choisie par le ministère, une toiture en tôle, alors que l'association offrait les tuiles.
1998 : une grande manifestation médiatique est programmée dans la cour du château pour montrer aux Français l'état déplorable de l'édifice qui va disparaître si aucune mesure n'est prise. Tous les médias, télés, presse écrite, radios sont annoncés. Le préfet menace de poursuivre les visiteurs mais rien n'y fait, reconnaissent par écrit s'être introduites dans la cour du château. La gendarmerie tente en vain de saisir les caméras et cassettes tournées, France 2 montrera les images au journal télévisé du 20 heures. Le but est atteint mais seize personnes, dont les responsables de l'association et les élus présents, seront poursuivis devant les tribunaux par le préfet pour être entrés dans un domicile privé. Un an de prison et à la clé pour les contrevenants ! Relaxe en première instance, relaxe et félicitations du procureur en appel, et relaxe devant la Cour de cassation. L'administration vexée comprend qu'il va falloir compter avec l'association et les médias.
2001 : à la suite d'une « maladresse administrative » sur le puits classé, l'association est reçue au ministère de la Culture par la conseillère du ministre, l'expropriation est alors programmée.
2003 : l'expropriation du château seul, sans son parc, est effective à la suite d'une procédure qui est une première depuis le vote des lois, en 1913, sur les édifices classés. Le ministère de la Culture nomme un gardien. Les élus déclarent que Bridoire doit rester dans le domaine public.
2005 : les premiers travaux sur les toitures du château débutent. L'association lance une opération de mécénat pour refaire la toiture du pigeonnier. Une ou plusieurs tuiles personnalisées sont achetées par (un euro la tuile personnalisée avec son nom). Le pigeonnier retrouve son allure originelle.
Il aura fallu pratiquement quinze ans pour comprendre le pourquoi de cette histoire. Un contact téléphonique avec Georges Bokassa, fils aîné de l'ex-empereur de Centrafrique, marié à une Bergeracoise, explique que le château était bien destiné à sa famille. Mais les affaires de son père ayant mal tourné et ayant lui-même divorcé, le fils n'est jamais revenu en Bergeracois, le château est resté abandonné.
2007 : le château est inscrit sur la liste des biens rétrocédés par l'État aux collectivités pour un euro symbolique mais le contentieux juridique sur l'expropriation n'est pas encore jugé. La rétrocession ne peut se faire. L'association révèle une erreur administrative commise lors de l'expropriation : la parcelle qui permet l'accès au château et sur laquelle a été implanté le portail d'entrée n'a pas été expropriée. Bridoire est un château inaccessible par son entrée naturelle. Manifestation contre l'implantation, par un promoteur, d'un lotissement de autour du château. En octobre, monsieur Boissier Palun, gérant de la société sénégalaise décède à Bruxelles, la société n'a plus ni gérant, ni propriétaire.
2008 : restauration du mur d'enceinte de la façade Est qui, à la suite de décisions trop tardives, s'est écroulé, emportant tous les échafaudages mis en place.
2009 : la Cour de cassation met un terme à la procédure judiciaire engagée par l'ancien propriétaire : le château est définitivement exproprié au profit de l'État. Désormais Bridoire sera repris par une collectivité, pour un euro, pour en faire un pôle touristique structurant du Bergeracois ou alors sera vendu à un privé qui ne pourra que le fermer.