Julien Green, né Julian Hartridge Green ( à Paris 17 – à Paris 7)Archives de l’état civil de Paris en ligne, acte de naissance /2343/1900 ; avec mention marginale du décès., est un écrivain américain de langue française, le premier étranger membre de l'Académie française et l'un des rares auteurs à avoir été publié dans la collection de la Pléiade de son vivant.. Il est considéré comme un des écrivains majeurs du . Son œuvre, en particulier son monumental Journal mais aussi plusieurs de ses romans (Adrienne Mesurat, Léviathan, Épaves, Moïra...), a été saluée par les plus grands et continue d'être étudiée en France comme à l'étranger.

Biographie

Julien Green est né à Paris, 4, rue Ruhmkorff« Je suis né le 6 septembre 1900, rue Ruhmkorff » (Souvenirs des jours heureux, )., de parents américains, descendant du côté de sa mère du sénateur et représentant démocrate de la Géorgie au Congrès américain (1829-1879) et dont Julien Green porte le prénom (Green a été baptisé « Julian » ; l'orthographe a été changée en « Julien » par son éditeur français dans les années 1920)... Il grandit dans le de Paris, puis au Vésinet et passe ses vacances dans la commune d'Andrésy, dans les Yvelines. Il poursuit toutes ses études en France au lycée Janson-de-Sailly. Sa mère, protestante pieuse et aimante, meurt alors qu'il a , et la famille déménage rue Cortambert, à Paris.

Il se convertit au catholicisme en 1916, à la suite de son père et de toutes ses sœurs, ainsi qu'il le raconte dans Ce qu'il faut d'amour à l'homme, son autobiographie spirituelle. Il abjure l'anglicanisme à la crypte de la chapelle des sœurs de la rue Cortambert. Âgé de seulement , Julian Green réussit à rejoindre les rangs de la Croix-Rouge américaine, puis est détaché dans l’artillerie française en 1918 en tant que sous-lieutenant et sert en Italie. Démobilisé en , il se rend pour la première fois aux États-Unis en septembre de la même année et effectue trois ans d'études à l’université de Virginie, où il éprouve un premier amour chaste et secret pour un camarade d'études, qu'il évoque dans le troisième volume de ses mémoires, Terre lointaine, publié en 1966.. Il écrit son premier livre en anglais, avant de revenir vivre en France.

À Paris, il rencontre Robert de Saint Jean en 1924. Ils resteront liés durant soixante ans, cohabitant pendant de longues périodes. La publication du Journal intégral, à partir de 2019, a révélé que cet amour, longtemps présenté comme platonique, revêtait aussi une dimension sexuelle, et qu'il a par ailleurs entretenu des relations sexuelles avec de très nombreux hommes, souvent contre rémunérationLe Journal de Julien Green est publié depuis 1938 et a fait l'objet de multiples éditions (dont la Pléiade). Toutefois, de nombreux passages, en particulier ceux qui se rapportaient à sa vie sexuelle, avaient été omis par l'auteur. et qu'il a été toute sa vie tiraillé entre ses désirs homosexuels et sa foi catholique.

Green songe à une carrière de peintre (il fait la connaissance de Christian Bérard), mais la reconnaissance obtenue dans les années 1920, dès la publication de son premier roman, l'oriente définitivement vers l'écriture. Grâce à la complicité de Jacques de Lacretelle, il côtoie le milieu littéraire parisien, en particulier Jacques Maritain et sa femme Raïssa, François Mauriac, André Gide ou Jean Cocteau, mais aussi Jean Desbordes ou Gabriel Marcel (ce qu'atteste son Journal intégral, dans lequel de nombreux commentaires, parfois sévères, sur les grandes figures du milieu littéraire de l'entre-deux-guerres, sont désormais publiés)Journal intégral (tome 1, Bouquins, Robert Laffont, 2019). La plupart des critiques n'avaient pas été publiés dans le Journal, ils le sont aujourd'hui dans le Journal intégral. Voir par exemple ses propos très durs, souvent contrebalancés par des témoignages d'admiration et d'affection, sur Mauriac, ; sur Gide, ou ; sur Maritain, voir ou , etc..

En , après la défaite de la France, il retourne en Amérique. En 1942, il est mobilisé et envoyé à New York pour servir au Bureau américain de l'information de guerre. Cinq fois par semaine, il s'adresse à la France dans l'émission de radio Voice of America, et travaille entre autres avec André Breton. Il enseigne la littérature dans une faculté de jeunes filles américaines. Julien Green revient à Paris en , est logé dans un hôtel réquisitionné par l'ambassade américaine, puis trouve un appartement. Il retrouve ses papiers, ses livres et son mobilier d'avant-guerre, grâce à un ami qui avait tout entreposé dans un garage..

En 1947, il travaille sur le scénario d'un film sur Ignace de Loyola, pour Robert Bresson, mais ne parvient pas à le terminer..

En 1960, il publie Chaque homme dans sa nuit, dont l’action se déroule en grande partie à New York, dans une traduction réalisée par sa sœur, Anne Green. Le New York Times est nuancé dans ses éloges : , au prix .

Entre 1963 et 1974, il publie quatre volumes de mémoires qui concernent les deux premières décennies de sa vie, soit les années qui précèdent la tenue des journaux quotidiens qu’il publie à partir de 1938. Il se présente comme un homosexuel chaste dont la relation avec son compagnon est « platonique ». De nombreux intellectuels catholiques expriment leur admiration pour ce « modèle de droiture »..

Julien Green est élu à l'Académie française le , au fauteuil 22, succédant à François Mauriac... Pour faciliter son élection au sein de l'académie, le président Pompidou propose par l'intermédiaire du garde des sceaux à Green la nationalité française, qu'il refuse se sentant américain... La réception officielle a lieu le ; il en est le premier membre étranger. Le , alors qu'il en est le doyen, il annonce publiquement quitter cette institution.. Sa dernière présence en séance plénière datait alors de 1990. Mais comme le lui avait signalé le , Maurice Druon et Alain Decaux, alors respectivement secrétaire perpétuel de l'académie et directeur en exercice de l'académie, l'académie française ne prévoit pas de possibilité de quitter ses fonctions. Son siège n'est donc déclaré vacant qu'à son décès.

Il est enterré le à Klagenfurt en Autriche dans l'. Ému par une statue ancienne de la Vierge Marie lors d'une visite en 1990, l'écrivain avait en effet émis le désir d'être inhumé dans une des chapelles de cette église, l’Église catholique ayant, en France, refusé son inhumation en l’église d'Andrésy« Les fidèles catholiques d’Andrésy n’avaient pu souffrir qu’on me donnât un tombeau dans la belle église, à cause de ce que j’ai appelé les déviations de ma jeunesse prolongée jusqu’en 1956 », Journal, 1991.. Éric Jourdan, son fils adoptif, repose à ses côtés depuis 2015.

Œuvre L'œuvre de Julien Green se compose de romans, d'essais, de pièces de théâtre et d'une autobiographie mais aussi d'un journal.

Le journal Le Journal de Green couvre la période de 1919 à 1998. Ce journal offre une chronique de sa vie littéraire et religieuse, et surtout un panorama unique de la scène artistique et littéraire à Paris sur près de 80 ans.

Une édition intégrale du journal, incluant environ 60 % de contenus inédits, en particulier sur la vie sexuelle très active de Green, mais aussi sur son quotidien et ses amitiés ou inimitiés littéraires est en cours depuis . . . ..

Thèmes

L'œuvre de Green est marquée tant par son homosexualité que par sa foi catholique, et dominée par la question de la sexualité et celle du bien et du mal. La plupart des livres de ce catholique pratiquant par périodes s'intéressent aux problèmes de la foi et de la religion ainsi qu'à l'hypocrisie.

Plusieurs de ses livres évoquent le Sud des États-Unis. Profondément marqué par la guerre de Sécession, l'auteur se considère dans ses écrits comme un « Sudiste ». Il a hérité ce patriotisme de sa mère, qui venait d'une famille distinguée du Sud. Quelques années avant la naissance de Julien, un choix de poste en Allemagne ou en France fut proposé à son père. La mère de Julien appuya le choix de la France en raison du fait que les Français étaient « aussi un peuple fier, récemment vaincus dans la guerre et nous nous comprendrons mutuellement » (référence à la défaite française de 1871 dans la guerre franco-prussienne).

Postérité

Même si Julien Green a écrit l'essentiel de son œuvre en français, il a aussi publié quelques rares ouvrages en anglais puisqu'il était parfaitement bilingue. Il a aussi traduit certaines de ses propres œuvres en anglais ainsi que des auteurs comme Charles Péguy. Quelques-unes de ses traductions sont publiées dans Le Langage et son double, en édition bilingue présentant le texte anglais en regard du texte français, ce qui permet la comparaison directe.

Quatre de ses ouvrages ont été adaptés au cinéma ou à la télévision. Léviathan (1962), réalisé par Léonard Keigel et dont il a écrit lui-même le scénario, en est le plus connu ; parmi les acteurs figurent Marie Laforêt, Louis Jourdan et Lilli Palmer. Les téléfilms Adrienne Mesurat (1953), Si j'étais vous (1971) et Mont-Cinère (1970) de Jean-Paul Roux, dont il a écrit aussi le scénario avec Robert de Saint Jean, parmi les acteurs Victor Lanoux.

Green a également écrit le scénario et les dialogues de La Dame de pique (1965), d'après une nouvelle d'Alexandre Pouchkine.

On notera également une adaptation théâtrale de Mont-Cinère, de Stéphane Bouvet, au Bouffon Théâtre (Paris ) et au Ranelagh, (Paris ).

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Archives Ses manuscrits, dont son journal, et une grande partie de sa correspondance ont intégré les collections de la Bibliothèque nationale de France en 2021, dans le cadre de la succession de son fils adoptif, Éric Jourdan, et en dépit du projet de ce dernier de disperser ces documents en les vendant aux enchères en 2011..

Récompenses et distinctions vignette|Plaque commémorative, 16 rue Cortambert (Paris). Son œuvre a été récompensée par de multiples prix, notamment : Le prix Northcliffe, en 1928. Le prix Paul-Flat de l’Académie française, en 1928. Le prix Prince-Pierre-de-Monaco, en 1951. Le grand prix national des Lettres, en 1966. Le grand prix de littérature de l'Académie française, en 1970. Le grand prix de littérature de Pologne, en 1988. Le prix Cavour, grand prix de littérature italien, en 1991.

Œuvres Romans et nouvelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Théâtre Sud, théâtre de l'Athénée, Paris, 1953. L'Ennemi, théâtre des Bouffes-Parisiens, Paris, 1954. L'Ombre, théâtre Antoine, Paris, 1956. Demain n'existe pas, 1979. L'Automate, 1979-1980. L'Étudiant roux, 1993.

Journal Journal intégral Tome 1 de 1919 à 1940, Robert Laffont (bouquins), Paris, 2019, 1376 p. Tome 2 de 1940 à 1945, Robert Laffont (bouquins), Paris, 2021, 1408 p. Tome 3 de 1946 à 1950, Robert Laffont (bouquins), Paris, 2021, 1056 p. Tome 4 de 1951 à 1958, Robert Laffont (bouquins), Paris, 2025, 1216 p.

Journal, 1919-1998, 19 volumes. On est si sérieux quand on a 19 ans (journal 1919-1924), Fayard, 1993. I, Les Années faciles (1928-1934), Plon, 1938 ; édition augmentée traitant la période 1926-1934, Plon, 1970. II, Derniers beaux jours (1935-1939), Plon, 1939. III, Devant la porte sombre (1940-1943), Plon, 1946. IV, L'Œil de l'ouragan (1943-1945), Plon, 1949. V, Le Revenant (1946-1950), Plon, 1951. VI, Le Miroir intérieur (1950-1954), Plon, 1955. VII, Le Bel aujourd'hui (1955-1958), Plon, 1958. VIII, Vers l'invisible (1958-1967), Plon, 1967. IX, Ce qui reste de jour (1966-1972), Plon, 1972. X, La Bouteille à la mer (1972-1976), Plon, 1976. XI, La Terre est si belle… (1976-1978), Le Seuil, 1982. XII, La Lumière du monde (1978-1981), Le Seuil, 1983. XIII, L'Arc-en-ciel (1981-1984), Le Seuil, 1988. XIV, L'Expatrié (1984-1990), Le Seuil, 1990. XV, L'Avenir n'est à personne (1990-1992), Fayard, 1993. XVI, Pourquoi suis-je moi ? (1993-1996), Fayard, 1996. XVII, En avant par-dessus les tombes (1996-1997), Fayard, 2001. XVIII, Le Grand large du soir (1997-1998), Flammarion, 2006.