Glynn Stephen Lunney (né le à Old Forge et mort le à Clear Lake City) est un ingénieur en aérospatiale et directeur de vol américain de la National Aeronautics and Space Administration (Nasa).

Il est employé de la Nasa dès sa fondation en 1958 et devient directeur de vol des programmes Gemini et Apollo. Il assure cette fonction pendant les moments historiques des missions Apollo 11 et Apollo 13. Lors de l'achèvement du programme Apollo, il dirige le développement de la mission Apollo-Soyouz, première collaboration américano-soviétique dans l'espace. Il dirige ensuite le programme de la navette spatiale américaine avant de quitter la Nasa, en 1985, pour devenir vice-président de la société United Space Alliance.

Lunney est un personnage central du programme spatial américain depuis le programme Mercury jusqu'au programme de la navette spatiale américaine. Il reçoit plusieurs récompenses pour son travail, dont le National Space Trophy décerné par le Rotary en 2005. Christopher Kraft, le premier directeur de vol de la Nasa, décrit Lunney comme , disant qu'il est .

Biographie Enfance, études et début de carrière au Naca Glynn Stephen Lunney naît et grandit dans la ville minière d'Old Forge, dans le comté de Lackawanna, en Pennsylvanie. Il est le fils aîné de William Lunney, un soudeur et ancien mineur, qui encourage son fils à faire des études et à trouver un emploi loin des mines. Il est diplômé de l' en 1953.

Un intérêt d'enfance pour les modèles réduits d'avions amène Lunney à étudier l'ingénierie à l'université. Après des études à l'université de Scranton entre 1953 et 1955, il est muté à l'université du Detroit Mercy, où il s'inscrit au programme de formation en coopération du Lewis Research Center (futur Glenn Research Center) de Cleveland, dans l'Ohio. Ce centre fait partie du National Advisory Committee for Aeronautics (Naca), une agence fédérale américaine créée pour promouvoir la recherche aéronautique. Les étudiants formés en coopération de la Naca participent à un programme combinant travail et études, leur offrant ainsi la possibilité de financer leurs diplômes universitaires tout en acquérant une expérience en aéronautique. Lunney obtient son baccalauréat universitaire en sciences en génie aérospatial en .

Après l'obtention de son diplôme, Lunney reste au Naca. Il commence son travail en tant que chercheur en dynamique aérospatiale au Lewis Research Center, où il collabore avec une équipe chargée d'étudier la thermodynamique des véhicules lors de la réintégration à grande vitesse. À l'aide d'un bombardier Martin B-57, l'équipe envoie de petites roquettes dans l'atmosphère pour prendre des mesures.

Carrière à la Nasa Programme Mercury

vignette|gauche|, Glynn Lunney, Christopher Kraft et Charles W. Mathews, durant la mission Gemini 10 le .

À peine un mois après la fin de ses études, le président des États-Unis Dwight D. Eisenhower signe la création de la National Aeronautics and Space Administration (Nasa) dont dépend le Naca. Le moment est parfait car, comme Lunney le dit plus tard, . Lunney est rapidement transféré au centre de recherche Langley de Hampton, en Virginie, où il devient en membre du Groupe de travail sur l'espace, un organe chargé de la création du programme spatial habité de la Nasa. Âgé de vingt et un ans, il est le plus jeune des quarante-cinq membres du groupe. Sa première mission est avec le groupe de simulation du centre de contrôle de mission, qui planifie les simulations utilisées pour former les contrôleurs de vol et les astronautes à l'expérience encore inconnue du vol spatial habité.

Membre de la division des opérations aériennes, Lunney est l'un des ingénieurs responsables de la planification et de la création de procédures pour le programme Mercury, le premier programme spatial habité américain. Il prend part à la rédaction du premier ensemble de règles de mission, qui régissent les contrôleurs de vol et les astronautes. Après Mercury, Lunney devient, après Tecwyn Roberts, le deuxième homme à occuper le poste de responsable de la dynamique de vol (, FIDO) dans le Centre de contrôle Mercury, contrôlant ainsi la trajectoire de l'engin spatial et prévoyant les éventuels ajustements. Son collègue Gene Kranz le décrit comme . C'est au cours de ces années que Lunney devient le protégé du directeur de vol Christopher Kraft, une relation qui s'étendra sur une vingtaine d'années.

Lunney travaille à la fois dans le centre de contrôle de mission et sur des sites distants : pendant la mission Mercury-Atlas 6 de John Glenn, le premier vol spatial orbital américain, il exerce les fonctions de FIDO aux Bermudes. En , le Groupe de travail sur l'espace de la Nasa est réorganisé pour devenir le Manned Spacecraft Center (futur Centre spatial Lyndon B. Johnson) et s'installe à Houston, au Texas, où Lunney déménage. Là-bas, il devient responsable de la section logique mission et matériel informatique où il définit et supervise les besoins en matière d'information et d'affichage de la division de la dynamique de vol au sein du nouveau centre de contrôle de mission (le futur Centre de contrôle de mission Christopher C. Kraft Jr.).

Programme Gemini

vignette|Gene Kranz, Glynn Lunney, John Hodge et Christopher Kraft en .

Le programme Gemini constitue un pas en avant pour le programme spatial habité de la Nasa : la capsule Gemini est plus grande et plus avancée que celle du programme Mercury et elle est capable de contenir deux hommes pendant une mission pouvant durer jusqu'à deux semaines. En raison de la durée plus longue des missions, le centre de contrôle de mission commence à être occupé par équipes. En 1964, Christopher Kraft choisit Glynn Lunney et Gene Kranz pour le rejoindre lui et son adjoint, John Hodge, comme directeurs de vol. Âgé de vingt-huit ans à peine, Lunney est le plus jeune des quatre.

Lunney travaille comme équipe de secours sur Gemini 3, prenant en charge le centre de contrôle de mission nouvellement créé à Houston, à une époque où les vols sont toujours contrôlés depuis Cap Canaveral, en Floride. Sur Gemini 4, il travaille encore une fois comme équipe de secours, cette fois en Floride, pour la première mission entièrement contrôlée depuis Houston. Après avoir passé quelque temps sur des tests sans équipage pour le programme Apollo, il retourne au poste de directeur de vol pour Gemini 9, Gemini 10, Gemini 11 et Gemini 12.

Programme Apollo

Comme pour le programme Mercury, Lunney est impliqué dans le programme Apollo dès le début. Il prend en charge les essais du « boilerplate » de la capsule Apollo, dans le cadre du système d'abandon de mission Apollo au polygone d'essais de missile de White Sands. Cela a lieu pendant le programme Gemini et il est directeur de vol lors du premier vol d'essai sans pilote Saturn V, SA-501.

vignette|gauche|Glynn Lunney sur sa console lors d'Apollo 7 le .

Néanmoins, il n'est pas prévu pour servir de directeur de vol lors de la première mission Apollo habitée, plus tard rebaptisée Apollo 1. Lors du test de démonstration du compte à rebours ayant entraîné l'incendie d'Apollo 1, Lunney est à la maison en train de dîner avec l'astronaute William Anders et sa femme. Il est appelé au centre de contrôle de mission lorsque l'incendie se produit. Comme il s'en souvient, c'est . La mort des astronautes Virgil Grissom, Edward White et Roger B. Chaffee à la suite de l'incendie laissent Lunney et ses collègues de la Nasa de l'interrogation sur une possible faiblesse de la prise en compte des risques encourus dans leurs volontés de respecter le calendrier du président John Fitzgerald Kennedy consistant à poser un homme sur la Lune avant la fin de la décennie. , dit Lunney plus de trente ans plus tard, .

Lunney attire l'attention des médias en 1968, lorsqu'il est directeur de vol en chef sur Apollo 7, qui est finalement le premier des vols Apollo habités. Cette mission, qui a lieu après l'incendie d'Apollo 1, est un test important pour le programme Apollo et est particulièrement stressante pour les astronautes et les contrôleurs. Lunney a la responsabilité principale de traiter avec le commandant de la mission, Walter Schirra, qui a plusieurs fois discutés les ordres du sol. Bien que pressé par les journalistes lors de conférences de presse, Lunney reste diplomate et ne critique pas Schirra. En privé, cependant, il est exaspéré et assure plus tard à son équipe de jeunes contrôleurs que . Il fait également preuve de diplomatie à propos du commentaire sarcastique de Donn Eisele au Capsule Communicator (CAPCOM) selon lequel il . Le s'est avéré être celui de Lunney..

vignette|Trois directeurs de vol (Gerald D. Griffin, Gene Kranz et Lunney) se félicitent de l'amerrissage du module de commande d'Apollo 13, tandis que Robert Gilruth et Christopher Kraft, allume leurs cigares le .

En tant que directeur de vol, Lunney est connu pour sa bonne mémoire et sa capacité à réfléchir vite, traits qui peuvent parfois poser problème à son équipe de contrôleurs de vol. , a déclaré , un autre contrôleur, .

Lunney est de service en lorsque le module lunaire d'Apollo 11 atteint la surface de la Lune.

Lunney joue un rôle clé durant la crise d'Apollo 13. Une heure après l'explosion du réservoir d'oxygène qui menace la vie de l'équipage, Lunney et son équipe sont confrontés au défi sans précédent de devoir alimenter le module lunaire Apollo rapidement, tout en lui transférant des données de guidage et de navigation, puisque le module de commande et de service Apollo était en train de devenir hors service. Son excellente mémoire et sa vivacité d'esprit sont essentielles au succès de son équipe au cours des heures qui suivent. Ken Mattingly, l'astronaute qui a été écarté de l'équipage d'Apollo 13 en raison de la rubéole, qualifie plus tard la performance de Lunney de . Le lendemain de l’amerrissage d'Apollo 13, Lunney se joint à ses collègues directeurs de vol pour accepter la médaille présidentielle de la Liberté en tant que membre de l'équipe d'opérations de la mission Apollo 13. Le prix lui est remis par le président Richard Nixon lors d'une cérémonie au Manned Spacecraft Center le .

Apollo-Soyouz

vignette|gauche|La signature d'accord d'Apollo-Soyouz le à Moscou. Vladimir Kotelnikov et George Low (au centre) apposent leur signature tandis que Glynn Lunney (droite en costume à carreau) les observe.

En 1970, alors qu'il est toujours directeur de vol, Lunney est choisi pour faire partie d'une délégation de la Nasa en Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Celle-ci doit discuter de la possibilité d'une coopération entre les deux pays dans le domaine des vols spatiaux habités. Lunney, informé de ces plans lors d'une conférence début octobre, est peu à l'aise dans ce type d'échanges : . Le voyage a lieu fin octobre. Lors de son séjour à Moscou, Lunney présente aux ingénieurs soviétiques les techniques utilisées par la Nasa pour les rendez-vous orbitaux, ainsi que les modifications à faire pour réaliser un rendez-vous entre les vaisseaux spatiaux américain et soviétique. L'accord technique qu'il aide à rédiger jette les bases de la mission qui deviendra Apollo-Soyouz (, ASTP). Il s'agit d’une mission conjointe, dont le point culminant est un amarrage entre un vaisseau spatial américain Apollo et un Soyouz soviétique.

Lunney est nommé directeur technique d'Apollo-Soyouz l'année suivante. En tant que directeur technique, il effectue plusieurs autres voyages en Union soviétique, aidant à négocier l'accord en dix-sept points qui devait régir la conduite de la mission. Il participe également à des groupes de travail à Houston pour traiter les détails techniques du projet. Selon un article du New York Times, il suit des cours de russe pour mieux se préparer au rôle.