Anawim, littéralement les pauvres de Yahvé en hébreu, est une expression régulièrement utilisée dans les Saintes Écritures.

Origine et signification du mot thumb|Luc 13, Évangéliaire copte-arabe, 1250. La pauvreté chez les Hébreux ne signifie pas seulement le manque de ressources matérielles, ou d'argent (rash en hébreu), elle contient l'idée de petitesse et d'abaissement et concerne aussi le caractère de la personne, son être profond et plus encore ce terme désigne une attitude de pauvreté spirituelle face à DieuGilles-D Mailhiot, Les Psaumes: Prier Dieu avec les paroles de Dieu, .

En hébreu, le singulier anawah est utilisé par les prophètes (Sophonie, Amos), dans les Psaumes, et par Marie dans le Magnificat : les pauvres de Dieu, c'est-à-dire les « courbés », les « inclinés », les petits, les faibles, les humbles, les affligés, les doux. Le dominicain Bernard Bro rapporte les propos d'un théologien et exégète selon lequel dix ans d'études bibliques ne suffiraient pas pour éclaircir cette notion, cette idée, répondant à la question de savoir pourquoi seuls les pauvres d'Israël pouvaient accueillir Dieu.

Le mot Anaw en hébreu signifie à la fois pauvreté et douceur. Les deux mots en hébreu ’ani et ’anu sont issus d’une même racine ענה (’anah) qui signifie « s'occuper de », « se tourmenter » mais aussi « être humilié, affligé » ou encore «être courbé, être abaissé»En hébreu, ענו ('anu), malheureux/doux ; ענוח ('anuwah), douceur, humilité, bonté ; עני ('ani), malheureux/humble/doux. Il s'agit ici de la même racine, fléchie en ענו ou עני. Ces termes ont pour origine la racine nh qui signifierait le fléchissement avec idée d'infériorité, ani étant le pauvre courbé, le pauvre rabaissé, le pauvre opprimé. Anaw souvent confondu avec Ani serait un mot plus récent, un concept plus religieux voire moral (avec idée de piété et de douceur) lequel contiendrait en supplément l'idée d'« humilité ». Le mot Oni de la même racine signifie l'oppression, la misère et l'affliction.

Any / aniyim : pauvreté matérielle, nécessiteux, et misérables. Anu et anawim : humbles et doux

(peut-être aussi pauvres en grâces naturelles : ex. aveugle) . anouwt est un substantif hébreu utilisé une seule fois dans toute la Bible pour désigner l'humilité de Moïse, le plus humble de tous les hommes.

en grec, ce mot est traduit dans le Nouveau Testament par trois termes : doux : πραύς (praus) craintif : πτώξ, gén. πτωκός (ptôx, gén. ptôkos) humble, humilié : ταπεινός (tapeinos)

en latin : humilitas et non paupertas.

En Israël vivent : Les ebionim (le mouvement Ébonite, des juifs adeptes de Jésus, en reprendra le nom dès le ) : c’est le pauvre en train de mendier. Les dallim, les prolétaires, le « pauvre en son état de maigreur », totalement dépourvu de ressources. Les anawim sont les humiliés, les opprimés de toute sorteBIBLIA , Les prophètes Amos et Osée, 13.

Un pauvre crie ; le Seigneur entend : il le sauve de toutes ses angoisses :

Le Seigneur regarde les justes, il écoute, attentif à leurs cris....

Le Seigneur entend ceux qui l'appellent : de toutes leurs angoisses, il les délivre.

Il est proche du cœur brisé, il sauve l'esprit abattu.

Mentions des Anawim dans les textes sacrés

Les Anawim dans l'Ancien Testament thumb|Georges de La Tour, Job.Les prophètes leur ont promis le Royaume :

« Je laisserai en toi un peuple petit et faible qui t'abritera dans le nom de Yaweh » (Sophonie, 3, 12) « Cherchez Yaweh, vous tous humbles du pays, qui exécutez sa volonté » (Sophonie 2, 3).

Dans l'Ancien Testament, Job, Judith étaient des anawim.

« Ta force n'est pas dans le nombre, ni ta puissance dans les forts, mais tu es le Dieu des humbles, le secours des petits, protecteur des faibles, le défenseur des abandonnés, le sauveur des désespérés » (Judith 9, 11).

Les pauvres de Dieu l'invoquent au cœur de la misère, face à la mort, au danger, au malheur, à leurs ennemis, dans la détresse, puis exaucés le louent et le chantent. Ce combat avec Dieu est au cœur des Psaumes de David. Jacob, comme Job, les 'anawim luttent avec Dieu : « J'étais faible, tu m'as sauvé » (Psaume)Hans-Ruedi Weber, Janine Philibert, Voici Jésus l'Emmanuel: la venue de Jésus dans l'art et la Bible, . La pauvre veuve de Sarepta est visitée par le Prophète Élie. Les anawims sont visités par les anges, comme Tobie ou Daniel.

Isaïe en parle à plusieurs reprises pour les associer (11,4)Texte hébreu de la Blue Letter Bible, ) à l'idée de la justice véritable : Le Messie promis fera justice en discernant riches et pauvres, doux et violents, comme David le fit dans les Psaumes et en favorisant la pauvreté matérielle ou morale. « Il ne jugera pas d'après les apparences, il ne tranchera pas d'après ce qu'il entend dire. Il jugera les petits (Le mot dallim, signifie aussi pauvres au sens materiel) avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres (anawim signifie aussi doux et humbles) du pays. »

Les humbles se réjouiront de plus en plus dans le Seigneur, les pauvres gens exulteront à cause du Dieu Saint d'Israël. Car ce sera la fin des tyrans, ceux qui se moquent de Dieu disparaîtront, et tous les gens empressés à mal faire seront exterminés C'est surtout dans le Livre des Psaumes qu'on retrouve très souvent ce mot dont l'étude est une clef de lecture. Le roi David était un berger, comme Amos. Pour les Juifs de Qumrân (puis selon Jean) s'opposent les fils de la Lumière et ceux des Ténèbres ainsi les anawims s'opposent-ils aux violents, puissants, riches et aux orgueilleux qui gardent la nuque raide et ne se courbent pas. C'est eux qui seront victorieux. A Qumrân, cependant, on observe une dérive sectaire de la notion de 'AnawîmClaude COULOT, Un jeu de persuasion sectaire : Le commentaire du Psaume 37 découvert à Qumran, Revue des sciences religieuses, 77 (2003), 544-551, 581, 583.

Les anawim dans l'Évangile thumb|right| Retour du Fils Prodigue, Rembrandt.

La Bonne Nouvelle est portée aux Pauvres, c'est-à-dire aux anawim : Jésus l'affirme dans la synagogue de Nazareth en ouvrant le rouleau d'Isaïe (61, 1) : « Πνα Κυ ἐπ' ἐμέ οὗ εἵνεκεν ἔχρισέν με εὐαγγελίσασθαι πτωχοῖς ἀπέσταλμαι : L'Esprit du Seigneur sur moi, du fait qu'il m'a oint pour porter la bonne nouvelle aux pauvres » Luc, 4, 18, en hébreu ענו anaw.

Saint Jacques parle des pauvres moissonneurs courbés pour faire la moisson et privés de leur salaire opprimés par les riches mais aussi de la veuve et de l'orphelin : ceux qui restent pauvres face à la vie, sans appui, sans défenseur que Dieu et crient vers lui nuit et jour comme Anne la prophétesse. Les disciples de Jésus, de pauvres pécheurs de Galilée, les bergers, Joseph le charpentier, la pauvre veuve indigente mettant dans le tronc une obole, la pauvre veuve réclamant quotidiennement justice auprès du Juge, le pauvre Lazare, les pauvres aveugles, boiteux, paralytiques, lépreux, et enfin la Sainte Vierge Marie, la pauvre de YawehF. Manns, Structure et sens du Magnificat, sont des anawimVoir Charles de Foucauld, Méditations sur l'Évangile, Jean-Paul II, en lien externe. L'attitude du publicain courbé devant Dieu, du lépreux prosterné dans une attitude pleine d'humilité face à l'orgueil du pharisien ou à l'ingratitude des autres lépreux montrent encore qu'il s'agit d'anawim. Zachée est riche, mais petit de taille. Ce concept de pauvreté qui insiste sur l'attitude du cœur est au fondement des Béatitudes : « Heureux vous, les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à vous ». Doux, humbles, miséricordieux, affligés, persécutés, pauvres en esprit (anawre ruah et ruah anaw dans les documents de Qumrân) sont invités au bonheur et à la joie comme dans les Proverbes ou Isaïe« Les doux (anawil) augmenteront la joie dans le Seigneur et les pauvres des hommes se rejoueront dans le Sein d'Israël » Isaie XXIX, 19 - « Les doux posséderont la terre et se divertiront de la plénitude de la paix » Ps.37, 11. L'attitude du publicain dans la parabole du publicain et du pharisien (Luc 18:9-14) est celle du pauvre par excellence. thumb|left|Le publicain, se tenant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine, en disant : " Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! " Dans la parabole du Fils Prodigue le fils connaît successivement ces trois aspects de la pauvreté. Le fils parti au loin devient tout d'abord pauvre matériellement, ani, pauvre et affamé, maigre et opprimé c'est-à-dire dal, ebion un mendiant lorsqu'il rentre chez son père, il se fait pauvre moralement en demandant de devenir un simple serviteur et il devient un anaw. C'est l'image évangélique du sacrement du la confession. Dans Matthieu (apôtre) 11, on retrouve ce fait que la Bonne Nouvelle est révélée à ceux qui sont courbés, c'est-à-dire à dire peinant sous le poids d'un fardeau. D'après certaines interprétations il s'agirait d'un sens figuré, celui de la Loi et de ses observances mais en fait le verbe κοπιάω signifie « travailler dur » et φορτίζω charger un fardeau d'où « être chargé d'un fardeau », ployer sous le fardeau ; certains protestants traduisent νήπιοις par « pauvres en esprit » et non par « enfants ». Jésus le pauvre fils du charpentier, et le bon pasteur des brebis, est en se définissant comme « doux et humble de cœur », le premier et le chef des anawim de anav, terme qui signifierait aussi douceur et humilité.

thumb|La Vierge Marie est la première des anawim.

Les anawim dans la tradition chrétienne

Le concept de pauvreté est resté fondamental. Tous les ordres religieux font vœu de pauvreté, qui est élevée au rang de vertu chrétienne de même que l'humilité.

Par exemple, François d'Assise est surnommé « il Poverello » (le Petit Pauvre) : « Dame sainte Pauvreté, que le Seigneur te garde, avec ta sœur, sainte Humilité » (Salutation des Vertus). Charles de Foucauld en fait le fondement de la vie fraternelle : « Ne méprisons pas les pauvres, les petits... Ne cessons jamais d'être en tout des pauvres, des frères des pauvres, des compagnons des pauvres, soyons les plus pauvres des pauvres comme Jésus, et comme lui, aimons les pauvres et entourons-nous d'eux. »Charles de Foucauld, Méditations sur l'Évangile, 263 (in Œuvres spirituelles, Seuil 1958, ),

La prière de l'Ave Maria est une prière typiquement lié à ce concept : « Sainte Mère de Dieu priez pour nous pauvres pécheurs ». Il s'agit de l'attitude de prière propre aux anawim et non d'une pauvreté matérielle.

La Vierge Marie est la première des anawim comme Jésus est le chef des anawims. Dans le Magnificat, le Père Mann traduit « Il a jeté les yeux sur son humble servante » par « sur la pauvreté de sa servante »; traduisant ainsi le mot grec « tapeinosis » par pauvreté relativement à la condition sociale de Marie, celle des anawims et non de sa vertu mais la majorité des traducteurs traduisent ce mot par « humilité »Marie De Nazareth. analyse du Magnificat. les anawims. voir aussi * Voici Jésus l'Emmanuel: la venue de Jésus dans l'art et la Bible Par Hans-Ruedi Weber, Janine Philibert.

Sainte Thérèse de Lisieux surnommée « la petite Thérèse », Sainte Bernadette Soubirous ramassant du bois près du Gave de Pau et choisie parce qu'étant la plus pauvre, la bergère Benoîte Rencurel sont aussi des anawims.

thumb|Jésus-Christ avec saint Jean l'évangéliste, fresque du , Géorgie.

Citations Bienheureux sont les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux. »

Matthieu dit : « Pauvres en esprit. »—Luc (vi, 20) dit plus justement : « Pauvres, » car ces pauvres et doux des Évangiles répondent certainement au mot hébreu anawim (pluriel à'anaw).

Dans le Pentateuque, dans les Prophètes et dans les Psaumes, anaw signifie à la fois pauvre et doux.

« Or, cet homme (Moïse) était très doux et très humble (anaw), le plus doux et le plus humble qu'aucun homme qui fut sur la terre. » (Nombres, xu, 3.) « Les doux (anawim) posséderont la terre et se divertiront de la plénitude de la paix. »(Psaume xxxvn, 11.)