L’histoire est à la fois l'étude et l'écriture des faits et des événements passés quelles que soient leur variété et leurs complexités. L'histoire est également une science humaine et sociale. On désigne aussi couramment sous le terme d'« histoire » (par synecdoque) le passé lui-même, comme dans « les leçons de l'histoire ». L'histoire est par ailleurs un récit écrit par lequel les êtres humains, et plus particulièrement les historiens, s'efforcent de faire connaître les temps révolus.
Ces tentatives ne sont jamais entièrement indépendantes de conditionnements étrangers au domaine telle que la vision du monde de leur auteur ou sa culture, mais elles sont censées être élaborées à partir de sources plutôt que guidées par la spéculation ou l'idéologie. Lorsqu'il s'agit de l'histoire de l'humanité dans son ensemble, le mot s'écrit possiblement avec une majuscule.
Au cours des siècles, les historiens ont façonné leurs méthodes ainsi que les champs d'intervention, tout en réévaluant leurs sources, leur origine et leur exploitation. La discipline universitaire d'étude et écriture de l'histoire, y compris la critique des méthodes, est l'historiographie. Elle s'appuie sur diverses sciences auxiliaires complétant selon les travaux menés la compétence générale de l'historien. Elle reste malgré tout une construction humaine, inévitablement inscrite dans son époque, susceptible d'être utilisée en dehors de son domaine, notamment à des fins d'ordre politique.
Étymologie
Le mot vient du grec ancien , signifiant « recherche, connaissance acquise par l'enquête, récit », qui lui-même vient du terme , « qui connaît, juge, historien ». C'est notamment dans les Enquêtes () d'Hérodote que le terme prend son sens fondateur en grec. Ce mot d'origine ionienne dérive selon toute vraisemblance de la racine indo-européenne « *wid- » qui signifie « voir » ou, par extension, « savoir pour avoir vu »Jean Leclant (dir.), Dictionnaire de l'Antiquité, page 1075, article « Historiographie grecque », édition PUF, 2005..
Le mot est introduit en français au début du avec le sens de « relation des événements marquants d'une vie, d'un règne » ou de « chronique d'un peuple »« Cy fault l'istoire de Bretons / Et la lignie des Barons » ; Wace, Roman de Brut, v. 1150.. Il prend aussi le sens général d'histoire (au sens de récit), polysémie qu'il a conservée en français comme en allemand. C'est à partir du , comme peut en témoigner l'usage qu'en fait Brunetto Latini dans son Livre dou Trésor, que le terme commence à recouvrir le sens de « récit historique »Le Trésor « Traite dou comencement dou siecle, et de l'ancieneté des vielles istores et de l'establissement dou monde et de la nature de toutes coses en some. » Francis J. Carmody (éditeur), Genève, Slatkine Reprints, 1975, .. Au Moyen Âge, la forme ordinairement employée du mot était « Estoire ». Ce n'est qu'à partir de la Renaissance que l'on reviendra à la graphie antiqueOscar Bloch et Walther von Wartburg (dir.), Dictionnaire étymologique de la langue française, article « Histoire », PUF, 1932, 2004 pour la présente édition..
Le mot connaît de nombreuses dérivations. L'année 1213 voit ainsi la première occurrence des termes d'historien et d'historiographe (emprunt au latin historiographus). Le verbe désuet « historier » apparaît au , et l'adjectif « historique » en 1447 (emprunt du latin historicus, lui-même emprunt du grec historikos). Le diminutif « historiette » remonte à 1657 (premier emploi par Tallemant des Réaux dans le titre d'un de ses ouvrages)Oscar Bloch et Walther von Wartburg, Dictionnaire étymologique de la langue française , articles « Histoire », « Historier », « Historiographe » et « Historique ».. L'essor du vocabulaire savant du et du donne naissance à des termes plus spécialisés comme préhistoire (en 1872) et anhistorique.
Lorsqu'il s'agit de l'Histoire de l'humanité dans son ensemble, le mot peut s'écrire avec une majuscule..
Premiers textes historiques
vignette|droite|Hérodote et Thucydide, musée archéologique de Naples. La connaissance des faits historiques est assurée par la tradition orale. Selon Georges Lefebvre, « les premiers historiens, en ce sens, furent probablement des poètes »Georges Lefebvre, La naissance de l'historiographie moderne, Flammarion, 1971, .. Cette mémoire prend des formes variées. Ainsi, chez les Merina de Madagascar, Michel de Certeau décrit les teiarana (anciennes listes généalogiques) puis les tantara (l'histoire passée) comme un « héritage des oreilles » (lovantsofina) ou une « mémoire de la bouche » (tadidivava)Michel de Certeau, L'écriture de l'histoire, , Gallimard, 1975, ..
Avec l'invention de l'écriture apparaît le récit historique, production spontanée encore indépendante des exigences méthodologiques qui définiront ultérieurement la discipline historique. Les premières chroniques sumériennes remontent au début du III millénaire av. J.-C. et tendent à s'affranchir des cadres mythologiques à partir du millénaire suivant. Il s'agit de renseignements utiles aux dynasties, de listes décrivant année par année les événements d'un règne (celui d'Hammurabi), d'un État (Mari), voire, dans le cas de la chronique synchronique, de plusieurs États (la Babylonie et l'Assyrie). La vocation de ces listes est mémorielle et didactique, mais elles ne sont pas exemptes d'un certain parti pris. Il s'agit de transmettre à la postérité, sous un jour favorable, les faits et gestes du souverain commanditaireFrancis Joannè, Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne - Chroniques, édition Bouquins,. Cette fonction de légitimation se retrouve encore au av. J.-C. Le Cylindre de Cyrus présente ainsi Cyrus le Grand comme un bienfaiteur des habitants de Babylone, ayant amélioré leurs conditions de vie, rapatrié les populations déplacées et restauré les temples et lieux de culte à travers la Mésopotamie.
L'histoire en Grèce antique ajoute à ces motivations des préoccupations d'ordre littéraire et scientifique comme en témoignent les œuvres d'Hérodote, de Thucydide et de Polybe. Hérodote (-484 ou -482, -425) est un savant grec qui parcourt durant sa vie l'Égypte actuelle et le Moyen-Orient, allant jusqu'à Babylone. Dans ses Enquêtes, il veut faire œuvre de mémorialiste et raconte des événements récents, les guerres médiques, . Il se place donc dans une perspective historique qui fait qu'on a pu le qualifier de Cicéron, De legibusI, 1, 5..
Tandis qu'Hérodote fait souvent figure d'initiateur du récit historique, Thucydide (vers -460 - vers -400) est le premier à se soucier explicitement de méthode, avec un enjeu de recherche de la « vérité », et non plus simplement de « mémoire » et de transmission. Dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, il s'attache à relater les causes de la guerre, les faits déclencheurs, puis il raconte chronologiquement cette guerre, restant au plus près des événements, afin de donner un portrait fidèle de ce conflit qu'il considère être fondamental dans l'histoire du monde et qu'il veut expliquer aux générations futures. Il a également une vision profondément rationnelle des faits, ne voyant pas dans l'enchaînement de ceux-ci l'intervention des dieux mais la conséquence des actions des hommes.
Il reste peu de choses des œuvres historiques grecques postérieures à celle de Thucydide : aussi bien les œuvres de Timée, d'Éphore de Cumes, rédacteur en -340 de la première histoire du monde, que celles des « historiens d'Alexandre » ne subsistent que de manière fragmentaire. La principale étant celle de Polybe : son histoire en cinquante livres, ayant l'ambition de traiter l'histoire du monde antique de -220 à -150, avec comme point de repère l'ascension de la République romaine. La méthode de Polybe, tout comme celle de Thucydide, se veut rigoureusement rationnelle et « pragmatique » : il interroge les survivants, se rend sur les lieux des événements décrits, etc. De cette œuvre très vaste, qui anticipe sur les grandes synthèses historiques modernes, un tiers, tout au plus, a survécu.
Avec l'avènement de l'Empire romain, la discipline historique tend à perdre de son indépendance et à ne devenir qu'un moyen au service d'une fin politique (chez Tite-Live) ou morale (chez Salluste). Dictionnaire de l'Antiquité : Mythologie, littérature, civilisation, sous la direction de M. C. Howatson, article « Historiographie », Robert Laffont, collection Bouquins, 1998, p. 508-509.. Cette tendance de la discipline a pu être qualifiée d'« histoire pragmatique »Georges Lefebvre, La naissance de l'historiographie moderne (1946), Nouvelle Bibliothèque scientifique, Flammarion, 1971, p. 20-21..
Le seul traité historiographique qui ait été conservé de l'Antiquité est celui de Lucien de Samosate : Comment l'on écrit l'histoire. Dans cette critique sévère des historiens de son temps, il écrit notamment : ., et .
Si les auteurs chrétiens réduisent l'histoire à un rang d'auxiliaire de la théologie, ils tiennent néanmoins cette discipline en grande estime, et lui permettent de survivre à la disparition de l'Empire romain d'Occident : en témoignent les œuvres d'Eusèbe de Césarée, d'Isidore de Séville, ou de Bède le vénérable. Parallèlement se maintient une histoire séculière sous la forme de chroniques, telle que celle d'Éginhard.
La pratique se maintient au sein de l'Empire byzantin avec les chroniques impériales. En Orient, elle trouve également un prolongement dans les premiers efforts de mise par écrit et de transmission de la révélation coranique, puis dans les récits consacrés à la vie de Mahomet et de ses compagnons. Ces traditions narratives jouent un rôle important dans l'élaboration des débats théologiques et juridiques. Plusieurs madhhabs sunnites considèrent notamment les usages des habitants de Médine à l'époque du Prophète comme un modèle de conduite conforme aux principes de l'islam. La première biographie écrite sur Mahomet aurait été celle d'Urwah ibn al-Zubayr (en) (mort en 713) petit-fils d'Abu Bakr, fils d'Asmaa bint Abu Bakr et de Zubayr ibn al-Awwam, deux compagnons de Mahomet. Il aurait rédigé cette biographie en se basant sur les témoignages de plusieurs autres compagnons de Mahomet.
L'une des premières grandes entreprises de documentation historique dans le monde musulman concerne la Rébellion des Zanj au . Des historiens comme Al-Tabari et Al-Mas'ûdî ont contribué à préserver le souvenir de cet événement par un important travail de collecte et de transmission des récits. La tradition historiographique arabe se caractérise notamment par l'importance accordée à l l’isnad, la chaîne de transmission permettant d'évaluer l'origine des informations rapportées, ainsi que par la volonté de conserver l'ensemble des traditions disponibles, quitte à laisser aux générations ultérieures le soin d'en apprécier la fiabilité. Cette approche demeure jusqu'à Ibn Khaldoun qui, au , introduit une méthode plus critique dans l'examen des sources historiques.
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