L’histoire de Chypre est celle d'une île méditerranéenne située au carrefour de l'Europe, du Levant et de l'Afrique.
L’île de Chypre, que les anciens Égyptiens nommaient « Alachia », les anciens Assyriens « Iatnana » et les Phéniciens « Enkomi », fut dès l’Antiquité au carrefour d’importants courants commerciaux, assimilant au fil des siècles différentes cultures provenant de la Crète minoenne, de la Grèce mycénienne et de tout le pourtour du bassin Levantin. Son nom grec de « Kupros » (« Κύπρος ») signifie cuivre, en référence aux importants gisements de ce métal, qui assurèrent sa renommée et sa prospérité dans l’ensemble du bassin méditerranéen.
Après avoir été longtemps indépendante et autonome sous l'autorité de rois placés à la tête de dix cités-royaumes, Chypre devient au l’enjeu de guerres entre les Perses et les Grecs. Elle reste perse, puis passe sous le sceptre d'Alexandre le Grand, et, après sa mort, sous celui des Ptolémées d'Égypte. Cette période hellénistique inaugure l’hellénisation de l’île, qui reste majoritairement de culture grecque sous la domination romaine qui débute en . Chypre est déjà chrétienne lors de la division de l'Empire romain en 395 par laquelle elle devient byzantine ; elle est conquise par les Francs en 1192, échoit aux Vénitiens en 1489, aux Turcs ottomans en 1571 et aux Britanniques en 1878 (jusqu'en 1960).
Aujourd'hui, l'île de Chypre est peuplée d’environ ; les Chypriotes grecs restent majoritaires tandis que les Chypriotes turcs, toujours minoritaires, augmentent leur proportion et sont presque seuls dans la partie nord de l'île, occupée par la Turquie depuis 1974 ; les Britanniques pour leur part conservent des enclaves militaires sous souveraineté de la Couronne. La partition de Chypre de facto en deux entités, séparées entre elles par la « ligne verte » également appelée « ligne Attila », sépare désormais aussi les deux communautés.
Préhistoire thumb|Squelette d'hippopotame nain de Chypre, une espèce endémique de l'holocène atteinte de nanisme insulaire. thumb|left|150px|"Dame de Lemba", calcaire. mil. AEC, Musée de Chypre, Nicosie. Peuplement au Néolithique Des témoignages archéologiques indiquent que l'île de Chypre a connu des visites maritimes sporadiques de chasseurs-cueilleurs de l'Épipaléolithique il y a plus de 12 000 ans, suivies par des établissements permanents au début du Néolithique Alexandros Heraclides, Aris Aristodemou, Andrea N. Georgiou et al., Palaeogenomic insights into the origins of early settlers on the island of Cyprus, 14, 9632, Scientific Reports, volume, 26 avril 2024, doi.org/10.1038/s41598-024-60161-z. Un établissement Néolithique précéramique A sur l'île est attesté sur le site d'Ágios Týchonas-Klimonas, daté entre et AP Bruno Ariano, Valeria Mattiangeli et al., Ancient Maltese genomes and the genetic geography of Neolithic Europe, cell.com, 18 mai 2022, doi.org/10.1016/j.cub.2022.04.069. La population de cet établissement primitif était composée de chasseurs-cultivateurs. Les quelques squelettes étudiés semblent montrer que ces premières populations tiraient environ 80 % de leur ascendance d'Anatoliens centraux néolithiques acéramiques résidant dans ou à proximité de la plaine de Konya, et le reste de leur ascendance d'une population levantine. L'obsidienne importée trouvée sur les premiers sites du Néolithique pré-céramique est également caractérisée géochimiquement comme provenant d'Anatolie centrale.
Les villageois de la cultivaient des céréales introduites depuis le Levant ; la viande provenait de la chasse du seul ongulé existant sur l'île : un petit sanglier endémique. Les derniers hippopotames nains de Chypre sont chassés probablement vers -7000. Par la suite, les humains introduisent sur l'île des daims (non domestiqués), des caprins, des ovins.., des souris, des rats, des chats et des petits chiens domestiques..
Le néolithique chypriote est notamment connu par le site de Choirokoitia occupé entre 7000 et 4000 ans av. J.-C., classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO.
Âge du bronze vignette|droite|Lingot de cuivre chypriote de la période minoéenne. vignette|droite|Moyen Orient avant notre ère. Une civilisation originale se développe sur l'île à l'âge du cuivre, au carrefour des voies de navigation entre le Proche-Orient et le monde méditerranéen, grâce entre autres à la présence de minerais de cuivre dans son sol, qui font l'objet d'extraction minière à partir de -. Le nom de ce métal précieux (cyprum en latin) reste à jamais associé à celui de l'île, qui en est l'un des principaux gisements facilement accessibles du monde méditerranéen.. A l'époque cananéenne du Bronze ancien le commerce maritime prend son essor et fait la réputation de l'île.
Vers -2400 les archéologues observent une évolution notable dans le mode de vie des chypriotes : les huttes et cabanes individuelles mésolithiques à une seule pièce laissent progressivement place à des villages plus complexes, pourvus de maisons allongées en pierre à plusieurs salles ; en même temps se développe l'artisanat du métal (notamment du cuivre), le labour et l'enterrement rituel des morts dans des cimetières collectifs.
Dès -2100-1900, la population s'installe sur les côtes nord (Vounous, Lapithos) et sud (Limassol) et de grandes nécropoles se développent dans lesquelles on a retrouvé de nombreuses poteries : vases avec figures humaines et têtes d'animaux, cruches à grands cols, bols accolés. Les figures de terre cuite évoquent une vie rurale et des scènes cultuelles.
C'est à cette époque qu'apparaissent les premiers textes écrits dont les caractères ressemblent à ceux du linéaire A crétois ; on parle d'écriture cypro-minoenne dans laquelle on distingue au moins trois syllabaires différents.
Entre -1900 et -1600, les sites habités se multiplient et certains sont même fortifiés, comme Krini et Dhikomo.
Le bronze récent (1600-1200) commence par de nombreuses destructions de sites, avant qu'en bordure de mer, de nouveaux sites se développent comme Enkomi, DromolaxiáSite du monastère de Hala Sultan : The New Swedish Cyprus Expedition - P. M. Fischer, « The New Swedish Cyprus Expedition 2010. Excavations at Dromolaxia Vizatzia/Hala Sultan Tekke. Preliminary results » in OpAthRom, vol. 4 (pages 69-89, 2011) et 5, 2012., Kition, Agia Irini, Morphou ou Paphos. C'est à cette époque que de solides relations commerciales avec les continents se développent, faisant émerger des cités portuaires prospères. Le terme égyptien d'Alashiya est utilisé par les partenaires commerciaux pour désigner tout ou partie de l'île.
L'influence syrienne est importante dans le domaine religieux. On construit des temples orientaux dans les villes et les sacrifices d'animaux sont courants. Dans ces vastes ensembles architecturaux, on trouve une grande salle à piliers, un autel en plein air, des tables à offrandes et libations, des ateliers et des réserves car les temples sont aussi des lieux économiques. Les tombeaux sont utilisés par plusieurs générations d'une même famille et sont groupés à l'écart des habitations et marqués par un tumulus de terre. Ce sont des tombes à fosse (Tholoi) creusées dans la roche et précédées d'un couloir qui conduit à l'entrée du tombeau.
Après une période de paix assez longue, peu avant 1200 l'île est le théâtre de destructions nombreuses. Les habitations s'entourent de murailles. On attribue ces destructions aux peuples de la mer dont le pillage est la principale ressource. et qui, étant d'origines diverses, sont difficiles à identifier..
Âge du fer Le fer supplante progressivement le cuivre (plus accessible mais moins pratique) dans la bijouterie, l'artisanat puis l'industrie agricole à partir de -1050, sans doute sous l'influence des autres cultures méditerranéennes.
L'île de Chypre est progressivement divisée à partir de l'âge du fer en cités-États qui remplacent les structures politiques de l'âge du bronze.
Antiquité
thumb|Cruche antique de la période géométrique. constitue un carrefour où s'enracinèrent des éléments artistiques de Mésopotamie, d'Égypte, de Phénicie, et enfin de la Grèce et de Rome ; sa situation la met au confluent des grands courants de civilisation. Les fouilles ont apporté la lumière sur cette culture mixte. Haute Antiquité La période allant de la Préhistoire () à la guerre de Troie, révèle à la fois les influences égéennes et celles de l'Orient.
Vers -1050, des colons grecs s'installent sur l'île et fondent des cités-États. Le fer supplante progressivement le cuivre (plus accessible mais moins pratique) dans la bijouterie, l'artisanat puis l'industrie agricole, sans doute sous l'influence des autres cultures méditerranéennes.
Le nombre de cités que comptait l'île a peut-être varié au cours de l'histoire. La plus ancienne liste, datée de -707, en dénombre sept. et il en aurait existé un maximum de quinze selon l'historien David RuppCannavò (2008), 38, et une inscription du roi assyrien Assarhaddon en 673-672 avant Jésus-Christ dénombre. :
vignette|upright=1.5|Les dix cités-royaumes de Chypre, telles que proposées par l'historien David Rupp. Paphos, Πάφος (grec) ; Salamine, Σαλαμίς (grec) ; Soles, Σόλοι (grec) ; Kourion, Κούριον (grec) ; Chytri, Χῦτροι (grec) ; Kition, Κίτιον (gréco-phénicienne) (Larnaca) ; Amathonte, Ἀμαθούς (gréco-Eteocypriote) ; Idalion, Ἰδάλιον (grec) (près de la cité de Dali / Dhali) ; Ledrai, Λῆδραι (grec) ; Tamassos, Ταμασσός (grec).
La période qui va du au (découpée en , du fait des décorations des poteries de cette époque, et ) témoigne de la rencontre du courant syro-phénicien et du courant hellénique et de contacts avec la côte anatolienne (Cilicie) ; la troisième, gréco-romaine, de l’emprise totale de la Grèce depuis le . Chypre est la seule partie du monde grec où l'écriture linéaire B perdure après les hypothétiques invasions doriennes du et pendant les Siècles obscurs, période de troubles et de changements pour l'antique civilisation grecque.
L'île est encore clairement à l'écart du monde grec à l'époque d'Homère : aucun combattant de l'Iliade n'en est issu (grec comme troyen), et l'île n'est mentionnée qu'une poignée de fois, essentiellement comme lieu associé à la déesse Aphrodite, perçue comme orientale et défendant les Troyens..
Domination perse et époque classique Après avoir été longtemps indépendante et autonome sous l'autorité de rois placés à la tête de dix cités-royaumes (Salamine, Kition, Amathonte, Kourion, Idalion, Palaipafos, Marion, Soles et Tamassos) situés dans l'île même, Chypre devient au l'enjeu de guerres entre les Grecs et les Perses, qui envahissent l'île à tour de rôle, avec un avantage pour la Perse. Finalement l'île est intégrée à l'empire achéménide, qui y impose sa culture..
Les Grecs qui avaient alors pour objectif d'éliminer les Perses de l'ensemble des îles grecques, n'y parvinrent, partiellement, que lorsque la flotte athénienne de Cimon conquit Marion, libéra Soles et assiégea Kition. Les villes sont reprises et l'île reste sous la domination de la Perse.
Évagoras roi de Salamine se rebella contre la Perse mais il fut contraint de signer un traité de paix après une longue guerre.
Période hellénistique Après la période perse (-480-310), l'île passe sous la domination d'Alexandre le Grand, et, après sa mort, sous celle des Ptolémées d'Égypte. L'époque hellénistique (-310-10) inaugure l'hellénisation de l'île, qui, plus de deux millénaires après, reste encore majoritairement de culture grecque.
Durant la période ptolémaïque, l'île sert principalement comme base militaire mais elle est si bien exploitée qu'elle est au cœur d'un commerce prospère, incluant bien sûr toujours le cuivre mais aussi le bois, les olives et le blé.
Domination romaine et christianisation thumb|Province romaine vers 120.