Uta Frith, née Uta Aurnhammer le à Rockenhausen, est une psychologue du développement allemande, professeure émérite de psychologie de l'institut des neurosciences cognitives de l'University College de Londres.. Pionnière dans l'étude de la dyslexie et de l'autisme, elle a écrit de nombreux livres sur ces sujets. Son ouvrage L'Énigme de l'autisme traite des neurosciences cognitives en relation avec l'autisme.

Biographie Uta Frith naît, durant la Seconde Guerre mondiale, en 1941 à Rockenhausen, en Allemagne et grandit à Kaiserslautern où elle fait ses études secondaires. Elle étudie l'histoire de l'art à l'université de la Sarre à Sarrebruck où elle obtient une licence, mais elle change ensuite de cursus pour étudier la psychologie. Elle s'installe en Angleterre en 1964 pour suivre une formation en psychologie. Elle a un master de psychologie clinique de l'institut de neuroscience cognitive de l'institut de psychiatrie (IoP) du King's College de Londres. Elle se marie en 1966 avec le psychologue et neuroscientifique Chris Frith alors qu'ils sont tous deux encore étudiants à l'Institut de Psychiatrie de l'université de Londres, et s'installe définitivement en Angleterre.. Elle soutient en 1968 une thèse de doctorat intitulée Pattern Detection in normal and autistic children., dirigée par Beate Hermelin et Neil O'Connor.. Aussitôt après sa thèse, elle obtient un poste à temps plein au Medical Research Council. Elle travaille ensuite à l'University College de Londres où elle enseigne et conduit des recherches en neuroscience. Elle dirige les thèses de Simon Baron-Cohen, Tony Attwood et .

Travaux sur la dyslexie  Uta Frith a contribué à conceptualiser la dyslexie comme un trouble développemental reposant sur des mécanismes cognitifs identifiables plutôt que sur des facteurs éducatifs ou motivationnels, via notamment un modèle développemental en trois phases — logographique, alphabétique et orthographique — décrivant la progression normale de l’apprentissage de la lecture et les points de rupture possibles conduisant à différents profils de dyslexie.

Elle a rapproché l’étude de la dyslexie développementale des modèles issus de la neuropsychologie cognitive, en observant que certaines formes de dyslexie chez l’enfant présentent des analogies avec les dyslexies acquises de l’adulte, ce qui suggère l’existence de sous‑types cognitifs distincts au sein du trouble.

Elle a participé à des recherches importantes sur les bases cognitives et perceptives de la dyslexie, dont chez les adultes dyslexiques et concernant les variations interindividuelles des stratégies de lecture. Elle a aussi contribué à des travaux interdisciplinaires (incluant la neuroimagerie) concluant que la dyslexie est une unité biologique malgré sa diversité culturelle.

Elle a aussi contribué à vulgariser la dyslexie auprès du grand public et des milieux éducatifs, en insistant sur la nécessité de comprendre le trouble à travers les fonctions cognitives sous‑jacentes plutôt que par ses seules manifestations comportementales..

Travaux sur l'autisme L'émergence de la psychologie cognitive dans les années 1960 a conduit Uta (et Chris) Frith à s'éloigner du Comportementalisme pour explorer les mécanismes internes du traitement de l'information, en s'appuyant sur la notion de Modèle mental (tel que développé par K. Craik dans les années 1940)Craik KJW (1943) The Nature of Explanation. Cambridge University Press, de cybernétique et de théorie de l'information appliquée à la psychologieAttneave F (1959) Applications of Information Theory to Psychology: A Summary of Basic Concepts, Methods, and Results. Henry Holt, ainsi que sur des outils computationnels comme la théorie de la détection du signal, qui leur permirent d'étudier les représentations internes (par exemple dans l'apprentissage des lettres chez l'enfant).

Elle s'inscrit dans la tradition inaugurée par Helmholtz et Bayes, selon laquelle la Perception humaine repose sur des inférences guidées par des attentes (priors), un cadre qui a aussi inspiré les recherches de Chris Frith sur les hallucinations et les délires de contrôle dans la schizophrénie, interprétés comme des perturbations des mécanismes prédictifs distinguant actions auto‑générées et actions externes.

Elle a initié les développements de la représentation actuelle de déficit en théorie de l'esprit dans l'autisme. L'article « Does autistic children have a "theory of mind"? » [Est-ce que les enfants autistes ont une "théorie de l'esprit" ?] ., qu'elle coécrit avec Alan M. Leslie et Simon Baron-Cohen, propose que les personnes avec autisme ont des difficultés spécifiques pour comprendre les croyances, les intentions et les désirs des autres.

Elle a aussi suggéré que les personnes avec autisme ont une « faible cohérence centrale » (théorie décrivant un style de traitement de l'information cognitive focalisé sur les détails plutôt que sur l'ensemble ou le sens global), au détriment de l'intégration d'informations provenant de plusieurs sources différentes (les difficultés de traitement global sont cependant plus variables et semblent constituer un biais plutôt qu'un déficit, indépendant des fonctions exécutives et de la théorie de l'esprit)..

Dans son ouvrage de référence Autism : Explaining the Enigma (paru en 1989 et réédité en 2003)Uta Frith, Autism: Explaining the Enigma, Blackwell Publishing, 2003 (Seconde édition), chapitre dédié aux témoignages autobiographiques et à la cognition., Uta Frith a consacré plusieurs passages à analyser des témoignages de personnes autistes, dont l'autobiographieTemple Grandin et Margaret M. Scariano, Emergence: Labeled Autistic, Arena Press, 1986 (voir aussi les commentaires et analyses ultérieurs de Frith dans la littérature académique sur cet ouvrage). de Temple Grandin, docteure en zoologie qui a notamment inventé une machine à câlin, un appareil à pression destiné à calmer certaines personnes autistes souffrant d'anxiété et d'attaques de panique.

Dans un texte rétrospectif co-écrit, à la demande d'un éditeur, avec son mari (Christopher Frith), ils retracent leur parcours scientifique, commun et personnel, après l'avoir déjà esquissée dans leurs Bartlett Lectures et évoqué dans un livre (What Makes Us Social ?, en 2023). Ils y disent que leur vie professionnelle et conjugale a toujours été indissociable, marquée par une collaboration fondée sur la complémentarité plutôt que la compétition, et retracent leur rencontre improbable dans un contexte historique initialement hostile, leur formation en psychologie clinique, l'influence déterminante de leurs mentors (Hans Eysenck, Beate Hermelin, et Neil O'Connor) et leurs débuts dans une recherche expérimentale artisanale inspirée par l'idée d'une « science comme art du soluble »Medawar PB (1967) The Art of the Soluble. Methuen (réédité : Medawar P.B (2021). The art of the soluble. Routledge). ; leurs premiers travaux — dont un article commun né en 1972 d'une observation fortuite. — ainsi que le contexte intellectuel des années 1970, dominé par des approches antipsychiatriques niant les bases biologiques des troubles mentaux, contre lesquelles ils ont défendu l'idée que la cognition est le lien essentiel entre cerveau et comportement. Ils évoquent l'évolution de leur pensée à la lumière de trois révolutions scientifiques et technologiques : le traitement de l'information ; l'informatique ; et l'imagerie cérébrale ; trois avancées qui ont, selon eux, permis d'écarter le béhaviorisme de sa position dominante en psychologie expérimentale. Les deux auteurs défendent dans cet article un « modèle de l'esprit à organisation hiérarchique », caractérisé par un inconscient robuste et un mode conscient plus complexe à cerner. S'appuyant sur les apports de l'étude des troubles cognitifs, ils soutiennent que les processus cognitifs, à tous les niveaux de cette hiérarchie, influencent les interactions sociales. Et ils placent l'impact de la culture au sommet de cette organisation hiérarchique, point d'interface entre les esprits où les normes jouent un rôle crucial pour réguler les tendances opposées de la nature sociale humaine..

Changement tardif de point de vue sur l'autisme En 2026 dit changer d'opinion à propos de l'autisme : elle estime maintenant que l'évaluation des critères de diagnostic et de la conceptualisation comme un spectre (TSA) fait débat au sein d'une partie de la communauté scientifique et éducative, notamment en raison de l'augmentation marquée des diagnostics chez les jeunes (selon l'Institute for Fiscal Studies, au Royaume-Uni, le nombre d'enfants bénéficiant d'un plan de soutien (EHCP) pour autisme a presque triplé entre 2015 et 2025 dans le pays., incitant le gouvernement anglais à commander une revue indépendante. de la prise en charge du neurodéveloppement en santé mentale)..

Uta Frith estime que la définition fondamentale de l'autisme — un trouble du neurodéveloppement d'origine principalement génétique, caractérisé dès la petite enfance par des altérations de la communication sociale et des comportements répétitifs ou restreints — demeure scientifiquement consensuelle, mais qu' et que l'élargissement progressif des critères diagnostiques et l'adoption du modèle du « spectre » ont conduit , à une inclusion excessive remettant en cause la pertinence clinique du terme. Elle argue que des recherches en génétique comportementale suggèrent que les difficultés de communication et les comportements répétitifs posséderaient des bases génétiques distinctes, ce qui fragilise l'idée d'une entité clinique unique. Elle estime que , mais en 2026, elle ne , semblant plaider pour que la catégorie «autisme» n'inclue que personnes ayant un handicap nettement visible.

Uta Frith préconise maintenant de fragmenter le spectre en deux sous-groupes distincts : les personnes diagnostiquée précocement, souvent avant 3 ou 5 ans (en se basant souvent sur des déficits intellectuels et/ou du langage) ; un profil émergent, composé majoritairement d'adolescents et de jeunes femmes sans déficience intellectuelle ; ce second groupe se caractérisant probablement, selon elle, par une hypersensibilité et une anxiété sociale sévère, des manifestations qui pourraient, selon Uta Frith être mieux traitées sous d'autres catégorisations médicales que sous celle de l'autisme. C'est ce groupe qui .

Alors que 6 ans plus tôt (en 2020), elle avait co-publié avec la neuroscientifique Francesca Happé, dans la revue de l'« Association for Child and Adolescent Mental Health », un article considérant que l'autisme était ., elle dit en 2026 avoir changé d'avis et maintenant contester que les filles/femmes soient sous-diagnostiquées. Elle conteste aussi la validité scientifique du concepts de « masquage autistique » (l'effort conscient d'imitation des normes neurotypiques), estimant que l'adaptation sociale est un phénomène partagé par tous les humains (), et que l'épuisement évoqué par les personnes autistes et diverses études pourrait résulter d'autres facteurs.

En 2026, Uta Frith, estime aussi la suppression du syndrome d'Asperger des manuels diagnostiques (DSM), initialement pensée pour simplifier la classification, aurait contribué à une extension, selon elle incontrôlée du spectre. Sur le plan clinique, elle remet en question la validité d'une partie des diagnostics actuels selon elle, trop dépendant d'entretiens subjectifs et de l'auto-diagnostic, au détriment de l'observation clinique objective de critères spécifiques, tels que la réciprocité de l'interaction, le contact visuel, le langage corporel ou l'absence de contre-indicateurs (comme la capacité à manier l'ironie et l'humour).