thumb|Trois flotteurs allemands de SouabeTiré de au siècle.
Le flotteur (ou draveur au Canada), un métier ancien et disparu dans de nombreuses régions du monde, mais encore exercé de manière marginale ou ciblée sur quelques rivières ou grands lacs localisés dans plusieurs continents, est chargé de transporter le bois par voie d’eau une fois qu’il a été abattu par les bûcherons et acheminé sur les rives des cours d’eau, suivant les régions, par les débardeurs assistés par des animaux de trait ou non (bœufs, buffles, éléphants, mules, chevaux) , les schlitteurs, les grumiers ou directement par des glissières ou toboggans qui font dévaler les grumes et les billes jusqu’à la rivière. Le flotteur est un métier à l'échelle mondiale avec une forte représentativité en Europe, en Asie et en Amérique du Nord.
Description Le métier de flotteur a évolué depuis le Moyen Âge. Presque partout dans le monde, il a d’abord utilisé la technique du flottage à bûches perdues : il lance les grumes ou les bûches à l’eau et les laisse suivre le courant de la rivière. Des personnes postées sur les rives et aux endroits susceptibles de poser problème veillent à débloquer des bûches coincées ou à démêler un embâcle. Afin de rentabiliser les expéditions vers les ports aux bois en aval, le flotteur finit par assembler les grumes entre elles dès que c’est possible (les méthodes diffèrent quelque peu suivant les régions du monde) pour en faire des radeaux qu’il attache l’un derrière l’autre sur des longueurs qui varieront selon le cours d’eau descendu. On parle ainsi de trains de bois ou de flottes qui sont conduits par des maîtres-flotteurs assistés par des apprentis flotteurs ou des manœuvres. Le conducteur de flotte se tient à l’aviron à l’avant et un second flotteur l’aide avec la rame arrière. Parfois des flotteurs latéraux travaillent avec des gaffes ou des grandes perches. Avec le temps, ces flottes deviennent géantes comme sur le Rhin ou sur les fleuves américains. Les familles accompagnent les flotteurs, une vie en autarcie se crée sur le train de bois avec des cabanes ou des tentes qui logent hommes et bêtes. Toute la nourriture est emportée pour les semaines que dure le transport. Le flotteur travaille sur ruisseaux, rivières, fleuves, lacs et mers. Le flottage par cabotage le long des côtes ne s'est pas généralisé ; il reste caractéristique de certaines régions. Le flottage le plus répandu dans le monde est le flottage à bûches perdues. Le flottage en trains s’est logiquement implanté dans les pays où les cours d’eau le permettaient suivant l’étiage, le débit, le lit de la rivière et les paysages traversés. C’est pourquoi le flotteur a la tâche supplémentaire de gérer avec des partenaires qui collaborent avec lui les barrages, les pertuis, les étangs de flottage ou les retenues collinaires. Dans certains pays, à l’instar des éclusiers pour les péniches, le flotteur devient éclusier de flottage avec sa maison attenante à l’écluse de flottage (très usuelle dans les pays germaniques montagnards). Les enfants des flotteurs dans les pays d’Europe centrale côtoient très vite le monde de leur père car ils doivent souvent ouvrir les vannes et les petites écluses en courant avant le train de bois pour que celui-ci arrive au moment où les flots provoqués par l’ouverture des vannes facilitent son passage de manière parfois spectaculaire. De même, en amont du travail de descente, il doit préparer les harts. nommées localement rouettes, riottes ou en langue allemande dialectale Wieden: ce sont des liens d'osier ou d'autres arbres rendues flexibles qui serviront à assembler les grumes en radeau. Le flotteur rentre avec ses harts car leur confection a exigé beaucoup de temps. Elles sont précieuses et réutilisables. C'est pour cette raison que l'on représente souvent le flotteur dans la gravure et la peinture soit avec une gaffe, soit avec des harts que le flotteur porte sur son épaule comme du cordage. Les flotteurs en Europe ou en Asie s’organisent en confréries ou sociétés avec un règlement intérieur, un costume traditionnel, des pratiques culturelles et parfois cultuelles qui leur sont propres. Le fait d’être soudés en confrérie leur permet de traiter avec les communautés villageoises et seigneuriales pour obtenir parfois le monopole du transport du bois sur eau dans une vallée, une rivière précise ou une seigneurie.
Le flottage vit en ce moment un regain de popularité dans de nombreux pays européens. Le travail des associations est déterminant. Par conséquent, certaines régions de France ne sont pas forcément évoquées dans les reportages ou les articles consacrés aux flotteurs si par hasard aucune personne ni aucun bénévole se charge de faire connaître la tradition du flottage dans sa région. Le flottage dans le massif des Vosges est assurément plus ancien que celui du bassin parisien. D'ailleurs, le flotteur est assez souvent un homme de montagne. car c'est dans les régions montagneuses de nombreux pays du monde que l'on trouve les plus grandes traditions de flotteurs (Pyrénées, Alpes, Forêt-Noire, Carpates, Caucase, monts des Géants, Alpes japonaises, Chine centrale, montagnes d'Anatolie, Appalaches ente autres).
Terminologie et régions Les termes régionaux sont nombreux pour désigner ce métier. On rencontre de nombreux termes dans toutes les langues européennes et asiatiques qui préfèrent désigner le flotteur par son association avec le radeau : en français régional, les habitants locaux parlent de radeleur ou radelier, les Wallons parlent depuis le Moyen Âge. de bosselier ou borchelier. à côté du mot flotteu.. Les Canadiens français utilisent surtout l’appellation draveur, ou parfois cageur ou cageux si le bois en flottaison est regroupé en cages; et les Canadiens anglais et les Américains le terme anglais raftsmen. Ce terme sous-entend cependant une technique différente et spécifique d’assemblage de radeaux en bois. Les Espagnols catalans ont le terme raier et les Italiens utilisent le mot zattiere issu du mot zattera qui signifie « radeau ». En Japonais, le flotteur nommé ikadanori est un conducteur de radeau ou un ikadashi, un assembleur de radeau puisque le mot 筏, ikada, signifie radeau.. C'est le cas également de la plupart des langues germaniques qui ont opté pour un mot basé sur le mot radeau (Floß, vlot, flott, float...).
Les flotteurs dans le monde Les flotteurs sur l'Yonne et la Seine Probablement parce que le travail de communication et de sensibilisation de la confrérie Saint-Nicolas. (Écomusée du flottage du bois) à Clamecy. sur l'ancienne activité du flottage pour l'approvisionnement de Paris en bois de chauffage, les publications dans la presse et les médias, mais aussi les sites en ligne évoquent en France de manière récurrente d'abord les flotteurs descendant l'Yonne, puis la Seine , avec les trains de bois en provenance des forêts du Morvan et de Bourgogne. La pratique du flottage dans cette région s'est peu à peu éteinte au cours de la première moitié du .
La représentation la plus connue d'un flotteur se trouve au milieu du pont principal de la ville de Clamecy (Nièvre), sur l'Yonne, d'où partait une part importante du bois de chauffe destiné à la capitale. On peut y voir la statue d'un homme debout, coiffé d'une casquette, qui tient fièrement à la main une sorte de longue perche, quasiment dans la posture d'un soldat au garde-à-vous.
La longue perche utilisée par les flotteurs, dotée d'un crochet à son extrémité et qui servait à saisir les bouts de bois puis à les ramener vers la berge avant de les tirer hors de l'eau, était appelée un picot, mot qui a survécu à Clamecy comme titre d'un petit journal local à caractère satirique.
Cette activité occupait une bonne part des habitants de la région, notamment au lorsque les besoins en chauffage se firent plus importants, en raison de l'essor démographique et de la croissance de la population parisienne. Elle fait partie de l'identité et du folklore clamecycois ; une petite radio locale s'appelle d'ailleurs radio flotteurs.
Une collection de bandes dessinées, "Le Grand Fleuve"., retrace surtout dans les trois premiers tomes la vie d'un flotteur nommé Jean Tambour qui mène son train de bois vers Paris. Les dessins sont réalistes et clairement inspirés des récits d'anciens flotteurs pour le passage des pertuis et autres endroits délicats. L'association des flotteurs Flotescale s'est également engagée très tôt dans le travail de sensibilisation au flottage grâce à des passionnés qui ont reconstitué un train de bois qu'une petite équipe a conduit jusqu'au port de Bercy à Paris en essayant d'imiter les conditions de travail de l'époque. Le projet a été filmé par Éric Le Seney dont le film Trains de bois pour Paris est accessible en ligne sur plusieurs plateformes..
L'association Flotescale basée à Villiers-sur-Yonne est devenue membre de l'Association internationale des flotteurs. initiée par des associations de flotteurs espagnoles et italiennes en 1989. À ce titre, elle participe à la conférence annuelle de cette fédération européenne et peut se rendre à la rencontre internationale des flotteurs qui a lieu dans une ville où les flotteurs ont marqué la vie locale par leur présence, leur activité économique et parfois leur impact sur le plan culturel.
Saints patrons des flotteurs en Europe Saint Nicolas Saint Nicolas est le saint patron des flotteurs en Europe et dans les régions du monde où ce sont des colons européens qui ont introduit le flottage. Saint Nicolas est en fait le protecteur de nombreux métiers liés à l'eau comme les bateliers, les marins. Son culte populaire l'associe aussi beaucoup aux enfants dans les régions traversées par le Rhin et la Meuse et leurs affluents. Les confréries locales lui sont dédiées ou portent son nom comme celle de Clamecy ou celle des « radeliers de la Loue » dans le Jura..
En Forêt-Noire dans la vallée de la Kinzig, il côtoie saint Népomucène, mais c'est bien lui qui est le vrai saint protecteur des flotteurs de l'Allemagne, pays à très forte tradition de flottage. La confusion vient du fait que le saint tchèque est également très vénéré dans la région en tant que protecteur des ponts dont les flotteurs craignent les piliers par exemple, mais aussi parce qu'il doit protéger contre toutes les catastrophes liées aux eaux.. Par conséquent, la présence de saint Nicolas dans le travail quotidien des flotteurs d'antan est moins visible ou moins flagrante par opposition à celle de saint Népomucène qui veille sur les cours d'eau, soit sur la rive soit directement sur le pont par des statues ou des Bildstöcke. Saint Nicolas apparaît dans les prières des flotteurs, pendant les offices religieux ou les bénédictions avant les expéditions. Des manifestations sont également organisées par les flotteurs le jour de la Saint-Nicolas. En Lorraine, dont il est le saint patron, il existe le pèlerinage médiéval très fréquenté de Saint-Nicolas-de-Port où il y avait non seulement un marché interrégional important, mais aussi un port aux bois pour les flotteurs qui arrivaient du massif des Vosges par la vallée de la Meurthe. depuis le port aux bois central de Raon-l'Étape..
Saint Népomucène Pendant son séjour à Prague, le jeune garçon qui deviendra général de l’armée britannique, John Moore, écrit dans ses récits de voyage :. Le marquis de La Grange constate également ..