thumb|300px|right|Atelier à l'arrêt dans un site minier.
L’exploration urbaine, abrégée en urbex (de l'anglais ), est une pratique consistant à visiter des lieux construits et abandonnés par l’homme ou inaccessibles au public, l’explorateur urbain étant communément désigné par le néologisme urbexeur.
L'historien Nicolas Offenstadt définit l'exploration urbaine comme une . Elle possède ses propres principes et pour certains un véritable code de conduite visant à préserver les lieux et les protéger au maximum, notamment en dissimulant les adresses des « spots » afin d'éviter d'y attirer des casseurs ou des voleurs.
Cette activité inclut la visite de lieux cachés ou difficiles d'accès, tels que des manoirs, des écoles, des entrepôts désaffectés, des hôpitaux ou sanatoriums, etc. Dans certains cas plus rares, la pratique s'étend à des lieux explicitement interdits comme des tunnels de métro, des catacombes et des (sommets d'immeubles, monuments…). Elle regroupe ainsi diverses activités dites « » comme la cataphilie et la toiturophilie, et elle est très liée à certaines activités sportives telles que l'escalade ou le parkour. La pratique s'est très vite répandue avec l'émergence des réseaux sociaux et plates-formes vidéos, notamment grâce à YouTube.
Aujourd'hui l'urbex se transforme dans certains lieux en « tourisme de ruine » où des voyagistes prennent en charge la visite de lieux abandonnés, à Berlin, Görlitz ou Détroit.
Présentation L'exploration urbaine, au sens propre, désigne le fait de recueillir des données sur des zones publiques du paysage urbain, délaissées tout ou partie du temps, en vue d'y accéder et de les utiliser. Cette activité, bien que clandestine et faite sans forcément l'autorisation des éventuels propriétaires, n'est prohibée en France que par quelques décrets, arrêtés préfectoraux, ou règlements internes de certaines administrations. Les exemples de cette activité sont rares et peu connus, pour des raisons pratiques évidentes liées à toute activité clandestine. On peut malgré tout citer celui de l'UX ou Urban eXperiment, dont l'exploration urbaine, au sens propre fut l'activité préliminaire, au début des années 1980Lazar Kunstmann, La Culture en clandestins : l'UX..
vignette|Une cité en Bretagne, France. Au sens figuré, le terme provient de la traduction littérale de l'expression urban exploration créée par Ninjalicious dans les années 1990 et désigne une activité consistant à visiter des lieux, abandonnés ou non, et en général interdits d'accès, ou tout du moins difficile d'accèsTroy Paiva, Geoff Manaugh. Night Vision : The Art of Urban Exploration. Chronicle Books, 2008, .. Cette expression devient populaire dans le milieu cataphile à la fin des années 1990, par le biais de reportages télévisuels. Elle marque le début de la diversification de la visite de friches en région parisienne. L'explorateur urbain apprécie la solitude des espaces situés en dehors des zones d'activité et de passage conçues comme telles, pour certains le silence aussi que l'on y trouve : ainsi, la visite guidée de la nef d'une cathédrale sera remplacée par l'exploration nocturne de ses toits, les usines abandonnées deviennent un terrain de jeu, etc..
Proposant une définition large, mais d'abord conditionnée par le rapport singulier de l'individu à son environnement, le blogueur, photographe et explorateur urbain britannique Darmon Richter (The Bohemian Blog.) estime que
Historiquement, l'exploration urbaine à proprement parler est une activité pratiquée par l'homme depuis des siècles, comme peuvent en attester les nombreux courants artistiques « retros » de l'histoire des arts, comme l'égyptomanie, ou les peintures du néo-classicisme au Romantisme, périodes où les promenades à travers les ruines romaines parsèment l’Europe. On peut aussi citer les « excursions » macabres dans les catacombes et autres charniers comme autant d'exemples démontrant que l'humain portait déjà au fait de se promener dans une matérialisation visitable de sa propre vanité.
Origines La pratique de visiter des lieux abandonnés est ancienne. Elle prend de l'ampleur avec les phénomènes de désindustrialisation dans les années 1970-1990, en particulier en Europe et aux États-Unis. Mais le terme Urbex est plus récent et ne se répand que dans les années 2000. Il est lié à la possibilité d'échanger et de diffuser par internet le fruit de ses visites, ce qui permet de constituer des communautés d'intérêts. En France, la région parisienne est propice à cette activité (métro, nombreux chantiers, usines, hôpitaux et autres bâtiments abandonnés, toits d'immeubles, monuments, souterrains, etc.) et dérive du mouvement de cataphilie. L'Australie, les États-Unis et les pays anglo-saxons d'une manière générale comptent également des communautés importantes de pratiquants.
Centres d'intérêt des explorateurs urbains L'exploration urbaine est un ensemble de pratiques, dont les motivations peuvent être très éloignées. Le goût de l'aventure est un élément. Certains seront portés sur l'aspect historique, l'ancien et l'abandonné. Beaucoup d'urbexeurs s'intéressent aux questions du patrimoine et considèrent que l'urbex, sous certaines conditions, permet de préserver l'histoire et la mémoire des sites. Il arrive que des explorations urbaines permettent de sauver ou de signaler des fonds documentaires abandonnésNicolas Offenstadt, « Urbex - Archives de hasard et séries maîtrisées : que vaut la comparaison ? » in N. Delalande, B. Joyeux-Prunel, P. Singaravélou et M.-B Vincent Dir., Dictionnaire historique de la comparaison - Mélanges en l’honneur de Christophe Charle, Paris, Editions de la Sorbonne, 2020, p. 66-68.. Pour d'autres, ce sera la maîtrise de la ville moderne et de ses coulisses. La photographie et la vidéo sont également une motivation importante. Les groupes se forment bien souvent autour d'une de ces pratiques. En France plus qu'ailleurs, la spécialisation des pratiquants est très forte : certains ne vont que dans les catacombes, d'autres ne font que des toits ou des visites du métro. Aujourd'hui certains chercheurs en sciences sociales utilisent l'urbex sur différents terrains, comme Judith Audin autour du développement urbain chinois contemporain. En France, la rencontre universitaire autour de l'urbex a été organisée par Nicolas Offenstadt à la Sorbonne en L’Exploration urbaine (Urbex) – L’historien et les sciences sociales.
Toiturophile thumb|Toiturophilie à Hong Kong. En toiturophilie, aussi appelée « rooftop », les lieux visités sont presque toujours des toits, que ce soit de résidences, de grands immeubles (administrations, sites publics), d'églises ou de cathédrales. Par extension, le toiturophile escalade aussi des grues ou de hautes cheminées.
Cette activité se pratique généralement de nuit, à la faveur d'accès le plus souvent illégaux. Certains cependant obtiennent des accès légaux, notamment dans le cadre de campagnes d'entretiens ou de reportages photographiques.
Le toiturophile monte généralement sur les endroits les plus hauts, afin d'apprécier la vue et prendre des photos. Au lieu de simplement participer aux visites touristiques, il est motivé par une volonté de calme et de détente. La visite de ces lieux, sans personne pour troubler leur tranquillité, devient alors un moment privilégié d'observation du panorama et de perception des éléments (tel que le vent ou la pluie).
Cataphilie vignette|Ossements dans les carrières de Paris. alt=photo en 360 d'exploration urbaine|vignette|Photo en 360 d'exploration urbaine. Est qualifié de cataphile tout individu qui pénètre dans les galeries d'inspection des anciennes carrières souterraines de Paris (souvent confondues avec les catacombes) et les parcourt. Les motivations des cataphiles sont très diverses : sont souvent avancés l'intérêt historique, le besoin de solitude, le goût de l'interdit, l'attrait du monde minéralBarbara Glowczewski, La Cité des Cataphiles, Paris, Librairie des Méridiens, 1983..
Les cataphiles se distinguent essentiellement des spéléologues en ce que la passion des cataphiles vise plutôt à la visite des lieux souterrains construits par la main de l'homme, et présentant à ce titre un attrait historique : ce que l'on appelle, en termes savants, la subterranologie, c’est-à-dire l'étude des infrastructures des grandes villes. Certaines techniques de la spéléologie peuvent parfois être mises à profit pour l'exploration de parties difficiles d'accès (puits sans échelons, passages verticaux effondrés, galeries noyées…).
La cataphilie diffère aussi de la subterranologie (stricto sensu, la science des souterrains) qui est l'étude des cavités artificielles et des infrastructures souterraines, la cataphilie ne reposant pas forcément sur l'étude des lieux, mais plus sur l'aspect visite et squattage (fêtes).
La cataphilie devint finalement l'appellation globale regroupant cataphilie au sens strict et exploration des carrières de la région parisienne au sens large, notamment à cause de la fermeture progressive de certaines carrières parisiennes et de l'évolution de l'activité cataphile dans les carrières, mines, caves, cryptes, ouvrage troglodytique… d'où un lien entre cataphilie et exploration urbaine, deux pratiques qui se recoupent pour une plus ou moins grande part.
Les carrières souterraines de Paris (à savoir les trois grands réseaux de carrières souterraines Parisiennes dits réseaux « XIII », « GRS » et « XVI ») constituent une dimension parallèle à la ville et au monde réel. Par extension : l'absence de lumière du jour permet d'oublier la notion de temps, et là où seuls quelques endroits permettent de par le bruit du métro de savoir si on est le jour ou en pleine nuit, le cataphile peut faire l’expérience d'un ermitage total, le rendant seul maître de ce qu'il voit et de ce qu'il entend. La complexité des galeries ne suivant les rues que sous une infime partie de leur superficie crée donc de nombreuses zones à faible passage, où passer plusieurs jours sans croiser ou entendre qui que ce soit est possible.
De nombreux cataphiles, habitués de cette expérience, la rééditent souvent, chaque semaine pour certains, et passent ainsi plusieurs jours sous terre, avec nourriture, hamac et duvet. La plupart des aménagements de consolidation, de creusage et de confort effectués illégalement dans les galeries sont souvent le fait de ces semi-habitants du sous-sol. Certains groupes de cataphiles se sont même spécialisés dans cette pratique, allant jusqu’à aller installer une salle de cinéma sous le palais de Chaillot (par le groupe « Mexicaine de Perforation ») ou une boîte de nuit avec sons et lumières sous la poste centrale de Tolbiac (par le groupe « 4.4.2 »). Le bunker FFI (désormais inaccessible) fut aussi le lieu privilégié de soirées respectables - tout comme la salle Z à sa grande époque.
Ainsi y vit une véritable contre-culture, dite « underground », avec des bars, boîtes de nuit, galeries d'art.
Exploration rurale
Cette activité, dérivée de l'exploration urbaine, consiste à s'introduire et à visiter des lieux très souvent abandonnés tout en profitant de la tranquillité du milieu rural. Contrairement au milieu de l'exploration urbaine, celui de l'exploration rurale est plus marginal. La connaissance du patrimoine, industriel ou artisanal, est souvent une des motivations de l'activité.
Lieux visités : fermes, coopératives agricoles, silos, maisons, usines, chantiers, bâtiments, cimetières, anciennes voies ferrées…
L'exploration est souvent accompagnée de la prise de photographies de l'endroit visité, parfois d'un relevé de plan.
Friches industrielles et lieux abandonnés vignette|179x179px|Ancien site sidérurgique.