Omar Bongo Ondimba, né Albert-Bernard Bongo le à Lewaï et mort le à Barcelone, est un homme d'État gabonais. Il est président de la République gabonaise du à sa mort, le , après avoir été vice-président sous le mandat de Léon Mba. Son fils Ali Bongo lui succède à la présidence.
Installé au pouvoir par le général de Gaulle et Jacques Foccart, Omar Bongo est considéré comme une des principales figures de la Françafrique. Sous sa présidence, le Gabon est utilisé pour les opérations militaires secrètes menées par la France en Afrique, comme la livraison par voie aérienne d'armes aux sécessionnistes lors de la guerre du Biafra au Nigeria à la fin des années 1960, ou la tentative de coup d’État au Bénin contre le président Mathieu Kérékou en 1976. Le pays accueille également les mercenaires de Bob Denard. D'autre part, Omar Bongo permet à des entreprises françaises d’exploiter les ressources gabonaises dans des conditions très favorables et finance de façon occulte des partis politiques françaisComment Omar Bongo est devenu un acteur majeur de la Françafrique, RFI, 08/06/2019.
Le nom d’Omar Bongo est associé à de nombreux scandales financiers et de malversations tels que l’affaire Elf, ou encore l’affaire dite des « biens mal acquis ». Sa fortune personnelle est estimée à plusieurs centaines de millions d'euros. Elle comprend des biens immobiliers, des parts dans des sociétés et divers comptes bancaires, notamment à MonacoGabon: dix ans après la mort d'Omar Bongo, un héritage familial complexe, RFI, 07/06/2019 .
Biographie Débuts
Albert-Bernard Bongo naît à Lewaï, dans la province du Haut-Ogooué. Il est le benjamin d'une famille d'agriculteurs de douze enfants, issue des ethnies Teke du Congo-Brazzaville (le Congo et le Gabon formant à l'époque une même entité) et Obamba. Sa famille paternelle se nomme Ondimba et maternelle Ebori. À sept ans, il perd son père, puis, à douze ans, sa mère. Il effectue ses études primaires et secondaires au Congo.
En 1952, il rejoint Brazzaville où il devient employé des PTT. À cette époque, il est initié à la franc-maçonnerie, sur les conseils d’un inspecteur des postes. En 1955, il fait la connaissance à Franceville de Louise Mouyabi Moukala ; de cette liaison naîtra Pascaline Bongo, sa première fille, en 1956.
Après son service militaire (de 1958 à 1960), qu'il conclut au grade de lieutenant, il rejoint l'armée de l'air, puis les services secrets français, tout en intégrant les PTT de Libreville. C'est durant son service militaire qu'il devient père de son deuxième enfant, Ali Bongo.
En s'impliquant dans les élections législatives de 1961, il est repéré par Jean-Hilaire Aubame, ministre des Affaires étrangères, qui l'intègre à son cabinet. Le président Léon Mba le repère alors à son tour, et lui confie la direction-adjointe, puis, en , la direction de son cabinet.
En février 1964, Albert Bongo est arrêté et interné au camp Baraka de Libreville à la suite d'un coup d'État militaire visant à placer Jean-Hilaire Aubame au pouvoir. Très rapidement libéré par les forces françaises accourues au secours de Léon Mba, il restera néanmoins profondément marqué par cette expérience, au point de ne jamais accorder la moindre confiance à son armée tout au long de ses quatre décennies de pouvoir.
En , il est nommé ministre délégué à la présidence, chargé de la Défense et des Affaires étrangères. Lorsque Léon Mba tombe gravement malade, le général de Gaulle et son éminence grise chargée des Affaires africaines, Jacques Foccart, décident, avec le soutien du président gabonais moribond, de faire d'Albert Bongo l'héritier du pouvoir. À cet effet, à la fin de l'année 1966, une modification de la Constitution instaure le poste de vice-président de la République, chargé de prendre la succession du chef de l'État en cas de vacance du pouvoir. La Constitution nouvelle prévoit que le président de la République et son vice-président sont élus ensemble sous la forme d'un ticket électoral. Au mois de , le président Léon Mba est réélu avec pour vice-président le jeune Albert Bernard Bongo. Il accède à la présidence de la République gabonaise le , à la mort de Léon Mba.
Président de la République En 1968, il fonde le Parti démocratique gabonais, socle du monopartisme jusqu'en 1990.
La même année, il se fait baptiser dans le seul but d'obtenir une audience avec le pape Paul VI. En 1973, il se convertit à l'islam et devient El Hadj Omar Bongo. Pour certains, cette conversion ne fut qu'un moyen de se faire bien voir des pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, principalement à majorité musulmane, le Gabon étant producteur de pétrole.
En échange du soutien de l’Élysée, qui peut intervenir pour le destituer, Bongo consent à mettre à disposition de la France une partie des richesses du Gabon et en particulier son pétrole et son uranium, ressources stratégiques. Sur les questions de politique internationale, le Gabon s'aligne sur Paris.
Fin 1968, Omar Bongo, toujours sous l'influence de Jacques Foccart, est contraint par la France de reconnaître la pseudo-indépendance du Biafra (sud-est du Nigeria). Il doit même accepter que l'aéroport de Libreville serve de plaque tournante aux livraisons d'armes opérées en faveur du colonel Ojukwu (le dirigeant sécessionniste du Biafra). C'est aussi depuis le Gabon que les mercenaires de Bob Denard tentent de déstabiliser le régime marxiste-léniniste du Bénin.
Son principal opposant, Germain Mba, est assassiné en 1970 à Libreville, par deux mercenaires français. Rien, cependant, ne permet d'incriminer le président gabonais. vignette|upright|Omar Bongo en 1973. En , Omar Bongo organise une première élection présidentielle, que, seul candidat, il remporte avec 99,6 % des voix. La même année, le choc pétrolier lui ouvre une décennie de prospérité (le cours du baril ayant explosé). Il en profite pour mener une politique d'infrastructures de grande envergure : créations de routes, de chemins de fer, de ports, d'Air Gabon, de centrales électriques mais aussi, nouveau palais présidentiel, Palais des conférences, Cité du . La presse internationale parle en ce temps-là de « miracle gabonais ».
Malgré l'importante rente pétrolière, le politologue Thomas Atenga indique que « l’État rentier gabonais a fonctionné durant des années sur la prédation des ressources au profit de sa classe dirigeante, autour de laquelle s’est développé un capitalisme parasitaire qui n’a guère permis d’améliorer les conditions de vie des populations ».
En 1977, un nouvel opposant, le poète Ndouna Dépénaud, est assassiné dans des conditions mystérieuses. Une nouvelle fois, aucune preuve ne permet d'impliquer Omar Bongo.
Il est réélu président de la République gabonaise en 1979 : toujours candidat unique, il obtient 99,8 % des suffrages.
Dans les années 1980, le Gabon est victime d'une crise économique qui oblige son président à faire appel à la France. Le Fonds monétaire international (FMI) critique alors durement la politique économique gabonaise. Cette situation délicate n'empêche toutefois pas Omar Bongo d'être réélu une seconde fois, en 1986, avec 99,97 % des voix.
En 1990, Omar Bongo, à la suite d'une grève générale initiée par une révolte étudiante, est néanmoins poussé à organiser une conférence nationale à l'issue de laquelle il accepte la restauration du multipartisme et diverses réformes démocratiques. Il nomme alors Premier ministre l'opposant Casimir Oyé Mba. Mais la mort, dans des circonstances encore obscures aujourd'hui, d'un autre leader de l'opposition, Joseph Rendjambé, relance la révolte. En septembre, des élections législatives, libres et transparentes, ne donnent qu'une faible majorité au Parti démocratique gabonais (PDG). En , il concourt à sa première élection présidentielle concurrentielle. Il est réélu au premier tour avec 51 % des suffrages, résultat non reconnu par les candidats de l'opposition.
thumb|225px|Omar Bongo en compagnie du président russe, Vladimir Poutine, en avril 2001.
En 1994, il s'oppose vainement à la dévaluation du franc CFA.
En 1998, il est une nouvelle fois réélu, avec plus de 66 % des voix.
Dans les années 2000, Omar Bongo profite d'une nouvelle flambée du prix du baril de pétrole. La dette extérieure gabonaise demeure cependant très importante.
En 2004, il ajoute le nom de son père au sien et devient Omar Bongo Ondimba.
Il est réélu le avec 79,2 % des suffrages, selon les résultats officiels. L’opposition, avec à sa tête Pierre Mamboundou, a contesté ce scrutin.
Omar Bongo Ondimba a, durant toute sa présidence (près de 42 ans), dirigé le pays de façon très directe, monopartisme ou multipartisme important peu.
Mort Le , Omar Bongo Ondimba suspend ses activités pour se reposer et faire le deuil de son épouse, Édith Sassou Nguesso (fille du président du Congo, Denis Sassou Nguesso), décédée le , alors que des rumeurs circulent sur son propre état de santé.
À partir du , le président gabonais est hospitalisé dans un état grave mais stationnaire en Espagne, et non en France, sans doute du fait de l'affaire dite des biens mal acquis et des risques judiciaires qui en découlent. Selon la présidence gabonaise, Omar Bongo fait un simple bilan de santé, mais il serait en réalité traité pour un cancer.. Le Conseil national de la Communication gabonais s'indigne alors du traitement de l'information par les médias français « en diffusant des informations non officielles et alarmistes », des démentis repris par le Premier ministre français, François Fillon.
Le site Internet du magazine Le Point annonce sa mort le , mais le gouvernement gabonais avait alors démenti l'information, et convoqué l'ambassadeur de France, Jean-Didier Roisin.
Le , sa mort est confirmée par le Premier ministre, Jean Eyeghe Ndong. Le site visionafricaine.com, repris par infosplusgabon.com, émet l'hypothèse selon laquelle le président Omar Bongo serait mort le ; sa mort n'aurait été rendue publique que plus tard pour des raisons politiques et familiales.
Ses obsèques nationales ont lieu le , en présence du président Nicolas Sarkozy, de l'ancien président Jacques Chirac et d'une quinzaine de chefs d'État d'Afrique francophone (Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, République démocratique du Congo, Mali, Sénégal et Tchad). De nombreuses personnalités françaises dont le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, le secrétaire d'État à la Coopération Alain Joyandet, les anciens ministres Michel Roussin, Jean-Louis Debré et Jacques Godfrain s'inclinent devant le cercueil. Bruno Joubert, Robert Bourgi, Patrick Balkany, Loïk Le Floch-Prigent et l'ancien grand maître du Grand Orient de France, Alain Bauer, sont également présents.
Omar Bongo est enterré le à Franceville, capitale du Haut-Ogooué, sa région natale.
Relations avec la France Installé par Jacques Foccart, secrétaire général de l'Élysée aux affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974, il se lie d'amitié avec de nombreux dirigeants français de tous bords, et il est reçu à l'Élysée par le général de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Il reçoit couramment dans son bureau les principaux responsables politiques français et a la réputation de faire preuve de largesses sans souci de couleur politique. C'était, estimait-il, une façon de préserver l'avenir.