Ippolito Desideri, né le à Pistoia (Italie) et décédé le à Rome, était un missionnaire jésuite italien, le premier Européen à résider à Lhassa, au Tibet et à pouvoir comprendre la langue et apprécier la culture tibétaine.. Il dut quitter le Tibet contre sa volonté, par décision de la Propaganda Fide qui avait confié ce pays comme « territoire missionnaire » aux Capucins.
Biographie Formation Ippolito Desideri est né en 1684 dans une famille de Pistoia, en Toscane. Il étudie au collège jésuite de Pistoia, et le , il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus.. À la fin de la période de formation spirituelle, il étudie au Collège Romain de Rome. De 1706 à 1710, il enseigne la littérature dans les collèges jésuites de Orvieto et Arezzo, et plus tard au Collège romain où il enseigne la théologie. Il est ordonné prêtre le ..
Au Tibet via l'Inde En 1712, il demande à rejoindre la mission des Indes, proposition acceptée par le Supérieur Général de la Compagnie de Jésus, Michelangelo Tamburini. Il est alors affecté à la réouverture de la mission du Tibet, qui était sous la juridiction de la Province jésuite de Goa.
Desideri quitte Rome le , et s'embarque pour l'Orient à Lisbonne, avec Manoel Freyre, un jésuite portugais. Leur navire arrive à Goa un an plus tard. De là, il se rend à Surate, Ahmedabad, Rajasthan et Delhi, arrivant le à Âgrâ, capitale de l'empire mogol et siège de la mission jésuite en Inde du Nord. Il revient à Delhi, où il rencontre son supérieur religieux et compagnon de voyage, Manoel FreyrePierre-Jacques Charliat, Le temps des grands voiliers, tome III de Histoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, .. Ensemble, ils voyagent de Delhi à Srinagar dans le Cachemire (où ils restent six mois, Desideri souffrant d'une maladie intestinale qui lui fut presque fatale). Desideri passe ensuite au royaume du Ladakh: il arrive à Leh à la fin de .
D'après Desideri, ils sont bien accueillis par le roi du Ladakh et sa cour. Il souhaitait y rester pour y fonder une mission, mais, leur mission étant le Tibet, son supérieur, Freyre, impose la continuation du voyage vers le Tibet central.
Ils entreprennent ainsi un voyage de sept mois d'hiver à travers le plateau tibétain, voyage d'autant plus périlleux qu'ils sont mal préparés et inexpérimentés. Ils parviennent malgré tout à destination, sans doute grâce à la protection d'une princesse mongole qui les autorisent à se joindre à sa caravane en route vers Lhassa, où ils arrivent . Au bout d'un mois, Freyre repart en Inde, via Katmandou et Patna et Desideri se retrouve seul, responsable de la mission.
Installation à Lhassa Le souverain mongol qoshot du Tibet, Lajang Khan, l'autorise à rester à Lhassa. Il lui permet aussi d'acheter une maison à Lhassa — privilège rarement accordé à un étranger. De plus, il est autorisé à pratiquer et à enseigner le christianisme. Après la lecture de premiers travaux de Desideri en tibétain, sur les fondements de la doctrine catholique, Lhazang Khan lui conseille d'améliorer la langue et de se mettre à l'école des religieux bouddhiques tibétains et de la littérature philosophique. Après quelques mois d'études intensives, il entre à l'université monastique de Sera, l'un des trois centres d'enseignement de la politique Gelugpa. Là, il étudie et discute avec des moines tibétains et des savants. On lui permet d'avoir une chapelle chrétienne dans son appartement. Il améliore sa connaissance de la langue (alors inconnue des Européens). Son intérêt et admiration pour la langue, la religion et la culture tibétaines va croissant.
À la fin de 1717, il est contraint de quitter Lhassa en raison de troubles causés par l'invasion des Mongols Dzoungars. Il se retire dans la province de Dagpo, dans le sud du Tibet central, mais revient régulièrement à Lhassa en 1719-1720. Entre 1718 et 1721, il compose, en tibétain, cinq traités dans lesquels il expose la foi et doctrine chrétiennes et tente de réfuter les concepts dharmiques de karma (qu'il appelle «métempsycose ») et « vide »(Wylie : nyid pa stong ; sanskrit :śūnyatā). Dans ces livres, Desideri utilise les techniques du bouddhisme tibétain de l'argumentation scolastique, et accepte ce qui, dans le bouddhisme, ne lui semble pas contraire à l'enseignement catholique, en particulier en philosophie morale. Il est le premier à tenter une explication du mantra en sanskrit Om mani padme hum.
Conflit avec les capucins et départ du Tibet En 1703, à l'insu des jésuites, la Propaganda Fide — Congrégation du Saint-Siège supervisant l'activité missionnaire dans le monde — avait confié la mission du Tibet aux missionnaires italiens de l'Ordre des capucins. C'est ainsi que trois capucins arrivent à Lhassa en , et présentent des documents à Desideri confirmant leur droit exclusif à travailler au Tibet. Comme Desideri refuse de partir, il est accusé de désobéissance, et l'affaire remonte à Rome, au Saint-Siège. Dans l'entretemps Desideri aide les capucins à s'acclimater au Tibet, mais ceux-ci demandent tout de même son expulsion du pays, car même s'ils n'ont pas de querelle personnelle avec Desideri, ils craignent que d'autres jésuites ne viennent s'installer. En , Desideri reçoit l'ordre de quitter le Tibet et de revenir en Inde. Après un long séjour à Kuti, à la frontière tibéto-népalaise, il arrive à Âgrâ en 1722.
Dernières années : Agra et Rome
À Âgrâ, Desideri est nommé pasteur principal de la communauté catholique de la capitale moghole de Delhi. Il organise l'éducation et construit une nouvelle église pour remplacer l'ancien édifice devenu vétuste. En 1725, il se trouve dans la mission jésuite du Malabar, à Pondichéry (Tamil Nadu actuel), et se lance dans l'apprentissage du tamoul.
En 1727, il est envoyé à Rome pour promouvoir la cause de la béatification de Jean de Britto, un jésuite portugais, mort martyr en Inde du Sud. Il prend avec lui ses notes très détaillées sur le Tibet, sa culture et sa religion, et commence à préparer un livre durant le voyage de retour vers l'Europe. Il débarque en France en . Après un séjour dans ce pays, où il rencontre nombre de personnalités importantes et a une audience à Fontainebleau avec le roi Louis XV, il arrive à Rome en . Il prend résidence à la maison professe des jésuites et passe une bonne partie de son temps auprès de la Propaganda Fide à défendre la présence des jésuites au Tibet, contre Felice di Montecchio, défenseur de la position des Capucins. Le , la Propaganda Fide rend un verdict laconique et définitif sur la question : la mission est confiée aux pères Capucins; ils sont les seuls missionnaires à pouvoir œuvrer et résider au Tibet. IL travaille durant ce temps à une « Relation sur le Tibet » (Notizie istoriche del Tibet) dont il prépare la publication — mais se heurte à la Propaganda Fide qui en interdit l'impression.
Il meurt à Rome le , à l'âge de 48 ans.
Œuvre
Notizie istoriche del Tibet Dans cet ouvrage monumentalTitre original complet : Notizie istoriche del Thibet e memorie de’ viaggi i missione ivi fatta dal P. Ippolito Desiderj della Compagnia di Gesù dela medesimo scritte e dedicate (1712–1733). (qui lui était demandé par de nombreuses personnes), Desideri donne une somme des ses connaissances sur le Tibet, concernant sa géographie, son gouvernement, son agriculture, ses coutumes, sa philosophie bouddhique. L'ouvrage, qui est terminé en 1733, comprend trois livres : le premier présente la mission de Desisderi et analyse le contenu des livres sacrés du Tibet ; le deuxième offre une description du pays, de ses coutumes et de son gouvernement; le troisième donne un exposé détaillé de sa religion.
Le manuscrit a été préservé dans les archives de la Compagnie de Jésus à Rome et dans une collection privée. Cependant, ce document majeur sur le Tibet ne fut redécouvert qu'à la fin du , et publié une première fois en 1904, et il faudra attendre le milieu du pour que les Notizie istoriche del Tibet soient publiées dans leur intégralité.
Jugements Pour Henri de Lubac,
Le grand tibétologue Sven Hedin qui visita Lhassa en 1916 écrivit. : .
Autres ouvrages On doit à Luciano Petech la publication de Notizie della nature, costume e governo civile del Tibet, à Rome (1957). Par ailleurs les Opere tibetane di Ippolito Desideri S.J. (Introduction et traduction par Giuseppe Toscano), 4 vol., ont été publiées à Rome (1981-1989).
Du fait de la suppression de la Compagnie de Jésus en 1773, l'œuvre de Desideri, tant en italien qu'en tibétain, est restée largement inconnue jusqu'au vingtième siècle.
Notes et références
Annexes
Bibliographie
Traductions en italien
Traductions en anglais
omm
Études
Dictionnaires et encyclopédies
Articles connexes Mission jésuite au Tibet
Liens externes
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