Les Histeridae, Histeridés en français, sont une famille d'insectes coléoptères. Leur répartition couvre l'ensemble du monde. Plus de ont d'ores et déjà été décrites dans cette famille comprenant notamment les histers (ou escarbots)Degallier (N.) et Gomy (Y.), 2018.- Contribution à la connaissance des escarbots afro-tropicaux du genre Chaetabraeus Portevin, 1929 (Insecta, Coleoptera, Histeridae, Abraeinae). Faunitaxys, 6 (8): 1-40. du genre Hister. Ces Polyphages se distinguent notamment par des antennes en massue coudées et de courts élytres qui ne recouvrent que cinq des sept tergites de l'abdomen. Ce sont des prédateurs, essentiellement nocturnes, qui feignent la mort en cas de danger. Ces insectes se sont avérés utiles en médecine légale pour aider à évaluer le moment d'un décès en milieux non humanisés (crime, découverte d'un cadavre à la suite d'une disparition, accident sans témoin). Ils sont aussi particulièrement appréciés en agriculture, dans le contrôle des insectes ravageurs, particulièrement des insectes coprophages et de la mouche domestique. Certaines espèces sont cannibales et doivent donc être séparées dans le cadre de leur élevage en captivité. Leur étude s'appelle l'histéridologie.
Vocabulaire Dénominations Nom scientifique valide : Histeridae Gyllenhal, 1808 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) recommandés ou typiques en français : les histers Bory de Saint-Vincent (J.-B.G.M.), 1825.- Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Tome 8, page 264. Audouin (J.V.) et Brullé (A.), 1837.- Histoire naturelle des Insectes, traitant de leur organisation et de leurs mœurs en général et comprenant leur classification et la description des espèces. A Paris chez D. Pillot, Editeur.Nom en français d'après le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française. ou HisteridésMeyer C., ed. sc., 2015, Dictionnaire des Sciences Animales. . Montpellier, France, Cirad. [12/05/2015]. Autres noms vulgaires ou noms vernaculaires (langage courant) pouvant désigner éventuellement d'autres espèces : escarbots luisants Fabre (J.-H.) Souvenirs entomologiques. Etudes sur l'instinct et les mœurs des Insectes (II) sixième à dixième série. VIe série, VII, page 67. Collection Bouquins Robert Laffont Editeur (1989). ou, d'une manière encore plus expressive: « escarbots miroitants » ou plus simplement . En anglais ils sont connus sous le nom de (insectes clown).
Étymologie Le poète romain Juvénal aurait utilisé le mot « hister » pour désigner un personnage simple, modeste mais sale, malpropre ce qui ferait évidemment penser aux milieux (fumiers, détritus, excréments, cadavres...) fréquentés par beaucoup d'espèces de cette famille et tout particulièrement par celles du genre Hister Linnaeus.. D'après une autre théorie le mot « hister » signifierait en latin « acteur » et évoquerait la faculté des Histeridae à s'immobiliser dès qu'ils sont inquiétés en rentrant pattes et antennes et même en se laissant choir lorsqu'ils sont perchés (Hister helluo chassant les larves d'Agelastica alni (Coleoptera: Chrysomelidae) sur les feuilles d'Aulnes ou Saprinus virescens sur les cressons cultivés ou sauvages (Nasturtium officinale) poursuivant des larves de Phaedon (Coleoptera: Chrysomelidae). Ce simulacre de mort serait digne d'un acteur Dictionary of word roots and combining forms compiled from the Greek, Latin, and other languages, with special reference to biological terms and scientific names. Mountain View, Calif: Mayfield Pub. Co., 1988.. Certaines espèces, bariolées de taches rouges pourraient aussi faire penser à des déguisements.
L'étude de ces coléoptères s'appelle l'histéridologie. Un entomologiste spécialisé dans l'étude de la famille des Histeridae est un histéridologue ou histéridologiste. Ce mot a été créé en 1984 par l'entomologiste français Yves Gomy Gomy (Y.), 1984.- Essai de révision des Chaetabraeus orientaux (Coleoptera, Histeridae). Nouvelle Revue d'Entomologie (N.S.), 1 (4): 384 (note infra-paginale).Vincent (R.), 2010.- Histeridae. Catalogue des Coléoptères du département de la Saône-et-Loire (F-71), vol. 2. Supplément hors-série au n° 154 (2009) de la revue trimestrielle Terre-Vive, page 37. (SEMINA, Société d'étude du milieu naturel en Mâconnais)..
Caractères morphologiques Adultes vignette|Planche entomologique d'Histeridae d'Allemagne par Edmund Reitter, 1908 vignette|gauche|Antenne d'Hololepta plana Les Histeridae possèdent un faciès habituel très caractéristique : taille de 0,5 mm à 25 mm; téguments fortement sclérifiés (à chitine épaisse), généralement noir et brillant ; corps de forme compacte, ovale, cylindrique ou encore très aplatie et rectangulaire suivant les adaptations aux milieux de vie ; les antennes de l'insecte sont coudées (= géniculées) de 11 articles avec une massue antennaire de 3 articles souvent soudés ; pattes courtes, tibias généralement aplatis, les antérieurs dentés ou épineux; formule tarsale 5.5.5 ou 5.5.4. ; tête, antennes et pattes pouvant se replier et s'accoler sous le corps ; prosternum généralement en forme de carêne ; cavités méso et métacoxales largement séparées ; élytres tronqués à l'apex, laissant à découvert les 2 derniers tergites abdominaux (propygidium et pygidium) ou le dernier seulement chez quelques genres ; surface élytrale lisse, ponctuée, striée ou encore avec des côtes ou des tubercules; abdomen montrant 5 sternites Degallier (N.) et Gomy (Y.) Caractères généraux et techniques de récolte des Coléoptères Histeridae. L'Entomologiste, 39 (1): 9-17, 1983..
Larves Les larves sont allongées, sub-cylindriques, de couleur claire, avec la tête et le thorax sclérotisés et plus foncés. Les pièces buccales sont prognathes. L'abdomen compte neuf segments, le dixième étant absent ou petit et ventral.
Les Histeridae, qu'ils soient adultes ou au stade larvaire, sont des prédateurs voraces et cannibales. L'étude de leurs premiers stades et des métamorphoses, de l'œuf à l'imago, est donc très difficile et peu de larves d'espèces de cette famille de Coléoptères ont été observées et décrites. Les descriptions du Perris (E.), 1877.- Larves de Coléoptères. Annales de la Société linnéenne de Lyon, XXII (1876), Paris (1977). sont insuffisantes. De gros progrès ont été réalisés au Lindner (W.), 1967.- Ökologie und Larvalbiologie einheimischer Histeriden. Z.Morph. Ökol. Tiere, 59: 341-380., mais il faut attendre le et les développements de la microscopie électronique à balayage (MEB) pour que soient posées les bases de la morphologie larvaire des Histeridae, avec l'étude précise de la chétotaxie Kovarik (Peter W.) & Passoa (S.), 1993.- Chaetotaxy of Larval Histeridae (Coleoptera: Hydrophiloidea) Based on a Description of Onthophilus nodatus LeConte. Ann. Entomol. Soc. Am. 86 (5): 560-576.. Encore au début du , sur plus de d'Histeridae connues, à peine une dizaine de larves ont été décrites d'une manière satisfaisante Gomy (Y.) et Perreau (M.), 2001.- Les Histeridae (Coleoptera) commensaux du Spheniscus demersus (L., 1758) (Manchot du Cap) sur l'île de Dassen (République d'Afrique du Sud). Annales de la Société entomologique de France (N.S.), 37 (3): 323-340. Caterino (Michael S.) & Tishechkin (Alexey K.), 2006.- DNA identification and morphological description of the first confirmed larvae of Hetaeriinae (Coleoptera: Histeridae). Systematic Entomology, 31: 405-418. Gomy (Y.) et Orousset (J.), 2007.- Description de la larve de Aeletes atomarius (Aubé, 1842) (Coleoptera, Histeridae). Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 76 (7-8): 183-190. Risser (S.), 2010.- La larve de Margarinotus (Ptomister) brunneus (F., 1775): description et stades larvaires (Coleoptera, Histeridae). L'Entomologiste, 66 (4): 185-192..
Écologie et comportement Mœurs d'accouplement Des comportements, très particuliers, de parade nuptiale chez certaines espèces d'Histeridae ont été observés dès 1935 Brunier (B. de), 1935.- Note biologique : Fiançailles dHister'. Revue française d'Entomologie, II (2): 87-88.. Actuellement ces observations ne concernent qu'à peine une dizaine d'espèces dans les sous-familles des Histerinae et des Saprininae : le mâle, en général plus petit que la femelle, se saisit, à l'aide de ses mandibules, de l'un des quatre tibias, intermédiaires ou postérieurs, de la femelle et ne lâche sa prise qu'à la fin de l'accouplement Ôhara (M.), 1990.- Diversity in habitats anf form of histerid beetles. Insectarium, 27 (2): 4-12 (en japonais). Kovarik (P.W.) & Caterino (M.S.), 2006.- Histeridae. In Handbook of Zoology IV (38). Berlin, New York, Walter de Gruyter, 190-222. Gomy (Y.), 2007.- Bizarre, bizarre... Vous avez dit bizarre ? (Coleoptera, Histeridae). L'Entomologiste, 63 (4): 207-210. Degallier (N.) et Gomy (Y.), 2016.- Mœurs nuptiales chez Baeckmanniolus dimidiatus dimidiatus (Illiger, 1807) (Coleoptera, Histeridae, Saprininae). L'Entomologiste, 72 (3): 197-201. .
Données écologiques et adaptations aux milieux
vignette|Espèce coprophile : Hister quadrinotatus Scriba, 1790 vignette|gauche|Page de dessins de S.A. de Marseul. Planche XII du Supplément à la monographie des Histérides (1860-1863) Les Histeridae (adultes et larves) sont des prédateurs d'œufs et de larves d'autres insectes. Beaucoup de micro-Histeridae (Acritini, Bacaniini...) sont probablement mycophages se nourrissant d'hyles et de spores de moisissures. Gomy (Y.) et Warner (W.B.), 2013. Arizonacritus talayesvai, nouveau genre et nouvelle espèce des Etats-Unis d'Amérique et du Mexique (Coleoptera, Histeridae). Bulletin de la Société entomologique de France, 118 (1): 79–85. Ils ont colonisé à peu près tous les milieux connus à l'exception du milieu aquatique. Certaines espèces sont maintenant élevées et utilisées en agriculture dans le cadre de la lutte biologique contre des ravageurs de denrées emmagasinées (Charançons et Bruchinae par exemple). Ces spécialisations trophiques ont entraîné aussi diverses adaptations morphologiques Kovarik (Peter W.) and Caterino (Michael S.), 2001.- Histeridae, in Ross H. Arnett, Jr. and Michael C. Thomas, American Beetles (CRC Press, 2001), vol. 1..
Dans cette famille on distingue principalement Mazur (S.), 2005.- Ecology and habitats of Histeridae. Proceedings on Taxonomy and Faunistics of Beetles (Coleoptera) dedicated to the 100th birthday of the Latvian entomologist Mihails Stiprais (1905-1990), pp. 29-36.Gomy (Y.), 2010 – Les Histeridae : des Coléoptères qui se méritent ! in - Vincent R., 2010 (2009). – Catalogue des Coléoptères du département de Saône-et-Loire (F-71). Complété par des recherches muséologiques, biographiques et bibliographiques sur les entomologistes bourguignons et leurs Associations (1850-2009). Vol. II.- /Histeridae./ Supplément HS au n° 154 de la revue trimestrielle Terre Vive. Société d’études du milieu naturel en mâconnais, Semina Mâcon, 144 p. + 1 p. :
Les coprophiles Beaucoup d'espèces, par exemple des genres Hister , Saprinus, Euspilotus ou Abraeus, vivent dans, et sous, les excréments de toute nature où elles se nourrissent principalement des larves et pupes de Diptères (asticots) aux différents stades de leur développement.
Les saprophiles Ils peuvent être abondants et se nourrissent aussi des asticots grouillant sous les cadavres. Ce sont des nettoyeurs indispensables à l'équilibre naturel. La présence de certaines de ces espèces est utilisée en entomologie forensique pour aider à dater l'événement ayant occasionné la mort d'une personne (cf infra).
Les détriticoles vignette|Vue dorsale globale de Xenonychus tridens (Jacquelin du Val, 1852) Taille réelle 2,5 mm.