Un cantonnier était un ouvrier préposé à l’entretien des routes ou des voies ferrées et de leurs abords.

Du , les routes étaient entretenues par la corvée, obligation faite aux paysans de consacrer plusieurs jours de travail à ces tâches. Pierre Marie Jérôme Trésaguet a l’idée de mettre en place en 1764 des baux d’entretien de routes, qui sont découpées en cantons. Les ouvriers sont alors appelés des cantonniers. En 1816, les cantonniers adjudicataires sont remplacés par des cantonniers stationnaires, ouvriers permanents de l'État. L’appellation de cantonnier est remplacée en 1947 par celle d’agent de travaux, puis en 1991 par celle d’agent d’exploitation. Depuis 2011 on parle aussi d'accoroutiste pour les abords.

Le travail du cantonnier était un vrai travail de forçat, qui consistait essentiellement à casser des cailloux et déblayer les routes de tous détritus et autres encombrants pour une durée hebdomadaire de 78 heures et un salaire dérisoire.

Histoire Corvée royale et abus Au Moyen Âge, les grands chemins ne sont pas entretenus ou le sont aux frais de ceux qui s'en servent ou des propriétaires riverains. À partir du , ils commencent à être réparés, au gré de chaque intendant des généralités, à l'aide de la corvée, c'est-à-dire aux dépens des paysans. La pratique de la corvée royale des grands chemins est généralisée en 1738 par Orry, contrôleur général des finances, pour permettre la construction des routes, faute pour le régime de disposer des fonds suffisants pour payer les travaux. La corvée s'étend à de nouveaux itinéraires et sa charge augmente avec de nombreux abus. On voit ainsi dans une lettre d'un grand prévôt en 1768 : « J'ai ordonné hier d'emprisonner trois hommes sur la réquisition du sous-ingénieur des ponts et chaussées, pour n'avoir pas satisfait à leur corvée ». Ailleurs, un piqueur des ponts et chaussées, chargé de diriger la corvée, est poursuivi par un paysan qu'il a maltraité et l'ingénieur en chef écrit à l'intendant que bien que le piqueur soit répréhensible, il ne faut pas donner suite à cette affaire afin que les travaux ne « fussent pas troublés par des procès continuels que l'animosité publique qui s'attache à ces fonctionnaires feraient naître , . ».

Apparition du canton en 1764 C’est de la généralité de Limoges où Turgot est nommé intendant le que va apparaître la notion de canton et des cantonniers et qui va faire évoluer l’administration de l’entretien des routes, répondant initialement à un souci de rassurer les voyageurs et de rendre plus accessible les relais de poste, les communes. Sous sa direction, Pierre Marie Jérôme Trésaguet, ingénieur des Ponts et Chaussées de la généralité, met au point son bail d'entretien des chemins dans la province à partir de 1764 où il prescrit de diviser les routes « en cantons » de village à village. C'est à partir de ce nouveau terme de « canton » qu'il précise que toutes ces parties de route comprises en présent bail seront entretenues par des « cantonniers » et non par des ateliers ambulants.

Cette organisation est petit à petit transposée dans les autres généralités, particulièrement dans les départements où la corvée a été supprimée depuis 1786, ce qui avait justifié la recherche d’un système de remplacement. Les travaux d’entretien sont confiés aux entrepreneurs qui, à l’instar de l’organisation de la généralité de Limoges, divisent en cantons les parties de routes qu’ils ont à entretenir. Sur chaque « canton », les ouvriers prennent le nom de cantonniers ou de stationnaires, c’est-à-dire chargés d’une station. Ainsi les cantonniers sont créés en 1788 dans la partie de la Normandie correspondant à la Seine-Maritime, en 1791 en Seine-et-Oise. Dans les Côtes-d'Armor, ils n’apparaissent qu’en 1807.

Institutionnalisation du cantonnier en 1811 Toutefois le "cantonnier " restait encore un ouvrier des entrepreneurs. Devant l'état déplorable des routes après les épreuves révolutionnaires, demande le la formation d'une commission qui propose le nouveau système à adopter pour la construction et l'entretien des routes, soit celui des cantonniers, soit tout autre. Le décret du institutionnalise finalement, en y consacrant une section entière, l’emploi des cantonniers.

Le principe est d'adjuger à des cantonniers l'emploi des matériaux pour une durée de trois ans. Tout individu habitant une commune dont le territoire est traversé par un canton de route, ou en est limitrophe, peut présenter sa soumission pour le travail d'entretien du canton concerné.

La fourniture des matériaux d'entretien fait l'objet de baux passés avec l’administration, six ans pour la fourniture de pavés, trois ans pour l'extraction, le transport et le cassage des matériaux pour les routes non pavées. Les maîtres de poste peuvent soumissionner pour l'entretien des sections de route comprises dans leurs relais et ont la possibilité de réunir la qualité d'adjudicataire de la fourniture des matériaux et celle de cantonnier ; ce qui est interdit aux autres citoyens ou entrepreneurs !

En 1812 les routes impériales sont divisées en cantons, le principe est d'adapter la longueur de chaque canton à celle séparant les relais de poste.

Avec le décret du promulguant le "Règlement pour le service des cantonniers salariés chargés de l’entretien des routes en cailloutis.", les cantonniers adjudicataires sont remplacés par des cantonniers stationnaires, ouvriers permanents de l'État..

Le règlement pour le service des cantonniers est rendu obligatoire par décret du où apparaît également le grade de cantonnier-chef qui a vocation à encadrer un groupe de cantonniers. Celui-ci peut être momentanément employé à surveiller l'exécution et à tenir les attachements des travaux de repiquage des chaussées pavées et à diriger les chantiers ambulants..

Connaissant un développement lié à la révolution industrielle et l'essor de l'économie française qui entraîne une intensification de l'utilisation des moyens de communication, l'entretien des routes devient constant et régulier (déblayage, empierrement du réseau routier), ainsi des cabanes sont construites au bord des routes pour permettre aux cantonniers d'entreposer leur matériel et de s'abriterPatrimoine industriel et artisanal. Cabane de cantonnier.

Dans le règlement du , il est exigé que le cantonnier sache lire et écrire.

Mutation vers l’agent d’exploitation En 1947, les appellations de cantonnier-chef et de cantonnier des Ponts et Chaussées sont respectivement remplacées par « Conducteur de chantier des Ponts et Chaussées » et « Agent de travaux des Ponts et Chaussées ». Ces derniers deviendront des agents d’exploitation en 1991 avec la création du corps des agents d’exploitation des Travaux Publics de l’État pour les agents travaillant en Direction départementale de l’EquipementDécret no 91-393 du 25 avril 1991 portant dispositions statutaires applicables au corps des agents d'exploitation des travaux publics de l'État et au corps des chefs d'équipe d'exploitation des travaux publics de l'État, sur Legifrance ou des agents d'exploitation de la route ou agent d'entretien de la voirie pour la fonction publique territoriale. .

Travail des cantonniers thumb|right|350px|Abri cantonnier (dans le Loiret), dans lequel le cantonnier entreposait ses outils. Le travail du cantonnier consistait à bien soigner l'entretien des chaussées de son cantonnement de façon assidue, de manière que la chaussée soit sèche, unie, sans danger en temps de glace, ferme, et d'un aspect satisfaisant en toute saison.

Le règlement du précise de manière détaillée le travail attendu. assurer l'écoulement des eaux au moyen du curage des cassis, gargouilles, arceaux, et de petites saignées faites à propos partout où elles seront nécessaires, en observant que ces saignées ne devront jamais être faites dans le corps de la chaussée ; faire, en saison convenable, les terrasses pour ouvrir et entretenir les fossés, régler les accotements et talus, jeter les terres excédantes sur les terrains voisins, s'il n'y a pas d'opposition, ou les emmétrer pour faciliter leur mesurage ou leur enlèvement ; vignette|Cabane de cantonnier en pierre sèche, située en bordure de la D940 en Corrèzeenlever, dans le plus court délai possible, au rabot ou à la pelle, les boues liquides ou molles sur toute la largeur de la chaussée, quand même il n'y aurait ni flaches ni ornières, et accumuler, jusqu'à nouvel ordre, sur l'accotement ces boues en tas réguliers ; régaler ces boues, lorsqu'elles seront sèches, sur les accotements qui auront perdu leur forme, et jeter le surplus sur les champs voisins, s'il n'y a pas d'opposition ; redoubler de soin aux approches de l'hiver pour l'exécution de ce qui est prescrit aux deux paragraphes précédents, afin d'éviter les bourrelets de terre gelée ; dans les temps secs, enlever la poussière et la déposer sur les accotements ; déblayer les neiges sur toute la largeur du chemin, ou au moins de la chaussée, notamment aux endroits où elles s'accumulent et gênent la circulation ; les jeter immédiatement sur les champs voisins, s'il est possible, ou les mettre en tas sur les accotements, de manière à indiquer aux conducteurs de voitures l'emplacement de la voie ; casser les glaces de la chaussée, les enlever et répandre du sable et des gravats, notamment dans les côtes et les tournants brusques ; casser aussi les glaces des fossés et les enlever dans les endroits où elles s'accumulent de manière à faire craindre l'inondation de la voie lors du dégel ; au moment du dégel, favoriser l'écoulement des eaux et enlever les fragments de glaces et de boues, afin que les effets de ce dégel nuisent le moins possible et au roulage et au chemin ; rassembler, casser et emmétrer, en tas distincts et d'une forme particulière, toutes les pierres errantes, mobiles, saillantes, ou seulement apparentes, lorsqu'elles ont trop de volume, et celles qui seraient à proximité dans les champs voisins et dont on pourrait disposer pour les approvisionnements du chemin ; casser les matériaux destinés à l'entretien, quand ce cassage ne devra pas être fait par l'entrepreneur de la fourniture ; couper ou arracher les mauvaises herbes et les chardons, surtout avant la floraison ; débarrasser la chaussée de tout ce qui peut porter obstacle à la circulation ; nettoyer, par l'enlèvement des terres, plantes et corps étrangers, les plinthes, cordons et parapets des ponts, ponceaux et autres ouvrages d'art ; veiller à la conservation des bornes kilométriques et des poteaux indicateurs.

Il devait aussi apporter une très grande attention et surveiller si les laboureurs n'empiétaient pas sur les bermes avec leur charrue, vérifier si les approvisionnements de matériaux étaient conformes au marché et le caillou de grosseur convenable et exempt de terre. Si en cas de fraude, il n'avertissait pas son supérieur, il se rendait coupable d'intelligence avec l'adjudicataire et était sévèrement réprimé.

Outre ces tâches de travaux, les cantonniers devaient porter gratuitement aide et assistance aux voituriers et voyageurs, mais seulement dans le cas d'accidents.

Travail des cantonniers-chefs Tous les cantons de routes d'un département sont répartis en circonscriptions contenant chacune au moins six cantons. Les six cantonniers forment entre eux une brigade : l'un d'eux, désigné à cet effet par l'ingénieur en chef sur la proposition de l'ingénieur ordinaire, est cantonnier-chef; il doit savoir lire et écrire et il est choisi parmi les cantonniers qui se sont distingués par leur zèle, leur bonne conduite et leur intelligence.

Les cantonniers-chefs ont un canton plus court que celui des autres cantonniers, pour qu'il leur soit possible de vaquer aux devoirs spéciaux qui leur sont imposés. Ils accompagnent les conducteurs et les employés secondaires des ponts et chaussées dans leurs tournées.