Leptis Magna ou Lepcis Magna (LPQY en punique ; Νεάπολις ou Neapolis en grec : « Nouvelle ville ») était une des villes importantes de la république de Carthage avant qu'elle ne passe, à l'issue de la troisième guerre punique, sous l'autorité de la République romaine.

Histoire

La cité a probablement été fondée par les Phéniciens, mais les premières traces d'occupation sont datées du René Rebuffat, Leptis Magna, dans Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique, 257.

Elle ne prend toute son importance que lorsque Carthage étend sa domination au bassin méditerranéen au À l'issue de la troisième guerre punique, elle passe sous l'autorité de la République romaine. Cependant, aux alentours de 200 av. J.-C., elle constitue de fait une cité indépendante.

Ce statut prend fin lorsque l'empereur Tibère l'incorpore dans la province d'Afrique. Elle devient alors une des cités les plus influentes d'Afrique du Nord et un important centre de commerce. Devenue municipium en 64/65, elle est élevée au rang de colonie sous le règne de Trajan.

Leptis connaît sa plus grande prospérité quand en 193, un de ses enfants, Lucius Septime Sévère, devient empereur. Il favorise sa ville natale, notamment en bâtissant de somptueux monuments, qui en font l'une des trois plus belles villes africaines, rivalisant avec Carthage et Alexandrie. Il s'y rend certainement avec sa famille en 203, où il est reçu avec faste.

Lors de la crise économique du , pendant laquelle le commerce décline, rapidement, Leptis Magna perd elle aussi de son importance. Après les destructions causées par le violent tremblement de terre de la période 306-310, puis la dévastation causée le 21 juillet 365 par un autre tremblement de terre d'épicentre en Crète suivi d'un tsunami., la ville est en partie abandonnée. Ce déclin peut également s'expliquer par les attaques des Austuriani (un peuple de Maures de l'extérieur) en 362-365, auxquelles le comte d'Afrique Romanus, responsable de l'armée romaine en Afrique, n'a pas pu répondre. Leptis Magna connaît un faible renouveau sous le règne de Théodose .

En 439, Leptis Magna et le reste des villes de Tripolitaine passent sous le contrôle des Vandales, quand leur roi Genséric prend Carthage aux Romains pour en faire sa capitale. Afin d'éviter que Leptis Magna ne se rebelle contre le nouvel ordre vandale, Genséric ordonne de raser ses murs.

Bélisaire reprit Leptis Magna pour le compte de Byzance dix ans plus tard, et en 534, il renversa le royaume des Vandales. Leptis devint alors une capitale provinciale de l'Empire byzantin. En 650, les Arabes envahirent à leur tour la Tripolitaine, et la ville fut abandonnée à l'exception d'une garnison byzantine.

Au fil des siècles, le site, oublié, fut enseveli sous les sables. Et ce jusqu'au lorsqu'il fut exploité pour ses matériaux. En effet, après le bombardement de Tripoli en 1685 pour combattre la piraterie barbaresque en Méditerranée, Louis XIV exigea le paiement d'une forte rançon que le pacha de Tripoli proposa de payer avec le marbre des ruines de Leptis Magna. Deux traités furent signés entre le roi de France et le pacha de Tripoli en 1693 et 1720, stipulant que « le roi se réserve de prendre à Leptis et dans tout lieu de la régence les colonnes dont il aurait besoin ». Le consul de France nommé par provisions du 14 juillet 1685 à Tripoli, Claude Le MaireAnne Mézin, Les consuls de France au Siècle des Lumières (1715-1792), Paris, Imprimerie nationale, Direction des archives et de la documentation du ministère des Affaires étrangères, 1998 , ., partit à Leptis Magna pour choisir des colonnes de marbre qui pourraient servir dans la construction du château de Versailles. Au total, il en préleva près de 300, notamment du forum sévérien et de la palestre, qui furent envoyées à Toulon en 1688 et 1690 puis acheminées à Paris. Déposées sur un quai de la Seine, près du Louvre, elles ont été utilisées pour diverses constructions ou débitées en morceaux de placageSandro Lorenzatti, Riuso e ricezione estetica del Marmor Carystium (Cipollino) di Leptis Magna in Francia tra XVII e XIX, ouvrage cité, Sur Claude Le Maire et ses activités archéolgoques, voir aussi: Sandro Lorenzatti, De Benghazi à Versailles: histoire et réception d’une statue (-), in “Archeologia Classica“, 64, n.s. II, 3, 2013, , et Sandro Lorenzatti, Note archeologiche e topografiche sull’itinerario da Derna a Cirene seguito da Claude Le Maire (1706), in "L'Africa romana XX", Roma 2015, vol. 2, .. Quatre colonnes furent mises en place en 1742 dans la Chapelle de la Vierge de l’Église Saint-Sulpice de Paris, où elles se trouvent toujours. Quatre autres furent employées à la même époque dans le jubé de la Cathédrale de Rouen et, après sa destruction en 1884, réemployées pour la construction du musée des Beaux Arts de Rouen. D'autres colonnes furent utilisées pour le grand autel de l'Abbaye de Saint-Germain des Prés (gravure de Lucas, 1717) et se trouvent maintenant dans la grande galerie des peintures du Louvre, où elles ont été transférées à la Révolution après la destruction de cet autel.

En 1817, le consul britannique Warrington persuada le pacha Yousouf Karamanli de lui céder des éléments architecturaux de Leptis Magna (peut-être présentés comme un cadeau du pacha au roi d'Angleterre Georges IV). Il expédia ainsi à Londres une cargaison comportant notamment 22 colonnes de granite, 15 colonnes de marbre, 25 piédestaux, 10 chapiteaux et 10 morceaux de corniche qui furent d'abord entreposés dans la cour du British Museum. Ils servirent ensuite en 1826 à édifier une fabrique en forme de faux temple romain, le "temple d'Auguste", dans le Grand Parc de Windsor, toujours visible sur les bords du lac de Virginia Water.

L'exploration archéologique ne débuta véritablement qu'avec l'arrivée des Italiens au début du .

Aujourd'hui, le site de Leptis Magna constitue l'un des plus impressionnants vestiges de l'Empire romain, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982.

Le port

Le port antique de Leptis Magna est particulièrement bien préservé, au point que certains historiens se demandent s’il a jamais servi. Il est situé à l’embouchure d’un petit cours d'eau, l'oued Lebda, et a sans doute subi un ensablement prématuré en raison de l'édification de quais et entrepôts qui eut pour conséquence d'endiguer les crues de l'oued.

À l’intérieur du port, on distingue très bien les divers quais et en particulier les quais sud équipés de structures qui ont peut-être servi à accueillir des mâts de charge. La face interne du môle comporte deux niveaux : la plate-forme supérieure est en retrait par rapport au soubassement. À son extrémité nord se dressent les ruines massives d'une tour qui contient les vestiges d'un escalier en pierre. Au sud de la tour, se dresse un temple de modestes dimensions ; puis s'aligne une série d'entrepôts faisant face au débarcadère.

Côté nord on trouve le phare et une digue en enrochements posés en vrac sur environ trois cents mètres, ainsi que des structures qui prouvent que des bateaux accostaient sur cette face nord de la côte, Arthur De Graauw, La côte nord de Leptis Magna..

Le bassin interne du port, également connu sous le nom de , occupe un vaste espace clos dont l'aire totale avoisine les . Ce plan d'eau, se présente sous l'aspect d'un polygone de forme irrégulière..

Monuments vignette|Le decumanus. Les principaux monuments se regroupent en plusieurs ensembles. En bord de mer, autour de l'ancien forum datant de l'époque pré-romaine, sont distribués les bâtiments officiels des (basilique civile, curie), les temples (Liber Pater, Rome et Auguste, Magna Mater) et la basilique byzantine, plus tardive, aménagée dans un temple de Trajan. Plus à l'intérieur, à l'ouest de la voie nord-sud ou cardo, un deuxième ensemble regroupe le théâtre, le marché (macellum) et le chalcidicum. Plus au sud, entre le decumanus ou voie est-ouest et l'oued Lebda, se développent les grands thermes de la première moitié du auxquels s'est ajoutée une grande palestre pour l'exercice physique. Au voisinage des bains, les constructions sévériennes marquent le site par leur ampleur, leur luxe de construction et leur profusion décorative. Une majestueuse avenue à portique relie la place, dominée par le nymphée, au port. Au nord de cette rue, on visite le nouveau forum et une basilique civile à deux absides. À ces travaux, il faut ajouter l'arc des Sévères au croisement des voies majeures de la cité. De l'autre côté de l'oued Lebda, à l'extrémité orientale du site, on découvre l'hippodrome et l'amphithéâtre voisin.

L'arc de Septime Sévère

À l'intersection du decumanus et du cardo, l'arc de triomphe fut édifié en 203 à l'occasion d'une visite de l'empereur Septime Sévère dans sa ville natale. C'est un arc tétrapyle, c'est-à-dire un arc à quatre portes. C'est le plus grand et le plus beau des arcs de Leptis ou Lepcis Magna qui compte également les arcs d'Antonin le Pieux et de Marc Aurèle sur le Decumanus ainsi que les arcs de Trajan (érigé en 109) et de Tibère (daté de 35) sur le Cardo. Cet arc de pour une hauteur de possède trois étages. Surélevé de trois marches, il ne permettait pas le passage des chars qui devaient le contourner. L'arc est entièrement en calcaire, seule sa surface était recouverte de marbre sculpté. Les originaux en marbre sont exposés au musée de Tripoli mais certaines ornementations en marbre ont été rétablies, notamment des frises de vigne. Les faces sont décorées avec des victoires ailées de chaque côté des arcades et de grandes frises sur les quatre côtés de l'attique représentant scènes de sacrifice, scènes de bataille et une procession triomphale de Septime Sévère accompagné de ses fils Caracalla et Geta. Les dieux protecteurs de la cité Jupiter et Junon sont représentés sous les traits de l'empereur et de sa femme Julia Domna.

Les thermes d'Hadrien Ces thermes furent inaugurés en 126-127 sous le règne d'Hadrien, puis rénovés sous Commode et sous Septime Sévère. On y entre par une cour d'exercices à colonnades, oblongue, qui mène à une piscine à ciel ouvert autrefois entourée de trois côtés par un portique corinthien en marbre rose. De là, on gagne le frigidarium ou chambre froide qui constituait l'élément essentiel de l'ensemble. Vaste hall bordé de gigantesques colonnes corinthiennes, au sol dallé, aux murs recouverts de marbre et dont le plafond était sans doute peint de couleurs vives. À chacune des extrémités de cette salle, deux piscines à plongeoir. À ce hall succède le tépidarium ou chambre tiède ; un bassin unique central flanqué de deux colonnes de marbre gris ; et au-delà le caldarium ou chambre chaude. Ultérieurement, deux salles de sudation (laconica) symétriques furent construites de chaque côté de la chambre tiède. Les bains sont bordés d'installations annexes dont des vestiaires et des latrines.

Le nymphée Le grand nymphée de Leptis Magna est situé au changement de direction de la rue à colonnes et devait masquer l'angle ainsi créé; sa forme semi-circulaire était bien adaptée à une telle fonction urbanistiqueCorinne Sandoz, Le grand nymphée de Leptis Magna, étude historiographique, urbanistique et architecturale, thèse de doctorat, universités de Lausanne et Paris, 2008. Un bassin réservoir agrémenté d'une balustrade était aménagé à l'avant du monument. Cette gigantesque fontaine ornée de revêtements précieux, de colonnes de granit rose et de cipolin vert laissait couler l'eau à partir de niches contenant des statuettes de marbre blanc.

Rue à colonnades Des thermes et de la palestre, en passant par la place du nymphée, une avenue de de large, parallèle à l'oued, conduit, sur , au port. Cette rue était bordée de chaque côté de portiques dont les colonnes, 125 au total, étaient en cipolin vert, montées sur piédestal et ornées de chapiteaux de marbre blanc avec pour motifs lotus et feuilles d'acanthe.

Forum sévérien